Elle fut rédigée par les sieurs Biétrix et Maj'euvre
art et un frein pour leurs mœurs. S'ils ont été sages etéeonomes, ils peuvent, avecleurs épargnes, pourvoir aux irais de réception à la maîtrise. En tout cas, ce sont des ouvriers excellents, et la preuve, c'est (juc les Anglais veulent les attirer chez eux. Tant qu'un peuple ne possède pas la supériorité dans un art, il est de bonne politique pour lui de se fortifier par des lumières étrangères ; une fois que cette supériorité est acquise, il doit être jaloux de conserver son trésor. L'industrie Ivonnaise n'a d'ailleurs fait que prospérer : en 1683, on comptait 2,000 métiers occupant 10^000 personnes ; en 1739, il y en avait 7,500, avec 48,500 personnes ; maintenant, 1753, on en compte 10,000, avec 60,000 personnes. Sans doirte, cette extension est due en partie au développement du luxe, et elle aurait été plus i'orte sans la concurrence étrangère ; mais si les produits français n'avaient j)as un avantage par la perfection du tissu et l'élégance du goût, cette concurrence eût été encore plus grande. Avec le travail libre, les fabriques étrangères s'enrichiraient de nos dépouilles, les ouvriers étrangers viendraient s'installer
— IIG —
chez nous pour porter ensuite notre art au dehors. Une multitude de gens de toute nation se mêlerait de faire des étoffes, achèterait de la soie et en ferait augmenter le prix. « Dans quel chaos » se trouverait-on plongé ? Plus de règles, plus de fidélité ; la confiance des consommateurs s'évanouissant, nous entasserions un amas d'étoffes. La fabrique sciait bientôt détruite. jNIais « ces malheurs ne » sont que dans la spéculation ; attachons- » nous à ce qui existe et jetons un regard » de complaisance sur Tétat florissant de » notre fabrique ». .Nous ne payons pas nos ouvriers trop cher ; leur activité et leur assiduité sont supérieures à celles des ouvriers de toutes les nations ; si on en augmentait le nombre, ce serait autant de misérables qu'on créerait.
Sans doute, ce nombre est parfois insuffisant^ parce que l'industrie de la soie est .sujette aux variations de la mode, mais il vaut mieux encore restreindre la consommation que de chasser des ouvriers quand le débit s'affaiblit.
Sans doute aussi, le prix des étoffes a augmenté et leur poids a diminué; mais ce
résultat n'est pas dû à ravidité des fabricants ; depuis quinze ans, le prix de la matière première a augmenté de 30 à 40 pour cent, par TefTet tant de la concurrence étrangère que de l'accroissement de la consommation et des mesures prises en Espagne et en Italie pour empêcher la sortie des soies grèges. Le mal provient des difïicultés que rencontrent les fabricants de Lyon. Il faudrait que le Gouvernement les aidât, en atténuant la rigueur des règlements qui prescrivent de faire les étoffes dans des largeurs déterminées et qui interdisent l'emploi des soies crues ; il faudrait supprimer le droit de marque sur les matières d'or et d'argent et diminuer les droits d'alUnage ' ; il faudrait inviter la Compagnie des Indes à importer en France des cocons et non des tissus, renouveler les défenses pour le port des étoffes dont l'importation est j)rohibée, aider à la multiplication des mûriers en France et dans les colonies, interdire en lait Fexpor-
1. Les droits sur un lingot d'argent de 2.500 livres étaient : pour la marque, 60 livres ; pour l'afTinage, 50 livres ; pour le contrôle de la dorure 12 livres; pour l'étirage, 4 livres.
tation des soies teintes, déjà interdite en droit \ afin de ne pas faire profiter Tétranger du bienfait de nos eaux et de notre climat •qui nous donnent des couleurs plus vives, restreindre enfin Tusage des deuils publics qui réduisent la consommation des tissus <le soie.
Le lanoaoc des marchands de Lvon est
or) o
celui des protectionnistes de tous les temps : les privilèges sont chose excellente ; ils ne portent aucune atteinte au développement de l'industrie, les chiffres le prouvent, et Ton en trouve pour toutes les occasions; ces privilèges sont favorables aux ouvriers aussi bien qu'aux patrons; les salaires sont bas, il est vrai, mais le travail est assuré ; la production est insuffisante, et les prix de vente sont excessifs, mais le consommateur ne se plaint pas. S'il y a quelque mal, la concurrence en est l'unique cause. Tout inconvénient disparaîtrait, si la protection était plus efficace, si le Gouvernement empêchait l'introduction des produits fabriqués à l'étranger, s'il favorisait le développement de la