MAGUELONE
La cathédrale, dès lors mutilée, fut abandonnée au temps de la Révolution et rendue au culte seulement en 1880. Elle reste le seul vestige de la vieille cité.
On atteint Maguelone soit de Montpellier par la terre ferme et pai'ia chaussée de l'ilhsme, soit de Yilleneuve-les-Maguelone en traversant dans un bàtelet un des bras de la lagune. Villeneuve est encore un village ; Maguelone n'est plus habitée que par une famille. Un château moderne où le regretté M. Fabrège écrivit son histoire de Maguelone, occupe avec son parc, l'emplacement de l'évôché. La cathédrale se dresse à côté, dominée par les ruines massives de la forteresse des évèques. Tout autour, une plaine désolée s'étend en pente douce jusqu'à la lagune, parsemée seulement de bouquets de tamaris. Par delà le miroitement des eaux saumàtres apparaît la mer, tachetée de fumées noires et de voiles blanches. A l'autre horizon, ce sont les hauteurs que couronne Montpellier, regardant du haut de ses tours sa rivale déchue. Montpellier même n'est plus la cité vers laquelle convergeaient les voiles du Levant, dès la fin du xiv^ siècle, son poi-t est devenu inutilisable, le trafic se dirige aujourd'hui vers le port de Cette et emprunte le canal du Languedoc, mais rien de ce côté ne nous attire : toute la beauté, tout le prestige des souvenirs sont restés dans ces vieilles cités, l'une toujours vivace, l'autre qui ne vit plus que dans l'histoire.
Villes Mortes de la Corse ^''
Un sort a cortainement été jeté sur l'île de Corse. Son ciel est riant, ses côtes sont remarquables à
1. On peut consulter sur les souvouirs historiques de la Corse : Amhrosi (AiTibroise)j Hist. des Corses et de leur civilisation, Bastia, 1914-, in-8** Arù (Carlo), Chicse pisane délia Corsica, Rome, 1908, in-8°. iioell (L.), Hist. de la Corse... tirée des œuvres de F. Gregorovius et pré celée d'une notice sur cette île, Tours, 1882, gr. i:i-ï;°. iSolatid (Henri), Itinéraire de la Corse, (Guides .lohanne) 1900; Bull, de la Soc. des se. hist. et natur. de la Corse, ((niraîL à îJastia depuis 1881). Gambiapi (Giov.), llistoria del regno de Corsica, Livourno, 1770-1774, 4 vol. in-4°. Colonna do Ce^ari Rocca et Louis Villat, Hist. de Corse, Paris, 1910, inS". Cyrnaeas (Pelrus), Chronique de Corse du xiii® s. pub. à. Bastia par M. l'ahbé Lcileron, (Bull, de la Soc. des sciences de la Corse). Filippini (Ant.-Piet.) La historia di Corsica insino el anno 1594, 2® édition revue par Gregori, Pise, 1827-1832, 5 vol. gr. in-8». Freiss, Hist. de Corse, 1852; Guistiniano (Agostino), Dialogo nominato Corsica, 1531, publié pour la première fois en 1882, par M. de Caratl'a (Bastia, in-S"). Gregorovius, Corsika, Stuttgart, 1851, 2 vol. gr. in-4°. Trad. i'ranç. par P. Lucciana. Bastia, 1881-1884- Girolaini-Cortona (Mgnr.), Hist. de Corse, 1896. Limperani (Giov. Paolo). Itoria délia Corsica, Borne, 1779-1780, 2 vol. in 4". Mérimée (Prosper), Notes d'un voyage archéologique en Corse, Paris, 1840, ia-S°. Molard (François), Aleria (Bull. hist. et philol. du Comité des Trav. Histor. IS9I). Monti (J.), Hist. de la Corse, Paris, 1880, in-l8. Ronucci (F.), Storia di Corsica, Bastia, 1833-4,. 2 vol in-S", fig. Robiquet, Recherches Histor. et statistiques sur la Corse, 1835. Rossi (abbé), Hist. de Corse, pub. en 1895 par M. l'abbé Lotteron, Bastia, 13 vol.
l'ouest par leur pittoresque; à l'est par leur fertilité, ses montagnes imposantes ont des rochers et des forêts grandioses ; ses habitants ont toujours été intelligents, hospitaliers, braves et loyaux.
Et malgré tout cela, la Corse est pauvre depuis sept siècles au moins, et partout y plane la tristesse.
Les Romains avaient mis en valeur cette belle contrée. Sur la côte de l'est Aleria, leur capitale, fondée par Sylla dans la plaine du Tagnone; Mariana, fondée par Marius dans la plaine du Golo, étaient devenues des villes prospères grâce aux terres fertiles qui les entourent et aux ports que leur fournissaient les estuaires des deux fleuves.
Le christianisme établit en Corse six sièges épiscopaux, Ajaccio, Accia, Aleria, Mariana^ Nebbio et Sagona. Toutes ces villes sont ruinées, sauf Ajaccio qui a été transportée loin de son ancien site.
Après cinq siècles de guerres ininterrompues, il serait étonnant que la Corse eût gardé beaucoup de monuments, et, en vérité, elle en possède peu. Des villes entières ont été anéanties :1a cité d' Accia est effacée du sol et du souvenir, celle de Nebbio n'est plus qu'un faubourg de la pauvre ville de St-Florent ; celle^ de Mariana n'a plus que les ruines de trois édifices, à Rostino les ruines d'un baptistère et d'une cathédrale achèvent de s'effondrer et sur le sol où s'élevait Aleria, les ruines mêmes ont péri.
En 713^ les Sarrazins s'étaient emparés de la Corse ;