CHAPITRE IV
La revision des services publics.
La revision des emplacements attribués aux services publics entraînera l'examen critique de ces édifices et l'on se convaincra rapidement qu'ils ne répondent qu'en partie aux besoins de la vie collective.
L'urbaniste se ne bornera donc pas à conseiller une répartition rationnelle des bâtiments municipaux, départementaux ou nationaux ; il suggérera les mesures propres à assurer le fonctionnement normal des services existants et il réservera des emplacements pour des services à créer.
. Presque tous les bureaux sont mal installés, incommodes, sinon malsains ; ils sont divisés ou groupés au hasard ; le public et les employés en souffrent également. L'urbaniste envisagera une organisation logique. La mairie, bien souvent, a été envahie par des institutions qui l'encombrent et y sont d'ailleurs fort mal à l'aise. Bibliothèques et musées municipaux, peu accessibles, placés sous les combles, dans les bâtiments
ou dans les dépendances de l'hôtel de ville, exposés à être incendiés, si le feu éclatait dans un bureau, sources eux-mêmes, de danger pour leur voisinage, seront transportés, pour le plus grand bénéfice de tous, dans des bâtiments spéciaux.
Il sera naturel de prévoir, dans une ville qui en serait dépourvue, les édifices, hôtel des postes, théâtre..., qui se rencontrent normalement dans d'autres villes d'importance analogue. L'urbaniste ne s'en tiendra pas là : il peut rendre un grand service et contribuer au progrès social s'il suggère des programmes dont l'excellence est évidente mais qui n'ont été jusqu'ici qu'exceptionnellement appliqués.
Au point de vue de la santé publique, si l'on éloigne les hôpitaux, il faut prévoir des postes outillés pour , recevoir les malades, les blessés et les transporter jus- 1 qu'à l'hôpital, des salles de consultation que leur clientèle pourra fréquenter sans perte de temps, ni fatigue. Postes -d'évacuation ou dispensaires rentrent dans les prévisions d'un plan d'aménagement. Ils sont particulièrement nécessaires dans les bourgs, dans les villages où l'organisation médicale est encore à l'état rudimentaire. La prévision de bains-douches s'impose avec une évidence semblable.
Il faut créer, partout, des tueries municipales, seules capables de donner des garanties pour l'alimentation en viandes.
Au point de vue social, le grand, l'essentiel progrès serait la création de lieux publics de réunion. En ce point, notre pays est singulièrement dépourvu. Nous
sentons tous qu'une nation démocratique ne se 4peut développer que par l'épanouissement de la vie collective. Partis politiques solidement constitués pour mettre nos instructions à l'abri d'une aventure, associations de tout ordre : sportives, éducatives, musicales, scientifiques, patronages scolaires et postscolaires, conférences populaires ou savantes sont des manifestations, inégalement importantes mais toutes intéressantes, de la vie nationale. Elles n'ont, presque nulle part, un local convenable ou un abri assuré.
Les groupes politiques se réunissent chez un marchand de vin, ce qui ne contribue pas à augmenter leur prestige. Les autres aspirent à avoir un coin à l'hôtel de ville qui n'est que trop encombré ou dans les écoles primaires qui, pour leur salubrité et leur tranquillité, devraient être totalement réservées à leurs pupilles.
Paris n'a ni salles de réunion, ni salles de conférences, ni salles de concerts populaires. Quelques municipalités, particulièrement dans le Nord, ont construit des salles de fêtes et cela est fort bien, mais on peut et on doit envisager davantage.
Aux Etats-Unis, au cœur de la cité grande ou petite, s'élève un édifice construit, le plus souvent, aux frais d'un généreux donateur, mais entretenu par une taxe spéciale inscrite au budget municipal. Cet édifice est perpétuellement ouvert : il comporte une piscine, une vaste salle de conférences ou, comme on dit, d'un mot qui commence à se répandre en France, un auditorium, des salles pour recevoir les sociétés de toutes catégories, une bibliothèque abondamment pourvue de re-
APRÈS LA GUERRE
vues, de journaux de toutes opinions, d'ouvrages techniques mis librement à la disposition des lecteurs, une bibliothèque spéciale pour les enfants, des salles de causerie ou de repos, un musée... Sous la surveillance d'un comité local qui administre l'œuvre, des éducateurs sociaux ou des éducatrices, largement rétribués, consacrent leur temps à donner des indications aux visiteurs, font des causeries aux enfants dont ils développent la curiosité ét éveillent les vocations.
Quand la ville est considérable, autour de la maison mère, d'autres maisons étendent l'influence de l'œuvre dans tous les quartiers. Au besoin, là où on ne peut pas construire, on loue une boutique, ou bien encore, on installe un dépôt de livres chez un négociant affilié. Les Américains appellent simplement ces établissements des bibliothèques. On a proposé de les dénommer « maisons de tous » ou encore « maisons de . vie sociale ». M. Henri Oger s'est donné à tâche d'en préparer, en France, la création et il a fondé, à cet effet une « alliance d'éducation civile et sociale ».
Le plan d'aménagement réservera une place pour cette bienfaisante institution.
Dans un ordre plus modeste, l'urbaniste ne manquera pas d'assigner des emplacements pour remiser les voitures, accessoires, instruments nécessaires aux services municipaux. Cavalerie du service des rues, balayeuses, voitures d'arrosage, canalisations mobiles, matériel des fêtes et cérémonies n'ont, d'ordinaire, que des installations de fortune, d'où gêne, désordre et gaspillage.
Instruit enfin par les erreurs du passé, l'urbaniste réservera, dans son plan, des espaces soit pour un développement imprévu des services actuels, soit pour la création des services que le progrès des sciences et des idées pourrait, demain, imposer. Les terrains sans destination actuelle pourront être provisoirement disposés en jardins et, en ménageant l'avenir, ils seront pour le présent, une source nouvelle d'agrément et de santé.