SCÈNE QUATRIÈME
SYLVAIN
Eh bien! je plains mon père! Et, si le blé qu'il sème Rend de trop beaux épis pour nourrir ceux que j'aime, S'il ne rêve qu'argent, richesses et profits, 11 gardera son bien, mais il perdra son fils!
VINCENETTE, vivement.
C'est ton père. Sylvain! Parle mieux!...
SYLVAIN
Je l'honore!
Mais.
Tu te dois à lui!
SYLVAIN
Je me dois plus encore A ton enfant, au mien! C'est ma chair, c'est mon sang. Quelle que soit ma faute, il en est innocent! S'il ne doit pas franchir le seuil de notre porte, Si vous êtes chassés, je pars et vous emporte!...
Toi, mon Sylvain, partir! Être pauvre pour moi! Connaître la misère et ia faim...
SYLVAIN, la serrant dans ses bras.
Avec toi!...
La pauvreté n'est pas ce qui creuse les rides. Et, quand le cœur est plein, qu'importe les mains vides? La faim? Honte sur moi, quand tu la connaîtras! Je possède un cœur fort servi par de bons bras ! Et qui donc mieux que moi sait dans la terre forte Tracer un sillon droit et profond ? Qui donc porte
Une charge de blé trop pesante pour moi ?
A toucher un taureau qui donc a moins d'effroi ?
Je sais comme pas un faire courir dans l'herbe
La faux bien affilée et lier une gerbe,
Et dresser une meule !... et pour battre à pleins bras
Le blé ton père est fort, mais je ne le crains pas !
Sur les gens comme moi la faim n'a pas de prise !
Si pourtant le travail nous manquait par surprise,
Alors n'oublions pas, n'ayant pu moissonner,
Qu'il reste aux champs toujours des épis à glaner !
Ah ! le pauvre enivré ! Sais-tu ce qu'il en coûte De déserter son toit pour courir la grand'route. Et ce qu'elle promet de honte et de douleur ?
SYLVAIN
Pour tous les malheureux ses buissons ont des fleurs !
Sais-tu comme le nord fait les nuits meurtrières ?
SYLVAIN
Je sais qu'il porte au loin le parfum des bruyères !
Sais-tu que de marcher on est bien vite las Quand le regret du Mas ralentit votre pas?
SYLVAIN
Je sais qu'à tes côtés sans regrets et sans craintes J'aurai le pas joyeux de ceux qui vont aux saintes