mars et lô décembre
» particulier contenant des observations géné- » raie surles abus de la fabrique, la contrainte ;) et la longue durée de Fapprentissage et )) du compagnonnage, les droits exorbitants- » que les communautés exigeaient des aspi- » rants à la maîtrise et les droits imposés » sur les matières premières servant aux j) fabriques » .
Dans sa séance du 23 mars 1752, le bureau décida que le mémoire serait communiqué à la Chambre de commerce de Lyon.
Avant de se conformer à cette décision, Gournay adressa au prévôt des marchands, Flachat de Saint-Bonnet, qui venait d'entrer en fonctions, une lettre personnelle, destinée à préparer les voies.
« L'examen que l'exercice de ma charge )) m'a mis dans le cas de faire de l'état du )) commerce de Lyon, lui dit-il, m'a fait » reconnaître avec un vrai chagrin qu'il n'esl » pasaussi florissant ni aussi avantageux qu'il )) pourraitl'ètre, que les causes de son dépé- » rissement viennent de la police, des maxi- )) mes et de l'esprit qui régnent dans la » plupart des communautés qui composent )) cette ville... Il paraît que c'est une maxime
» reçue à Lyon, comme partout ailleurs, que )) le commerce doit être libre; mais que Ton )) a restreint à Lyon ce que Ton entend par » la liberté du commerce à la faculté de la )) vente des marchandises, pendant que les )) fabriques qui sont le principe du commerce » et surtout le principe du commerce de )) la ville de Lvon, v sont dans une 2,'ène » horrible par suite de la bizarrerie des sta- » tuts et des lois de ses différentes commu- » nautés.
» A Amsterdam et dans les autres fabri- )) ques étrangères, explique ensuite Gournay, )) un homme n'a point de temps limité pour » l'apprentissage ; il est maître de travailler » plus tôt ou plus tard, suivant qu'il a plus n ou moins de talents, mais celui qui en a le » moins ne passe jamais dix ans pour parve- » nir à la maîtrise qui ne lui coûte rien. » Or, à Lyon, l'apprentissage est de cinq ans, le compagnonnage de cinq ans encore, les droits à la maîtrise sont très élevés.
« Il doit donc y avoir moins de maîtres » à Lyon que dans Fétranger, conclut )) Gournay. A Lyon, un maître ne peut )) avoir qu'un nombre de métiers et d'ap-
)) prentis limité; dans rélianger, un fabri-
» cant a autant de métiers et d'apprentis
» qu'il veut. A Lyon, un maître ne peut ven-
)) dre sa marchandise s'il n'a acheté la
» qualité de marchand ; dans l'étranger, tout
» homme qui fabrique une étoffe a la liberté
» de la vendre... Depuis 1744, il a passé
» beaucoup d'ouvriers de Lyon à l'étranger
» qui sont perdus pour la ville. L'intérêt de
>) la ville de Lyon était et est encore de
» chercher à les réparer, mais peut-on répa-
» rer promptement dans une ville, où l'on
)) ne veut point admettre d'étrangers dans
» les fabriques, où l'on appelle étrangers
n des gens nés sujets du roi..., oii l'on force
» les gens du pays à faire cinq années d'ap-
» prentissage, à payer des droits considéra-
» blés... où un homme ne peut vendre lui-
» même la marchandise qu'il a fabriquée
» s'il n'en a acheté le droit?... Ils'ensuitde
» là, et de la cherté des maîtrises, que le
» nombre des fabricants diminue et que,
» plus leur nombre est petit, plus ils peu-
)) vent exercer un monopole contre les
» ouvriers. Les ouvriers, de leur côté, ne
)) pouvant se multiplier aisément..., il en
)) résulte aussi une diminution qui leur » donne des facilités d'exercer à leur tour » un monopole contre les fabricants et de » se liguer entre eux, pour obtenir des aug- » mentations de salaires, etc.
)) Le monopole que le fabricant exerce » contre l'ouvrier et celui que l'ouvrier exerce )) à son tour contre le fabricant renchérit le )) prix des étoffes et donne de l'avantage aux )) fabricants étrangers... Il faut nécessaire- » ment que la fabrication diminue et qu'enfin )) le gros négociant qui est du côté de l'é- » Iranger écrase le plus petit.
)) Gournay ajoute ensuite modestement :
» Peut-être mes réflexions vous pnraîtront- )) elles défectueuses, faute par moi de connaî- » tre le local ; dans ce cas-là, vous les recti- » fierez, mais je crois les avoir puisées dans n les principes généraux du commerce qui » sont de même pour tout l'univers. Si elles » vous paraissent établies, il faut c|ue lebien » et l'avantage de la ville de Lyon viennent >y d'elle-même et qu'elle commence par » reconnaître que les statuts de ses diverses )) communautés, éloignant de nouveaux M ouvriers et de nouveaux citoyens, empe-
)) client raugmentation du commerce qui est •/) indispensable à celle du peuple.
» Si un Breton ou un Normand voulait » s'établir à Lyon pour y travailler dans la » fabrication, il ne serait pas reçu ; cepen- )) dant il contribuerait par son travail au bien j) de la ville. Si ce môme Breton ou Normand 1) va s'établir à Londres ou à Amsterdam, il )) y sera bien reçu et les étoffes qu'il fabri- )) quera feront tort à celles de Lyon...
» C'est la multiplicité des hommes qui « augmente les fabriques et le commerce; )) en éloignant les hommes, on diminue donc » nécessairement les fabriques...
)) Au reste, tout ceci est de vous à moi et » ne part que du désir que j'aurais d'être » véritablement utile au rétablissement du » commerce d'une ville aussi importante, à )) quoi je ne doute pas que vos bonnes )) volontés et vos lumières ne contribuent )) beaucoup \ »
A ces observations, le prévôt des mar- -chands répondit par un témoignage de bon vouloir, car Gournay lui dit dans une seconde lettre :