‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 10 sur 36 · EL RE PE PEN RE I ND PT A NV TL A EC END CC TS · texte numérisé non relu

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rendre les chemins affreux. Le missionnaire, qui n’avait d'autres serviteurs que ses jambes pour le porter et ses bras pour aider les chiens qui traînaient ses bagages, dut demander à ces pauvres employés des services plus qu'ordinaires, et les malheureux finirent par se plaindre qu'il y avait excès. L'année précédente, la distance entre l’Ile-à-la-Crosse et le lac Caribou avait été parcourue facilement en dix jours; cette année, elle le fut bien difficilement en quatorze. (Cette fois encore, c'est le jour de l’Annonciation que la Providence avait désigné pour l’arrivée, au milieu des pauvres indiens du lac Caribou, du messager de la bonne annonce.

Je signale la difficulté précédente pour faire ressortir un jait qui se reproduit presque toujours dans nos cour:es apostoliques. Celles qui nous coûtent le plus de fuitigues, de privations, de souffrances physiques, sont d'ordinaire celles où le cœur goûte les joies les plus sensibles, les consolations les plus abondantes. Touiours cette main 4 libérale et si miséricordieuse du Père céleste, qui, même dès ici-bas, remet le centuple de ce peu qu'on lui donne !

Les sauvages, visités l’année précédnte, témoignèrent de leur affermissement dans la foi, et un grand nombre d’autres, venus des terres des Caribous tout exprès pour voir l’homme de la prière, manifestèrent les plus heureuses dispositions. La mission se prolongea jusqu’à la fin de mai, époque à laquelle le P. Taché reprit le chemin de l'Ile-à-la-Crosse, remerciant Dieu des consolations qu'il avait goûtées, et le priant de bénir de plus en Dia: le troupeau confié à ses soins.

Avant de prendre congé de ses néophytes et catéchumènes, le missionnaire leur donna rendez-vous pour le printemps suivant, à l'extrémité septentrionale de ce grand lac Caribou, parce que les Sauvages assuraient que cet endroit offrait des ressources alimentaires, tandis qu'à l'extrémité méridionale, ie missionnaire lui-même avait eu toutes les facilités de se convaincre que la recette du R. P. Bermond, “ de faire un gros nœud à sa ceinture,” est nécessaire après un dîner par cœur.

À son arrivée, le P, Taché trouva son compagnon plus infirme ; ce dernier, resté seul en hiver, avait dû, pour visiter ses malades, faire un voyage de plus de cinquante lieues, par un froid très vif, couchant dehors comme

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toujours quand on voyage, et ne pouvant’ pas, pendant tout ce temps, panser les plaies qui torturaient sa jambe et son bras malades,

Les vives inquiétudes que donnait la santé de M. Laflèche, la presque certitude de la nécessité de son départ prochain, furent compensées par la joie que répandit à l’Ile-à-la-Crosse l'arrivée d'un autre Père. Le R. P. Henri Faraud, parti de Saint-Boniface au mois de juin, arrivait au mois de juillet plein de jeunesse, de force et de bon vouloir.

Le P. Taché n'avait pas vu d'Oblat depuis plus de deux ans ; aussi, grande fut sa joie, et bien réel fut son bonheur en embrassant un de nos Pères. M. Laflèche, qui voulait bien fermer les yeux sur les nombreux

éfauts du pauvre P. Taché, aimait les Oblats, qu'il croyait, avec raison, tous bien plus parfaits que celui qui avait tant de besoin de son indulgence. Lui aussi reçut le nouveau venu comme un frère, et la pauvre cabane des missionnaires de l’Ile-à-la-Crosse vit trois existences se confondre en un seul et même sentiment d'une affection sincère, d’un même désir du bien et de la gloire de Dieu.

Pendant que ces événements se succédaient dans le nord, le R. P. Bermond ne perdait pas de vue sa mission commencée l’année précédente. Les œufs des oiseaux sauvages avaient déjà reçu les soins assidus de leurs mères ; la famine n'était pas à redouter; ce bon Père retourna donc à la baie des Canards.

Si je fais erreur dans les dates, que le Supérieur de Lumière me le pardonne: ses spirituelles chroniques “ne brülées, et il sait bien que ma mémoire n'est pas

dèle.

C’est, je crois, pendant ce second voyage que le R. P. Bermond songea à déplacer la mission de la baie des Canards ; il lui semblait que le poste Manitoba, à midistance entre Saint-Boniface, offrait des avantages bien supérieurs. Il donna là rendez-vous aux sauvages, revint à la Rivière-Rouge pour faire approuver son nouveau projet et prendre les mesures nécessaires pour fonder un établissement sérieux, auquel il donna le joli nom de Notre-Dame du Lac.

Le jour même de son arrivée à Saint-Boniface, le missionnaire de Manitoba était consolé de ses fatigues, non

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