‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 21 sur 36 · ÉVÊQUE DE SAINT-ALBERT · texte numérisé non relu

ÉVÊQUE DE SAINT-ALBERT

de nos marches et contre-marchss, à des distances prodigicuses, le poids des années est un bagage un peu lourd pour la raquette. Nous pouvons en dire quelque chose, puisque, à quarante-deux ans, il nous est déjà devenu moralement impossible de parcourir à pied une aistance un peu éloignée. Bref, la pensée du Supérieur général fut fixée définitivement, et le nom du P. Vital Grandin envoyé à Rome. Ce nom, par la raison que nous avons dite plus haut, ne se trouvait pas consigné sur la supplique des évêques de la province de Québec. Cette dérogation aux règles ordinaires retarda un peu la conclusion de cette importante affaire; ce n’est que le 10 décembre que !e aint-Père signa les Bulles érigeant la coadjutorerie de Saint-Boniface, et préconisant le P. V. Grandin comme coadjuteur, avec le titre d'évêque de Satala in partibus infidelium.

Disons-le de suite, cet acte du vicaire de Jésus-Christ nous procura une bien douce satisfaction : car, outre qu’il nous délivrait de toute inquiétude sur le sort de notre diocèse, en cas d’une mort qui peut nous frapper chaque jour, il nous assurait le puissant et dévoué concours d’un pieux missionnaire, qui, nous en étions certain, ferait un saint évêque. Huit années d'expérience nous permettent de voir l’ample etabondante réalisation de ces légitimes espérances.

Que Dieu soit béni ! que la mémoire de notre rénéré fondateur accepte nos plus justes actions de grâces pour un choix dont, avec tous nos missionnaires, mais peut-être plus que tous les autres, nous avons chaque jour à nous réjouir. Puisque l'arbre se connaît à son fruit, la suite de notre petite histoire dira assez de quelle forte et précieuse sève se nourrit le rejeton que la main si habile et si chère de notre bien-aimé Père venait de greffer sur le sauvageon de Saint-Boniface.

Une autre mesure, aux conséquences multiples et avantageuses pour nos missions, fut aussi arrêtée pendant le séjour du vicaire à Marseille. Tous nos missionnaires avaient exprimé le désir de voir les plus avancés de leurs établissements enrichis d’un couvent des Sœurs de la Charité. Outre l'éducation des enfants, le soin des malades, il est mille détails de la vie dans lesquels le prêtre missionnaire ne peut pas descendre, et dans lesquels pourtant il est bon qu’une main expérimentée

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et charitable vienne façonner le cœur de cevx qui, arrachés naguère à l’infidélité, ignorent combien est abondant le surcroit promis à qui “ cherche d'abord le royaume de Dieu et sa justice.”

La femme missionnaire, la Sœur de Charité, peut remplir cette noble tâche, et seconder ainsi puissamment l'action du prêtre. Saint Paul n'oublie pas celles “ qui ont travaillé avec lui dans l'établissement de l'Évangile." Ce genre de coopération est encore plus nécessaire à ceux qui exercent leur saint ministère en pays sauvages et incultes, où la belle et pure nature des grands rêveurs de la rseudo philosophie a tant besoin d'être embellie et abluée,

Les services des Sœurs de la Charité semblaient donc, avec raison, comme indispensables ; mais ici, comme ailleurs, les nobles élans du cœur, les généreuses aspirations de l’âme sont dépendants des nécessités de ce corps qui semble toujours avoir la bouche ouverte pour demander son alimentation ; aussi le grand échec, la grande difficulté de toutes ces créations bonnes, pieuses, admirables même, c'est l’exiguité des ressources pécuniaires. Les allocations de la Propagation de la Foi soutiennent seules nos établissements ; leur adjoindre des couvents de religieuses, c'est demander aux missionnaires de partager avec ces héroïnes la maigre pitance qui les soutient ; c'est demander à ces dernières le plus haut degré possible d’abnégation, le sublime de ia charité et du dévouement.

Les missionnaires Oblats consentaient volontiers à partager leur nourriture avec celles qui viendraient les seconder. Les Sœurs de la Charité du Canada, dites Sœurs Grrises, déjà établies à Saint-Boniface, acceptaient toutes les conséquences du choix qui était fait d’elles pour aller fonder leurs établissements pieux à des distances immenses, dans des payset sous un climat dont les rigueurs effrayent quelquefois l'imagination. Notre vénérable fondateur, après quelques objections prises en son bon cœur et sa haute prudence, consentit volontiers au projet proposé, en laissant au vicaire de nos missions le soin de s'entendre avec les Sœurs de la Charité sur les mesures à prendre pour en assurer le succès.

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Saint-Boniface parcourut plusieurs diocèses de France dans l'espoir d'être utile à la congrégation et à l’œuvre si sublime de la Propagation de la Foi ; il repassa ensuite au Canada pour y continuer la même mission, tout en survcillant l'impression des livres en langue sauvage.

Pendant que le P. Grandin était l'objet de l’attention de ses supérieurs, lui-même, sans se douter le moins du monde de ce dont il était question, se rendait à Notre- Dame des Sept-Douleurs et prouvait là encore qu'il n’est pas nécesssaire d’être au milieu des Indiens, pendant un grand nombre d'années, pour gagner leur confiance et acquérir sur eux l'ascendant affectueux qui assure le succès des soins qu'on leur prodigue. Le P. Grandin revenait ensuite à la Nativité rejoindre ses confrères, et se préparer à aller au grand lac des Esclaves pour y continuer la mission si heureusement commencée par le P. Faraud.

Le P. Tissot, voulant assurer des secours plus abondants à son poste du lac la Biche, se mit en route pour la Rivière-Rouge. Le P. Végreville, de son côté, pensant que son supérieur était déjà de retour se rendit de l’Ileà-la-Crosse à Saint-Boniface.

Pendant son séjour à Marseille, le vicaire avait sollicité avec de vives instances des secours en sujets ; il demandait des Pères, il demandait des Frères.

Notre vénérable fondateur, avec la bonté qui le caractérisait, voulut bien se rendre aux vœux de ses enfants. Il promit que quatre Pères et quelques Frères seraient envoyés à Saint-Boniface dans le cours de l’année, En effet, dès le mois de juin, le vicaire avait le plaisir d'embrasser, à Montréal, le P. Lefloch, le FE Clut, scolastique, ct les Frères convers Salasse et Per réard. Ces quatre Oblats, après quelques jours de repos au Canada, se dirigèrent vers Saint-Boniface, où ils arrivèrent heureusement au commencement d’août.

Neuf Oblats se trouvaient donc réunis à la Rivière- Rouge. La joie, le bonheur qu’on goûtait dans cette réunion furent troublés par une nouvelle qui causa une peine sensible à toute la communauté, et même à la population de Saint-Boniface, Le R. P. Bermond, Supérieur de la maison, était rappelé. 11 devait aller, comme Visiteur extraordinaire, voir les Missions de

l'Orégon. Onze années de séjour dans nos contrées avaient naturellement donné beaucoup d'expérience a ce Père. Les pays que nous habitons ont un caractère si particulier ; les mœurs, les habitudes, les besoins sont si différents de tout ce que l’on voit dans la vie civilisée, qu'il est bien difficile de s’en fàire une juste idée. Une longue expérience à cet égard est un avantage incontestable. Les populations, ies Missions d'Orégon peuvent différer et diffèrent des nôtres ; cependant, elles leur ressemblent par pius d’un point, et l'expérience du R. P. Bermond, jointe aux autres qualités qui le distinguent, explique le choix que l'on fit de sa personne comme Visiteur de nos Missions de l'Orégon, alors dans la soufl' ance.

Le R. P. Eermond fit ses adieux à la Rivière-Rouge le 25 août. Les vives sympathies et les regrets affectueux qui lui furent exprimés en cette occasion lui prouvèrent qu'il avait gagné l'estime et l'affection : tout comme les violentes émotions auxquelles il fut en proie prouvèrent que cette population, et ces Missions avaient aussi trouvé place au milieu de ses plus tendres affections. Même pendant la vie de Mgr Provencher, leR. P. Bermond avait une large part à l'administration de l'évêché de Saint-Boniface. Après la mort de ce pieux -rélat, le Supérieur de notre maison de Saint- Boniface eut seul tuut le soin de l'évêché et de tout ce qui s’y rattache. La caisse épiscopale fut mise entre ses mains, et y resta jusqu’à son départ. La confiance que l’évêque lui témoigna fut teile, qu’il ne songea même jauais à lui demander le moindre compte de ce qui lui érait confié. Le R.P. Bermond disposa d . tout comme bon lui sembla, l'Ordinaire se reposant entièrement sur son habileté et son bon vouloir.

Que Dieu veuille bien supléer à l'impuissance où nous sommes Ae payer des services que nous savons pourtaut apprécier !

J'évêque n'était pas encore de retour; le R. P. Bermond remit son administration entre les mains du P. Lestanc.

Le P. Tissot, acccinpagné du F. Salasse, reprit le chemin du lac la Biche, où le Fr. Bowes se rendit aussi. C'est à peu près à cette époque que Notre-Dame des Victoires chassa des bords du beau lac confié à sa pro-

tection un prédicant méthodiste qui s’y était fixé depuis quelques années. Malheureusement, ce dernier ne se retira qu’ru lac du Poisson-Blanc, d'où il nuisit considérablement aux sauvages, qui auraient dû avoir des relations avec nos Pères. Le P Lacombe retourna auprès du P. Rémas, au lac Sainte-Anne.

De Montréal, le vicaire avait écrit au P. Grandin de se rendre à l’Ile-à-la-Crosse, tandis que le P. Grollier irait le remplacer à Athabaskaw, pour ensuite se rendre au grand lac des Esclaves. Cet arrangement était pris ponr faciliter l’accomplissement des graves mesures arrêtées au sujet du Coadjuteur. Par un malentendu que nous ne saurions expliquer, ïe bourgeois de la rivière Mackenzie, porteur des lettres pour les Missionnaires d'Athabaskaw, passa chez eux, les vit même, sans leur remettre ce qui était à leur adresse. Ces Pères, ne recevant pas de lettres, s’en tinrent à leur pensée première, que le P. Grandin irait faire la mission au grand lac des Esclaves.

Ce bon père se mit Gonc en route; mais quelle ne fus pas sa surprise, après quelques jor.rs de marche, de trouver daus un portage, et soigneusement enveloppée: dans de l’écorce de bouleau, avec quelques mots d'excuse, les lettres envoyées de la Rivière-Rouge, qu’on avait oublié de laisser à la Mission de la Nativité. Les ordres donnés au P. Grandin étuient positifs. Il fallait donc rebrousser chemin, venir surprendre le P. Faraud, qui ne s'attendait ni à revoir son confrère si tôt, ni à recevoir des lettres de cette direction. Après quelques jours de préparatifs, le Père partit pour l’Ileà-la-Crosse.

Dieu, qui lui laissait encore ignorer les desseins qu'il avait sur lui, voulut le préparer de suite aux peines et a-1x angoisses qui sont l’apanage de ceux qu'il élève aux diguités de son Eglise. Le P, Grandin eut horribiement à souffrir pendant ce voyage ; il craignit même d’y perdre la vie et vit sa santé gravement altérée. Dieu le garda pour des luttes plus grandes,des succès plus éclatants. Souffrant, boiteux, il arriva à l’Ileà-la-Crosse. Son arrivée était le signal du départ pour le P. Grollier, qui se mit de suite en route pour £'ler reprendre son ancien poste auprès du P. Faraud. Le P.

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