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quefois l’on secoue “ la poussière de ses souliers,” mais il n’en pleura pas moins sur Jérusalem méconnaissant le don de Dieu. Abandonner ce qui est fait, renoncer jusqu’à l'espoir de convertir, cela fait toujours mal au cœur du missionnaire. Puis, c'était la première mission sauvage confiée à nos Pères dans ce diocèse ; aussi, je sentis vivement la peine qu éprouva ce bon et zélé P. Aubert en cédant à une nécessité si contraire aux vœux de son cœur. Ces regrets furent encore plus vifs lorsque, quelques années après, la chapelle catholique de cette mission, dans laquelle notre divin Sauveur s'était souvent offert en sacrifice pour les pauvres sauvages qui l’environnaient, fut affectée au culte protestant. Ilest vrai que le peu de succès de ces derniers, malgré leurs présents et leurs efforts, prouve qu'on avait raison de ne pas espérer beaucoup de ces Sauteux de Wabassimong.
Le R. P. Aubert, de retour à Saint-Boniface, y séjourna jusqu’au moment où l’obéissance le rappela en Canada. Mgr de Juliopolis, devenu évêque titulaire, cette même année 1847, aimait à le garder auprès de lui.
Le R. P. Faraud accompagna, dans l’automne, les chasseurs à la prairie. Je ne puis dire qu'un mot sur ce ministère, qui a pourtant son importance. Une partie TN de la population de la Rivière-Rouge va deux fois par an dans les immenses plaines situées au sud et à l’ouest de cette colonie, pour y chasser le bison. Les chasseurs, qui sont toujours au nombre de plusieurs centaines, amènent avec eux toute leur famille, et vivent, pendant quatre mois de l'été, en camps considérables. Les dangers nombreux inhérents à cette chasse, et les dangers plus nombreux et plus regrettables qui naissent de la vie des camps, rendent la présence d'un prêtre comme indispensable dans ces sortes d’expéditions, pendant lesquelles on peut toujours exercer un ministère aussi actif que fructueux. Ïl y a même un grand nombre d'enfants qui ne peuvent recevoir d’instruction religieuse que là ; aussi les chasseurs demandent-ils toujours qu'un prêtre les accompagne, et leur demande est toujours exaucée quand on le peut; c’est ce qui, dans le pays, s'appelle “ aller à la prairie.”
Au mois d’août, le P. Taché, en passant par le portage à la Loche, visité en 1845 par M. Thibault, se rendait à
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Athabaskaw, environ cent quarante lieues de l’Ile-à-la- Crosse, poste découvert par les blancs en 1778. Lesplus douces consolations furent le partage du missionnaire, qui, dans l’espace de trois semaines, eut le bonheur de baptiser cent quatre-vingt-quatorze infidèles, et d’inaugurer dans cet important district, l’ère nouvelle de la foi et de la religion. Ce fut là le commencement de notre belle mission de la Nativité.
Athabaskaw est visité par quelques familles crises et par un grand nombre de Montagnais. Ces derniers n'avaient pas la réputation de douceur que méritent à si juste titre leurs frères de l’Ile-à-la-Crosse. On annonçait au missionnaire qu'il y avait des dangers à courir de la part de ces sauvages; qu’en vain on tenterait de les gagner à l'Evangile ; que, tous les ans, ils donnaient de vives inquiétudes à leurs traiteurs, qui ne devaient leur salut qu’à des établissements fortifiés ; qu'ils avaient toujours les menaces à la bouche et l’arme à la main. Ces dernières assertions étaient vraies, mais ceux qui les redoutaient tant calculaient sans le secours de la grâce, qui, dans cette circonstance comme dans tant d’autres, se montra si forte et si triomphante que, depuis, on n’a jamais entendu parler, à Athabaskaw, de soulèvements, de conjurations, de menaces, de meurtres, ni de quoi que ce soit de semblable. Ceux mêmes qui donnaient les plus vives inquiétudes sont devenus chrétiens fervents, aussitôt qu'ils ont entendu le prince de la paix leur dire : “ Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.”
Le P. Taché, revenu à l’Ile-à-la-Crosse au mois d’octobre, apprit avec un sentiment particulier de plaisir, que les Cris de ce poste se montraient plus dociles à l’inspiration de la grâce, il eut de plus la consolation de trou ver M. Laflèche installé dans une maison qui, tout l'été, leur avait coûté tant de sueurs, et, depuis un an, était l'objet de tant de désirs.
Les missionnaires étaient donc chez eux, pauvres et dénués de tout, mais heureux de leur sort, et persuadés que leur œuvre allait se consolider et prendre une extension nouvelle.
Comme pénible compensation à ces jouissances, la santé de Mgr Laflèche se trouva très compromise : un travail excessif avait développé le germe d’un mal opiniâtre qui, pendant plusieurs années, mit au grand jour
une vertu rendue plus sensible par la constance et la générosité avec lesquelles elle subit cette nouvelle épreuve, ;
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L'année qui vient de s’écouler, en consolidant l’établissement si important de l’Ile-à-la-Crosse, avait vu l'établissement d’autres œuvres non moins importantes, la baie des Canards, le lac Caribou, Athabaskaw, étaient devenus le partage de nos Pères.
L'année 1848, sans étendre davantage la sphère de leurs travaux, leur laissa un vaste champ ouvert à leur zèle, leurs œuvres s'établirent, sur des bases plus solides, et le nombre des ouvriers employés à cultiver cette portion de la vigne du Seigneur s'augmenta rapidement.
Je ne mentionne point es secoms spirituels donnés à la population de Saint-Boniface : depuis vingt ans, les Oblats ont toujours été occupés dans cette paroisse. Ils n’ont pas toujours été seuls ; mais ils ont constamment apporté au bonheur de ce peuple leur part d'efforts et de travail.
Le tableau général que j'ai entrepris de peindre, pour n'être pas trop chargé, exclut néanmoins les occupations ordinaires, même les voyages que, dans ce pays de locomotion sans locomotive, on est habitué à considérer comme le cours ordinaire des choses ; et pourtant, dans quelques-uns de ces voyages, il y a souvent des circonstances pleines d'intérêt. Parfois, on y souffre plus que dans les voyages de longs cours, parce qxe, d'ordinaire, ils se font avec plus de précipitation, et que l'on est moins sur ses gardes, par cela même qu'on ne va pas si loin.
Cette réflexion énoncée une fois pour toutes, je continue de tracer les grandes lignes de mon plan.
Le 8 mars donna le signal du départ pour la mission de Saint-Pierre, lac Caribou. La maladie de M. Lafièche et une plus grande aptitude pour tout ce qui exigeait le soin d’une mission établie, lui commandant une espèce d’inamovibilité, les délices de la promenade revinrent de droit à son compagnon qui se mit en route.
S'il y a un certain attrait, quand on est jeune et actif, à mesurer l’espace, voire même en raquettes, avouons que, cette fois, la besogne avait perdu de ses charmes. De mémoire d'hommes, on n'avait jamais tant vu de neige dans le pays. (Cette circonstance suffisait pour