‹ Vincent de GournayChapitre 62 sur 90 · Prospectus du Dictionnaire du Commerce · texte numérisé non relu

Prospectus du Dictionnaire du Commerce

telligence ou des connaissances de ses lecteurs, mais ses opinions sont bien à lui.

Sans doute, un inventeur ne crée rien de toutes pièces : il perfectionne les travaux de ses devanciers ; Gournay avait donc empruntéà d'autres. Ilavaitsurtoutpuisédans l'ouvrage de Ghild et dans les mémoires de Jean de Witt. C'est ce que disent ses amis, et probablement ce qu'il disait lui-même.

« Les ouvrages qu'il lut avec le plus de plaisir et dont il goûta le plus la doctrine, rapporte Turgot, furent les traités du l'ameux Josias Child , et les mémoires du grand pensionnaire Jean de Witt. » — « C'est à l'école de Jean de Witt et de Child, affirme un autre auteur dans la Gazette du Commerce de 1766^ que feu M. de Gournay s'était fait des principes qu'il réduisait à celuici : Dans le commerce, abandonné à luimême, il n'est pas possible que l'intérêt particulier ne concoure pas avec l'intérêt général ; le Gouvernement ne doit donc s'en mêler que pour lui donner au besoin sa protection et ses secours. »

En Hollande, 1(> grand pensionnaire avait été le promoteur de la liberté de l'indus-

irie. Il est risihle, avait-il dit, de vouloir contraindre les étrangers d'acheter telles marchandises et laites de la manière qu'il nous plaît, ou de supposer que d'autres ne feront pas les marchandises que nous dé- Tendons. Le commerce veut être libre.

(Chaque marchand achète les choses qu'il trouve bon d'acheter et il est naturel que les ouvriers les fabriquent de la inanière qu'ils jugent la meilleure pour les mieux débiter.

Ayant à soutenir des guerres ruineuses, à rendre des finances à son pays, à lui permettre de lutter contre la prépondérance commerciale de rAngleterre, Jean de Witt avait eu confiance dans l'énergie de ses compatriotes et avait rompu quelques-unes des lisières placées par l'esprit réglementaire.

En Angleterre, Child, avait combattu les règlements industriels et le droit d'aubaine ; lil avait soutenu qu'une nation a plus d'intérêt à attirer les étrangers chez elle ({u'à les repousser, et qu'elle n'a pas à craindre la Irop grande aflluence des bras, attendu <{u'il n'y a jamais plus de bras qu'on in peut occuper. Homme d'affaires con-

sommé \ il avait fait profiter son pays, dans les questions financières, de Texpérience qu'il avait acquise dans la pratique journalière du commerce maritime. Il avait enfin indiqué un des premiers que les faits économiques ont d'autres règles que les lois positives. Un de ses compatriotes, le chevalier Petty, avait pris pour devise : Res iioliint nulle administra ri ; Ghild avait dit : « Les choses résistent quand on veut les conduire contre la nature. «

Mais ni .Jean de Witt, ni Child n'avaient poussé bien loin les conséquences de leurs justes observations et, dans leur langage souvent obscur, on distingue avec peine la vérité de ^erreur^

En France aussi, quelques personnes avaient avancé des opinions exactes sur plusieurs points. Montesquieu venait d'ouvrir aux recherches sociales une voie nouvelle, et nombre de citoyens, au milieu du xviii'' siècle, commençaient, comme le dit ^Nlalesher-

1. Il avait fait de grandes opérations et auiasso une très grosse fortune.

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