Considérations sur le commerce
beaucoup do marchandises, (jii'oii l'ait un grand commerce. Qu'importe, ré{)ond (journay, si ce commerce n'est grand c[ue pour un instant, et par des causes qui gênent le commerce et tendent à le diminuer dans tout autre temps. «Faut-il donc jeûner toute Tan- » née pour faire bonne chèreà certainsjours? )) En Hollande, il n'y a point de foires, mais :» toute l'étendue de l'Etat et toute l'année » ne forment pour ainsi dire qu'une foire con- » tinuelle, parce que le commerce y est tou- » jours et partout également llorissanl'. <)
Et à ceux qui signalent complaisamment les abus de la concurrence, il dit que la cupidité individuelle a, dans la concurrence même, un frein naturel, autrement efficace que les mesures préventives, dangereuses pour le public, parce qu'inappliquées et inapplicables, elles lui donnent une fausse o^arantie, immoraies en ce qu'elles incitent les producteurs et les commerçants à tourner la loi. Remar- <[uant enfin qu'il n'y a pas de commerce sans
1. Cité par Turgot, Encrjclopèdu', Foii-cs et nicrc/tcs. Gournay disait aussi : « Les foires ne sont pas le thermomètre de notre commerce. .. elles pourront aller tous les jours en diminuant quoique notre commerce aille en augmentant. » 28 janvier 1756, lettre à Saint-Priest.
crédit, de crédit sans confiance et de confiance sans bonne foi, il en conclut que les commerçants ne peuvent longtemps se tromper entre eux, ni tromper leurs clients, sans se frapper eux-mêmes, et met ainsi en relief rinfluence morale de la lutte des iiitérèls.
« Si Dieu m'avait confié la pâte dont il a » formé les négociants français, écrit-il à » Trudaine, je n'aurais pas voulu les faire aii- » trement qu'ils ne sont, mais en leur laissant » loutc liberté de se livrer à leur génie, à w leur industrie. Et pour ce qu'on appelle » leur avidité, je me serais uniquement oc- » cupé de leur susciter dans la nation même » le plus grand nombre de concurrents pos- » sibles. Et dès lors^ j'aurais cru avoir atta- » ché pour jamais au royaume de France un » commerce immense qui se reproduirait )) sans cesse et qu'aucune nation ne pourrait « lui enlever \ »
Et en effet, l'acheteur choisit toujours entre les vendeurs celui qui lui donneau meilleur marché la marchandise la plus conforme à ses goûts ; le vendeur cherche à attirer à soi la clientèle ; s'il la trompe, elle