MARIANA
Les deux églises ont perdu leurs toitures à charpentes apparentes ; la cathédrale a perdu aussi sa grosse tour. San Perteo ne garde pas trace de clocher. Cette grosse tour de la cathédrale avait été appliquée après coup aux deux travées orientales du bas-côté sud. Il n'en subsiste qu'un énorme massif carré de maçonnerie pleine s élevant à quelques mètres du sol. Ce socle massif et l'absence de toute trace d'escalier donne à penser que la tour était un donjon en même temps qu'un clocher. La travée de bas-côté qui précède cette tour a dans son parement trois fragments d'incrustations qui ne semblent pas faits pour la place qu'ils occupent. Ce sont deux dalles à dessins géométriques en creux et une plate bande ornée de cinq disques et qui semble destinée à former linteau, car elle est clavée à une extrémité. Les creux étaient remplis de mastic ou de mosaïque; le travail est analogue à ceux des pavements et chancels qui se voient à San Miniato et au baptistère de Florence.
La Canonica porte les traces d'un violent incendie et les témoins d'une restauration misérable exécutée en brique. Il est difficile de dire, tant l'histoire de la vieille cité est obscure, à quel événement tragique se rattachent ces dégradations.
Telles qu'elles nous restent, les deux églises de Mariana sont les plus anciens et les meilleurs monuments pisans de la Corse; elles se présentent encore à nous presque telles qu'elles apparurent au légat Pierre et au consul lldebrand lorsqu'ils y débarquèrent avec leur fastueux cortège en 1119.
Nebbio était une cité romaine qui n'a pas prospéré. Elle s'élevait pourtant dans un site salubre et dans une position aisément défendable, à un kilomètre environ de la magnifique rade de Saint Florent.
Son histoire est dès longtemps perdue. On sait qu'en 649, un évêque de Nebbio prit part au concile de Latran, mais on n'en connait pas entre cette date et 1283 ; pourtant la cathédrale pisane de la seconde moitié du xip siècle démontre par sa belle construction que la cité était alors prospère.
Comme le reste de la Corse, elle était tombée au vm^ siècle sous la domination des Maures ; elle en fut délivrée au ix% et, si l'on en croit la légende la victoire des Chrétiens fut suivie de la conversion des Musulmans.
La prospérité relative dont avait joui Nebbio prit certainement fin à partir de 1440. En cette année là, la cité pisane, souvent attaquée parles Génois, reçut d'eux le coup de grâce quand à ses portes mêmes et
au bord même du golfe, Janus Gampofregoso fonda la place forte de Saint Florent.
Au début du xvf siècle, Nebbio eut pour évêque un des personnages qui firent le plus d'honneur à la Corse^ l'érudit Agostino Giustiniani qui, en 1520, fut le premier titulaire de la chaire de langues Orientales au Collège de France. Il entretenait des relations d'amitié avec Erasme et Thomas Morus, mais ces relations illustres et lointaines ne l'avaient pas détaché de sa patrie ; il lui a consacré un livre : Dialogo nominato Corsica; il fit restaurer sa cathédrale et reconstruire le palais épiscopal.
On pourrait supposer que ce palais, demeure d'un prélat humaniste et érudit de la Renaissance, ressemblait aux villas d'Italie; Giustiniani avait été plus sage et plus conscient des réalités ; il en avait fait une forteresse d'aspect sévère, prenant peu de jours sur l'extérieur et défendue par de bons mâchicoulis. A ce château, il avait ajouté un séminaire; on lui doit très probablement aussi le clocher de la cathédrale. En 1553, Sampiero entra en lutte contre la domination génoise et fit de Saint Florent sa principale forteresse. Dès l'année suivante, André Doria l'attaquait. Nebbio subit alors un siège de plusieurs mois et sa cathédrale fut bombardée : la façade porte encore la trace des boulets.
Ces luttes se poursuivirent vingt ans et la ville devint graduellement une ruine. Au xvii*' siècle, la cathédrale n'avait plus de toiture ; elle fut réparée et le clocher fut alors remanié, mais de nouvelles
Nebbio ; La Cathédrale.
Phot. C. Enlart.
NEBBIO 61
épreuves ne se firent pas attendre. En 1755,1a tyrannie de Gênes provoquait une autre révolte, sous la conduite de Paoli. Les forces génoises résistèrent d'abord à Nebbio et à Saint Florent, mais les révolutionnaires enlevèrent d'assaut ces forteresses et s'y maintinrent dix années durant. Ils occupèrent militairement la cathédrale et l'évèché, et en 1768, les Français leur conservèrent la destination de caserne. La Révolution amena la vente et la démolition de l'évèché et du séminaire; la cathédrale resta afiectée aux logements militaires, puis le concordat, en 1811, la rendit au Culte. Classée de nos jours comme monument historique, la cathédrale de Nebbio fut expurgée en 1888 de la plupart des additions postérieures au Moyen Age, mais s'il n'y a pas lieu de regi'etter les retouches fâcheuses que l'église même avait subies, la démolition de sou clocher fut très malencontreuse. C'était une imposante tour carrée, latérale à l'abside; elle avait une noble et simple ordonnance, où se mariaient l'art de la Renaissance et celui du xvii^ siècle. Par exception, ce dernier avait fait preuve de goût et de discrétion. Une ancienne photographie, reproduite ici, en conserve le souvenir.
La cathédrale 'est dédiée à l'Assomption; son style est austère; rien n'y subsiste qui soit antérieur à la seconde moitié dul^xif siècle. C'est une très belle construction 'de travertin, de plan identique à la cathédrale de Mariana/; avec une abside unique, sept travées ^de nef et des bas-côtés. Les seules voûtes sont le cul de four de l'abside et trois voûtes d'arêtes sur
la travée qui la précède et sur les travées terminales des collatéraux à Test. Les piliers ont quelques chapiteaux à sculptures fantastiques ; les fenêtres sont étroites et des portails très simples s'ouvrent à l'ouest, au nord et au sud. Des corniches d'arcatures régnent tout autour de l'abside, de la nef et des bas côtés ; la façade a deux arcatures superposées : cinq arcs encadrant le portail; trois encadrant la maîtresse fenêtre. Une intéressante Vierge pisane du xuf siècle a été placée devant celle-ci.
Ce beau monument est tout ce qui subsiste de la cité de Nebbio, à peine rcconnait-on quelques vestiges de l'évêché parmi les masures sans caractère qui l'avoisinent et le tracé même des remparts a disparu.
Pono ; Clocher de la Cathédrale.
Phol C Enlari.
^iLLEs Mortes
DE LA Campagne Romaine