‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 20 sur 36 · ETES · texte numérisé non relu

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tif, qui l’exclut nécessairement des cercles littéraires.

J'invite ceux qui succéderont à nos Pères qui ont fondé des établissements et en ont dévoré les premières difficultés, à ne pas oublier les efforts de ceux qui les ont précédés, et à se souvenir que, s’il leur est possible de donner cours aux heureuses et intelligentes dispositions que la Providence a mises en eux, ils doivent cette facilité au travail colossal que se sont imposé leurs prédécesseurs.

La pensée que j'exprime ici me vient avec le souvenir d’une réflexion qui m'a été faite par l’auteur d’un voyage pittoresque. Ce digne homme, que j'ai rencontré en France, se posait comme voulant travailler à l’émancipation scientifique des Missionnaires catholiques de l'Amérique septentrionale. * C’est désolant, me disait-il avec une admirable naïveté, nos Missionnaires n'écrivent point. J’ignore se qu’ils font ; mais 1l est certain qu'ils omettenc une partie essentielle de leurs devoirs : l'étude des hommes et des choses. ” Vint ensuite le développement de ses sublimes idées. J’admirai d'abord ses magnifiques théories ; mais je les trouvai bien ridicules, quand j'en vis l'application dans son ouvrage, et je me dis : “ Voilà ce que c’est que d’être Missionnaire auprès de son bureau, par les efforts d’une imagination exultée. ” Je comparai ces scientifiques pages et le travail que, naturellement, elles avaient coûté, avec la position de nos chers Pères, et, en définitive, je demandaiï à Dieu de ne point envoyer de pareils génies dans nos Missions naissantes.

J'exprime aussi cette pensée, parce que, comme supérieur de nos Pères, je dois à ceux qui me sont confiés la justice de dire que, s'ils n’ont point décrit la scène, ils ont du moins été les acteurs intelligents et dévoués du grand drame de la régénération des peupies qui leur sont confiés et de la fondation des établissements nécessaires à cette régénération. S'ils ne sont pas écrivains, ce n’est pas le talent qui fait défaut, c'est le temps qui manque. Ce sont ces occupations, si multiples, si accablantes, qui absorbent notre vie et nous permettent à peine de répondre aux nécessités les plus impérieuses, aux devoirs les plus urgents. Les ressources si limitées de ncs Missicns, les circonstances si exceptionnellement défavorables dans lesquelles nous vivons, la nécessité

de dompter même les éléments, de demander sa vie matérielle aux rigueurs du climat,aux aridités du désert, voilà quelques-unes des raisons de notre silence ; voilà, si l’on veut, des pages que nous préparons aux plumes de ceux qui nous succéderont. C’est certainement déjà un gran. talent et un grand mérite, au milieu de tant de difficultés, de trouver le temps et les moyens d’instruire ses ouailles, d'apprendre leur langue, d'exercer notre ministère avec le zèle que Dieu a le droit de deman der à ses apôtres.

Le bonheur goûté par les cinq Missionnaires dans cette réunion ne fut pas de longue durée : bientôt le P, Rémas et son novice reprirent le chemin du lac Sainte- Anne, et l’évêque poussa sa nacelle vers les grandes eaux d'Athabaskaw.

L'établissement de Notre-Dame des Victoires a vait été projeté pour pouvoir, plus tard et au besoin, servir d’entrepôt pour l’approvisionnement de nos Missions du Nord ; afin d'atteindre ce but, il fallait s'assurer de la possibilité de naviguer dans la partie du grand fleuve Athabaskaw-Mackenzie, connue sous le nom de rivière à la Biche, et située entre les embouchures de la petite rivière qui décharge le lac la Biche et la petite rivière Athebaskaw. Cette partie du fleuve géant était décrite comme pleine de dangers et d’une n’vigation presque impossible.

L’évêque de Saint-Boniface, devant se rendre à Athabaskaw, choisit cette route inconnue et réputée si dangereuse. Il eut le plaisir de constater qu’il y avait beaucoup d’exagération dans tous ces récits effrayants, et que cette rivière ressemble à tant d’autres sur lesquelles on navigue tous les jours. Après sept jours et deux nuits d'une marche heureuse, il arrivait à deux heures du matin pour donner le Benedicamu: Domino aux Missionnaires d'Athabaskaw. C'était le 2 juillet, joli juur pour une visite ! Les. PP. Grollier et Grandin,et le Fr. Alexis, réveillés en sursaut par la voix de leur évêque, versèrent des larmes de joie, en voyant leur Supérieur plus tôt qu'ils ne l’attendaient et échappé heureusement aux dangers prétendus, mais supposés réels, de cette navigation.

Tous les sauvages de la Nativité, et quelques-uns de Notre-Dame des Sept-Douleurs, attendaient dans le voi-

sinage l’arrivée du grand homme de la prière. Ils en furent bientôt informés, et, après une couple de jours, ils étaient réunis en grand nombre autour de la maison du Seigneur.

La visite fut vraiment consolante ; les chrétiens d’Athabaskaw revoyaient avec bonheur, comme premier pasteur, celui qu'ils avaient eu pour premier Missionnaire. Nous fûmes étonnés nous-mêmes des fruits produits par cette visite.

Tout est merveilleux dans le plan divin du salut des hommes. L'auteur de la hiérarchie ecclésiastique est la source même des grâces. Ilen verse de bien abondantes sur tous les ordres qui composent cette milice sainte. Le pontife, revêtu de 1. plénitude du sacerdoce, ne peut être laissé à sa faiblesse ni à son indignité personnelle lorsqu'il parle au nom du Très-Haut. L'Esprit-Saint, qui a voulu que l’Eglise de Dieu fût conduite par les évêques, donne à leur parole, à l’ensemble de leur ministère, nn succès particulier.

Pour ma part, je l’avouerai, j'hésitais presque à faire des visites pastorales au milieu des indigènes, croyant que leurs missionnaires respectifs, qui avaient leur confiance et leur affection, y feraient plus de bien par euxmême. Chacune de mes visites m'a prouvé, au contraire, et jusqu’à l'évidence, que l'Eglise est guidée par l'esprit de Dieu, lorsqu'elle prescrit aux premiers pasteurs de voir personnellement les brebis confiées à leurs soins. J'ai eu le bonheur de me convaincre que la simple apparition du pontife au milieu des sauvages est une époque de renouvellement et d’un saint enthousiasme pour le bien.

L'arrivée du P. Faraud et les nor relles de ses succès au grand lac des Esclaves, vinrent compléter la joie des Missionnaires d'Athabaskaw et de leur Visiteur. Ils passèrent encore ensemble une de ces semaines comme on en goûte peu dans la vie ; les jours étaient remplis par l'instruction des sauvages, et les nuits se passaient à préparer à l’impression les quelques livres déjà faits en Jeur langue. La plantation d’une belle croix termina, le 18, les exercices de la Mission et de la visite épiscopale. Le lendemain sonnait l'heure du retour. Le pauvre Missionnaire a bien souvent occasion de reconnaître combien les joies d’ici-bas sont éphémères. On ne 5

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réunit que pour se séparer ; on ne s’assemble que pour rendre plus sensible le déchirement du départ ; on ne se voit que pour sentir plus vivement les rigueurs de la solitude. O vous, mes Frères, qui vivez toujours en communauté, ayez pitié de ceux qui ne goûtent cette jouissance que pour en sentir davantage la privation ! Priez pour vos Frères isolés.

Monseigneur partit en la compagnie du P. Grollier, qui était donné pour socius ar. P. Végreville, et près duquel i! s'arrêta, à l’Ile-à-1:-U.usse ; mais Sa Grandeur se rendit de suite à la Rivière-Rouge, où il arriva le 22 août, heureux de revoir le R. P. Bermond, heureux de faire la connaissance du P. Lestanc.

Dans l’espace de deux mois, le Vicaire avait eu Îa consolation de voir tous les Oblats employés dans le diocèse de Saint-Boniface.

Au mois de septembre, le P. Rémas recevait l’oblation du P. Lacombe, si désireux, lui aussi, de devenir un enfant de Marie Immaculée. A l’oblation du P. Lacombe, la Mission du lac Sainte-Anne et celles qui s’y rattachent devenaient le partage des membres de notre chère Famille.

Nous l’avons déjà dit, M. J-B. Thibault doit être considéré comme l’apôtre de la vallée de la Siskatchewan. Ce courageux Missionnaire avait, &e plus, visité le lae la Biche, le lac Froid, l’Ile-à-la-Crosse et le Portage-à-la- Loche. Son zélé confrère M. Bourassa, en le secondant dans l'établissement du lac Sainte-Anne, avait étendu les fruits de son zèle jusqu’au petit lac des Esciaves et la rivière à la Paix. Lacan hé marchant généreusement sur les traces de ses glorieux devanciers, avait fait, lui aussi, tout son pouvoir pour agrandir le royaume de Jésus-Christ. La Siskatchewan, le lac la Biche, le fort Jasper, Le petit lac des Esclaves et la rivière à la Paix avaient entendu sa voix proclamer la miséricorde du Dieu d'amour. En un mot, ces trois bons prêtres avaient marché à pas de géants dans la carrière apostolique. Deux d’entre eux avaient laissé le théâtre de leurs travaux, le troisième passait dans nos rangs La Congrégation prenait possession du champ qu’ils avaient arrosé de leurs sueurs et fécon % par leur dévouement.

Héritiers de tout ce qu’ils avaient, il nous siérait rien

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mal d'accepter ce qu'ils nous ont laissé, sans leur en témoigner notre reconnaissance. Non seulement nous avons sous les yeux les exemples de zèle et de vertu qu nous ont prodigués, mais, de plus, nous sommes

evenus les pasteurs des chrétiens qu’ils ont formée avec tant de soins et de sollicitudes, des catéchumènes qu'ils ont prédisposés au bonheur que nous goûtons avec eux, en versant sur leurs fronts l’eau régénératrice. Ces pieux devanciers nous ont aplani bien des dificultés et des embarras dans l'étude des langues ; les catéchismes, grammaires, dictionnaires, qui leur ont coûié tant de veilles, sauvegardent notre repos et nous assurent le succès et la consolation : plus que cela, eux aussi ont été défricheurs ; non seulement défricheurs du champ spirituel qu’ils ont trouvé si inculte et rendu si fécond, mais bien aussi défricheurs du champ matériel, où nous sommes heureux de cueillir quelque adoucissement aux privations si grandes et si nombreuses dans ces contrées lointaines. Le toit qui nous abrite, ia modeste chapelle où, pour notre consolation, réside le Roi des rois, la voûte qui retentit de nos chants d’allégresse, tout cela est le travail de leurs mains, le prix de leurs sueurs. Quoi ! nous accepterions tous ces avantages sans que l’accent de la reconnaissance trahisse les vives émotions de nos cœurs ! Nous serions trop indignes de leur succéder si nous pouvions les oublier !

Que nos annales redisent donc le nom de M. Thibault, ce nom que les nombreux Indiens de ces immenses terres redisent avec tant d’allégresse et d’admiration ! Redisons le nom de M. Bourassa, inséparable de celui de son vénérable confrère ! Redisons aussi, avec une affection particulière, le nom de M. Laccmbe, devenu notre cher P. Lacombe, dont le zèle nous est toujours ua si juste sujet de consolation !

C'est pendant l'été de 1856 que les Pères du lac la Biche ouvrirent un chemin à travers l’épaisse forêt qui sépare leur beau lac des prairies qui bordent la rivière Siskatchewan ; et au mois de septembre, le P. Maisonneuve, à sa visite annuelle au fort Pitt, en étonna tous les habitants, parce qu'il y était venu en charretie par ce chemin nouveau, réputé impossible, mais que le courage et la persévérance du Missionnaire avaient rendu praticable.

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Après la profession de son novice, le P. Rémas alla donner la Mission au fort Jasper, situé tout au pied des montagnes Rocheuses, dont on admire; les cimes élancées, la noble et imposante grandeur.

Après trois semaines passées à Saint-Boniface, Mgr Taché en partait pour le Canada. Il s’y arrêta quelque temps pour préparer le succès du grand projet qui faisait l’objet principal de son voyage. Ayant réussi dans ses préliminaires, il traversa l'Océan, et alla terminer cette année auprès de notre bien-aimé Fondateur et Père.

Le P. Grandin se rendait aussi, à la fin de cette année, à la rivière au Sel, auprès du vieillard Beaulieu ; il y séjourna pendant plusieurs mois, recueillant les fruits de son ministère, étudiant les langues, et donnant à son hôte la consolation de le traiter avec un dévoüûment aussi complet qu'empressé. Cette Mission se termina par la plantation d’une croix.

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L'événement principal de cette année 1857 nous semble revêtu d’une telle importance, qu'il en forme comme le commencement d’une époque nouvelle, la troisième période de l’histoire de nosMissions. Dès le premier jour de cette année, le Vicaire était à Marseille, auprès de notre bien-aimé Fondateur, le priant de le bénir, de bénir tous ses enfants habitant les froides régions du nord-ouest de l'Amérique, de bénir toutes les œuvres confiées à leurs soins, l’objet de leur sollicitude, Puis commencèrent les pourparlers de l’importante question qui avait déterminé le voyage de Mgr Taché : la nomination d’un coadjuteur cum futura successione.

L'évêque de Saint-Boniface croyait avantageux à son diocèce d’en assurer la direction à un membre de notre chère Congrégation. Ce projet qu'il avait déjà fait goûter aux évèques de la province ecclésiastique de Québec, à laquelle appartient son diocèse, fut aussi accueilli favorablement par notre révérendissime Père général. Les évêques du Canada, dans la supplique demardant la formation de cette coadjutorerie, s'étaient abstenus de désigner le nom du coadjuteur. À la demande de l'évêque de Naint-Boniface, ils voulaient laisser ce <hoix au Supérieur général des Oblats. Mgr de Mazenod, inspiré de Dieu, désigna le jeune P. Vital Grandin comme dignissimus inter dignos. Cette élection rencontra parfaitement les vues de l’évêque de Saint-Boniface, qui, plein d'estime et d'affection pour tous et chacun de ses Missionnaires, ne put néanmoins se dispenser de croire à l'inspiration de la grâce dans le choix de ce jeune Père qu'il savait, lui aussi, être doué de qualités bien précieuses.

L’évêque de Saint-Boniface ne pouvait raisonnablement faire qu’une objection ; objection dont il avait tant reconnu la valeur dans sa propre personne. Cette objection venait de l’âge de l’élu. On ne s’y arrêta pourtant point, puisque la jeunesse est, de tous les défauts, celui dont on réussit le plus efficacement à se corriger chaque jour; puis, il faut bien s’en souvenir, avec la nécessité

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