ALERIA
temps, le pape envoyait comme légat en Corse Landolfe évêque de Pise qu'il promut archevêque en lui donnant comme sufFragants tous les évoques de la Corse.
Telle fut l'origine du protectorat pisan sur la Corse. La république de Pise paraît l'avoir administrée avec équité et y favorisa les arts. La cathédrale d'Aleria semble avoir été rebâtie au xif siècle dans le style pisan, si toutefois les sculptures remployées dans une maison et publiées par Mérimée proviennent de cet édifice. La ville était loin, cependant, d'être redevenue prospère : en 1252, une bulle d'Innocent IV nous dit qu'il y restait à peine quelques habitants^ que les pirates y opéraient de fréquentes descentes et que, du côté de la terre, les seigneurs du pays ne se privaient pas d'y exercer les mêmes brigandages. Abandonné de ses diocésains, l'évêque avait sollicité l'envoi de colons de Toscane et d'autres parties de l'Italie pour repeupler et défendre la contrée. Le pape accorda des indulgences pour favoriser cette émigration.
On sait qu'en 1296, le pape Boniface YIII donna la Corse en liof au roi d'Aragon^ envoya comme légat l'évêque de Valence, mais cela n'empêcha point les Génois, maîtres de Bonifacio depuis 1187, de disputer l'île à la République de Pise, qui, finalement, la leur céda en 1348.
Les Génois fortifièrent Aleria^ et y bâtirent un
château qui subsiste encore, mais leur domination
n'y pouvait ramener la prospérité : on sait qu'elle fut,
au contraire, la ruine de la Corse.
Sambocuccio d'Alando organisa en 1359 une sorte de république, la Terre de Commune, entre les montagnes et la mer, d'Aleria à Brando et à Calvi. Cette organisation allait se maintenir à travers les siècles. En 1639, le siège de la lieutenance fut transféré à Aleria dans l'espoir d'y attirer de nouveau des habitants, mais la vieille cité est restée depuis lors le village insalubre qu'elle était depuis longtemps. Avec ses nombreux hameaux, il compte aujourd'hui 760 habitants.
L'ancienne cité occupe un mamelon d'une quarantaine de mètres d'altitude, autour duquel le Tavignano décrit une grande boucle ; le fort génois commande l'ithsme de cette boucle.
Comme Boulogne, Saint Lizier et Bergame, Aleria se divisait en haute et basse ville, ainsi qu'en fait foi la double enceinte très ruinée et d'époque incertaine mais qui semble remonter au Moyen Age. La bulle de 1252 décrit Aleria comme une ville ouverte et sans défense. Les remparts sont sans doute postérieurs à cette date ; ils sont flanqués de tours rondes.
Deux ruines romaines de très basse époque se voient à Aleria. L'une est un petit amphithéâtre ovale dont le grand axe n'a pas plus de 23 mètres dans le centre; l'autre est une ruine dite Sala locale, qui aurait été une maison prétorienne avant d'être un château au Moyen Age : on y trouve une salle basse voûtée en berceau brisé, qui semblerait être un reste de donjon d'époque indéterminée et une pile romaine