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Procès-verbaux du bureau du commerce, 13 mars

querellaient tout le monde. Le pauvre chambrelan qui travaillait chez lui était sans cesse exposé à des procès, accompagnés de frais considérables et souvent suivis d'amendes ou de confiscation.

La véritable et presque unique ressource de l'ouvrier qui voulait être libre ou qui était obligé de le devenir était d'aller chercher hors de France une terre plus hospitalière. Il passait soit en Angleterre, soit en Hollande, où, dans certaines industries, les exigences corporatives étaient moins grandes qu'en France.

L'émigration était très fréquente au xviii" siècle. Biffot de Sainte-Croix a évalué à 10.000 le nombre des ouvriers qui passaient chaque année à l'étranoer. Parmi eux devaient se

trouver beaucoup de protestants désireux d'échapper à l'oppression du protectionnisme religieux qui se mêlait dans les corporations au protectionnisme industriel, mais étant donné le nombre des émigrés, il devait y en avoir de toutes les confessions.

On répète souvent aujourd'hui : la Révolution a supprimé les corporations ; elle a bien fait; mais elle aurait dû mettre quelque

chose à la place ; elle devait distinguer entre les restrictions que les corporations apportaient à la liberté du travail et les services qu'elles rendaient à leurs membres par voie d'assistance mutuelle. On oublie que les corporations, bien qu'elles renfermassent dans leur sein des ouvriers et des maîtres, étaient instituées surtout au profit de ces derniers.

Sans doute, elles protégeaient les apprentis et compagnons contre la concurrence ; mais bien loin de leur l'ournir un sérieux appui contre les risques nés d'une autre cause, elles les encourageaient à l'insouciance et à la prodigalité. Elles les détournaient de fonder une famille ; dans certains métiers, les apprentis ne pouvaient se marier ; dans beaucoup d'autres, les statuts favorisaient les candidats maîtres qui n'avaient pas d'enfants. Enfin, les ouvriers étaient plus portés à festoyer avec les confrères qu'à épargner pour l'avenir, et n'avaient à leur disposition aucune des institutions qui permettent aujourd'hui au travailleur économe de se prémunir contre les éventualités fâcheuses.

Les corporations avaient un autre vice. En protégeant leurs membres contre la concurrence, en fermant les métiers aux nouveaux venus, elles rejetaient dans Fagriculture et dans les professions infîmes une foule de bras qui, trop nombreux, se faisaient une con-^ currence acharjiée et qui auraient pu trouver ailleurs un emploi plus utile.

Cette conséquence sociale des obstacles à la liberté du travail fut entrevue par Gournay, nous le verrons plus loin. Nous devons nous Jjorncr quant à présent à rendre compte des efforts qu'il fit pour démontrer que la singulière protection donnée aux gens de métiers était nuisible au progrès de notre industrie.

Le jour même de son entrée au bureau du commerce, le l*^"" avril 1751, Gournay fit un rapport qui montre bien l'esprit exclusif des corporations et l'usage qu'elles entendaient faire des règlements. Les potiers d'étain de Lyon demandaient que le Gouvernement soumit à la marque les boucles de souliers, les dés, les agrafes, les boutons et autresmenus objets. La pétition fut repoussée à l'unanimité. Gournay n'avait pas eu do peine

à démontrer que les frais de marque seraient excessifs par rapport au prix de la marchandise et donneraient un avantage considth'able aux produits anglais concurrents. - Quelques semaines après, le 29 avril 1751, Gournay fit un rapport sur une pétition des ciriers et confituriers de Lyon qui demandaient de nouveaux statuts ; la pétition fut également repoussée. Un peu plus tard, il proposa d'écarter de même une requête des serruriers d'Auxerre qui, libres, voidaient s'organiser en communauté et une demande des apothicaires-épiciers de la môme ville, qui s'adressaient au roi pour former une corporation distincte de celle des merciersépiciers, après avoir échoué devant les tribunaux \

Gournay ne faisait qu'appliquer, dans ces circonstances, une jurisprudence adoptée avant lui. Le bureau du commerce était peu favorable aux corporations, dont les réclamations incessantes étaient insupportables. Quand elles avaient perdu un procès ou quand elles sentaient que leurs prétentions n'avaient aucune chance d'être accueillies

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