‹ VinetChapitre 4 sur 8 · HI · texte numérisé non relu

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nombre de savants, etc. Il fallait donc borner mes projets; je rédigeai, en conséquence, un prospectus dans lequel j'invitais mes condisciples à former une société d’étude de la Bible, qui remplirait l’idée de son titre en s’occupant à traduire d’après l'original, et avec tout le soin possible, un certain nombre de morceaux choisis dans l’Ecriture ; chaque membre de la société, disais-je, présentera à son tour un chapitre ou deux de cette sainte Parole, traduits par lui-même, sur le texte, avec toutes les précautions nécessaires pour établir le sens des passages, avec toute la justesse et la clarté possibles. Ces morceaux lus et examinés dans la société, seraient ensuite transcrits et conservés, pour l'instruction de nos successeurs, dans un recueil formé à cet effet. Je n’ai pas besoin de vous montrer les avantages de cette institution ; ils ont été sentis par vingt des plus distingués de mes condisciples,... qui se sont empressés de se joindre à moi, et nous avons commencé nos travaux, après avoir appelé la bénédiction de Dieu sur notre entreprise. J’ai la confiance qu’elle réussira et qu’elle aura des développements fort utiles soit pour notre instruction, soit pour celle des proposants qui viendront après nous. »

Cette association ne resta pas inactive, même après le départ de Vinet, parmi quelques membres du corps pastoral vaudois ; il en est sorti, en 1839, un Nouveau Testament, « traduit en Suisse, » comme porte malencontreusement une réimpression subséquente. Adolphe Monod, à Paris, l’appréciait assez équitablement, à l’occasion de sa publication sur saint Paul : « Dans ce travail, je fais souvent usage de la version du Nouveau Testament qui a paru en 1839 à Lausanne, sous ce titre : Le Nouveau Testament de notre Seigneur Jésus-Christ, traduit sur l'original par une société de ministres de la Parole de Dieu. Cette version, trop littérale à mon gré pour être adoptée dans le culte commun, offre un précieux avantage qui tient à ce défaut même : exacte jusqu’au scrupule, elle tient lieu de l’original, autant que cela est faisable, à ceux qui n’y peuvent pas recourir. Cette classe nombreuse de lecteurs du Nouveau Testament devraient toujours avoir la version de Lausanne à leur portée, au moins pour la consulter. »

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Ses devoirs professoraux de grammairien, de littérateur, au - Gymnase bâlois ne détournèrent pas Vinet de ses préoccupations | scripturaires. « Je prends une part active au travail de la Société

biblique de Bâle, écrit-il à M. Monnard le 29 décembre 1817 ; - si je joins à tout cela l’allemand, que je voudrais apprendre, le grec, l’hébreu, l’exégèse, etc., qu'il faut que j’apprenne, il me semble que voilà beaucoup d'ouvrage. »

Le besoin d’une traduction, conforme aux originaux, n’a pas quitté Vinet, devenu professeur de théologie à Lausanne. Au contraire. Il répétait à ses étudiants : « Gette Bible, traduite par Ostervald, Martin ou tel autre, n’est la Parole de Dieu que sous bénéfice d'inventaire... Pouvons-nous prendre pour texte la traduction défectueuse d’un passage de la Bible? Non; ce serait ériger les traducteurs en prophètes, en hommes inspirés. Nos textes doivent être pris dans l'original, et si la version en usage en a altéré le sens, il faut qu’elle soit rectifiée. Ce procédé causera quelque surprise s’il s’agit d’un passage très connu; mais le scandale est déjà donné par la divergence des traductions en usage. Il est donc très important d'étudier le texte dans l'original... Il y a à constater, dans chaque passage, le sens verbal ou extérieur, et le sens intérieur. Le premier est ce qu’on appelle communément la signification, l’idée que portent immédiatement les signes dans l'esprit, indépendamment de toute considération ultérieure, je veux dire étrangère aux éléments philologiques dont le passage est composé. Le second est l’idée qu’au moyen de ce sens extérieur l’auteur du passage a voulu communiquer à l’esprit du lecteur... Pour ne pas errer sur le sens que nous appelons extérieur, 1l faut avoir une idée précise de la langue des auteurs, je veux dire de la valeur des signes et des formes de cette langue, comparés aux formes et aux signes correspondants de notre propre langue. » (Homilétique, p. 91, 95.)

Dans ce but, il faut nécessairement recourir à l’hébreu de l'Ancien Testament, et à coup sûr au grec du Nouveau Testament. Mais à l’hébreu aussi. Ainsi, à la fin de la première lettre que Vinet écrit d’Ober-Castel (Thurgovie), dans l’été de 1837, quelques semaines avant son départ pour Lausanne, à propos

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de deux sermons du Dr Dwight touchant le sabbat juif et le dimanche chrétien, dans cette note : « Reste le texte de Genèse II, 1, 3. C’est, dans la question présente, le document le

plus imposant et le plus grave. J'aurais à présenter, sur ce ;

passage, plusieurs observations, mais je sens la nécessité de les ajourner jusqu’à ce que j'aie consulté l’original et fait quelques recherches ultérieures. »

La langue grecque, Vinet l’abandonne si peu que, dans son agenda de 1836, 22 septembre, il note incidemment : « J'ai dû passer la journée au lit. J’ai été, en fait de lecture, une véritable autruche. Lu deux ou trois discours de Massillon, deux de Sailer, cinq ou six pages en grec de Chrysostome. » D’ailleurs il n’attendit pas ces années 1836, 1837, pour se maintenir en rapport avec le grec des Pères, des classiques et du Nouveau Testament. Le 2 octobre 1822 déjà, il en parlait à Louis Leresche : « ...Il y a quelques mois que je me suis remis à l'étude du grec, sans autre vue, tu penses bien, que de remplir en partie un vide considérable de mes études, je dirais de nos études ; car qui de nous sait le grec, et qui l’apprendra chez nous, hormis des Guisan et d’autres volontaires généreux, pauci quos aequus amavit Jupiter ? Il n’y a pourtant point de culture véritable et complète pour qui a négligé cette étude, qui est notre guide vers la belle nature. Il est injuste de se prétendre littérateur quand on n’a pas puisé à la source de cette belle antiquité. qui a formé, inspiré, perfectionné tous nos modernes classiques. Et ce n’est pas seulement le goût qui doit gagner à cette étude, mais la raison, l’esprit, toutes les facultés. Il y a une sève si abondante et si pure dans les écrits de ces anciens! ils sont si bien la nature! il y a tant d’autorité dans leur accent, inspiration immédiate de cette auguste nature ! Combien ne doit-on pas déplorer que de fausses routines et des préjugés volontaires tuent cet enseignement dans notre Académie de Lausanne !

» Tu sauras que j'ai suivi pendant six mois les leçons théologiques du célèbre professeur de Wette, actuellement à Bâle. Elles m'ont fait un grand plaisir ; il me semblait que pour la première fois je faisais de l’exégèse. Nous avons lu, dans l’ori-

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ginal, l’épitre aux Galates et celle aux Romains. Doctrine pure - et ferme, critique Judicieuse et réservée, vues belles et profondes, talent de faire saisir la suite des passages et ensemble - de l’écrit, exposition précise et méthodique : voilà les mérites qui m'ont frappé dans les leçons de ce professeur, dont la probité littéraire et théologique est encore plus remarquable que le talent et l’érudition. Sa doctrine n’a pas toujours été la même ; ila cherché de bonne foi la vérité, il l’a obtenue progressivement, il est parvenu par suite de ses recherches à un résultat que Dieu accorde toujours à la bonne foi: il s’est arrêté dans une orthodoxie pure et nette, et me paraît plus solidement ancré dans la vérité que ceux qui acceptent la croyance imposée tout à la fois et sans réserve, chose presque contraire à la marche de la nature quand il s’agit d’un vaste ensemble de doctrine. »

Le professeur de Wette, que la politique avait repoussé de l'Allemagne, venait d'accepter l’appel de l’Université de Bâle, qui le garda jusqu’à sa mort (1849). D’aimables relations ne tardèrent pas à se former entre lui et Vinet. Vinet traduisit en français un sermon intitulé : L'épreuve des esprits, que de Wette avait prêché le jour de la Pentecôte. Malgré leur désaccord momentané sur les théories morales, par trop sentimentales ou esthétiques. de de Wette, les deux professeurs continuèrent à voisiner, à se réunir familièrement tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, à avoir « des cafés, » comme l’on disait alors, où l’on devisait sur les sujets les plus divers, notamment sur la théologie et l’exégèse.

Sur le terrain exégétique, Vinet n’a pas cessé d'admirer le célèbre critique et de vanter, comme en 1826 et plus tard, « les

excellentes leçons de M. de Wette qui, à elles seules, ren- draient le séjour de Bâle précieux. » Il apprécie hautement et il citera à l’occasion la traduction de la Bible que de Wette avait entreprise de concert avec Augusti, et qu’il reprit à son compte en 1831. Après l'Ancien Testament (livres canoniques et livres apocryphes), étudié précédemment, de Wette, pendant son professorat à Bâle, s’occupa avec prédilection du

Nouveau Testament. Son Introduction (Lehrbuch der histo-

risch-kritischen Eïinleitung in die kanonischen Bücher des N. TS 1826) et le Manuel exégétique (Kurzgefasstes exegetisches Handbuch zum Neuen Testament, 3 vol., dont le premier de 1836) ont passé sous les yeux de Vinet. Cette incursion dans l’étude des textes avec un maitre aussi érudit, cet examen approfondi des documents bibliques ont intéressé Vinet beaucoup plus que les discussions relatives à leur formation, à leur authenticité, à leur intégrité, à leurs divergences.

Vinet n’a jamais rien écrit contre la critique en elle-même, lui qui voulait, au contraire, la pleine lumière, la libre recherche. Mais il laissait la tâche à d’autres : les disputes, avec leurs écarts, lui étaient en horreur. Au tome IÏT de ses Etudes sur la littérature française au dix-neuvième siècle, page 385, il a cette remarque : « Un homme de science et de probité, l’illustre Schleiermacher, a déclaré « que l’exégèse, traitée sans » un véritable intérêt théologique et chrétien, est aussi vaine » qu'elle le serait sans l'esprit et l’art philologiques. » — « Chez quiconque à lu l’histoire de l’Eglise, ce mot d’exégèse, si innocent en apparence, éveille des idées tristes et de tragiques sou-

venirs. Où est l’exégèse vraiment simple ? Où sont les inter-

prètes candides ? S'ils abondent quelque part, ce n’est pas sur le terrain où tout semble renforcer la loi de la droiture et agsraver le tort de la subtilité. Exégèse, glose, chicane, extorsion, qui ne serait tenté quelquefois de croire ces termes synonymes ? Parlons-nous seulement des esprits mal faits et des cœurs doubles ? Mais c’est là précisément que les meilleurs cœurs et les meilleurs esprits ont bronché et sont tombés, » pense-t-il au cours d’un article du Semeur, en 1842, page 115.

Il avait lu les négations hypercritiques de David Strauss, dont la Vie de Jésus lui paraissait excessivement dangereuse. Aussi quelles chaudes félicitations (le 30 mars, veille de Pâques 1839) il envoie, dans le Semeur, aux Zuricois, qui ont demandé et obtenu la destitution de Strauss, avant même qu’il eût pris possession de sa chaire académique. « Ce n’est pas que nous voulions voir dans ce fait plus qu’il ne contient. Ces quatrevingt mille personnes qui crient tout d’une voix : « On a en- » levé mon Seigneur et je ne sais où on l’a mis, » ne sont pas

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