Voir Oncken, Œucrcsde Quesnay, p. 518 et s
En somme, le iiombri' do ceux à l'instnu'tioji (l('s(|uels contribua (iomnny rt qui peuvent être appelés économistes, est très restreint. Des administrateurs, des gens du monde, tles littérateurs, plus ou moins portés à soutenir à l'occasion des principes qu'ils comprennent vaguement, ne forment |)as une école. Après la mort de Gournay, presque tous les vrais économistes, habitués précédemment à se rencontrer chez ]\jine Geoffrin, allèrent chez Ouesnay et acceptèrent la suprématie de son esprit puissant. Il en fut ainsi d'Abeille qui, ne fût-ce qu'à propos de la Société d'agriculture, avait dû être en rapport avec Ciournay, et de l'abbé Roubaud qui avait connu l'intendant, puisqu'il le défendit ou le ht défendre dans le Journal du Commerce qu'il dirigeait. Il en fut de même de Turgot ; ennemi de l'esprit de secte, celui-ci refusa de suivre ses amis quand ceux-ci versèrent dans le despotisme légal, mais il assista souvent à leurs réunions et les appuya dans leurs luttes.
Un seul économiste s'isola, l'abbé jNlorellet.
Après la mort de Gournay, il n'y eut donc
plus d'école de Gournay. S'il en fut question encore^ c'est parce que les protectionnistes, entête desquels était Forbonnais, essayaient de faire croire qu'il y avait des économistes en dehors des adversaires de la réglementation et prétendaient opposer la doctrine de Gournay à celle de Quesnay. C'est aussi parce que les physiocrates s'efforçaient, en parlant avec éloge des disciples de Gournay, de retenir dans leur camp Morellet et surtout Turgot, dont l'éloignement eût été pour eux un désastre.
L'abbé Morellet'. — Son caractère. — Ses premiers travaux. — Son prospectus du Dictionnaire dn commerce et sa théorie de la valeur et de l'utilité. — Sa propagande en faveur de la liberté du commerce.
Pour bien connaître Morellet, on pourrait se contenter de lire les Méi)wires qu'il a écrits, lorsqu'il était septuagénaire et qui ont été publiés après sa mort, car, — chose assez rare, — Fauteur se peint tel qu'il est, avec son caractère doux, son esprit fin et son cœur exempt de passions. Il blâme peu de sens, mais en loue encore moins; on sent qu'il a toujours eu Tamitié tranquille et les sentiments peu admiratifs. Les seules choses qu'il semble regretter dans sa vie sont les trente mille livres de revenus qu'il possédait avant la Révolution et l'agréable hospitalité qu'il avait reçue de M'"*' GeofFrin, de Necker ou de lord Shelburne.
1. Ce chapitre a déjà paru en partie dans le Journal (les économistes .
Né dans la pauvreté, il a embrassé l'état ecclésiastique par nécessité; au sortir de la Sorbonne, il entre à V Encyclopédie sans se soucier d'accorder l'habit qu'il porte avec les articles qu'il se charge d'écrire. En 1769, (juand Maynon d'Invau est ministre et lui laisse espérer une place d'inspecteur du commerce^ il combat Necker, dont il est pourtant le commensal; il le combat encore en \llv), quand Turgot est contrôleur général, mais il en devient l'ami fervent quand son ancien ('()ndisci|)le' est éloigné du pouvoir. D'autres cojitradictions encore plus mar- (|uées peuvent être constatées dans sa vie, (juand on ra[)proche les actes de sa jeunesse de ceux de ses dernières années. Comme membre de la secte encyclopédique, il a contribué à préparer la Révolution en ruinant les idées traditionnelles; il a défendu la liberté en général et la liberté d'écrire en particulier; néanmoins, après 1789, quand les biens du clergé sont confisqués et qu'il se N oit enlever un bénéfice longtemps désiré et tardivement obtenu, il est [)lus frappé des