‹ Villes mortes d'Asie mineureChapitre 13 sur 19 · Prièxe. Le Proskéxiox du Théâtre · texte numérisé non relu

Prièxe. Le Proskéxiox du Théâtre

(voir 66. 11 a. iiz-iia.'

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les trois portes traditionnelles par où, avec les portes latérales, la troupe et les acteurs faisaient leurs entrées et sorties. Un autre détail est au moins aussi probant : c’est l’emplacement des cinq sièges et du banc d’honneur : la proèdrie, où prenaient place les prêtres et les principaux magistrats ou invités de la cité. D’aucun de ces sièges, l’expérience a été tentée, on n’aperçoit complètement un personnage juché debout sur le proskénion à 2 m 70 du sol. Quand, à l’époque romaine, le proskénion fut aménagé pour le jeu de plus nombreux acteurs et leurs évolutions plus compliquées, ces sièges privilégiés du rang inférieur cessèrent d’être les meilleurs et le banc de proèdrie fut remonté au cinquième rang, où il est un peu au-dessus du niveau de la nouvelle scène. En même temps le mur de la scène fut reculé de deux mètres et richement décoré, pour laisser la place aux acteurs et faire un décor de fonds ; entre les pilastres du proskénion, on établit, sauf au droit des portes, une cloison fixe en mortier peint dont un fragment est encore en place.

La question, comme on le pense, ne présente pas seulement un intérêt archéologique, elle est essentielle pour quiconque veut se représenter les rapports qu’offrent entre eux, dans les pièces du théâtre grec, les personnages et le chœur, le dialo-

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gue et les chants, et évoquer dans leur milieu réel et leur vérité les sentiments dont nos textes animaient les spectateurs et que voulaient provoquer les auteurs. L'aménagement du théâtre grec dérange nos idées et choque nos préjugés. Déjà, par l'extrême simplicité de son décor, l'absence presque totale de l'illusion de la scène, le développement important du lyrisme et des chants, il va complètement à l'encontre de nos habitudes, diraije de nos besoins ? Que pensera-t-on s'il faut imaginer acteurs et spectateurs au même niveau, tout proches les uns des autres, sans aucune barrière entre le monde de la réalité et celui de la fiction ?

Mais nous oublions que la vie du peuple grec faisait corps avec celle de la nature, loin d’être, comme la nôtre, isolée dans de grandes villes aux hautes murailles de pierre, où l'on aperçoit à peine le ciel ; que les paysages, la mer, les bois et les montagnes, que nous oublions pendant dix mois sur douze à tel point que nous éprouvons une sensation d’étonnement à les revoir, emplissaient sans cesse leurs yeux. Nous oublions aussi que le peuple grec était avant tout un peuple d'artistes, que l’art, relégué dans notre vie au rang d'un divertissement, tenait dans la sienne infiniment plus de place que dans la nôtre. N'étant

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pas sevré de beauté dans sa vie quotidienne, il n’avait pas à se recréer un monde fermé d’illusion; vivant de plain-pied avec les personnages de ses drames et de ses comédies, il n’avait pas à les repousser sous les feux de la rampe dans un monde inaccessible ; le sourire de la nature et l’éclat du soleil étaient inséparables pour lui de la joie et de la tristesse que créaient ses poètes ; la réalité et le luxe des décors le cédaient pour eux à la beauté du verbe, au charme ou à la gaieté de l’imagination. Ne serait-ce pas bien plutôt lui qui aurait lieu de s’étonner et de perdre tout sens de la réalité, en voyant ses héros s’avancer entre les murs d’une boîte close, tapissée de grenat et d’ors, affublés d’une académique draperie, caricature de l’harmonieux chiton, et débiter dans l’atmosphère factice, au-dessus d’un rang de fausse lumière, avec des gestes noblement solennels, les formules guindées et froides de nos traducteurs ? “ O hom- “ mes parisiens, dirait Démos, est-ce ici que s’est “ réfugié Dionysos, sous votre ciel inclément ? K Cette petite chambre close et sombre, ornée à la “ mode barbare de couleurs dures et de massives u dorures, est-elle vraiment un lieu convenable “ pour rire et pleurer du beau spectacle de la vie ? “ Est-ce là, d’une part, tout ce que représente “ votre progrès moderne, et est-ce, d’autre part,

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