‹ VinetChapitre 3 sur 8 · AP D · texte numérisé non relu

AP D

manque aussitôt... Je n’ai peut-être pas l'esprit moins juste que bien d’autres, mais l'élément pratique lui manque presque absolument. Souvent, je sais après coup très bien ce qu’il aurait fallu faire ; avant et pendant l’action, je n’en sais rien. Preshbyte au moral, comme je suis myope au physique, il me faut voir toute affaire à distance pour la bien voir... Composer et dans l’occasion parler au public, ce sont là mes uniques et encore bien faibles capacités. »

Pour contrebalancer la modestie, parfois excessive, de ce savant chrétien, il ne nous suffirait pas de lui opposer le diplôme de docteur en théologie que lui conféra l’Université de Berlin, le 13 juin 1846, avec la lettre d'envoi, par laquelle le recteur, Hengstenberg, avouait gravement son intention d’honorer les pasteurs démissionnaires en la personne de Vinet. Il a des titres plus sûrs que nous nous reprocherions de ne pas vous présenter.

D'abord n’exagérons pas la faiblesse des études entreprises à l’Académie de Lausanne de 1812 à 1817. Les programmes valent par l’usage qu’en font professeurs et étudiants. Or, à côté des cours préférés de Jacques Durand et qui, outre des incursions dans la littérature française, portaient spécialement sur la morale, Vinet ne dédaignait ni le latin de Philippe Dutoit, ni le grec de Moïse Conod, ni l'interprétation des livres saints de Louis Bridel. Peut-être, à cette époque, la dogmatique et l’histoire étaient-elles en souffrance ; non les humanités, forme et fond. Evidemment nos pères avaient des connaissances scientifiques insuffisantes ; en général ils possédaient, incontestablement mieux que la jeunesse actuelle, leurs classiques, cette base indispensable de toute vraie culture. C’était, entre autres chez Vinet, affaire de goût et de conscience.

Ainsi fut-il amené, en 1817, à fonder, avec quelques camarades, une société destinée à perfectionner la traduction des Ecritures bibliques. « Depuis longtemps, écrit-il, je gémissais de voir nos saints livres traduits d’une manière aussi imparfaite qu'ils le sont, et je désirais voir quelques changements apportés à leur interprétation. L’exécution d’un semblable dessein eût exigé des forces extraordinaires, la réunion d’un grand

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