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Liard, où son zèle lui commandait de précéder un ministre de l'erreur, en route pour le même poste.
Mais hélas ! la solitude n'est pas la seule épreuve du missionnaire ; les courses, les travaux manuels, les fatigues, l'épuisement, la maladie, la faim, les intempéries des saisons ; les sacrifices continuels qu'exige de l'homme habitué aux délicatesses de la civilisation un milieu dégoûtant et malsain, les infirmités corporelles, les inquiétudes morales, l'impossibilité d'atteindre tous les points que son zèle aperçoit, les angoisses de ses néophytes à partager et à confondre avec ses propres anxiétés, voilà, pour le missionnaire, autant. d'épreuves dont personne ne peut calculer l'intensité.
Ah ! on chante le coureur des bois !
Au spectacle de cet homme fantastique — héros très souvent par caprice -- qui s’élance Fe poursuite des aventures ou des richesses, et traverse, à l'heure qu'il lui plaît, la plaine verdoyante ou la sombre forêt, vogue sur le fleuve, en jetant uux rives sonores ses notes parfois empreintes de tristesse, mais la plupart du temps éclatantes d’audace et de provocation, la lyre du poète vibre et s'émeut.
Mais quelles seront donc les harmonies assez sublimes pour redire la vie du missionnaire, volant de jour ou de nuit, à travers les tourbillons de neige soulevés par les vents d'hiver comme sous le ciel ardent de l'été, au secours des âmes et @es intelligences, se dépouiliant des biens de ce monde ; franchissant, solitaire, les espaces ; couchant en plein air, souffrant de la faim, de la soif et du froid ; exposant sa vie pour ses semblables, sans aucune pensée de gloire, sans autre ambition que d'ouvrir, par la croix et la prière, le ciel au prochain, et de le gagner pour lui-même !
On accueille avec un empressement légitime dans les familles chrétiennes les annales qui racontent les progrès du catholicisme. La seule vue de ces fascicules éveille l’idée des dévouements héroïques, des sacrifices, des martyrs. C’est l'émotion dans le cœur, et souvent les yeux brillants de larmes, qu’on les parcourt.
Outre qu’elles sont de pieux recuei:s, ces annales offrent suus leurs formes diverses, un intérêt historique et scientifique incontestable. Remplies de détails, d'ab-
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servations, de peintures de mœurs, elles sont pour ainsi dire, les prémices de l’histoire des peuples évangélisés.
Les Vingt années de Missions sont des annales—les annales de la communauté des Oblats — qui racontent la propagation de la foi dans une partie importante de la patrie canadienne, dans un pays découvert et exploré par l’un des ancêtres de Monseigneur Taché même ; elles nous font connaître les peuples primitifs qui ont habité ces régions, les hommes qui les ont évangélisés, les religieux qui se sont voués à cette œuvre, dont les résultats viennent s'ajouter à ceux que produisit l’apostolat des jésuites et des récollets au début de notre histoire.
Ces résultats sont de diverses natures ; et, surtout lorsqu'on parle de mission, il n’y a pas à hésiter à mettre au premier plan les avantages spirituels qui découient de l’apostolat catholique ; ces avantages, le missionnaire les a d’abord, et par-dessus tout, en vue, s’estimant d’ailleurs bien heureux de donner par là même à la société l’inébranlable appui de ses enseignements et de ses exemples.
Hélas ! il fallait que les nécessités spirituelles fussent bien manifestes au pays de la rivière Rouge, ou qu'on attendît de l’action de nos missiongaires des résultats bien utiles à la paix et à la prospérité de la colonie, pour que lord $Selkirk, son fondateur, membre de l’église presbytérienne, fit taire ses prédilections naturelles et priât l'archevêque de Québ:c d'envoyer au fort Douglas des prêtres au secours de “ette population formée d'éléments si variés et si ad -erses les uns aux autres par leur origine et leurs intéêts.
Mais ce n'était point seulement la colonie de la rivière Rouge que les Oblats, à la suite de Mgr Provencher et de ses premiers auxiliaires, 2ntreprenaient d'évangéliser. C'était “ presque toute l'Amérique bri- “ tannique sauvage, depuis les côtes du Labrador jus- “ qu’à l'océan Pacifique.”
el fut le dévouement de ces missionnaires, tels
ainsi lisés.
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“ sainte en nous souvenant que la couronne n’est que “ pour ceux qui auront combattu ju:qu’à la fin. ”
Pendant que cette moisson croissuit et recevait les chauds rayons de l’amour chrétien qui devaient la faire mürir, surgissaient au même lieu, et de la même semence, de vigoureux arbrisseaux dont les tiges devaient aussi s’affermir et donner des fruits dont les sucs fortifiants déposèrent au sein de cette société encore jeune et débile, un principe de virilité dont nous admirons aujourd’'hui les épanouissements.
Des maisons d'éducation, des institutions religieuses, des hôpitaux, des écoles se fondaient et distribuaient abondamment à tous la nourriture de l'intelligence, le secours aux indigents, le baume aux blessés ; l’âme, l’esprit, le cœur et le corps, tout ce qu'il y a dans l’homme, ressentit les effets de toutes ces créations ; les cœurs s’adoucirent, les passions se calmèrent, les guerres entre les nations indiennes disparurent, la sauvagerie perdit de sa férocité, et les intérêts et les droits de chacun prirent une forme mieux définie ; enfin, quelque chose comme la formation d’une société, apparut à l’horizon, derrière ! :quel commença en même temps à se replier ce qu'il y avait d’excessif dans la liberté des anciens jours.
Le livre que nous remettons devant le public n’est donc pas seulement “ vingt années de dévouement et de sacrifices. ” C’est aussi vingt ans de travaux patriotiques, par un clergé national dont l’œuvre présente un intérêt d'autant plus sympathique qu’elle s’anime, qu'elle vit encore sous nos yeux dans la figure de la plupart de ceux qui y ont consacré leur existence.
C’est d’abord, Monseigneur l’archevêque de Saint- Boniface lui-même, dont la grande figure planera toujours sur notre époque ;
C’est le digne et saint évêque des Trois-Rivières — Monseigneur Laflèche — dont les plaines de l’ouest n’oublieront jamais les admirables sacrifices ;
C’est le suave Monseigneur Grandin ;
C’est l'héroïque Mgr Clut, du MacKenzie ; c'est Monseigneur Faraud, l’infatigable vicaire d'Athabaska ;
C’est l’ascétique père Maisonneuve, le compagnon du regretté père Tissot ;
Ce sont les dévoués pères Lacombe, Rémas et Leduc ;
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les non moins Zélés pères Lestang, Lefloch et Grasté ; le savant père Petitot, maintenant affligé d’une si cruelle maladie ; le jovial père André ; le bon père Tissier ; les sympathiques pères Végreville, Moulin et Simonet ; l’adroit et prudent curé de St-Norbert, l’hospitalier M. Ritchot ; les vaillants pères Séguin, Grouard et Grascon, les émules du cher père Grollier, l’apôtre des régions polaires ; les si dévoués Frères Jean, Eynard, Dubé, Bowes, Kearney ; et combien d’autres!
Ce sont aussi les saintes femmes dont le dévouement se manifeste d’une façon si éclatante dans le contrat us stipulèrent avec l’évêque de Saint-Boniface en
Déjà, elles étaient établies à la rivière Rouge depuis 1844 ; il s'agissait d'assurer leurs services aux missions du lac $Ste-Anne, de l’île à la Crosse, et des alentours. Mais il fallut bien que l’évêque fit observer “ que les “ missions étant pauvres et les ressources incertaines, “ on ne pouvait pas promettre beaucoup, ni promettre “ positivement.”
C’est alors que les sœurs Grises firent ces nobles réponses :
* Nous savons bien que les bons Pères chargés des différentes Missions ne laisseront pas souffrir nos Sœurs ; nous ne demandons que le vêtement et la nourriture.” — “ Mais si les Pères eux-mêmes n'ont pas de quoi pourvoir à leur subsistance ? ”’—“ Dans ce cas, nos Sœurs jeûneront comme eux et prieront Dieu de venir en aide aux uns et aux autres.”
On le voit, ce récit rapide, simplement agencé, sans effort de style, contient des choses exquises.—
Il n’a point tout à fait les allures d’une causerie, avec ses mots d'occasion, ses jets de bonne humeur, l’anecdocte plaisante dont l'archevêque de Saint-Poniface, même après plus de quarante années de labeurs incessants, émaille sa conversation.—En revanche, les détails qui peuvent servir à donner une idée exacte de lasituation, de la grandeur des œuvres accomplies, de l'étendue et de l'importance des missions confiées aux soins des Oblats, abondent. L'auteur court avec la rapidité de la pensée des bords de la rivière Rouge à l’île à la Crosse, et jusque dans le voisinage du cercle polaire. En route,
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il observe, note un fait, presse la main d’un confrère, s'oriente, fixe l'horizon, dont il cherche toujours à élargir le cercle, interroge les distances pour atteindre, si possible, des extrémités de sa croix pastorale, les premières ientes de quelque camp isolé dont il aperçoit les feux dans le lointain ; jamais le sentiment de la responsabilité n’est absent ; il reud justice à tous, depuis Mon:seigneur Provencher et les prêtres séculiers qui l'ont suivi, jusqu'au plus humble des frères convers de la compagnie des Oblats, jusqu'au pauvre sauvage qui lui sert de guide ou lui donne un abri sous sa loge.
Parfois la narration tourne à l’éloquence ; en prêtant l'oreille on croit entendre quelques-unes de ces chaleureuses improvisations dont maintes voûtes sacrées du Canada ont repercuté les accents ; en d’autres endroits, le cœur déborde d'émotions, la phrase s’assouplit, comme “ans la page suivante :
“ Nous arrivions à l’une des sources du Saint-Laurent ; “ nous allions laisser le grand fleuve, sur ies Lords “ duquel la Providence a placé mon berceaa, sur les “eaux duquel j'eus la première pensée de me faire “ missionnaire de ia Rivière-Rouge. Je bus de cette “eau pour la dernière fois ; j'y mêlai quelques larmes “et lui confiai quelques-unes de mes pensées les plus “ intimes, de mes sertiments les plus affectueux. Il me “ semblait que quelques gouttes de ceti. onde limpide, “ après avoir traversé la chaîne de nos gra: :ds lacs, iraient “ battre la plage près de laquelle une mère bien-aimée “ priait pour son fils, pour qu'il fât un bon Oblat, un “ saint missionnaire. Je savais que, toute préoccupée “ du bonheur de ce fils, elle écoutait jusqu’au moindre “ murmure du nord-ouest, jusqu'au moindre bruit de la “ vague, comme pour y découvrir l'écho de sa voix, “ demandant une prière, promettant un souvenir.”
“ La hauteur des terres était cemme le seuil de la “ porte qui nous laissait pénétrer dans notre nouveau “ séjour ; c'était comme la barrière qui allait se fermer “ derrière nous.”
“Je compris alors toute la grandeur du sacrifice “imposé au missionnaire ; j'en calculai ou du moins “ j'en acceptai toutes les conséquences. Je fis à ma “ patrie des adieux que je croyais devoir être éternels, “et je vouai à mon pays adoptif un amour et un atta-
“ chement auxquels je ne voulais et ne veux donner “ d'autre terme que celui de ma vie. Dieu accepta, “ j'espère, le sacrifice qu'il m'’inspira, la prière que je “ lui adressai.”
Assurément, il eût été difficile de rendre en termes à la fois plus vrais, plus émus et plus sobres, une situation singulièrement intéressante, d'exprimer plus vivement et plus noblement, d'un côté, la grandeur du sacrifice, et de l’autre, la plénitude de l’abnégation chez un jeune homme à peine alors âgé de 22 ans.—
Depuis la publication de ce volume pour la première fois en 1866, vingt autres années de missions sont venues ajouter leur lustre et leurs travaux à ceux des vingt premières années. Formeront-elles l’objet d'un second volume !
Il est certain que le public attend cet ouvrage.—
Dans lepremier volume, l'aspect religieux du pays, le développement des missions, forment presque uni-
uement la matière du livre. Il a été relativement foie à l’auteur de s’en tenir à ces limites.
Dans la seconde période, le pays a traversé des temps p'us mouvementés, et l’archevêque de Saint-Poniface s’est trouvé trop intimement lié à tous les événements à raison même de sa haute situation dans l'Eglise et de ses longs services comme missionnaire, pour ne pas, dans un deuxième volume, leur accorder quelque attention.
Là-dessus, l'intérêt de la vérité historique s'accorde avec les désirs du public, pour réclamer un livre d’où plusieurs attendent le jour sur des points restés jusqu'ici plus ou moins obscurs. ;