‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 17 sur 36 · AINGT ANNÉES DE MISSIONS · texte numérisé non relu

AINGT ANNÉES DE MISSIONS

laisser seul. De 1à, Sa Grandeur d'«cendit à l'Ile-à-la- Crosse, où Elle arriva heureusement le 16 mai.

Les sauvages commençaient à se réunir ; on leur donna la Mission, après laquelle le P. Tissot partit pour le Portage-à- la-Loche, où les Montagnais se réunissent toujours en grand nombre et où il y avait beaucoup d: bien à faire. Le Missionnaire goûta, en effet, beaucoup de consolation pour prix de ses efforts.

Le P. Végreville, qui avait fait beaucoup de progrès dans l'étude des langues, allait en même temps essayer ses premières armes au lac Froid ; il se rendit même au lac la Biche pour égayer la solitude du P. Rémas en lui rappelant les souvenirs du séminaire, du noviciat, du scolasticat et du voyage.

Le FP. Grollier, qui était venu passer l'été avec le P, Faraud à la Mission de la Nativité, en repartait au rois de septembre pour aller de nouveau travailler à Notre-Dame des Sept-Douleurs, d'où il revenait au commeucement de l'hiver.

Dieu, dont les desseins sont ignorés des hommes, qui dispose des événements pour sa plus grande gloire et le salut des siens, conduisait à la Rivière-Rouge l’un de nos Pères, qui plus tard, mais bientôt, devait y jouer un rôle si méritoire et si glorieux, tant pour lui que pour la Famille religieuse à laquelle il s’estime toujours si heureux d’ appartenir et qui a l’avantage de le posséder. C'est au mois d'août 1854 que le P. Vital Grandin saluait les PP. Bermond et Maisonneuve. Le nouveau venu était accompagné du Fr. Bovwes, Frère convers d'un grand mérite, que le Provincial du Canada avait eu l'extrême obligeance de céder au Vicariat des Missions de la Rivière-Rouge, et où il rend depuis les services les plus intelligents et les plus signalés. Nos Missions comptaient donc neuf prêtres et trois frères laïques. Trois fils du vénérable J.-B. de la Salle arrivèrent en même temps pour commencer, en faveur des enfants de la Rivièr:-Rouge, leurs écoles chrétiennes, st recommandables paitout.

Le siège de Saint- 3oniface n'était pas resté vacant après la mort de Mgr Provencher ; son coadjuteur lui succédait de dro‘t.Cependant,les circonstances n'avaient pas permis à ce dernier d'aller prendre e possession de sa cathédrale. Cet acte solennel, exigé par l'Eglise, ne

pouvait être retardé indéfinitivement, et Mgr Taché devait aller l’accomplir. Voulant profiter du moment où son absence serait moins sentie dans le nord, il aida ses confrères pendant une partie de la mission d’automue à l’Ile-à-la-Ürosse.

Ne pouvant pas prudemment retarder davantage son départ, le 26 septembre il prit congé des PP. Tissot et Végreville, du Fr. Dubé, des fidèles réunis en grand nombre, et s'embarqua dans un petit canot d'écorce conduit par deux jeunes sauvages de la nation @es Cris.

Le Seigneur, qui voulait nous faire voir combien nous méritions peu d’être à la tête de notre Eglise, nous éprouva pendant ce voyage, il restera comme le plus pénible de tous ceux que nous avons fait depuis que nous sommes dans le pays. L'évêque de Saint-Boniface descendit la rivière aux Anglais ; puis, par le fort Cumberland et le lac Bourbon, il alla au lac Winipagons. Forcé dedévicr de sa route, il remonta la rivière Platte, traverse le lac du Cygne, et se rendit à travers les terres jusqu’à la baie des Canards. Passant ensuite au poste Manitoba, au bout äu lac, enfin à la prairie du Cheval Blanc,le 8 novembre il s’'agenouillait dans sa cathédrale pour y offrir au Seigneur le désir de le servir, et pour le prier de féconder ses désirs.

M. Laflèche, qui était encore à l'évêché, ayant demandé et obtenu la permission d'aller passer l'hiver en Canoda, la résidence épiscopale se trouvait exclusivement habitée par des Oblats. Le R. P. Bermond y continua les fonctions de Supérieur local, jouissant en outre de toute l'autorité et de tous les privilèges que Mgr Taché lui avait conférés dès le début de son administration.

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L'ennée 1855, en inspirant des plans nouveaux, nécessita des changements nombreux. Nos Missions s’6tendaient vers le nord-ouest et avaient besoin de s'y étendre davantage, parce que, évidemment, les saurages les mieux disposés étaient de ce côté. Il fut donc décidé que le P. Grandin irait à Athabaskaw, pour mettre les Missiomnaires de ce poste plus à même de descendre le fleuve Mackenzie ou de remonter la rivière à la Paix ; car, de ces deux côtés, on réclamait avec instances la présence d’un ministre de l'Evangile.

Ce n'etait pas tout d'étendre nos missions et äc les pousser bien loin, il fallait aussi prendre des mesures pour assurer leur existence. Jusqu'à ce anoment, le tiansport des objets indispensables aux Missionnaires s'était tc 1jours fait sur les embarcations de l’honorable Uompagnie de la Baie-d'Hudson. La multiplicité de nos établissements, jointe aux exigences du commerce, pouvait, à un jour donné, créer des embarras, le mode actuel de transport étant très difficile et,par conséquent, très limité. On songea à fonder au lac la Biche un établissement sur une plus grande échelle, pour mettre à profit les avantages et les ressources de ce lieu, puis, par la suite, s’il en était besoin, organiser un système de transport qui aurait, sans doute, ses difficultés, mais offrirait au moins quelques garanties. Pour obtenir ce but, il fallait au lac la Biche des hommes doués d’une aptitude particulière pour Ja direction et le soin d'un matériel considérable de fermes, bestiaux, etc. : autant de choses en dehors, ce semble, au premier aspect, de notre sainte vocation, mais, de fait, indispensables dans le pays où nous vivons.

Ici, il faut non seulement que le Missionnaire se suffise en tout, il lui faut, de plus, donner l'exemple aux autres, leur apprendre à développer les avantages de ler r position, les ressourees de leur pays, pour les préparer à changer leurs habitudes nomades et aventurières. On peut être un saint prêtre et un parfait religieux sans cette aptitude ; cependant, por être iei un Missionnaire accompli, il faut joindre ce talent à l'amour de sa perfection et au zèle pour le salut des âmes.

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Les Pères Maisonneuve et Tissot avaient prouvé pratiquement qu'ils étaient doués des qualités nécessaires à la fondation d’un établissement tel qu'on en désirait à Not:2-Dame des Victoires. Il fut donc décidé que le P. Tissot se rendrait au lac la Biche dès le mois de juin, et que le P. Maisonneuve, dont la santé s'était un peu améliorée, irait le rejoindre ensuite. Ces

arrangements étaient aussi pris pour que le P. Rémas :

pût aller résider au lac Sainte-Anne, pour y exercer les fonctions de maître de novice à l’égard de M. Lacombe. Ce dernier, toui en faisant son noviciat, devait continuer le service des Missions où sa présence semblait nécessaire. Cette dernière combinaison n’est pas l'idéal de la perfection, mais quand on est dominé pat les circonstances, il faut subir, et quelquefois même imposer bien des anomalies. Celle-ci, du reste, avait l’approbation de notre bien-aimé Fondateur, qui en comprit la nécessité et l’autorisa.

Au mois de #iurs, le P, Grollier vola au secours de ses chères ouailles de Notre-Dame des Sept-Douleurs ; il était de retour à la Nativité au com : icement de juillet,

En mai, Mgr Taché, accompagne uu P. Maisonneuve, visitait Saint-Joseph ; cette Mission, avec laquelie nous ferons connaissance plus card, est située au pied de la montagne de Pembina, süi ies bords de la rivière du même nom, territoire des Dakotas, diocèse de Saint- Paul, Etats-Unis.

Au commencement de juin, Mgr de Saint-Boniface reprenait le chemin de l’Ile-à-la-Crosse. Il avait le plaisir de voyager avec le P. Grandin, qui se rendait à Athabaskaw avec le Fr, Bowes, qui, lui, devait s’arrêter à la Mission Suint-Jean-Baptiste pour y achever la construction de l'église, qu'il a ornée avec tant de goût.

Dans le même témps, À P, Tissot remontait tous les cours d’eau, et traversait tous les lacs qui mènent au lac la Biche Le goût le plus prononcé pour la vie solitaire 80 aurait satisfait dans la position où se tronvait ce Père. Le P. Rémas était déjà parti pour le lac Sainte-Anne ; personne n'était à la Mission, ni fidèles, m infidèles, ni domestiques, ni étrangers, personne, et le pauvre Père resta seul pendant plusieurs semaines, savourant à satiété les amertumes et les délices de sa triste position.

Le Vicaire, en arrivant à l’Ile-à-la-Crosse, apprit par cer x qui avaient conduit le P. Tissot la position critique dans laquelle ils l'avaient 'aissé, et se hâta de lui envoyer un des anciens serviteurs de la Mission.

Au mois de septembre, M. Lacombe, de retour d’une visite au petit lac des Esclaves et à la rivière à la Paix, commençait son noviciat au lac Sainte-Anne.

L'arrivée du P. Grandin à Athabaskaw donnant un autre compagnon au P. Faraud, le P. Grrollier put donner l'essor à son zèle, qui le portait à aller passer un autre hiver avec ses bons Mangeurs de caribou. Au mois de septembre, il partit de la Nativité pour se rendre à Notre-Dame des Sept-Douleurs.

Le P. Maisonneuve, parti de la Rivière-Rouge au mois de juillet, n'arrivait au lac la Biche qu'aux derniers jours de septembre. Son apparition réjouissait sans doute beaucoup le P. Tissot, sans pourtant apporter à sa position tous les adoucissements désirables, Les deux Pères se décidèrent à envoyer à l’Ile-à-la- Crosse pour réclamer les secours qui leur étaient indispensables, Mgr Taché leur envoya encore deux engagés et tout ce qu’il put des objets demandés.

Ce même automne, le P. Végreville allait exercer son zèle au lac Vert. De retour de ce voyage, il vit se développer le germe de la maladie dont il souffrait depuis longtemps, et qui le fatigua pendant tout l'hiver.

La communauté de Saint-Boniface avait bien diminué. Quatre Pères et un Frère la composaient au printemps ; à la fin de juillet, le R. P. Bermond restait seul, sans même “ la plus légère doublure de famille. ” Il avait pour compagnon le digne M. Laflèche, revenu du Canada à | fin de mai.

Le 19 octobre fut un jour de joie pour le Supérieur de la maison de Saint-Boniface : il recevait à bras et à cœur ouverts l'excellent P.J.-M.-J. Lestanc, l’un de ceux que la Prov' ‘ence a envoyés dans ce pays pour y faire le plus de bien, et y donner les plus beaux exemples de vertu.

Nos missions de la Rivière-Rouge comptaient dix anmées d'existence à la fin de 1855 ; elles étaient servies par dix Pères profès, un Père novice, et trois Frères convers.

C'est le zèle du P. Faraud qui ouvrit les campagnes de 1856. Au mois de mars, ce bon Père faisait ses adieux au P. Grandin et au Frère Alexis, ses compagnons d’armes à la Nativité, et, comme toujours dans nos chers pays de neige et de glace, il chaussait ses raquettes, saisissait son fouet et criait à ses chiens : “ Marche ! ” puis Pani, Saresto ou quelques arires de la gentille race canine se rangeaient derrière les guides, trainant le petit bagage du Missionnaire, qui allait revoir le théâtre de ses travaux antécédents, visiter les excellents sauvages qu'il avait commencé à évangéliser en 1852.

Reposons-nous anelanes instants chez le seigneur de la rivière au Sel, le bon vieillard Beaulieu, autrefois la terreur des maitres du pays et aujourd’hui l'enfant soumis de l’homme de la prière, qu'il sert toujours avec empressement et générosité, versant des larmes sur les longues années passées dans l'infidélité (il était vieillard quand il fut baptisé, en 1848, par le P. Taché), et s’efforçant, par une vie admirable de foi et de piété, de racheter le temps perdu.

Après cette petite halte, qui continuera dans la suite d'être si agréable et si utile, remettons-nous à la suite du P. Faraud pour arriver, en sa compagnie, au terme de son voyage. (C’est le gran lac des Esclaves, cette autre mer intérieure dont les immenses proportions ne sont pas même soupçonnées de plusieurs géographes. Après quelques jours de marche, le Missionnaire arrivait au fort Résolution. Dans ces pays si profondément isolés, le moindre fait devient un événement. Unsauvage, un chien qui arrive met en émoi tout un établissement. Que l’on juge par là des proportions que prend l’arrivée d’un Missionnaire. Cette fois, pourtant,tout était silencieux au fort Résolution. L'officier de charge avait vu arriver le ministre du Seigneur ; il était rentré dans ses appartements, en proie à un malaise extrême.

J'ai dit plus haut que, presque invariablement, nous recevions l'accueil le plus cordial des employés de l’honorable Compagnie de la Baie-d'Hudson. M. J. A. à la tête de l'immense üistrict de la rivière Mackenzie, a voulu se donner le triste privilège de faire exception à

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