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Le Didymeiox. vue d'ensemble prise de l’est

(voir pp. 205-214.)

Le Didymeion. Bases de colonnes.

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sur des bases sculptées en relief, ceux de Didymes ont fait alterner chacune de leurs bases suivant des formes et des motifs divers d’ornementation, qui se répètent symétriquement. Chacune repose sur un rectangle de marbre ; les deux bases du milieu sont à bandeau droit orné de palmettes sur une double scotie; de chaque côté symétriquement sont des bases formées d’un tore orné de feuilles de laurier et reposant sur un tronc de dodécagone décoré de sculptures en relief ; puis viennent des bases pourvues d’une riche décoration florale, et des bases à bandeau droit orné d’une grecque et surmonté d’un tore à palmettes ; les colonnes d’angle sont à base ordinaire, ménageant la transition avec les longs côtés. 1 Les chapitaux, par une disposition tout à fait originale et nouvelle, étaient ornés de bustes en haut relief de dieux Olympiens surgissant des volutes, du côté de la façade. Leur style mouvementé et largement traité rappelle les sculptures de l’Ecole de Pergame. Au dessus de l’architrave à trois bandes, la frise était décorée d’énormes têtes de Méduses ailées, d’un style assez négligé et qui doit appartenir à la dernière période de la construction, alternant avec des rinceaux de dimensions colossales. Les colonnes des longs côtés portaient des chapitaux ioniques de forme ordi-

1 Voir photographie n # 39, pp. 208-209.

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nairc et d’un beau dessin, trois d’entre elles seulement sont encore debout, dont deux complètement achevées et surmontées d’un morceau d’architrave, l'autre non cannelée.

Derrière la deuxième rangée des colonnes de la façade, dont trois bases seulement avaient été dégagées par Haussoullier, on pénètre dans le pronaos, qu’a complètement mis à jour M. Wiegand. Il est limité par les murs de la cella et contient trois rangées de quatre colonnes du type ordinaire sur base à tore et à scoties. Les murs de la cella se terminent en avant par des pilastres, richement décorés à la base par un bandeau de volutes et un bandeau de feuilles de laurier disposées horizontalement, et au sommet par de magnifiques chapitaux de pilastre 1 ; ce système de décoration se poursuit sur les murs intérieurs et le mur de fond et son état de conservation est tel qu’on le dirait fraîchement sculpté d’hier.

Ici commencent des découvertes plus importantes et imprévues. Une grande porte 2 de six mètres environ de largeur ouvre du pronaos

1 Voir au Musée du Louvre, Salle de Milet : deux bases de colonnes de la façade, deux chapiteaux de pilastre et un moulage, un grand chapiteau d’ante, trois demi-chapiteaux de pilastre etc... rapportés par Rayet. Catalog. 1896 n°* 2764-2786.

* Voir pour toute cette description photographie n° 38, pp. 208- 209 et la planche VIII, en fin du volume.

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sur la cella proprement dite, le seuil en est à i“5o environ au dessus du sol et aucune trace d’escalier ne révèle qu’il y ait eu de communication par cette porte entre ces deux parties de l’édifice. Mais de chaque côté de la porte, en a et b sur mon croquis (plan n° 8), s’ouvrent deux rampes voûtées en berceau de un mètre de large environ et qui plongent parallèlement au mur de la cella vers l’intérieur du temple, en formant une pente assez fortement inclinée vers le bas ; chacune des portes de ces couloirs, qui ont été dégagés sur une vingtaine de mètres de longueur, sont surmontées d’un plafond à caissons. On n’accédait donc pas directement du pronaos dans la première chambre de la cella et le public pénétrait probablement dans l’adyton, où le prêtre rendait l’oracle, par les couloirs plongeants. 1 La plinthe, au dessus de laquelle s’ouvre la porte, est ornée d’une seule rangée de feuilles de lauriers faisant suite à la rangée de volutes du pourtour, les chambranles de la porte sont décorés de goutelettes, de cœurs et de palmettes. Les dispositions prévues pour l’entrée par Rayet et Haussoullier sont donc à modifier.

Elles le sont également pour la première chambre de la cella, que M. Wiegand a complètement déga-

1 Voir la coupe donnée planche VIII, en fin du volume.

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gée à l’heure actuelle ; sa toiture était soutenue en effet par deux colonnes ioniques placées au centre. C’est une grande salle rectangulaire ouvrant par trois portes sur la partie centrale de la cella où l’on descendait par des marches, dont les premiers degrés seulement ont été mis à jour. De chaque côté de cette chambre une porte donne sur un couloir, d’où l’on montait par des escaliers à l’étage supérieur ; le plafond du couloir et de l’escalier du sud est formé de caissons ornés de grecques, dont les couleurs bleues et rouges sont encore très visibles, vingt marches sont conservées de ce côté ; au nord le plafond est effondré et huit marches seulement sont en place.

Voilà l’essentiel de ce que l’on sait aujourd’hui du sanctuaire. Outre quelques colonnes engagées qu’on aperçoit à l’intérieur de la cella et quelques marches dégagées sur la façade de l’ouest, le reste n’est que conjecture. Le croquis de la planche VIII 1 est établi d’après le plan de Thomas paru dans l’Histoire de6 Grecs de Duruy et rectifié d’après mes notes prises sur place; tout ce qui est sous la partie hachurée est hypothétique. Ce qui reste à exécuter pour dégager complètement le temple est considérable : la cella est en effet enfouie sous une masse énorme de terre et des blocs gigantesque de

1 En fin du volume.

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marbre ; mais ce n’est guère qu’une question de temps et de main-d’œuvre.

Ce qui est à jour à l’heure actuelle permet d’apprécier la conception et l’originalité des architectes milésiens. C’est, après les deux temples de l’Acropole d’Athènes, qui ne lui sont pas comparables, le seul grand temple ionique dont l’état de conservation soit à ce point complet. Ceux d’Ephèse, de Priène, de Magnésie du Méandre en sont réduits aux soubassements et aux fragments conservés dans nos musées; à Sardes, où les Américains viennent de commencer des fouilles, deux colonnes seulement émergent de terre; les colonnes d’Aphrodisias sont plus nombreuses, mais la cella est rasée au niveau du sol ; à Samos où, après Humann, la France avait également, en 1880, commencé des fouilles, reprises par la Société archéologique d’Athènes en 1902, quelques colonnes sont seulement debout ; le petit temple d’Azani près de Kutayia ne peut, en raison de ses petites dimensions, entrer en comparaison. Le temple de Didymes, quoique d’époque tardive, a donc une importance de premier ordre dans l’histoire de l’architecture ionique. Contrairement à ce qu’on avait pensé, les architectes de Didymes ne se sont pas contentés d’imiter l’œuvre de Pythios à Priène, dont on avait longtemps cru que le temple était le

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modèle, le canon, dont l’Asie s’était inspirée pendant plus d’un siècle ; ils ont innové et ils ont heureusement adapté leur style aux conditions du lieu et aux vastes proportions de leur projet. Alors que la source prophétique se dérobait dans un vallonnement creux, ils ont surélevé le temple à une grande hauteur, afin qu’il dominât et fût aperçu au loin de toutes parts, de terre et de mer. Pour obvier à l’impression de froideur et de monotonie que risquait de produire un édifice d’une si colossale dimension, ils ont imaginé des motifs nouveaux et variés de décoration qui, par leurs proportions, ne nuisent pas à l’ensemble ; ils les ont traités, du moins pendant la période hellénistique, avec goût, avec soin et avec sobriété. Les Romains n’ont rien conçu ni exécuté de semblable. 1

Mais ce qui nous intéresse au moins autant c’est la vie même du sanctuaire.

Un premier caractère assez particulier est le mélange incessant qui s’y produisit de la piété des fidèles avec l’activité des travaux. C’est au milieu des chantiers de construction, du mouvement et

1 En dehors des ouvrages de Rayet et de Haussoullier cités plus haut, voir sur l'architecture du Didymeion : O. Rayet, Le Temple d'Apollon Didyméen, Extrait de la Gazette des Beaux-Arts, Avril- Sept. 1876 (Inopr. Jules Cleye). Haussoullier, Fouilles de Didymes dans Rev. de l'Art l'ancien et moderne, 1897, p. 391 et suivantes.

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du bruit des ouvriers que pendant quatre siècles le dieu reçut les offrandes, les prières et rendit ses oracles. Des rois, Séleucides et Ptolémées, des Empereurs romains, des cités, Cyzique, Ilion, Myrina, Clazomène, Erythrée, Chios, Rhodes, Chalcis, Mégalopolis, j’en passe, des fonctionnaires, des particuliers vinrent le consulter et lui témoigner par des dons leur dévotion et leur reconnaissance. Mais les offrandes “ sont assez pauvres et banales ” 1 : quelques rares objets en or, des phiales d’argent, des lampes de bronze, des provisions de parfums, des envois d’argent et de matières pour les travaux.* Des fêtes, des jeux y sont célébrés, mais la vie, qui avait paru reprendre un certain regain, au IV e et au III e siècle, semble s’affaiblir peu à peu. Elle fut cependant assez animée encore pour qu’à la fin du premier siècle de notre ère l’empereur Trajan ait jugé u nécessaire au culte d’Apollon Didyméen “ et utile aux Milésiens ” 8 la construction d’une route de terre entre le sanctuaire et la ville. Hadrien la parcourut, puis Julien qui s’y fit désigner par le sort comme prophète. Mais son effort fut vain pour restaurer un culte dont la vie se retirait graduellement ; " le Didymeon fut en quelque

1 Haussoullier Et., etc., p. 235.

* Haussoullier Et., etc., p. 193-245.

* D’après une inscription, ibid., p. 154 et p. 281.

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“ sorte désaffecté morceau par morceau et mourut “ au culte païen membre par membre. ,, 1

En somme l’oracle, comme la ville, ne reconquit jamais sa gloire première. Son prestige fut éclipsé par celui de Delphes et n’exerça jamais, après sa destruction de 494, une influence comparable à celle du grand sanctuaire phocidien. L’effort de Milet avait été courageux, mais disproportionné à la force dont elle disposait.

Un dernier caractère nous retiendra : la nature même du service religieux qui s’y accomplissait. C’était essentiellement la divination. On sait qu’elle s’exerçait dans l’antiquité de deux façons. L’une était un procédé en quelque sorte scientifique : l’observation ou l’expérimentation de certains phénomènes et leur explication. A Dodone le bruit du vent qui passait dans les chênes était interprété par un collège de prêtres ; l’oracle de Zeus Ammon se manifestait par les mouvements d’une statue articulée qui était promenée en grande pompe ; à Olympie la divination consistait dans l’examen des entrailles des victimes, dans les immolations. Il en était tout autrement à Delphes, à Argos, à Claros, à Didymes. L’examen des signes jouait sans doute un rôle dans les sacrifices, mais c’était un rôle accessoire, la pensée et l’action du dieu se révélait

1 Ibid., p. 290.

Pages 216—217

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