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PRÉFACOF 7
les Canadiens-Français accueillirent avec faveur ce livre de l’un des leurs, qui racontait des gesta Dei per Francos : ieur patr'otisme, comme toujours, s’alliant à leur foi, dans l'expression de leurs sentiments. Les hommes politiques mêmes s’y intéressèrent, parce que déjà, à cette époque, le Canada formait des projets à J'androis de ces territoires, alors peu connus et peu appréciés, mais annexés depuis à la Cunfédération canadienne et devenus, par l'ouverture de notre grande voie transcontinentale, le théâtre d’une activité commerciale et agricole destinée à déplacer, dans un avenir plus ou moins rapproché, les points d'appui sur lesquels reposent les influences diverses qui persistent à s'affirmer au milieu de nous.
Nous le plaçons aujourd’hui sur les rayons de ia Biblicthèque religieuse et nationale où d’autres œuvres de Monseigneur Taché viendront prendre bientôt la place marquante qu'elles doivent y occuper.
Ce livre—les notes explicatives des premières pages nous l’apprennent—est simplement un tableau, tracé à grandes lignes, des travaux les plus saillants des missionnaires Oblats dans le Nord:Ouest. Sauf l'hommage qu’il ren au début aux devanciers de ces généreux enfants de Marie Immaculée, c’est un rapport général de l’état des missions confiées à leur zèle.
L’établisseinent des missions de la rivière Rouge, l'aspect religieux du pays, le progrès de ia foi parmi les peuplades de l’ancien Nord-Ouest ou pays d'en haut, l’action des oblats dans ce mouvement des sauvages vers la vérité catholique, quelques rares aperçus historiques, voilà donc le sommaire des Vingt années de Missions.
D'abord, ces pages n'avaient été écrites que pour ‘ la famille. ” En les parceurant, il ne faut pas oublier ce trait dominant d’un livre, fruit de quelques heures arrachées au sommeil, à des récréations bien légitimes, tracé ligne par ligne, tantôt sur le tronc d’un arbre renversé, tantôt sur un amas d'objets jetés pêle-mêle au fond d’un wigwam, toujours au milieu de pensées et d'occupations absorbantes.
La lecture de ce livre nous fait assister à l’éclosion de tous ces postes d’où, comme d'autant ( e foyers ardents, lu lumiète évangélique s’élance en rayons multiples jusqu'aux régions arctiques, d’aord par les soins de Monseigneur Provencher et de ses gé: éreux auxi-
liaires dont il ne faut pas perdre l’occasion de rappeler les noms : MM. Dumoulic, Destroismaisons, Harper, Boucher, Belcourt, Poiré, Thibault, Demers (depuis évêque de Vancouver), Mayrand, Darveau, Laflèche (maintenant évêque des Trois-Rivières), et Bourassa ; puis, par le dévouement des oblats, qui pénétrèrent en 1845, dans ce champ ouvert à leur apostolat, On court à la hâte avec l’auteur par tout le Nord-Ouest, si bien qu'on finit par sillonner en tous scns ces vastes régiuns, et par se rendre, avec le père Grollier, jusqu’au delà du cercle polaire, chez les Esquimaux, et plus tard, avec le père Séguin, dans l'Alaska, alors dépendant de la Russie. Sur la route se croisent les membres de cette petite phalange de missionnaires, jetés ainsi au milieu du désert et de ses solitudes, sans cesse à la recherche de la brebis perdue, ec franchissant, pour la secourir ou la ramener au bercail, des milliers de milles, des espaces sans fin, entrecoupées de lacs, de rivières, de marais, ou de forêts, lu plupart du temps à pied, leurs chiens transportant les bagages et les provisions, jnsqu'à épuisement de celles-ci, alors qu'i faut ou marger les chiens eux-mêmes, ou ies abandonner.
Quelle joie, et quelles actions de grâces, quand la Providence leur ménage la rencontre d’un confrère, pour les reposer de leur isolement !
L'isolement ! c’est l’une des plus grandes privations dont souffre le missionnaire, dit Monseigneur Taché. Aussi, fait-il entendre cette exclamation dans un endroit de son livre : ‘“ O vous, mes frères, qui vivez toujours “en communauté, ayez pitié de ceux qui ne goûtent “ cette jouissance que pour en sentir davantage la pri- “vation. Priez pour vos frères isolés ! ”
Le lecteur prend un intérêt véritable et non sans émotion à ces rencontres ; il éprouve un réel bonheur à s'associer par la pensée à ces joies de famille ; il regrette, avec les missionnaires, qu’elles ne durent pas davantage.
Un jour, le père Grrollier, blotti dans une hutte, au fort Simpson, voit arriver à son foyer le père Grascon, qui n’était pas attendu. Il y avait plus d’un an que le père Grollier n'avait vu un confrère. On conçoit sa joie ! mais qu’elle fut de courte durée ! Le lendemain le père Gascon lui disait adieu, et se dirigeait vers le fort de