ALERIA
beaucoup mieux construite, portant l'amorce de deux arcades.
Au pied de la colline, sous la route nationale qui longe la côte^ se voit une autre ruine que l'on considère comme celle do l'antique basilique de Sainte Laurine. Elle avait une abside unique et des bas-côtés^ séparés de la nef par des piliers de quatre mètres de haut. Elle mesurait 30 mètres sur 10; ses murs latéraux ont de 1 à 2 m. de haut. Au sud de cette église coule une fontaine abritée sous une voûte.
Est-ce bien une basilique primitive, ou n'est-ce pas plutôt une de ces églises pisanes qui gardèrent à travers tout le Moyen Age la simplicité basilicale? Los supports qui sont des piliers et non des colonnes; la ressemblance avec les églises de Mariana feraient incliner vers la seconde hypothèse. Quant à la cathédrale Saint Marcel, qui aurait été érigée selon la légende de 823 en actions de grâces de la défaite des Maures, il semble qu'il faille la chercher dans la ville haute, mais cette recherche est vaine. Mérimée a publié deux sculptures, dès longtemps encastrées dans le mur d'une maison, et qu'il considère à bon droit comme provenant d'une église pisane qui d'époque avancée, probablement S. Marcel ou Filippini avait vu les ruines et que S. Erasme remplaça comme cathédrale au xvii« siècle. M. Carlo Arù donne ces dessins comme de l'ingénieur F. Zanda, précise que ce sont des débris de la cathédrale. Son hypothèse est probable. L'une des sculptures représente un griffon foulant aux pieds un dragon ; l'autre est un quadrupède formé de deux
avant-trains de cheval adossés. Ce que ne remarquent ni Mérimée ni M. Arù, c'est que ces motifs sont directement inspirés de figures antiques que le sculpteur a pu voir dans les ruines de la cité romaine. L'animal bicéphale n'est qu'une inintelligente copie du motif classique du char vu de face et attelé de deux chevaux qui inclinen^t la tête à droite et à gauche.
On a vu qu'une abbaye bénédictine dédiée aux saints Benoit et Zenobi existait à Aleria en l'an 900.
A deux kilomètres environ au nord du bourg s'étend l'étang de Diana. C'est l'ancien Porius Dianae, le port antique d' Aleria, qui abritait la Classis Misenensis. Il nourrit des huîtres renommées et contient deux îles : l'île Sainte Marie, où se trouve une église en ruines envahie par la végétation, et l'île des Pêcheurs. La première a un kilomètre de pourtour; la seconde 400 mètres seulement. Mais l'île des Pêcheurs est une île artificielle, entièrement formée de coquilles d'huîtres. C'est le témoin de l'antique industrie des pêcheurs d' Aleria qui extrayaient les huîtres de leurs coquilles pour les saler et les expédier à Rome. La saline était un autre étang, « Stagne del Sale », qui s'étendait au sud de la localité, près de la rive droite du Tavignano, sous le fort génois.
Mariana ; La Canonica.
Phot. C. Enlart.
LaTville de Mariana, appelée depuis le Moyen Age Marana, doit sa fondation à Marins.
Ce fut une cité romaine et sa bonne situation lui a valu une certaine prospérité. Elle s'élevait sur la rive gauche du Golo, entre l'étang deBiguglia et l'embouchure, à trois ou quatre kilomètres de la mer. Le fleuve était navigable. Les Romains y avaient établi un pont dont on a l'etrouvé les piles. Des fouilles ont fait découvrir aussi les restes d'un canal et ceux de bains, quelques sarcophages, des tuiles et autres débris antiques.
Un diplôme du roi Béranger, daté de 900, en faveur de l'abbaye des Saints Benoit et Zanobi d'Aleria est délivre à Mariana devant l'église cathédrale Sainte Marie, mais son authenticité a été discutée.
Plus discutable encore est la légende selon laquelle la cathédrale de Mariana aurait été érigée, comme celle d'Aleria, en 823, en actions de grâces de la victoire remportée sur les Infidèles par Ugo Colonna, noble romain envoyé du pape Etienne IV.
Nul doute, cependant, que la cité de Mariana n'ait possédé dès longtemps un siège épiscopal à l'époque où se précise son histoire. Elle semble s'être développée sous la protection de la république de Pise, lorsqu'on 1091, le pape eut confirmé le protectorat pisan en Corse. Selon la chronique anonyme De gestis Pisa- /zorwm, publiée par Ughelli. Urbain II avait élevé l'évêque de Pise à la dignité d'archevêque, en lui donnant juridiction sur les évêchés de Corse et Gélase II confirma ces privilèges lorsqu'il vint en 1119 consacrer la cathédrale • de Pise. Dès qu'il eût quitté cette ville, l'archevêque Pierre, accrédité comme légat auprès du peuple de Corse, prit la mer accompagné de ses chanoises et du juge Ildebrand, consul de la République de Pise. Le clergé et le peuple leur firent à Mariana une réception solennelle. Là, l'archevêque légat procéda à la consécration de la cathédrale et au sacre de son évoque Otton Colonna, puis il reçut l'hommage d'obédience des autres évoques do Corse.
Mariana fut le port et le centre de gouvernement des Pisans, son déclin et sa ruine semblent avoir suivi ceux de la puissance de Pise^ au cours du xiir" siècle et la ville génoise de Bastia l'a supplantée. L'insalubrité croissante du pays, amenée par le colmatage de l'embouchure du Golo, contribua plus encore à faire de cette cité un désert.
Dès 1594, sa mort était consommée : le chroniqueur Filippini constatait alors avec amertume que la cathédrale était à ce point laissée à l'abandon qu'elle servait d'abri aux vaches et aux porcs. L'évêque et les