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Pascal. » Il est incontestable que ce qui a conduit Vinet à se placer à ce point de vue de chercher dans la littérature une force morale et sociale, et lui a permis de s’y maintenir, ce sont ses convictions, c’est l’idée chrétienne, qui en a été l’inspiration constante.
Enonce-t-il ses propres idées, il emprunte ses épigraphes à la seconde épiître aux Corinthiens III, 17 : « Là où est l’Esprit de Dieu | du Seigneur, xvptov|, là est la liberté, » pour le Mémoire en faveur de la liberté des cultes ; IV, 18 : « J’ai cru, c’est pourquoi j'ai parlé, » pour l’Essai sur la manifestation des convictions religieuses. Son volume Essais de philosophie morale et de morale religieuse débute ainsi : « La double épigraphe que deux nobles esprits [Mme de Staël et Pascal] ont fournie au titre de cet ouvrage, et que, sur le seuil de ce discours même [sur la réduction des dualités|, une parole tombée de plus haut complète et résume à la fois, pourrait, ce semble, nous tenir lieu d'introduction et de préface. » Cette parole est reproduite de l'original grec : Avaxepodædoacdar r@ mévra à r& Xwuor. (Eph. I, 10.)
Matthieu VII, 21, Jacques I, 27, lui suggèrent une poésie, Le vrai culte :
0 Seigneur, Ô Sauveur, que nos lèvres te louent ;
Mais qu'avec nos accents nos œuvres soient d’accord ;
Si par nos actions nos cœurs te désavouent,
Dans nos chants les plus beaux, tout est vain, tout est mort.
Du stérile figuier que sécha ta parole
Un feuillage opulent décorait les rameaux ; Qu'importe! il fut maudit ; ainsi, vide et frivole, Le culte du méchant consumera ses os.
Tu naquis pour servir, et servir fut ta gloire; Servir est à jamais le sceau de tes enfants.
Qui fait peu, t'aime peu; qui se borne à te croire, Ne te croit point encore, à Sauveur des croyants!
Que de maux, de périls et de besoins m’appeilent ! Que de frères, d'amis Dieu jette dans mes bras!
Que d’œuvres à fonder! que d'œuvres qui chancellent ! Travaillons, le loisir n’appartient qu'aux ingrats.
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- Nul n’ignore que Vinet fut prédicateur, à sa façon. Au souvenir d’un de ses auditeurs, Edmond Scherer, « ce qui faisait de la prédication de Vinet quelque chose d’inimitable, c'était moins le talent que la fidélité avec laquelle cette prédication exprimait une noble et sainte personnalité. Il est un caractère de sa parole, un trait de sa manière, qui dominait et, pour ainsi dire, qui enveloppait tous les autres : nous voulons dire la sincérité dans le sens le plus étendu du mot. Le secret du charme inconnu sous lequel on se sentait en l’entendant, c’est qu’il était entièrement vrai. C’est à peine si l’on remarquait la voix si pleine et si sonore, la noblesse native du geste, la dialectique déliéà des raisonnements, l'abondance et l’originalité des pensées, le goût exquis du Style et du débit; on était absorbé par quelque chose de plus nouveau et de plus puissant. On avait devant soi un homme qui montait en chaire parcé qu’il avait quelque chose à dire; on sentait que ce qu’il donnait, c'était sa vie, c'était lui-même. Vinet était parfaitement sérieux, c’està-dire, encore une fois, parfaitement sincère; l'humilité, chez lui, enfantait la simplicité, la simplicité produisait le naturel ; point de dogmatique apprise, point de phrases faites, point de jargon religieux, point de passages cousus au bout les uns des autres pour cacher le vide de la pensée ; tout allait à l’édification ; rien ne trahissait la complaisance du prédicateur qui se regarde penser ou s’écoute parler ; le ton émouvait et pénétrait parce que celui qui parlait était, tout le premier, ému et pénétiré. Vinet entrainait, non de propos arrêté, mais par une force toute religieuse et spirituelle ; il faisait verser des larmes, mais des larmes d’humiliation ; on admirait, mais on admirait l’esprit de Dieu et sa puissance ; en y réfléchissant, on reconnaissait bien qu’un art consommé présidait à une œuvre aussi achevée, mais on était en même temps forcé de reconnaître que cet art lui-même consistait dans la sincérité qui proportionnait l'expression au sentiment, la forme à la pensée, et subordonnait tout à un but évangélique. » Sous ce rapport, il a moins vieilll que ses contemporains Grandpierre, Verny, Adolphe Monod.
Le professenr de Montauban, néanmoins, était dans le vrai
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aussi, quand, le 18 octobre 1837, il avertissait Vinet: «...Il me semble, cher frère, que ce que vous écrivez dans le Semeur manque quelquefois, notamment dans l’article que je viens de lire [sur Victor Hugo], de simplicité. De simplicité comme auteur : les pensées ont quelque chose de recherché, en apparence du moins, et de tourmenté; les expressions ont le même caractère. Vous m'avez Pair parfois de vous jouer avec la faculté que le Seigneur vous a accordée de tout exprimer et de tout peindre, et de vous mettre en présence de vos pensées plutôt qu’en celle de Dieu, qu’il faut glorifier, et des hommes, qu’il faut sauver. J’allais dire encore de simplicité comme chrétien, mais je vois que j'ai mis cette pensée dans le développement de la première ; et j'avais tort en effet de les séparer, car vous n’êtes pas auteur et chrétien, vous êtes auteur chrétien. Votre idée est souvent si abstraite que, pour ma part, j’ai peine à la suivre, et quelquefois je suis contraint d’y renoncer, à ma confusion, sans doute, et à mon regret; mais je me demande s'il n’y a pas à cela un peu de la faute de l’auteur, et s’il n’est pas à craindre que beaucoup de ses lecteurs n’y perdent une partie du fruit précieux qu’ils pourraient recueillir de ses réflexions. Encore si cela n’arrivait que pour sa pensée littéraire; mais si c'était la pensée chrétienne qui fût tellement voilée sous l'élégance, la délicatesse et l’abstraction du langage qu’elle fût presque au-dessus de la portée du lecteur chrétien, combien plus de l’homme du monde? »
Publiciste ou prédicateur, Vinet restait fidèle à son interprétation du Nouveau Testament. Il s’en occupa plus particulièrement depuis son arrivée, comme professeur de théologie pratique, à l’Académie de Lausanne. Dans son discours d’installation, le 1er novembre 1837, il disait : « La prédication est devenue plus intimement biblique ; non pas seulement en ce sens que les citations textuelles de la Bible se sont multipliées dans les sermons, et que le langage de nos ministres s’est trempé plus avant dans celui des apôtres et des prophètes (ici la chaire nouvelle aurait même quelque abus à confesser); mais en ce sens bien plus important, que la Parole de Dieu y a substantiellement abondé, que l’autorité divine y a partout im-
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primé son sceau, que le prédicateur, s’effaçant derrière sa mission, n’a laissé voir que l'ambassadeur du Très-Haut. Si l’individualité a subi des pertes, ce qu’on ne saurait nier, c’est noire faute et non celle du principe, qui, bien loin de réclamer un tel sacrifice, ne l’accepte pas. La vérité demande à se personnaliser en chaque homme; elle veut, pour mieux faire éclater son unité, se multiplier autant de fois qu'il y a d’âmes qui la reçoivent ; elle ne s’estime point enrichie de nos pertes; elle ne fait point de ruines autour d'elle; chose vivante, elle ne s'associe point à la mort; elle fait de Jacques, de Pierre et de Jean, saint Jacques, saint Pierre et saint Jean; mais en ajoutant la sainteté, elle n’enlève pas l'humanité. Dieu, d’ailleurs, en instituant la prédication, a voulu un contact de l’homme avec l’homme; il a attaché à ce contact une mystérieuse et inimitable vertu ; or, qui ne sait qu’il n’y a d'homme réel que l'individu, et que c’est par sa personnalité qu’un homme agit sur un autre ? Au reste, lorsque le prédicateur est animé d’un vrai zèle, l’individualité sait bien où se reprendre; c’est toujours avec sa propre âme qu’on aime, qu’on supplie et qu'on pleure ; et, à travers une trop grande uniformité de langage et de méthode, l’être personnel se fait jour, fût-ce malgré lui, et son sceau s’imprime sur une œuvre dont son humilité craintive n’a rien voulu se réserver.
» Ce profond respect, ce culte de la Parole inspirée, l’a fait littéralement abonder dans nos chaires, d’où elle ne descendait plus que goutte à goutte. Le sermon a plus souvent fait place à l’homélie, à la paraphrase ; expliquer l'Ecriture sainte, et, autant que possible, l'expliquer par elle-même, a paru, comme aux premiers jours de l'Eglise, la plus précieuse mission du prédicateur. »
L'enseignement de Vinet, outre l’homilétique et la théologie pastorale, comprenait tantôt l’explication de textes détachés, ce qui, après les Discours de 1830 déjà, a formé les Nouveaux discours et, depuis sa mort, les Méditations, les Etudes et les Nouvelles études évangéliques, sans parler des fragments inédits publiés dans divers journaux religieux ; tantôt l'explication suivie d’un livre, comme ce fut le cas en 1841 pour l’épiître aux
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Colossiens jusqu’à IIT, 15, et pour celle de Jacques, en 1844, jusqu’à III, 12. Je renvoie à l’appendice le tableau des indications qui faciliteront à chacun la recherche des portions abordées, d’après l’ordre de nos traductions. Il va de soi que l’absence des Actes, du billet à Philémon et de tels autres écrits canoniques, ne prouve pas que Vinet les rejetât, mais uniquement qu’il n’a pas eu l’occasion de les expliquer publiquement ou qu’il n’en reste plus trace dans ses notes ni dans celles de ses étudiants.
Voilà où nous pouvons spécialement le trouver interprète du Nouveau Testament, interprète, entendons-nous bien, préoccupé de saisir et de développer la pensée des textes, non exégète, exclusivement attaché à une explication mot à mot.
Et en signalant le Nouveau Testament, gardons-nous de croire que l’Ancien fût indifférent à Vinet. Les pages qu’il lui consacre protesteraient contre ce jugement.
« Quelle longue et déplorable histoire (lisez-vous dans la méditation sur Esaïe VII, 5-8) que celle des désobéissances du peuple élu ! Quelle longue et touchante histoire que celle de la patience de Dieu! L’Ancien Testament n’est que le récit de cette lutte obstinée entre l’homme qui cherche sans cesse à échapper à Dieu, et Dieu sans cesse occupé à le retenir ou à le ramener... Cessons de nous étonner de tous les soins, de toutes les attentions, de toutes les délicatesses du divin amour ; comprenons, en particulier, que l’attention que Dieu ne refuse pas aux individus, il l'accorde aux nations; aimons à reconnaître, dans sa conduite avec le peuple d'Israël, son caractère et les rapports qu’il a voulu former avec lhumanité ; car Dieu n’a rien fait, n’a rien été pour ce peuple, qu’il ne fasse et qu’il ne veuille être pour tous les peuples et pour tous les hommes; seulement il a agi avec Israël à découvert et par une providence miraculeuse, afin que nous sachions le reconnaître là même où sa providence agit par les causes secondes et par les lois de la nature.
» Etudions donc avec soin l’histoire du peuple d'Israël : c’est notre histoire ; étudions, si j'ose le dire, le Dieu d'Israël : c’est notre Dieu. Que cet Ancien Testament, trop négligé, si néces-
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saire, devienne notre conseiller et notre moniteur; appliquonsnous toutes les exhortations, tous les reproches, toutes les menaces que Dieu adressait à son peuple par la voix des prophètes ; sachons bien que cette voix des siècles passés a parlé pour tous les siècles et pour tous les hommes ; que, sous ce rapport, l'Ancien Testament n’est pas ancien, ne le sera jamais, et qu’il y aura toujours un peuple d'Israël pour lire le livre d'Israël, »
« Ce fut un peuple extraordinaire (s'exprime encore Vinet dans son exorde à un discours sur Esaïe XLIX, 1-7) que celui dans le sein duquel naquirent les Esaïe, les Ezéchiel et les Jérémie. Extraordinaire, en effet, puisqu'il a fourni, pendant une longue suite de générations, une longue suite d'hommes inspirés, confidents des mystères des cieux, spectateurs et interprêtes des ineffables scènes de l'éternité. »
Seulement il est visible que l’Ancien Testament intéresse Vinet dans la mesure où il l'amène à l'Evangile. Le Regard, à propos de Nombres XXI, 9, en est un exemple, dès les premières lignes : « Bien que nous marchions par la foi, et non par la vue, c’est à un regard que notre salut est attaché, et la foi qui nous sauve n’est autre chose que ce regard. Il en est de l’homme dans le désert de la vie comme des Israélites dans cet autre désert ; ceux-ci revivaient en levant les yeux vers le serpent d’airain, celui-là ressuscite à une nouvelle vie en levant les yeux vers la croix. C’est de ce regard que je voudrais vous entretenir... L'objet proposé à nos regards est d’une telle nature, a une telle vertu, que, regardé, il nous rend la vie, comme le serpent de Moïse rendait la vie à ceux qui le regardaient. La vertu vivifiante du regard de la foi : tel est le sujet de nos réflexions. » Et ces réflexions conviendraient pour la plupart à la contemplation du Fils, dans Jean VI, 40.
À un jeune rabbin, qui lui avait donné communication d’un sermon, Vinet écrit de Bâle, le 12 octobre 1834 : « ...J’ai fait, monsieur, sur le contenu de votre discours, une ou deux observations que je prendrai la liberté de vous soumettre, persuadé que le sérieux de leur objet vous les fera accueillir avec quelque intérêt.
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» Vous m'avez dit que, dans les discours appelés deraschah (si je m’en souviens bien), vous vous appliquez à relever par des commentaires l’insignifiance du texte. Je suppose que le texte dont vous parlez n’est pas celui de la Loi; car tout a, dans la Loi, une haute signification. Quand il s’agit d’un texte tiré des saintes Ecritures, on ne peut prétendre qu’à se tenir au niveau (je ne parle ici n1 d’art, ni de talent, mais de doctrine). Votre texte est religieux ; n’exprimât-il qu’une vérité morale, il serait religieux dans sa source. Toute morale, dans la Bible, est religieuse, et, si j'ose le dire, votre discours ne l’est pas assez. Vous ne rattachez point assez fortement vos exhortations à l’idée de Dieu; vos motifs ne sont pas assez tirés de la volonté et des droits de Dieu; vos préceptes, vos conseils appartiennent trop à la morale humaine; et certes, vous savez aussi bien que moi que la régénération de votre peuple et de l'humanité en général ne peut se puiser à cette source. Je ne puis que m’étonner que, prédicateur d’une loi éminemment théocratique, où tout, jusqu'aux plus petites choses, est rapporté à Dieu, où les moindres préceptes, les plus minimes ordonnances reçoivent cette solennelle sanction : « Ainsi a dit l'Eternel ! » vous puissiez négliger de donner cette même sanction aux exhortations que vous adressez à vos frères. Votre discours est plutôt le discours d’un philosophe, d’un philanthrope, que celui d’un Israélite.
» Non seulement, dans un tel sujet, vous deviez beaucoup parler de Dieu, mais vous deviez parler du Messie. À ce mot, n'allez pas croire que je vous veuille prêcher ma religion. Non, monsieur, je ne vous parle point en chrétien, mais en Juif. Je me fais Israélite en ce moment ; et cela m'est bien facile ; car, quel chrétien n’est pas Israélite en un certain sens? Or, votre religion est pleine d’un Messie. Le Messie est la clef de votre Loi, la justification de votre histoire, la lumière de vos destinées. Sans le Messie, tout cela est une énigme. Sans le Messie vous ne savez ni pourquoi vous souffrez, ni pourquoi vous existez. C’est l'attente du Messie qui vous tient réunis. Otez le Messie, ce que vous avez de mieux à faire et de plus pressé, c’est d’abdiquer comme nation, et de vous perdre le plus tôt possible parmi les Goïm, comme une rivière dans l’océan. Sans
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le Messie vous n’avez d’espérance ni pour ce monde ni pour l’autre, où vous arriverez sans introducteur, sans patron, sans garant, chargés de tout le poids de vos péchés, dont personne ne vous aura déchargés. Il faut donc bien, aux termes de votre Loi, aux termes de vos livres prophétiques, au nom de vos intérêts éternels, que vous parliez d’un Messie quelconque. Et je ne conçois pas, monsieur, que vous puissiez faire une prédication, je dis une seule, sans entretenir vos auditeurs d’un Messie. Si vous y croyez, pourquoi n’en parlez-vous pas? Si vous n’y croyez pas, qu'est-ce alors que la nationalité et la religion juives ? Un vain mot, un non-sens. »
Pour Vinet, l’Ancien Testament aboutit au Nouveau, suivant le vieil adage : Vetus Testamentum in Novo patet, et son interprétation en définitive concerne ce dernier.
Jusqu’à quel point y était-il préparé ? Par ses études académiques ou personnelles avait-il une préparation suffisante pour interpréter ex cathedra le Nouveau Testament? À première vue, non. Il n’avait pas fait, comme quelques professeurs d’aujourd’hui, son tour d'Allemagne et de France. Dès sa vingtième année, avant l’obtention de son grade final, il avait passé, sans transition, des bancs de l’Académie de Lausanne à son enseignement de la langue et de la littérature françaises au Gymnase de Bâle.
Lui-même, avec son scrupule habituel, a pris soin de le relever, dans une lettre du 93 juillet 1831 à M. Merle, en réponse à la Société évangélique de Genève : « Je ne vous remercierai pas d’avoir songé à moi; vous n’accepteriez pas mes remerciements ; la seule chose que je puisse me permettre, c’est de vous dire combien une ouverture si honorable m’a rendu confus ; jamais la pensée ne me fût venue que je pusse être appelé à concourir à vos travaux. My intéresser vivement, y prendre une part, indirectement, par mes prières, c’est tout ce que je me réservais dans cette belle œuvre. Votre lettre n’a fait que me rendre plus vif le sentiment de mon incapacité. De cette incapacité, vous pourrez Juger à priori, pour ainsi dire, si je vous dis que j'ai fait à l’Académie de Lausanne les études les plus faibles, les plus insignifiantes, qu’il n’y a pas jusqu’à mes
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humanités que je ne dusse refaire ; que, sorti de Lausanne deux ans avant ma consécration, je me suis trouvé dès lors engagé dans une carrière où, si j'ai été jusqu’à un certain point utile aux autres, je ne l’ai pas été à moi-même ; que, pendant quatorze ans, je n’ai pas gagné en instruction théologique ce qu’une année de bonnes études, d’études régulières, aurait pu me procurer ; que des souffrances physiques ont absorbé une grande partie de mes loisirs ; que j’ai été mauvais économe du reste, et qu'à l'heure qu’il est je me trouve dans l'étrange position d'un homme qui ne se sent plus à sa place, et pour qui il n’y a de place presque nulle part. Je ne dis pas qu'il ne puisse se présenter quelque carrière où je pourrai entrer sans faire violence à mes inclinations, ni à ma conscience ; mais, quoique vous ne me disiez point précisément à quoi vous comptez m’occuper, je vois bien, en considérant l’ensemble de votre œuvre, que je ne suis point fait pour elle.
» Il vous faut pour cette lutte (car c’en est une) des hommes forts, des hommes préparés, des hommes qui joignent à la. vertu la science; il vous faut des théologiens, des savants armés de toutes pièces, suffisants non seulement pour une sphère assignée, mais pour une foule de besoins et de circonstances qu'on ne saurait prévoir. Je ne suis point de ces hommes-là. Mes forces intellectuelles et physiques sont au-dessous de ces conditions. Mais il vous faut surtout des hommes de foi, des chrétiens complets, des serviteurs éprouvés ; oh! monsieur, cherchez-les ailleurs. »
Mêmes impressions, en d’autres paroles, le 24 mars 1833, écrivant à son ami Leresche : « Voici la troisième fois que je suis appelé à Montauban. Décidément ces messieurs me croient savant ; trouves-tu que je m'en sois donné les airs ? Je réponds pour la troisième fois que je suis un âne. Peut-être qu’ils m’en croiront. » f
Peu de mois après (26 février 1834), il refusa également les . offres du Conseil d'Etat du canton de Vaud, alléguant toujours sa prétendue incapacité : « Je ne sais bien quoi que ce soit, je suis un ignorant frotté de science; j'ai ce qu’il me faut pour la tâche qui m'est confiée ; mais à un pas au delà le terrain me