Turgot, Élo(fc
La conclusion est de Baron; elle est identique à celle deTurgot, et n'est pas excessive. Nous profitons tous aujourd'hui du système de Gournay. Sans les efforts préparatoires de ce précurseur, la Révolution n'aurait pas établi d'une manière aussi ferme la liberté du travail; peut-être même notre émancipation politique eùt-elle été moins rapide.
Si, en effet, les attributions des gouvernants ont été réduites, la formule : Laissez faire, laissez passer^ y a puissamment contribué, en faisant douter de l'utilité des missions providentielles. Dès le XVIIP siècle, elle avait rencontré autant d'adversaires parmi les privilégiés de caste, parmi les parlementaires, parmi tous ceux qiù vivaient du régime réglementaire, que parmi les privilégiés du commerce et de l'industrie. Comme une formule, jjar sa concisioUj prête facilement à l'exagération et partant à la raillerie ', on affecta de confondre le « laissez faire »
1. On s'amusa du mot du prince de Conti. Il avait du monde dans son salon ; un chien entre et s'y conduit de manière à rendre indispensable l'intervention des valets. « Non, s'écria le prince, laissez faire^ laissez passer. »
41VCC le « laisse/ tout l'aire », la suppression des faveurs et îles iiionojioles avee la destruetion de toute |)atrie et de toute autorité. On trouva à profusion des protégés et des ■candidats à la protection pour applaudir à Téquivoque, ou des sots pour en être la <lupe; il est des uns et des autres en tout temps.
La formule fit pourtant son chemin ; elle •s'imposa, comme le résumé d'incontestables vérités, à l'esprit de ceux qui se moquaient le plus ouvertement de l'économie politique et des économistes. Aujourd'hui, si démodée qu'elle paraisse, elle est encore le flambeau qui doit guider les libéraux; aucune loi scientifique ne l'a contredite; aucun partisan <le l'omnipotence de l'Etat n'est parvenu à prouver que le despotisme, l'arbitraire, la réglementation, les privilèges et l'inégale protection soient des instruments de progrès.
Gournay ne vit pas la lutte entre l'individu et les gouvernants passer du terrain économique sur le terrain politique ; sans <loute, il ne portait pas les regards si loin. Mais sa propagande, quoique limitée à la li-
l)erté de Findustrio fut très active. Il cultivait les hommes de lettres, attirait à lui les jeunes gens instruits, excitait les uns et les autres à s'occuper et à occuper le public des questions économiques; il les aidait de ses conseils et de sa plume.
« C'est à la chaleur avec laquelle il cherchait à tourner du côté de Tétude du commerce et de l'économie politique tous les talents qu'il pouvait connaître qu'on doit attribuer cette heureuse fermentation qui s'est excitée depuis quelques années sur ces objets importants, » nous dit Turgot, Et en effet, cette fermentation fut extraordinaire. En 1754 et dans les années suivantes, un grand nombre de livres et de brochures firent connaître au public les usages et la législation cU;s pays étrangers ou lui signalèrent les vices de notre administration. Il serait sans intérêt d'en dresser la liste complète ; nous ne parlerons ({ue de ceux à la préparation desquels Gournay eut une certaine part.
Plumart de DangeuT, dans d'intéres-
1. Né au Mans au commencement du siècle^ maître d'hôtel du roi, puis maître des comptes, membre de l'Académie de Stockholm. Il était parent de Forbonnais.
santés Remarques sur les avantages et les désavantages de la France et de la Grande-Bretagne^ établit la supériorité des lois commerciales de ce pays sur les nôtres. L'ouvrage, présenté comme une traduction de l'anglais', eut trois éditions en moins de deux mois, puis fut traduit en anglais^ ce qui ne laissa pas de doute sur sa véritable origine. Il avait été précédé d'une traduction, par le même auteur, d'un livre espagnol oîi la question des douanes intérieures et extérieures était traitée dans un sens libéiaP. Un autre auteur, Butel-Dumont', à qui l'on attribue une collaboration à la traduction que fit Gournay de l'ouvrage de Ghild, pujjlia une Histoire du commerce et des colonies anglaises et une traduction,