‹ Villes mortes d'Asie mineureChapitre 12 sur 19 · PRIONS · texte numérisé non relu

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s’appuie un grand banc de marbre et deux autres bancs en retour ; au milieu de la salle s’élève un autel délicatement sculpté. 1 Au dessus des gradins se dressaient les murs, où s’appuyaient des pilastres doriques supportant la toiture.

On accédait dans la salle par deux couloirs, sur lesquels ouvraient les deux portes et d’où montaient des escaliers ; deux autres portes étaient percées, l’une au mur de fond, l’autre à l’un des murs latéraux et faisaient communiquer le haut de la salle avec les rues environnantes.

C’était le lieu de réunion de l’assemblée du peuple, l’Ecclésiastérion que mentionne Vitruve* à propos de la ville voisine de Tralles, mais qui devait servir aussi à d'autres usages : au Sénat, à la Boulé et à la Cour de Justice, aucun autre édifice découvert dans les ruines ne paraissant pouvoir s’adapter à ces rôles. Sur les gradins, qui pouvaient contenir 540 places, s’asseyaient les membres de l’assemblée, sur ses bancs son bureau et sans doute des invités de marque venus de villes étrangères ; dans l'espace libre entre les bancs et l’autel se tenait l’orateur. L’autel *, servait aux sacrifices solennels qui inauguraient les cessions, et aux sacrifices ordinaires qui, de

1 Voir photographie n° 21, pp. 120-121.

* Vitruve VII, 5, 5.

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coutume immémoriale, précédaient les séances.

Les renseignements positifs que nous avions, jusqu’à ces fouilles de Priène, sur les édifices où se tenaient les assemblées du peuple étaient fort pauvres. Nous savions bien par la Pnyx d’Athènes que les Grecs avaient adopté pour y tenir ces réunions le type de la salle en forme de théâtre ; mais l’Ecclésia d’Athènes se tenait à ciel ouvert et ne parait pas avoir disposé de sièges fixes ; il n’en reste d’ailleurs que des fragments de murs et l’emplacement de la tribune. Sparte parait avoir possédé une salle couverte, dont Pausanias 1 attribue la construction au vieil architecte ionien Théodoros de Samos (VI e siècle av. J. C.). Comme pour les gymnases et les agoras à cour rectangulaire entourée de portiques, il n’est pas improbable que la mode en soit née en Ionie, dans ces villes confortables et prospères où la vie s’épanouissait aisément. L’Ecclésiastérion de Priène, dont la construction ne remonte pas au delà du III e siècle, devait être conforme au type traditionnel ; on a retrouvé, dans d’autres ruines de la vallée du Méandre 2 et dans des régions plus éloignées de l’Asie Mineure, des vestiges d’édifices analogues, montrant bien qu’il s’agit d’un type répandu et généralement adopté.

1 Paus. III, 12, 10.

* Voir notamment Milet, ci-dessous, p. 184.

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Il présente donc pour nous le vif intérêt de nous renseigner sur ce modèle, de nous révéler, par son excellente conservation, l’art aimable et sûr dont s’étaient rendus maîtres à la bonne époque les architectes ioniens et de faire revivre devant nos yeux le cadre étroit et sobre où s’assemblaient pour délibérer les citoyens des libres cités hellènes.

Comme l’agora était le lieu de réunion des citoyens, en quelque sorte leur bureau et leur salon, les deux gymnases et le stade de Priène, (dont le premier, plus ancien, a été mis à jour audessus de l’Ecclésiasterion, et les deux autres plus récents, au sud contre l’enceinte), sont l’endroit où s’assemble la jeunesse, où elle s’amuse, s’exerce et s’instruit. La vie des enfants, des éphèbes et des jeunes gens ioniens, comme de ceux d’Athènes, est une vie libre et de plein air. Ce n’est pas chez les Grecs et surtout ceux d’Ionie que nous verrions des enfants tenus en laisse par leurs parents au logis et dans la rue, ou courbés pendant huit ou dix heures de jour sur un pupitre à faire un thème Egyptien ou une version Syrienne ! “ Entrés dans le gymnase, nous dit Socrate, 1 nous trouvâmes u que les jeunes garçons avaient sacrifié et que les “ cérémonies étaient déjà presque achevées. Ils K jouaient aux osselets et étaient tous parés. La

1 Platon, Lysis III, 206 et suivantes.

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“ plupart s'amusaient au dehors dans la cour ; “ quelques-uns, dans un coin de l’Apodytérion, “ jouaient à pair ou impair avec un grand nombre “ d’osselets qu'ils prenaient dans une corbeille, (i d’autres alentour regardaient et, parmi eux, Lysis “ qui se tenait debout dans un groupe de jeunes “ gens et d’enfants, la couronne sur la tête, d’une c< figure vraiment rare et digne d’être appelé non “ seulement beau, mais beau et noble (koXoç « “ icàyo^ç). Pour nous, nous allâmes nous asseoir “ du côté opposé, où l’on était tranquille, et nous “ commençâmes à nous entretenir. ”

Le local du gymnase où Platon a placé cette scène du Lysis est bien identifié, c’est la salle principale, réservée aux exercices des éphèbes, où Socrate, sans doute pendant l’intervalle de ces exercices, assemblait la jeunesse à Athènes. L’éphèbéion de Priène est une grande salle rectangulaire ouvrant sous l'une des colonnades du gymnase par un portique à deux colonnes ioniques; à l'intérieur,le long des murs,ornés d’arcades et de colonnes corinthiennes à demi engagées, sept bases en pierre sont en place qui portaient une rangée de bancs. Des centaines d'inscriptions, donnant les noms des jeunes gens, couvrent les murs et les fragments de colonnes. A droite et à gauche de l’éphèbéion ont été retrouvées les diverses salles que décrit

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Vitruve comme constitutives des gymnases : 1 le corykeion, où les jeunes s’exerçaient à frapper de gros ballons de cuir ; le conisterion, où ils se frottaient de sable fin avant la lutte; Félaiothésion où ils s’oignaient d’huile ou bien, suivant une autre interprétation, où étaient déposées les amphores contenant le liquide ; le bain enfin, dans toute la simplicité des bains grecs, où l’on a retrouvé une longue file d’auges ornées de têtes de lion.

“ Je les voyais tout à l’heure quitter leurs “ vêtements, s’oindre d’huile et tour à tour se “ frotter l’un l’autre d’une manière fort paisible ; “ puis tout à coup ils se sont élancés les uns contre <c les autres tête baissée, frappant du front comme <c des béliers. Les uns étroitement embrassés se “ donnent des crocs en jambe, d’autres se serrent “ avec force et se ploient comme des osiers. En “ voici qui roulent ensemble dans la poussière “ comme des pourceaux. Ceux-ci dans une fosse “ profonde remplie de sable en répandent l’un K sur l’autre; ceux-là s’agitent, sautant comme s’ils “ couraient, et cependant restant à la même place.” 8 Il y avait encore des exercices de course, de saut, de lancement du disque et du javelot. Dans la

1 Vitruve, V. II.

2 Lucien Anacharsis ou des exerc. du corps, I.

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cour s'assoient les enfants nus “ les cuisses “ relevées de façon à ne montrer aux autres rien “ d'immodeste ; en se levant ils ont soin d'efiâcer “ leur empreinte sur la poussière pour ne laisser aucune trace lascive.” 1 Dans le stade (191“ de long sur 20“ de large), bordé d'un côté par une longue série de gradins que surmontent sur toute la longueur un large passage et une colonnade dorique où l'on se réfugiait en cas de pluie, avaient surtout lieu les représentations athlétiques et les concours des grandes fêtes.

Ce qui est caractéristique de cette vie des enfants et jeunes gens grecs c'est d'abord la vie en plein air. “Tu passeras ton temps aux gymnases, frais “ et brillant de jeunesse. Tu descendras dans les “jardins, dit le Juste dans les Nuées d'Aristo- “ phane, 3 folâtrer sous les oliviers sacrés, couronné “ d’un blanc roseau, avec un sage ami de ton âge ; “ tu y respireras les senteurs du liseron, les doux “ loisirs, les parfums du peuplier blanc, l’enivre- “ ment du printemps, quand le platane mêle son “ murmure à celui de l’ormeau.” C’est ensuite l’heureux mélange de la vie intellectuelle, artistique et physique. La base de l'éducation était la récitation des poètes, l'art de la cithare et de la

1 Aristoph. Nuées, vers 973, 976.

* Ibid, vers 1002 et suiv.

Pages 128—129

Prièxe. Gradins du Théâtre.

Cvoir f>f>. 1 14. ns-iio.)

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flûte. C’était aussi la danse “ qui n’était pas seulement un divertissement agréable et frivole ” ; elle était comme une fonction religieuse,qui “établissait “ dans la vie une harmonie chaleureuse et vivante, “ exprimait les sentiments les plus nobles et les “ plus profonds de l’âme,” 1 la sérénité d’Apollon, la gaieté de Pan, la douceur d’Aphrodite et l’exaltation de Dionysos. Quant aux exercices du corps, il résulte de maints témoignages anciens, qu’ils n’étaient pas un but en soi, mais bien, par le maintien de la souplesse et de la vigueur du corps, le moyen, suivant la belle expression de Platon, de produire dans la beauté. On comprend, en songeant à cette qualité harmonieuse de la vie de la jeunesse, le regret mélancolique et profond auquel se laisse aller Périclès devant la tombe des jeunes gens morts pendant la première année de la guerre : “ L’année a perdu son printemps.” *

La vie religieuse des Prièniens se partageait entre les vieux cultes traditionnels de la patrie hellénique et les cultes nouveaux, d’origine orientale, dont commençait à s’éprendre l’hellénisme finissant.

C’était d’abord, pour ne parler que des cultes

1 Isadora Duncan dans Excelsior, 18 janvier 1911.

* Cité dans le charmant article de Taine : “ Les Jeunes gens de Platon,” “ Essais de critique et d'histoire ” p. jo.

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dont les monuments ont été dégagés par les fouilles, la religion d* Athéna Polias, dont le temple célèbre , 1 précédé d’un propylée et bordé par un long portique, était par sa délicatesse, son élégance, sa décoration, l'absence de frise entre l’architrave et la corniche, le type classique le plus pur de l’architecture ionique. Il avait été dédié par Alexandre et, sur la terrasse qui domine le niveau de l’Agora, construit par Pythios, génie multiple, qu’on a comparé à Michel-Ange,* architecte, sculpteur du Mausolée d’Halicarnasse, esthéticien et théoricien de l’ionisme dans l’art.

Au dessus de la ville, aux pieds de l'Acropole, en pleine nature, parmi les champs qu’elles fécondent, les déesses Eleusiniennes, Déméter et Korè, habitaient leur sanctuaire entouré de murs qui enfermaient une grande cour, une fosse à sacrifice et un temple d'une disposition très particulière. Plus haut encore, à même le rocher où était taillé leur sanctuaire, veillaient sur la cité et la dominaient les héros éponymes, comme le héros Naulochos, le créateur de l’ancien port, qui avait aussi sa statue dans une niche à la porte d’entrée de la ville. C’était enfin près de l’Agora le temple du

i Voir photographie n° 22, pp. 128-129.

* O. Rayet. Le temple d’Apollon Didyméen, Gazette des Beaux Arts, 1876.

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dieu guérisseur, Asklépios, T “ ami du pauvre monde,” 1 entouré de chambres et de salles, modèle aussi de l’ionisme le plus pur.

Quant aux dieux étrangers, on a trace, à l’ouest de la ville, non loin de l’entrée, d’un sanctuaire de Cybèle, avec une fosse à sacrifice ; une statuette en marbre a été trouvée dans l’enceinte, représentant la vieille déesse Phrygienne de la terre et de la fécondation, qui sur un char traîné par des lions, parcourait le pays en se lamentant sur la mort de son amant Attis ; le cortège de ses fidèles, enivrés de clameurs, éperdus d’enthousiasme sacré, la poursuivaient en poussant des cris qu’accompagnaient le cliquetis des castagnettes, le son des flûtes, les coups de tambourin et le tumulte des cymbales de cuivre. *

C’était ensuite, adjacent au gymnase supérieur, le grand sanctuaire des Dieux Egyptiens, Isis, Osiris, Sérapis, Anubis, introduits à Alexandrie par le premier Ptolémée et qu’accueillirent les Prièniens, vers le milieu du IIP siècle, à l’époque sans doute où elle soumit son différend avec Samos à l’un des hauts officiers de Ptolémée Philadelphe. * Il consiste en un rectangle de 47“ sur 31 bordé, sur l’un

1 <fn\ 6 \aoç Pausanias III, a», 9.

* Catulle, LXIII.

* Greek Inscript, in the Brit. Mus. III. n. CCCCIII, 153.

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des grands côtés, d’une halle et où l’on pénétrait par un propylée et une porte latérale. Un autel colossal en occupe le centre ; aucune trace de temple n’y a été découverte. Ce dernier détail et la simplicité de la disposition du local paraissent exclure l’existence de ces mystiques représentations de la mort du dieu, déchiré en lambeaux et dont la déesse rassemblait les membres épars pour le ramener à la vie, et de ces scènes pompeuses et solennelles que nous décrivent, par exemple, les peintures murales d’Herculanum. 1 Le culte des dieux Egyptiens, comme celui de Cybèle, avait dû être fortement tempéré par l’esprit équilibré et sain des Ioniens de Priène et devait consister principalement, à la façon du vieux rituel hellénique, en de grands sacrifices brûlés sur l’autel et de grandes processions évoluant et se déroulant par les rues et les portiques de la ville. *

Il faut signaler un dernier édifice, bordant la rue près de la porte de l’ouest, formé d’une cour à portique et de chambres adjacentes, qu’une inscription désigne comme une maison sacrée, hieros oikos, et une autre comme un <c sanctuaire pur où l’on entre en vêtements blancs ”. Sa dis-

1 Pitture d’Ercolano II, 60 et p. 12 Pitture II 99.

* C’est l’idée de M. Wiegand, loc. cit. p. 170.

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position, son emplacement au milieu des maisons, écartent l’idée d’un temple et suggère celle d’un lieu de réunion pour le culte fermé d’une de ces confréries cultuelles et mystiques, qui ont commencé à pulluler à la fin du paganisme, et nous offrent une première image des communautés pauliniennes en Asie.

Les fouilles n’ont pas révélé à Priène de sanctuaire de Poséidon. Son culte s’étendait bien audelà des murs de la ville et de l’époque où nous sommes placés : il embrassait tout le territoire de l’Ionie et maintenait entre toutes les populations ioniennes d’Asie mineure l’unité d’esprit et de sentiment, qui s’était établie entre leurs très vieux ancêtres sur les terres grecques de l’Europe et s’était conservé fidèlement depuis l’époque lointaine de leur émigration. Le dieu des montagnes agrestes de l’Hélicon, Poséidon Hélikonios, amené sans doute, par les premiers Ioniens, des plaines de la Thessalie riche en chevaux, 1 où il avait joué un rôle important dans l’unification des premiers clans, était le lien vivant et le protecteur de la confédération des douze cités ioniennes d’Asie.* Chaque année probablement, et chaque fois que

1 Farnell, The Cuits of Greek States, t. IV, pp. 10-11 et 29-32.

* Milet, Myos, Priène, Ephèse, Colophon, Lébédos, Téos, Clazomènes, Phocée, Samos, Chios et Erythrai (Hérodote, I, 141-143).

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des intérêts généraux les appelaient à une délibération commune, elles réunissaient leurs envoyés aux pieds du Mont Mycale, “ qui plonge dans M l’eau ses escarpements d’un gris clair et chaw toyant, sur lesquels l’ombre des ravins dessine w des stries sombres, ” 1 et, dans de grandes fêtes, les Panionia, où s’éployait l’harmonie des cortèges et où montait dans l’atmosphère marine la fumée des sacrifices, elles conviaient leur Dieu National à participer à leurs préoccupations et à leurs succès. C’était un jeune homme de Priène, peutêtre le Stéphanophore, qui présidait aux sacrifices; l’administration du culte était partagée entre les confédérés. *

A la vie religieuse tiennent de près les représentations dramatiques, qui sont nées de la liturgie et n’ont cessé, comme la danse et la musique, d’être une fonction religieuse, à laquelle participait la divinité. Le théâtre de Priène nous intéresse à un autre point de vue. Avec ses huit rangées de gradins qui ont été dégagées, son banc et ses fauteuils de proèdrie, son autel trouvé en place, son orchestre, ses parodoi, ses portes, sa scène et

1 Rayet et Thomas, Milet et le golfe Latmique, p. 23.

* Sur les Panionia : Homère Schol. Iliade, 20, 204 ; Hérod. loc. citât.; Strabon, VIII, 7, 2 ; XIV, 1, 20 ; Diodore, XV, 49 ; Philostrate, Apoll. IV, 5 ; Pausanias, VII, 24, 5 ; Steph. Byz. s. v. Panionion.

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son proskenion en parfait état, 1 il est de tous les théâtres grecs le mieux conservé ; plus qu’aucun autre il nous donne l’impression de la réalité et vient apporter une quasi certitude dans la question tant controversée du logeion, c’est à dire de l’endroit où parlaient les acteurs.

Ce théâtre est peut-être de tous les monuments de Priène le plus aimable et le plus attrayant. Dans la dépression de la colline où il se creuse, parmi les herbes, les fleurs, les bouquets de lauriers et de chênes nains, sans horizon, mais dans l’intimité et la vérité historique d’un espace restreint et limité par une charmante architecture, tel qu’aucun autre théâtre grec n’en présente, on y goûte à l’ombre, sous le ciel clair, le repos et le silence les plus doux et les plus évocateurs.

L’autel de Dionysos, la thymélé, où sans doute la statue, incarnation du Dieu, venait comme à Athènes prendre part au spectacle, au moins aux temps anciens, est en dehors de l’orchestre, entre cinq beaux sièges d’honneur, dont les formes élégantes et sobrement sculptées viennent s’insérer dans le banc de marbre de la première rangée des gradins.

Les bâtiments de la scène comprennent la

1 Voir photographie n° 23, pp. 128-129 et photographies n°* 24 et 25, pp. 136-137.

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scène proprement dite, (composée d’un rez de chaussée à trois pièces ouvrant par trois portes sur le devant, et d’un étage), et un petit portique parallèle au mur antérieur du rez de chaussée, à une distance de i“70, formé de douze petites colonnes doriques engagées dans des pilastres, et supportant une architrave à triglyphes et une corniche très saillante, 1 parfaitement conservées, avec des traces très visibles de polychromie rouge et bleue.

C’est la partie supérieure de ce portique, de niveau avec l’étage de la scène qu’on a appelé le logeion, le lieu où l’on parle et où en réalité on ne parlait pas, ou rarement, à Priène, jusqu’au II a siècle. Il n’est pas douteux qu’avant cette époque, acteurs et choristes étaient mêlés dans l’orchestre et que les premiers ne montaient au-dessus du proskénion que pour certains effets de scène particuliers. On voit encore en effet sur les pilastres les rainures où venaient, dans l’entrecolonnement, s’engager les panneaux de bois où étaient peints les décors mobiles ; seuls les trois entrecolonnements correspondant aux portes des trois chambres du rez de chaussée, devant la scène, où aucune rainure n’est apparente, restaient libres, fermés par des portes à double vantail, dont l’emplacement des gonds est encore bien visible. Ce sont

1 Voir photographies n°® 24 et 25, pp. 136-137.

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