‹ Villes mortes d'Asie mineureChapitre 17 sur 19 · Milet. Façade de la Mosquée · texte numérisé non relu

Milet. Façade de la Mosquée

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(voir p. /05.)

Milet. La Mosquée.

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" pourvu à mes besoins et à ceux des personnes “ qui étaient avec moi. Je vous ai montré de toutes <c manières que c’est en travaillant ainsi qu’il faut “ soutenir les faibles, et se rappeler les paroles du t€ Seigneur qui a dit lui-même : il y a plus de bon- “ heur à donner qu’à recevoir. ”

u Après avoir ainsi parlé, il se mit à genoux, et “ il pria avec eux tous. Et tous fondirent en larmes, “ et, se jetant au cou de Paul, ils l’embrassèrent, w affligés sourtout de ce qu’il avait dit qu’ils ne " verraient plus son visage. Et ils l’accompagnèt€ rent jusqu’au navire. 1 ”

Quand Paul s’embarqua, Milet n’avait rien perdu de sa position sur la mer, à la fin du siècle elle n’aurait été d’après Pline qu’à 10 stades (environ 3700m) 8 de l’embouchure du Méandre; à l’époque de Pausanias (173 apr. J. C.) tout l’espace entre Priène et Milet était rempli par les alluvions, mais un chenal était encore ouvert entre Milet et cette nouvelle plaine. L’ensablement complet fut plus tardif qu’à Ephèse, en raison de l’énormité du golfe qu’eut à combler le fleuve ; le phénomène est identique, mais ses proportions sont beaucoup plus

1 Actes XX, 16 à la fin.

* Le stade alexandrin et romain est de 184“ 8375 Dict. des Ant. grec, et rom. S. V. Stadium, p. 1456.

considérables. 1 Si Ton adopte les calculs de E. Rayet, l’immense vague de sable de près de quinze kilomètres de largeur aurait avancé d'abord à la vitesse de 1200“ par siècle, puis de 600 mètres en moyenne, à mesure que l'espace à remplir s'élargissait, et ce serait au IV e siècle après notre ère qu'il faudrait placer l'ensablement total des ports de Milet. * Le travail continue de nos jours ; il prolonge dans la mer un long promontoire de boue qu'entourent des marécages et qui a déjà plusieurs kilomètres de longueur ; il ne reste du Golfe Latmique qu'un grand lac, dont le bord occidental est à dix-huit kilomètres de la côte, à peu près exactement le double de la distance qui sépare Palatia de la mer.

Isolée de la mer, dévastée en 178 par un grand tremblement de terre, ayant perdu l'énergie nécessaire pour poursuivre sa longue carrière, dont les débuts si éclatants semblent l'avoir épuisée, l'histoire de Milet est sous les empereurs byzantins et les Turcs celle d’une longue décadence. Au temps byzantins a été construit le castel en ruine au dessus du théâtre et une grande basilique dont les restes ont été récemment découverts par

1 Voir planches V et VI, en fin du volume.

* O. Rayet, Milet et le Golfe Latmique, pp. 31, 32, d’après Tchihatchef, Asie Min**, Géologie, ch. III, p. 438-440. Voir E. Reclus, N u * Geogr. univ., t. IX, p. 515.

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M. Wiegand, 1 avec de beaux pavements historiés, décorés d’animaux et de motifs géométriques ; elle est de style alexandrin, pénétré d’orientalisme, et offre un intermédiaire intéressant entre les premières basiliques chrétiennes orientales et S*® Sophie de Constantinople à laquelle elle est antérieure. Du début de l’époque ottomane est la belle mosquée en ruines qui repose dans l’ombre douce de grands arbres à l’est du village ; elle n’est plus visitée que par les cigognes, qui, en hiver, y font leurs nids. Elle est de la fin du XV e ou du commencement du XVI e . Sa coupole n’a pas l’élancemerit et la hardiesse de celle d’Ephèse, mais sa décoration est plus sobre et plus pure. Avec ses fenêtres ornées de dentelures, sans stalactites, son beau revêtement de marbre, son remarquable portail où se superposent au dessus de colonettes sculptées des voûtes en anse de panier, de marbre noir et blanc, encadrées par une vaste ogive, elle me parait trahir plus que celle d’Ephèse, l’influence byzantine. * C’est le

1 Wiegand, loc. citât., Sechster Bericht, p. 29-32.

* Voir photographies n 0 * 34 et 35 pp. 192-193.

J’ai été surpris de n’en trouver aucune mention dans le Manuel d’Art Musulman de Saladin (Picard 1907), qui consacre cependant un chapitre à l’architecture musulmane en Asie Mineure ; celle d’Ephèse n’est mentionnée que dans une note d’une ligne, p. 49^9 a.

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dernier charme de Milet qui se défait devant nos yeux. Dans l’ombre bienfaisante de son petit cimetière, où croissent de longues herbes sauvages, on goûte la paix du silence et la suavité d'une grâce qui meurt doucement.

Là bas, sur les ruines figées dans la boue, que l'eau recouvre tous les hivers, c'est la mort définitive.

Le Méandre dans ses embrassements a entraîné Perséphone dans le Hadès, et aucun dieu nouveau n'est venu l'en ravir ; elle a entraîné avec elle sous la terre toute la joie et tous les sourires, et c'est parmi les asphodèles de la demeure des morts que Milet mène aujourd’hui la vie des ombres.

...Aux tombes des héros creusés dans le roc de la colline, j'ai versé comme il convient, dans les cylindres verticaux de terre cuite enfoncés dans le sol et placés pour cet usage devant l’entrée des caveaux, 1 la libation sans vin du culte chthonique. Les Innombrables, que pendant tant de siècles a délaissés le cœur des hommes, réclament des souvenirs du monde des vivants... Il m'a semblé qu’une brise légère, s’élevant parmi la désolation et les miasmes fiévreux, répondait à ma pensée.

1 Voir sur ces vestiges intéressants du culte des morts à Milet : Wiegand, 6*" Bericht etc., p. 27 et fig. 11.

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Quand les morts auront été justement apaisés, le vent frais nettoiera la lagune ; Perséphone remontra de chez son époux, le grain pourpre de grenade à la main, et un grand printemps nouveau, riche de tant de passé, refleurira sur la terre ionienne !

LE DIDYMEION

remplit les yeux de sa clarté ; à droite s’estompent le cap Mycale, Samos, le delta du Méandre, à gauche la longue presqu’île aiguô d’Halicarnasse profile la ligne de ses sommets, en face scintille l’horizon lumineux, parsemé d’îles embrumées, les Sporades asiatiques. On suit les ondulations du plateau aride et tondu, couvert de buissons bas qu’entrecoupent de distance en distance de petits vallons. C’est la pierreuse Carie, dont l’aspect rude contraste avec l’abondante Lydie ; on se sent dans la nature plus primitive, rocheuse et marine, plus vierge de l’oeuvre des hommes. De la baie de Kouvella, l’ancien port de Panormos, où à l’époque classique les Milésiens abordaient pour se rendre à Didymes par la voie sacrée des Branchides, on monte sur le dos du dernier plateau, où, dans la bourgade d’Hiéronda, se dressent les hautes colonnes du temple d’Apollon; dans l’immensité, l’horizon lointain tout autour se développe : du Mycale au Latmos, des bois sombres du Grion à Halicarnasse, et de là, par les îlots rocheux et déchiquetés de Léros, Patmos, et Calymnos, il se referme sur la masse grise de Samos.

“ Le sanctuaire d’Apollon à Didymes et son “ oracle sont plus anciens que l’immigration “ ionienne. ” Ce texte de Pausanias est formel, 1

1 Paus. VII, a, 6.

Pages 200—201

Le Didymeion. Emplacement de l’Avenue

DES BRAXCHIDES.

(voir pp. 160, 204.)

LE DIDYMEION

et le fait que l’autel primitif du dieu était fait du sang des victimes 1 témoigne de sa très haute antiquité. Hérodote nous dit que l’oracle était très ancien et consulté par les Eoliens aussi bien que par les Ioniens. * D’après Callimaque, c’est Artémis que Nélée, le fondateur de la Milet ionienne, amena avec lui 8 et le dieu de la confédération ionienne n’était pas Apollon mais Poséidon. Un autre fait significatif est que la tombe de Nélée n’était pas à Didymes 4 et que son autel s’élevait au cap Poséidon. 5 Ce faisceau d’indications confirme l’allégation de Pausanias.

Mais d’où venait Apollon ? Les textes ne nous fournissent aucune certitude. Toutes les légendes qui font dériver l’ancêtre de la famille prophétique des Branchides de Delphes 8 ne prouvent aucunement l’origine Pythienne du sanctuaire et sont contredites à cet égard par l’affirmation positive de Pausanias. L’autel primitif dont parle cet auteur, aurait été consacré au Thébain Héraklès et des légendes Cadméennes se mêlent en effet, à Didymes comme à Klaros, (où s’élevait un autre sanctuaire

1 Ibid. V, 13, 11.

* Herod. X, 157.

* Cité ci-dessus, p. 151, note 2.

4 Paus. VII, 2, 6.

5 Strabon, XIV, 1, 13.

* Konon Narrat. 33, 44.

LE DIDYMEION

célèbre aussi par les œuvres d’art qui le décoraient. Nous avons parlé des tombeaux et des statues qui bordaient l’avenue des Branchides; 1 dans la cella du temple fut placée à la fin du VI e siècle une colossale statue en bronze éginétique, œuvre du fameux sculpteur Kanakhos de Sicyone. Tout cela fut pillé, incendié lors des ravages que firent les Perses sur le territoire de Milet après la défaite de Ladé. * La statue de Kanakhos fut emportée à Ecbatane. Les Branchides qui avaient fait tous leurs efforts pour empêcher la révolte des Milésiens contre leurs maîtres furent transportés en Bactriane, où Alexandre aurait plus tard massacré leurs descendants, comme fils de traîtres et de suppôts du Mède. * Les fouilles en cours nous réservent sans doute sur toute cette histoire d’intéressantes surprises.

L’oracle était établi sur une fissure de rocher où coulait une source, 4 qui ne manquait pas d’être entourée de merveilleux, car elle aurait jailli au promontoire de Mycale et, passant sous le golfe de Milet, aurait réapparu au port de

1 Voir ci-dessus p. 160 et photographie n° 36, pp 200-201.

* Herod. VI, 19, 20. Strabon XIV, 1, 5, dit qu’elle le fut par Xerxès après Mycale quand les Milésiens se tournèrent contre les Perses. Nous nous en tenons à l’affirmation d’Hérodote.

* Strabon XI, 11, 4 ; XIV, 1, 55 Plutarque, De Ser. n. vind. 12.

4 Jamblique de Myst. 3, 11.

LE DIDYMEION

Panormos. 1 Après le désastre de Ladé elle tarit, le dieu déserta les lieux souillés et la fontaine fatidique ne reparut qu’au temps d’Alexandre, quand la ville fut rendue à la paix et à la liberté. *

<c La reconstruction du Didymeion a été la u grande œuvre de la démocratie Milésienne ou, M pour être plus exact, la grande pensée du régime “ nouveau.” 8 Elle fut commencée en 333 par Pæonios d’Ephèse et Daphnis de Milet, elle se poursuivit pendant tout le III e et la moitié du II* siècle ; puis, après une interruption de près de cent ans, alors que Milet avait perdu sa liberté, elle fut reprise en 50 avant notre ère après un pillage et un incendie de pirates ; Caligula, vers l’an 40 après J. C., en ordonna l’achèvement, et à sa mort, l’année suivante, les travaux cessèrent pour toujours. Le temple, conçu sur un plan trop vaste pour les moyens dont disposait la ville, ne fut jamais achevé.

Le seul voyageur dont nous sachions qu’il l’ait vu debout est un Italien : Cyriaque d’Ancône, qui vint à Didyme au début du XV e siècle. Une série de tremblements de terre, l’incurie des populations

1 Paus. V, 7, 5.

* Strabon XVII, i, 43.

3 Haussoullier, Etudes, etc. p. 4.

LE DIDYMEION

qui construisirent leurs masures et leur moulin sur ses décombres, le dévastèrent dans la suite. Les premières études furent l’œuvre des Anglais : Wood (1750), Chandler (1755), Gell (1812) et Ch. Th. Newton (1857-1858), qui rapporta au British Muséum les statues de la Voie Sacrée. Les français y passèrent dès le XVII e siècle avec Spon, puis de Tournefort au XVIII e , Ch. Texier en 1835. Les premières fouilles sont dues à O. Rayet et Alb. Thomas, chargés en 1873 par M.M.

Gust. et Edm. de Rothschild d’une exploration archéologique dans la vallée du Méandre ; leurs travaux s’étendirent à toute la région, conquérant pour l’archéologie française les domaines de Tralles, Magnésie du Méandre, Priène, Milet, Didymes, Héraclée du Latmos ; ils remplirent la salle de Milet et celle de Magnésie du Méandre, au Musée du Louvre, des fragments de sculpture et d’architecture qu’ils rapportèrent de leurs laborieuses et très dures campagnes. A la suite des négociations entreprises entre M. Paul Cambon et la Sublime Porte, le Ministère de l’Instruction publique chargea M.M. Haussoullier et Pontrémoli de reprendre les travaux, qui furent poursuivis en 1895-1896 et dont les résultats ont été publiés par eux en 1903. 1 Ils furent brusquement inter-

1 £. Pontrémoli et B. Haussoullier. Didymes. (Leroux 1903).

LE DIDYMEION

rompus, et les Musées royaux de Berlin s’empressèrent de confier le déblaiement définitif du temple et des ruines de Milet, à M. Wiegand, l’éminent archéologue à qui nous devons Priène et qui se mit à l’œuvre dès 1899. Tout ce vaste domaine, où la France s’était acquis tant de droits, est totalement abandonné par elle ; il n’existe aucun chantier de fouilles françaises sur le continent de la Turquie d’Asie. 1 Nous est-il permis d’élever une protestation et de déplorer ce désintéressement ? L’Asie Mineure est assez riche en souvenirs pour que notre belle Ecole d’Athènes, qui a fait renaître, avec une méthode et une précision remarquables, le grand sanctuaire Delphien et la vaste cité Délienne, renoue, il en est temps encore, les traditions de l’archéologie française dans l’Asie hellénique.

J’ai visité le temple en Septembre dernier.* M. Wiegand à qui je suis heureux d’exprimer ici mes remerciments pour son accueil si affable, m’excusera, je pense, de dire ce que j’ai vu, dans la pensée de faire connaître en France ses beaux travaux récents, sans attendre les comptes-rendus de ses fouilles ; suivant son désir, je tiens en ré-

1 Les fouilles de Samos ont également été abandonnées par la France.

* 15 Septembre 1910.

LE DIDYMEION

serve les photographies détaillées que j’ai prises, pour m’en tenir aux vues d’ensemble. 1

Le Didymeion a des dimensions comparables à celles de l’Héraionde Samos (VI e siècle, avant J. C.), de l’Artémision d’Ephèse (IV e siècle) et de l’Olympiéion d’Athènes (II e siècle) *, 109“ de long sur 50 de large, ses colonnes atteignent 17 m 55- C’est, pour employer les abréviations en usage, un temple ionique diptère, décastyle, c’est-à-dire qu’il est entouré d’un double péristyle, avec dix colonnes sur chacune des deux façades. Il est établi sur un haut soubassement de sept marches. A l’entrée de de l’est, la seule qui soit actuellement dégagée, les degrés du soubassement sont interrompus par deux gros pylônes inachevés, qui étaient destinés sans doute à porter de grands monuments sculptés; ces deux pylônes encadrent un escalier de treize marches, qui a toute la largeur de la cella et qui rendait l’accès plus facile. Quant aux colonnes de la façade, de même que les architectes d’Ephèse en avaient rompu la monotonie en les faisant reposer

1 Voir photographie n° 37 pp. 200-201, et photographies n°* 38 et 39, pp. 208-209. Voir aussi planche VIII, en fin du volume.

* Voici leurs dimensions respectives d’après Haussoullier :

Héraion : 109-15 X 54"575

Didymeion : 107-56 X49-855 Artémision: 104-33 X 49-855 Olympieion: 107-75 X4i“io.

Pages 208—20')

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