I 4 O PRIÈNE
“ certes aussi, un milieu propre à élever votre “ esprit ? ”
Nous avons suivis les Prièniens sur l’agora, à l’hôtel de ville, aux gymnases et au stade, dans les sanctuaires et au théâtre, il nous reste à les voir chez eux.
Jusqu’à la fin du siècle dernier, l’habitation des Grecs ne nous était connue que par les allusions de certains textes 1 et par des vestiges indistincts de quelques bourgades. Mais dans ces dernières années les fouilles de Sélinonte, de Pergame, de Théra, de Délos * surtout nous ont fourni des indications abondantes et précises. Celles de Priène nous ont donné des habitations, pour la plupart moins bien conservées que celles de Délos, mais qui forment un ensemble plus considérable, 8 et nous éclairent sur un type de construction intéressant, plus ancien peut-être et qui était jusqu’ici à peu près inconnu.
La maison antique s’enfermait sur elle-même ; au lieu de s’ouvrir au dehors comme la nôtre par de
1 Principaux textes qui font allusion aux maisons : Xénophon Econom. IX; Mémorab, III, 8. Platon, Protag. 6, 7, Lys. de coede Eratosth. I, 9. Aristoph. Thesm. 797 et nombreux autres passages. Galien De antidotis, I, 3, XIV, p. 17 Kuhn. Vitruve, VI, 10, 1, 3.
3 Bullet. de cor. hell. XIX, 1895.
3 340 maisons environ ont été mises à jour.
PRlÈNE
nombreuses fenêtres en façade, elle était entièrement close, sur la rue, au rez-de-chaussée 1 tout au moins, et sa vie retirée loin du bruit et de l’agitation du dehors, se concentrait à l’intérieur autour d’une large cour à ciel ouvert par où le soleil, l’air et la lumière pénétraient abondamment.
Les maisons de Priène ouvraient pour la plupart, par une porte munie d’un marteau de métal, sur une rue peu fréquentée ou une impasse ; lorsque la porte ouvrait sur une rue plus animée, elle donnait accès à un long couloir étroit communiquant avec la cour et aboutissant, à l’extrémité, aux chambres principales. On ne risquait pas ainsi “ de surprendre brusquement la femme ou la “ fille au milieu de la cour, ou un esclave roué de “coups ou des servantes qui pleuraient.”* Ces chambres étaient séparées de la cour par un vestibule, la prostas , qui, dans les maisons un peu importantes, était pourvue d’une colonnade reposant sur plusieurs marches. Elles étaient placées ainsi en bordure de la cour, d’un seul côté, exposées
1 C’est d’un balcon, d’une sorte de loggia sur rue que parlent les femmes d’Aristophane dans les Thesmophories 797 : “Si nous nous “ mettons à la fenêtre chacun de vous veut voir cette peste que nous “ sommes ; si nous nous retirons, par pudeur, chacun désire bien “ plus encore que cette peste se penche de nouveau. ”
* Plutarque, De curios., 3.
PRIÈNE
au midi, et éclairées par la prostas qui les protégeait contre l’ardeur du soleil... “Socrate disait que “ la commodité d’une maison en constitue la “ véritable beauté ;... quand les maisons regardent “le midi, le soleil pénètre en hiver dans les “ appartements et en été, passant au-dessus de nos “ têtes et par-dessus les toits, il donne de l’ombre.” 1 Un proverbe moderne dit qu’une maison, qui ne voit pas le soleil, voit le médecin.*
Dans d’autres maisons, des chambres plus petites sont annexées sur deux ou sur les trois autres côtés. Lorsque la cour est entourée toute entière d’un portique, sur les quatre côtés, on a le type de la maison à péristyle, semblable sur ce point à la maison Pompéienne, et dont Délos nous a donné de nombreux exemples. C’était le seul type de maison bien connu jusqu’aux fouilles de Priène.
Ici la maison à péristyle est rare et plus récente que la maison à prostas, dont elle parait dériver par une série d’intermédiaires. La photographie n° 26 3 montre une ancienne maison à prostas, où le couloir d’entrée était constitué par un portique bas donnant sur la cour, qui était ainsi pourvue de
1 Xenoph. Memor. III, 8 et aussi Econ. IX.
* <ntiTi irov èev fiXéiret rjXiov fiXénei rov larpôv.