‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 19 sur 36 · RÉ PP MENT · texte numérisé non relu

RÉ PP MENT

PSE SEEnS

Outre les PP. Maisonneuve et Tissot, il y trouva le P. Rémas et son novice, le P. Lacombe, venus tous deux à la rencontre de leur Supérieur commun afin de lui épargner la peine de se rendre au lac Saint-Anne .Cette attention du l. Rémas fut d'autant plus vivement appréciée que, sans elle, le temps limité n'aurait permis an Vicaire qu’une très courte apparition dans chaque Mission.

Quatre Oblats profès et un novice se trouvaient donc réunis pour passer ensemble quelques jours de consolations, de repos et de conversations qui aident toujours si puissamment au bien. Les Pères du lac la Biche avaient besoin d’un adoucissement à leurs peines, à leurs fatigues, à leurs privations. Il est permis de croire que la visite leur procura un peu de tous ces avantages,

Comme nous l'avons vu dans les pages précédentes, les PP. Maisonneuve et Tissot, à leur arrivée à Notre- Dame des Victuires, s'étaient trouvés les héritiers de toutes les misères que le bon P. Rémas y avait endurées. L'hiver n'avait point amélioré leur position. C’est pendant cet hiver qu'ils se déterminèrent à changer le site de la Mission, en l’éloignant d'environ six mi :s du fort de la Compagnie, auprès duquel elle se trouvait d'abord. Cette détermination ajouta, du moins momentanément, aux difficultés, puisque, à l'endroit choisi, il n’y avait rien de fait, et qu'on abandonnait une maison déjà construite.

Le 18 février, le P. Maisonneuve alla planter sa tente à l'endroit qui avait semblé le plus convenable. Une tente de toile au milieu des neiges, même sur un territoire britannique, ce n’est pas le fameux confort anglais. Aussi on se figure facilement tout ce que les Missionnaires eurent à souffrir. Le jour même de l’arrivée de leur évêque, ils prirent possession de la cabane qu'ils avaient érigée avec tant de peine. Ils ne possédaient pas même une chaise. Une bûche servit de fauteuil épiscopal. Celui auquel il était offert l’eût accepté avec un plaisir plus grand encore,si en l’acceptant, il avait pu soulager ceux qui le lui offraient. Le travail et l'inquiétude n'avaient pas seuls éprouvé les Missionnaires ; la faim s'était mise de la partie, dans ce sens du moins qu'une nourriture aussi désagréable que précaire était leur seule ressource. Aussi nous fûmes profondément

eux

affigé en voyant ces deux chers confrères, maigres, fatigués, abattus. Nous espérions cependant, car nous counaissions au lac la Biche des ressources qui avaient fait défaut cette année, mais qui, naturellement, ne devaient pas manquer toujours. Les visiteurs avaient apporté quelques provisions et autres secours ; puis,tous ensemble, on se souvint de la promesse du divin Maitre : “Si deux ou trois. etc.” Nousétions cinq, nous devions être exaucés. Une grand'messe fut recommandée et une neuvainc prescrite en l'honneur du grand Apôtre pêcheur. De suite une pêche, que l’on peut appeler miraculeuse, procura une alimentation abondante et facile. Cette pêche n’a pas fait défaut depuis. Ajoutée aux autres ressources de la localité, le tout utilisé par le talent et le travail de nos Pères, et plus tard du cher frère Bowes, a fait de cet endroit la plus prospère de nos Missions.

La misère, la souffrance, la privation semblent aujourd'hui impossibles à Notre-Dame des Victoires ; mais

ue ceux qui y iront plus ‘ard ne l'oublient pas, ils evront ce bien-être à l'énergie et au travail de ceux qui les y auront précédés.

Il faut avoir vu les commencements d'une Mission ; il faut même s voir tout fait de ses mains, tout arrosé de ses sueurs, tout arraché, comme par violence, à la rigueur de nos, climats, aux désavantages si multiples de ces créations au milieu du désert, pour croire et comprendre ce qu’elles coûtent.

On s'étonne que nous ne volions pas plus haut dans les sphères intellectuelles et scientifiques ; on trouve que nous n'écrivons pas assez, que même nous ne cCoOMpPOsONs pas assez en langues indigènes. Avant de jeter un blime trop sévère sur ceux qui usent leur vie dans les plus rudes travaux,de grâce,que l’on considère ce que nous avons de suspendu aux ailes de nos intelligences, et l’on verra qu'il ne leur est pas facile de prendre l'essor. La main qui.tout le jour.a dû mani la hache, la pioche, etc., n'est pas propre à orner la pensée qu'elle décrit du brillant entourage des formes et des tournüres élégantes, sans lequel on ne peut se flatter d'être lu. Un travail de mercenaire n’ôte pas au cœur de son dévouement, de son abnégation, de ses généreuses aspirations ; mais ce travail tue l'imagination et condamne la pensée au ge

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