SCÈNE QUATRIÈME
VINCENETTE, gravement.
La mésange, Sylvain? Quand elle fait son nid, Son ami lui demeure et comme elle il travaille A joindre les brins d'herbe et les fétus de paille, Et leur courage est grand du malin jusqu'au soir : Car de leur double chant s'exliale un même espoir , El leurs appels joyeux voudraient hâter l'aurore Qui verra leur nid vivre et leurs petits éclore!... Et, pour les contempler enfin, pour jouir d'eux, Les chérir, les soigner, les défendre... ils sont deux ! Moi, Sylvain, pour cela je serai seule au monde... Si je vis!...
SYLVAIN, arec êmoUon.
Que dis-tu?
Ma misère est profonde, Vois-tu ! tout le pays va me montrer au doigt... Et ton cœur peut aussi se retirer de moi !
SYLVAIN
Vincenette !... Ah! bon Dieu ! la mauvaise parole ! Tu méconnais mon cœur ! qu'il parle et te console ! C'est par moi que ton front de rougeur s'est chargé... Je changerai ta honte en honneur partagé ! Je t'aimais seulement ; mais tu vas être mère... Notre amour est béni de Dieu !...je te vénère ! Les maux que je prévois peuvent tomber sur nous!... L'aveu dont tu rougis, je l'entends à genoux !
Il s agenouille devant elle.
VINCENETTE, avec émolion.
Vous l'écoutcz parler, n'est-ce pas, ô Madone, Et, le voyant si bon, votre cœui" me pardonne ?
Trop douce <5tait sa voix pour ne point me charmer !... Ce fut assez d'un jour pour le voir et l'aimer!
SYLVAIN, se levant brusquement.
C'est ton père qu'il faut prier!... lui, l'homme austère!. Car le ciel est plus riche en pardons que la terre Et Dieu ne te hait pas plus qu'un simple oiselet Pour avoir écouté le printemps qui parlait!
Mais lui!... lui me tuera, Sylvain!
SYLVAIN
Ah ! sur mon âme.
Devant qu'il sache rien, je veux t'a voir pour femme ! U faut qu'on nous marie !
Hélas! n'espère rien!
Pour te donner à moi, ton père a trop de bien!
SYLVAIN
Ma mère...
Approuvera son défaut d'indulgence, Tu verras!... La richesse est dure à l'indigence!
SYLVAIN
J'amollirai leurs cœurs en baisant leurs genouxl
Non ! Ils me chasseront! C'en sera fait de nous!