Journal du Commerce, avril 17G
Système de Gournay : opinions de Turgot et de Malesheibes. — Origines du système; Ciiild et Jean de Witt. — Lois natuielles; liberté du travail et du commerce intérieur ; son inlluencesurles débouciiés ; effets moraux de la concurrence; intérêts des classes inférieures; protection à tous; droits de l'individu; Laisse.:: faii-r^ laisser pdsscr. — Explication de cette formule par Turgot, Quesnay, le marquis de Mirabeau, d'Albon, La Rivière— Relations entre Gournay et Quesnay. — Points de contact et divergences entre les deux économistes: le libre-échange, la liberté du commerce de l'argent, la productivité de l'industrie.
Ce qui Trappe tout d'aliord dans les pages (jue nous avons de Gournay, c'est la simpli- <ité. L'auteur n'a point de prétentions à la science : il expose, en les développant à ])eine, des idées qui lui sont habituelles et où il ne voit que l'expression du bon sens. Mais en rapprochant ces pages, en les «comparant avec les écrits que Gournay a inspirés, on constate facilement que les idées qu'elles renferment ont entre elles des liens étroits et forment un svstème.
Turgot, habitué à examiner les choses en philosophe, ne s'est point trompé sur la portée des vues de son maître. Il en a éloquemment montré reuchaînement.
Un grand homme de bien, Malesherbes, a été, au contraire, dupe de la modestie de Gournay, et a cru que l'intendant du commerce n'avait fait que réclamer l'application de principes « sur lesquels nombre de citoyens s'expliquaient tous les jours en société »,
« ]M. de (lournay, dit-il, fut le premier qui les soutint dans le Conseil contre les autres administrateurs, et il était ]jien éloigné de les donner comme un système de son invention. »
Malesherbes se ûiisait illusion. Gournay avait un système, et, des documents que nous avons cités, résulte que ce système était constilué, au moins dans ses grandes lignes, avant que son inventeur ait occupé les fonctions d'intendant.
Fils de négociant, négociant lui-même, avant fait un o-rand commerce, avant eu des relations avec les plus grands commerçants de l'Europe. Gournay avait recueilli beaucoup de faits, mais il no s'élait })as contenté de
les examiner superficiellement et subjectivement au point de vue de ses intérêts personnels ; ses lectures, ses habitudes de réflexion lui avaient permis de les généraliser, (c M. de Gournay, » dit ^lorellet, à une époque où il faisait encore Téloge d'autrui, (( parlait des matières économiques avec la plus grande profondeur et la plus grande clarté, et sa conversation sur ces objets était aussi piquante et aussi agréable par la forme qu'intéressante par le fond'. » Il avait passé sa vie dans Fétude de Téconomie politique, dit-il ailleurs ■.
Et en effet, c'est bien l'économie politique que Gournay avait étudiée tout en se livrant à la pratique du commerce.
Dès son entrée dans l'administration, en 1751, il défend les principes qu'il a su dégager; dès l'année 1752, il fait pour Trudaine son commentaire sur l'ouvrage de Ghild. Ni à ce moment, ni plus tard, il ne se donne comme un inventeur ; il est exempt de vanité et, quand il écrit, il se met au niveau de l'in-
1. Méinoii-c sur la situation actuelle de la Compaffnie des Indes; Avertissement.