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charmante fontaine de marbre, 1 d’où l’eau rafraîchissante de la montagne s’échappe par une gueule de lion en bronze, notre voyageur débouche sur un grand espace dégagé dont les marbres éclatants l'éblouissent au soleil: il est au centre de la ville sur la grande place publique, l'Agora, qu’environnent le Portique sacré, la Maison du peuple, le Prytanée protecteur de la cité, le sanctuaire du dieu guérisseur, et d’où monte en volutes, du grand autel, la fumée des sacrifices.
De là par une ruelle étroite et escarpée, où, sur les marches de marbre, les édifices voisins font au soleil de larges bandes violettes d’ombre, il monte, dans la direction perpendiculaire, à la terrasse suivante, et de nouveau s’ouvrent devant lui de plus larges perspectives ; il croise des groupes d’éphèbes se hâtant vers le gymnase, des fidèles portant leurs offrandes au temple de la déesse Poliade, qui selon les vieilles traditions donne la victoire, ou à ces dieux nouveaux venus d’Orient ou d’Egypte dont l’attrait magique commence à transformer le clair esprit hellène. Près de là, sur les derniers gradins du petit théâtre, où résonnent encore les vers des poètes, l’ombre fraîche l’invite au repos et à la songerie. 2
* Voir photographie n° 23, pp. 128-129 et photographies n°* 2+, 25, pp. 136-137.
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Tout le mouvement et le bruit d’en bas s’est éteint ; dans la solitude et le silence, la ruelle continue son ascension droite entre les murs plus hauts des belles demeures prièniennes. Des larges cours intérieures bien aérées, pendent sur la rue des branches d’oliviers ou de pins. Bientôt notre voyageur atteint les limites du monde de la pierre et à travers les prés de Poséidon Hippios et les champs de Déméter Karpophore, semés de rouges anémones et de blanches asphodèles, il parvient, contre la haute muraille rocheuse, au sanctuaire mystérieux des Mères du blé, d’où par-delà les toits colorés se découvre le vaste horizon. A ses pieds c’est tout le petit monde des cubes de pierre couverts de tuiles, d’où pointent les cyprès et les arbres des cours et où les places blanches et les amples portiques découpent leurs rectangles brillants. Au loin s’étale l’immensité de la plaine que limite, à l’ouest, le liséré scintillant de la mer, tachetée d’îles brumeuses, et, au sud, la noble ordonnance du Latmos. 1
Au cœur de la ville est le centre de sa vie commerciale et politique : l’Agora.
C’est d’abord, ouvrant directement, par un côté, sur la rue, une petite place, entourée de magasins
1 Voir photographie n° 22, pp. 128-129.
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sur les trois autres côtés : le marché, la sitopolis agora, marché au poisson, aux viandes et légumes et aux victuailles de toutes sortes ; le long d’un de ces côtés, six bases en pierre supportaient de grosses dalles de marbre derrière lesquelles s’asseyaient les vendeurs de poissons ; au-dessus des étals, pendaient écartelés sur des pièces de bois, dans la baie des boucheries, les quartiers de moutons et de bœufs. Dans les échoppes qui bordent la place, l’épicier et le marchand de comestibles tiennent boutique, et sous les baraques de toile et les claies d’osiers les vieilles femmes sont assises à terre au milieu des légumes et des fruits. Une grosse canalisation, descendant des réservoirs situés au flanc de l’Acropole, amenait l’eau en abondance, pour le nettoyage de la place et les besoins des vendeurs. Le matin surtout, quand maîtres et esclaves venaient aux provisions, la petite place s’animait. Un cuisinier 1 tourne le gril où crépitent les petits poissons dans la graisse : <c Combien ces deux goujons ? — dix oboles. — C’est bien cher, en veux-tu huit ? — Oui si tu ne m’en prends qu’un seul. ” 2 Un marchand ambulant, son éventaire suspendu par deux courroies autour du cou, jette le cri monotone de l’offre de sa mar-
1 Statuette de terre, cuite. Rayet Mon. de l’art antique PI. 84 n° 1.
* Athénée, Livre VI, ch. 2.
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chandise. 1 Un acheteur prend à la marchande de fruits “ des noix, des myrtes, des châtaicc gnes et les mange séance tenante en bavar- M dant avec elle.” 2 Les femmes libres ne mettaient pas le pied au marché, c’étaient leurs maris qui venaient aux provisions, à moins qu’ils se soient déchargés de ce soin sur un esclave. “ N’ai-je pas vu “ un cavalier à longs cheveux, un phylarque, faire “ verser dans son casque de la purée achetée à une w vieille femme ? Un autre brandissant sa lance et t€ son bouclier long, glaçait d’effroi une marchande c< de figues et avalait les plus mûres.” 3 Athénée nous a conservé une petite scène de la place, derrière l’étal d’un marchand de poisson : u Comme M il ne lui était pas permis par le règlement du K marché d’arroser son poisson, il fait semblant M d’être violemment frappé, se laisse tomber, w comme prêt de rendre l’âme ; un de ses cama- “ rades saisit vite un pot plein d’eau, lui en jette “ quelque gouttes et répand furtivement tout le u reste sur ses poissons, de sorte qu’il vous sem- “ blerait qu’ils viennent d’être pêchés. ” 4
A côté du marché s’ouvrait la grande place
1 Statuette Ibid. PI. 83 n° 3.
* Théophr. Caract. II.
* Aristoph. Lysistr. 561-564.
4 Athén. L. VI, ch. 2 .
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publique, l’Agora proprement dite. La rue principale la traversait sur un côté, et sur les trois autres se dressaient des portiques doriques sans étage où s’ouvraient trente et un magasins. Dans l’un d’eux, un cabaret en sous-sol, on a trouvé une masse de tessons, de débris d’amphores et de coupes à boire. De l’autre côté de la rue, au nord, surélevé par une longue rangée de gradins, régnait un grand portique à double colonnade, dorique à l’extérieur, ionique à l’intérieur, la hiéra stoa, portique sacré,sous lequel, dans le fond, étaient aménagés les locaux de l’administration municipale et où étaient dressés un calendrier, les actes officiels, les décrets, les lois et les traités de la ville. On voit encore, aux deux extrémités, des exèdres où se tenaient les gardiens.
La place et les portiques, sous lesquels on se réfugiait contre le soleil ou la pluie, étaient encombrés de tout un monde de monuments de toutes sortes : statues de marbre ou de bronze, quelquefois doré, de grands personnages, des rois Séleucos et Antiochos de Syrie ; statue équestre en bronze d’un bienfaiteur de la ville ; monuments votifs de l’agoranome à Hermès et à Aphrodite ; monuments consacrés par le peuple, la tribu ou les vainqueurs dans les jeux; des tableaux étaient appendus aux murs, des stèles inscrites mentionnaient les honneurs que s’étaient acquis des
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citoyens et ordonnaient de leur distribuer des couronnes. 1 Partout étaient semés les bancs et les exèdres. Au milieu de la place dallée de marbre s’élevait le grand autel public, où chaque mois le Stéphanophore, le plus haut magistrat de la ville, sacrifiait au nom du peuple à Zeus et à Héra et accomplissait, dans les circonstances importantes, les cérémonies solennelles. Un peu plus loin, contre deux monuments votifs, des bases carrées, percées de trous et disposées en rectangle, indiquent l’emplacement où venaient s’engager des madriers en bois portant une estrade.
Parmi ce petit peuple de statues et de monuments s’animait la foule aflàirée ou flâneuse des passants. La vie du Grec d’autrefois, comme aujourd’hui, est toute entière au dehors ; la femme reste au logis, soucieuse des soins du ménage, la place publique est le rendez-vous de tous les citoyens. “ Chacun d’eux va et vient dans “ l’agora, occupé de mille choses, pour un intérêt <c public ou un intérêt privé. ” 2 Les uns vont à l’assemblée, les autres plaider ou siéger en justice, d’autres vont de boutique en boutique, moins pour faire des achats que pour s’attarder à d’interminables discussions et marchandages, où ils déploient
1 Wiegand, loc. citât, ch. VI, p. 206 et suivantes.
2 Démosth. contre Aristogit. I, 46.
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toutes les subtilités de leur dialectique. L’art du marchandage, qui se poursuit pour un seul objet des jours et même des semaines entières, est une joie dont notre vie hâtive à perdu le sens. u Com- M bien veux-tu de cette paire de sandales ? — Fixe “ le prix toi-même. — Combien vaut-elle pour toi ? w De cette façon tu ne risques pas d’être trompé. M —Dis le prix sans barguigner.—Cette paire vaut “ une mine : si Pallas elle-même venait l’acheter, cc je n’en rabattrais pas un quart d’obole. ” 1 * 3 Chez les barbiers a affluaient et s’installaient les plus “ infatigables parleurs ” *, les dernières nouvelles s’y débitaient qu’apportaient les marins de Rhodes et les colporteurs de Sardes. D’après Plutarque, c’est un barbier qui aurait par ses indiscrétions livré Athènes à Sylla 8 et c’est un coiffeur qui répandit à Athènes le désastre de la flotte de Sicile. 4 * Le Juste, dans les Nuées d’Aristophane, se plaint que la place publique arrache les jeunes gens au gymnase et il se propose de leur apprendre à haïr l’agora. 6
Sous le portique sacré avaient lieu à la fin des
1 Hérondas Mime, VII, cité par Jardet loc. cit. p. 516-517.
* Plut, du Bavard. 13.
3 Ibid. 7.
4 Ibid. 13.
4 Nuées vers 991.
Paires 120—121
Prienk. L’Ecclesiastkriqx
Priène. Fontaine Publique.
(voir pp . 114 .)
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grandes fêtes, ou lors de l’entrée en charge des principaux magistrats, les grands banquets solennels, et les processions qui, au son des flûtes, se déployaient sur la place dans l’accomplissement liturgique des grands sacrifices.
Ce portique se prolongeait par d’autres édifices publics. D’abord à l’angle d’une rue montante et de la rue principale, le Prytanée, une cour carrée à ciel ouvert entourée de chambres. C’était le foyer commun de la ville, où brûlait perpétuellement le feu sacré, image de la continuité de la vie de la cité depuis l’époque lointaine où les premiers colons l’avaient amené de l’hestia publique d’Athènes. Chaque maison avait son hestia et son feu particulier, protecteur et purificateur de la vie domestique ; le Prytanée était la grande maison commune où se concentrait l’âme de la ville, la source de prospérité et de pureté de la communauté. On brûlait sur l’autel les parties des victimes qu’on réservait aux dieux, on venait y recueillir le feu sacré dont on ranimait les foyers qui s’étaient éteints; lorsque la ville était aux mains des ennemis profanateurs, il arrivait qu’on dût éteindre le feu public pour qu’il ne contractât de la présence hostile et étrangère aucune souillure ; puis on allait, lorsque la ville avait recouvré la liberté, reprendre en grande pompe et avec toutes les
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prescriptions liturgiques, sur quelque autre autel saint et vénéré, la braise nécessaire pour le rallumer. Gu* toute espèce de feu n’est pas le feu sacré, il n’a pas le même caractère ni la même qualité divine. Lorsque la ville fondait une colonie lointaine, elle avait soin de charger un magistrat d’y emporter une part du foyer, pour y faire revivre une parcelle de l’esprit de la mère patrie.
On aperçoit encore dans la cour un double bassin où s’accomplissaient les lustrations et des vestiges de tables où l’on disposait les offrandes. Le foyer étant dans l’une des pièces qui environnaient la cour, celle de l’angle sud-est.
La ville offrait aussi dans le Prytanée des repas en commun à ses hôtes de renom.
Entre le Prytanée et l’extrémité orientale du portique sacré, est un des édifices les mieux conservés, le plus instructif et en même temps le plus propre, par son élégante sobriété et le soin avec lequel il a été construit, à nous faire apprécier le goût, le savoir et la grâce dont ont fait preuve les architectes de Priène.
C’est une chambre rectangulaire garnie de gradins de marbre sur trois côtés, seize au mur de fond, dix sur chaque côté. Le quatrième est occupé par un mur percé de deux portes et d’une grande fenêtre en plein cintre, contre la base de laquelle