‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 23 sur 36 · RARE UE · texte numérisé non relu

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Les années se succèdent et ne se ressemblent pas ; cela est vrai partout, cela est vrai ici, mais cela n'est pas vrai en tout, aussi, l'année que nous commençons a ses points de ressemblance avec celles qui l'ont précédée, tout comme elle en diffère sous d’autres rapports.

En hiver, le P. Clut part encore à la suite de ses chiens et va à Notre-Dame des Sept-Douleurs continuer l'œuvre sainte que lui ont léguée ses devanciers : revoir les sauvages avec lesquels il avait fait connaissance l’année précédente, et qui ont compris l'affection qu'il leur porte et y ont correspondu.

Le P. Gascon promène son noviciat sur un autre point. Revenu depuis quelque temps auprès de son Pèremaître, fortifié par ses conseils et ses exemples, il reprend ses escarpins et va au fort Raë, Mission de Saint- Michel. Ces généreux et fidèles serviteurs ne s’épar-

ent point, ne se donnent pas même la consolation si égitime de se refaire, dans leur petite communauté, des énormes fatigues de leurs longues courses, des fatigues plus grandes encore de la solitude. Le mercenaire est au milieu du troupeau; il sei:ble ardent et avide. Il faut qu'une ardeur plus grande, qu’une avidité plus insatiable soient les caractères distiuctifs du vrai pasteur ; car il est bien plus difficile d’édifier que de démolir, de gagner que de perdre. Après une mission très fructueuse à Saint-Michel. le P. Gascon arrivait à Saint-Joseph le 20 juin.

Les extravagances du “ Fils de Dieu ” avaient mis quelques têtes en verve d’exaltation. Un autre Monta-

nais, sans viser tout à fait à s'asseoir sur le trône de Eternel, voulait du moins lui rendre grâces de n'être pas comme les autres hommes. Il ambitionnait, lui aussi, le merveilleux, étonnait par la hardiesse de ses inspirations, et surtout effrayait par ses menaces. Il était au portage à la Loche. Le P. Végreville, informé de ses menées, qui pouvaient avoir de fâcheuses consé-

uences, entreprit le voyage malgré l’état épouvantable

es chemins. C'était à la fonte des neiges. Il confondit le réveur en présence de ceux des siens qui étaient réunis. La victoire fut facile et complète. pauvre

imbécile reconnut sa faute; l’humiliation guérit son orgueil.

Les émotions, les craintes, les préoccupations de sa nouvelle dignité, avaient trop fortement éprouvé les forces de Mgr Grandin. Une maladie assez sérieuse et beaucoup trop longue cloua, pendant plusieurs semaires, le jeune prélat à un lit de souffrances et d'inauiétudes. Il craignait de voir tous ses plans déjoués ; il craignait surtout de manquer au rendez-vous, de ne pouvoir porter à ses frères, dans le Nord, un secours qu'ils attendaient avec une si sainte impatience, de retarder ainsi l'extension des missions. Dieu entendit les accents chaleureux qui s’exhaia ent de ce cœur si ambitieux de procurer sa gloire.

A l'époque fixée pour le départ, Mgr Grandin éprouva un peu de mieux. Il fii ses adieux à la belle France, qu’il aime toujours tant, à sa famille, que son cœur chérit d’une si vive affection. Il repassa l’Atlantique, s'arrêta au Canada pour y surveiller l'impression d’autres livres sauvages et s'y occuper activement des intérêts de nos Missions, auxquelles plus que jamais il éprouvait le besoin de se dévouer corps et âme.

Ceux qui ascompagnaient l'évêque de Satala brûlaient comme lui du désir d'arriver à la Rivière-Rouge. Il leur semblait à tous qu'une fois entrés dans le diocèse, ils seraient dans la terre promise. Le 8 juillét, un courrier envoyé à la rencontre de la pieuse caravane, rapportait la nouvelle que le lendemain elle arriverait à Saini-Norbert, chez le P. Lestanc. Mgr Taché alla joyeusement à la rencontre de son digne coadjuteur. Mgr Grandin ct le P. Séguin étaient déjà rendus, ayant pris les devants sur leurs compagnons. Les deux évéques se saluèrent d'abord d’une rive à l’autre ; la nacelle du batelier écarta bientôt cet obstacle, Les deux prélats, dans les bras l’un de l’autre, sentirent que leurs cœurs battaient bien à l'unisson. Des larmes de bonheur coulaient ex abondance; nne de ces joies comme Dieu en accorde peu sur la terre, animait ces deux âmes, qui sentaient le besoin de s'appuyer l’une sur l’autre, ou mieux, de se confondre dans une même pensée de zèle, dans nn même désir de gloire de Dieu, de l'honneur, du bonheur de notr chère Congrégation.

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Mgr Grandin était avantageusement connu à Saint- Boniface. Une année de séïcur avait suffi pour lui gagner tous les cœurs. Une foule nombreuse se porta à sa rencontre avec un affectueux empressement. Tout ce qui a vie et intelligence partagea la vive allégresse ressentie en ce beau jour. La joie de revoir Mgr Grandin était d'autant plus complète que Sa Grandeur arrivait suivie d’une nombreuse et noble escorte. Les PP. Séguin, Caer, Gasté, M. Oram, le Fr. Boisramé, un novice et un postulant comme Frères convers, se tenaient d’un côté du prélat, tandis que de l’autre côté on voyait trois Sœurs de la Charité et deux de ces généreuses jeunes filles qui les secondent si bien dans leur dévouement. Les Sœurs étaient celles promises pour l’Ile-à-la- Crosse, elles devaient s’y rendre avec Monseigneur de Satala. Celui-ci ne resta que vingt jours à Saint- Boniface, encore fut-il malade tout le temps. Cette maladie fut un sujet de pieux étonnement pour tous ceux qui en furent les témoins. On ne savait qui plus admirer, ou du chrétien supportant avec une sainte résignation la souffrance et la douleur, ou de l’apôtre montrant davantage l’ardeur de son zèle. Enfin, Monseigneur de Saint-Boniface fit de vives instances pour déterminer son coadjuteur à rester à l'évêché jusqu’au printemps suivant, tandis qu'il irait à sa place à l’Ileà-la-Crosse. Toutes ses instances furent inutiles. Mgr Grandin finit par persuader tout le monde de ce dont il était convaincu lui-même, que de le retenir c’était le tuer. Il avait foi dans l'efficacité de nos voyages comme remède ; il avait surtcut fui dans la bonté de ce Dieu qu’il voulait servir à tout prix, en la protection de Celle sous la bannière immaculée de laquelle il s’est enrôlé et qu’il aime si tendrement.

Le 80 juillet, ce courageux enfant àe la famille, comme écrasé sous le poids de la responsabilite épiscopale, était porté de son lit à la voiture qui devait le conduire à quelques lieues plus loin, où définitivement il s’embarqua pour l’Ile-à-la-Crosse. Avec lui partaient le P. Séguin, le Fr. Boisramé et les Sœurs de la Charité. Ce voyage qui dura soixante-sept jours, fut un enchainement bien exceptionnel de contre-temps, de difficultés, d'accidents de tous genres, mais ii fut aussi l’objet tion visible et spéciale. Enfin, le 4 octobre, la géné-

d’une protecreuse troupe débarqua à la Mission de Saint-Jean-Baptiste, à la satisfaction de tous ceux et celles qui la recevaient. Tout le monde sentait les conséquences avantageuses qui résulteraient de l’arrivée de Sa Grandeur, de l’arrivée aussi des Sœurs. Qu'on juge surtout-de la joie qu'éprouvèrent les PP. Végreville et Moulin et le Fr. Dubé !

Le P. Caer, arrivé à Saint-Boniface avec Mgr Grandin, en partit un peu avant lui pour le lac Sainte- Anne. Il y allait remplacer le P. Frain, qui, après avoir lutté en vain contre la maladie, venait chercher quelque soulagemen: à la Rivière-Rouge.

Le P. Grasté fut placé à la solitude de Saint-Norbert pour y goûter les charmes particuliers qu'a une maisc:: de noviciat. Le P. Lestanc reprit vis-à-vis de lui 1: fonctions qu'il avait exercées vis-à-vis du P. Gascon l’année précédente.

Des bords de la Siskatchewan comme de la colonie d’Assiniboia, on va à la Prairie. (Cette année, le P. Rémas exerça ce beau ministère et eut l'immense consolation d'arrêter une guerre désastreuse, ou mieux, le massacre d'une petite tribu rivale et nombreuse. Quoique infidèles, les Pieds-Noirs, par cette docilité à la voix du prêtre, s’attirèrent la grâce de conversion qui leur est offerte aujourd’hui. Prions Dieu pour g'v'ils en profitent.

Cependant, l'apôtre de Notre-Dame de Bonne-Espérance, dans son immense isolement, à plus de 1,200 kilomètres de tout confrère, appelait de ses vœux les plus ardents le moment où il pourrait entreprendre davantage pour la gloire de son divin Maître. Afin de voir les sauvages de son poste, il y resta jusqu’à leur arrivée. Il partit ensuite pour le fort Norman, Mission de Sainte-Thérèse. Quelle ne fut pas la peine du zélé Missionnaire, en y arrivant, de voir que le ministre l'y avait précédé et était venu y rencontrer les nombreux Indiens qui s'étaient réunis tout exprès pour voir le prêtre catholique ! Vif en besogne et à force de promesses, en assurant que le prêtre ne viendrait pas, que d'ailleurs les deux religions étaient semblables, le ministre de l'erreur avait déterminé quinze sauvages à se laisser baptiser par lui ; les autres refusèrent constemment. La perte des quinze rangés du côté de l’er-

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reur faisait dire au vrai pasteur : “ Si jamais dans ma vie mon cœur a été brisé, c'est bien à cette nouvelle ; le vent glacial du protestantisme est donc passé sur la Mission de Sainte-Thérèse ! Puisse la séraphique patronne de ce poste compter tous les soupirs de mon cœur et redire à mon Dieu toute l’amertume dont mon âme est abreuvée... Cependant, à mon arrivée, la joie s'était répandue dans le fort, parce que le nombre de ceux qui voulaient m'appartenir était beaucoup plus grand. Le ministre partit le lendemain de mon arri- Vée, laissant son maître d'école et son interprète.”

Ici encore, on voulut :aire des avanies au P. Grrollier. L’individu en charge du poste lui dit qu'il ne pouvait lui accorder l'hospitalité, parce qu'il n’avait pas d'ordre à cet égard. L'impitoyable lettre du gouverneur fut encore exhibée et produisit son effet. Le Père séjourna environ deux mois au fort Norman. Pendant ce temps, il eut la censolation de voir se rendre à la vérité cinq de ceux qui avaient été baptisés par le ministre. Il poussa ensuite vers le fort Simpson, où il arriva au milieu du mois d'août. Les sauvages l'écoutèrent fidèlement.

De leur côté, les Missionnaires du grand lac des Esclaves ne demeurèrent pas tranquilles. Il fut décidé que la profession du P. Gascon serait retardée à cause de l’'absolue nécessité de voyager. Au mois d'août, le P. Eynard laissa son novice pour visiter la Grosse-Ile et le fort Raë. Ce bon Père eut beaucoup à souffrir pendant cette mission. Il la prolongea dans deux visites qu'il fit an lac Brochet, où il avait en vain espéré voir un - :-nd nombre de familles indiennes. Pour des raisons

.d’ pendantes de leur volonté, ces sauvages n'étaient . +. rendus lors de la première visite. À la seconde lis z’étaient qu’en petit nombre, en sorte que le P. Eynard, dont le zèle pieux avait compté sur la consolation d’administrer le sacrement de la régénération à des centaines d'enfants, n’en baptisa que quelquesuns. Bien sûr, Dieu n’en aura pas eu pour moins agréable le dévouement de ce bon Oblat. Le 14 décembre, après treize jours de marche à la raquette, il s'’agenouillait avec bonheur dans le petit sanctuaire de Saint- Joseph.

Pendant l'absence du maître, mais d’après ses ord.es,

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le novice prenait ses spirituels ébats dans une autre direction. Par suite de malentendus, le P. Gascon n'avait pu obtenir un passage sur les barques de la Compagnie. Sans perdre de temps, il engagea des sauvages, loua un petit canot d’écorce, fit ses adieux au Fr. Kearney qu'il laissa seul, puis commença une navigation périlleuse à travers le grand lac. A l'extrémité de cette mer, à la Grosse-Ile, il salua le P. Eynard ; il continua avec rrécipitation, malgré le froid, la pluie, etc. à descend'e le fleuve, puis, à la surprise de tout le monde, à la grande joie du P. Grollier, il arriva au fort Simpson.

:r ment exprimer le bonheur des deux Mission nui. ‘ Le P. Grollie: n’avait pas vu de confrère depuis Lj 3 d’un an. Ilallait repartir, non seulement sans en voir, mais, ce qui lui sembla plus cruel encore, sans l'espoir qu’un prêtre irait, cette année, commencer la Mission du fort Liard, vers lequel le ministre, triomphant de l'absence de son antagoniste, allait se diriger dans quelques jours. Ce bonheur était encore augmenté par l’ascendant que devait nécessairement exercer l'énergie déployée par le P. Gascon, qui arrivait au moment même où on se félicitait d'avoir réussi à l'empêcher de venir.

Les deux Pères ne passèrent ensemble qu'un jour et qu'une nuit ; mais c’en fut assez pour se consoler, assez pour que leur zèle reçût l’assurance d’un nouveau triomphe pour la cause sainte. Qnelques petits services rendus au bourgeois du district firent enfin cesser cette idée que les Missionnaires catholiques étaient des ennemis. On leur paya ces services largement, surtout en leur accordant ce qu'ils désiraient le plus, la facilité d’exécuter leur pieux projet pour la conversion des sauvages. Le P. Gascon obtint un passage sur les barques qui remontaient la rivière au Liard ; il put même partir deux jours avant le ministre anglican, qui ne renonçait pas à son projet d’évangélisation. Le Missionnaire arriva au fort de Liard le 4 septembre, et le confia de suite à l'archange Raphaël, l’ange du bon voyage, cette véritable médecine de Dieu à laquelle il demandait la guérison de la cécité spirituelle de la nouvelle tribu qu'il vsnait évangéliser. Le ministre arriva ensuite, mais il était trop tard. Ilne vint que pour contempler le triomphe du catholicisme. Une belle croix fut plantée

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victoria tua ? Puis le prêtre et le ministre phèrent leur bagage, prireni passage sur les mêmes embarcations, et descendirent au fort Simpson. Le P. Gascon y fut bien accueilli ; y rencontrant une barque qui remontait au grand lac des Esclaves, il en profita pour retourner à Saint-Joseph, saluant en passant la Mission du Saint-Cœur de Marie.

Le P. Grollier était aussi rentré dans les bonnes grâces du chef du district, qui non seulement facilita son retour à Grood-Hope, mais même dunna des ordres pour qu'il pût pousser plus loin. Tout joyeux et consolé de la récompense que recevait son zèle admirable, le petit Montpellerien se remit en route. Une autre satisfaction l’attendait ; le premier sauvage qu'il rencontra en mettant pied à terre à la Mission Sainte-Thérèse était l’un des dix restés fidèles au maître d'école protestant et qui, cette fois, voulant être fidèle à la grâce, demanda au P. Grollier de l’instruire. Le Missionnaire ne fit que toucher au fort Norman, il ne s'arrêta que bien peu à Notre-Dame de Bonne-Espérance. Il descendit le fleuve pour aller savourer les consolations qu'il a fait connaître lui-même dans une lettre au P. Léonard, et dont nous extrayons les passages suivants :

# Fort Gooi-Hope sur la rivière Mackenzie, ‘6 28 mai 1861.

“ L'automne dernier, j'ai fait une course de soixante lieues, en descendant toujours le grand fleuve, pour me rendre au fort de la rivière Peel, où se réunissent les sauvages de la tribu des Loucheux et des Esquimaux de la grande rivière Mackenzie ; c'était pour la première fois que je voyais ces deux peuples ; ils ont chacun leur langage et sont loin de s’aimer ; bien des fois, il se sont fait la guerre déjà, et le désir de la vengeance était encore violent dans tous les cœurs, tant chez les Esquimaux que chez les Loucheux, lors de mon arrivée. Le jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix, les ayant réunis autour de ce signe de réconciliation, je fis approcher les deux chefs, et leur ayant fait croiser les mains au bas de la croix, je la leur fis baiser comme le signe d’alliance et de la paix entre eux et avec Dieu ; mes mains

pressant les leurs sur le pied du crucifix, je leur fis promettre de s’entr'aimer à l’avenir ; ainsi la croix était le trait d'union entre moi, enfant des bords de la Méditerranée, et l'habitant des plages glacées de la mer Polaire ; la Croix avait franchi toute distance, elle dominait a mari usque ad mare. De plus, je donnai au chef dec Esquimaux une image du Sauveur en croix, au bas de laquelle j'écrivis ces paroles de la prophétie qui s’accomplissait ; Viderunt omnes termini terræ salutare Dei nostri ; et je fis présent d’une autre image représentant la Mère de notre Sauveur avec cette autre si vraie prophétie : Beatam me dicent omnes generationes. C’est en ce beau jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix que la grande nation des Esquimaux offr. ses prémices à l'Eglise, et plusieurs d’entre eux devinrent enfants de Dieu en recevant le baptême. Je n’essayerai pas de vous dire mon émotion au moment où, pour la première fois, je versai l’eau régénératrice sur ces jeunes fronts esquimaux. Je suis revenu au fort Good-Hope un peu avant les glaces, dans une petite barque faite de peau de baleine ; je me «propose d'y retourner cet été. J'ai éprouvé encore une fois, dans ce voyage, l’amoureuse assistance de la Providence qui veille avec tant de soin sur les Missionnaires : trois jours avant d'arriver au fort, ncus mangions notre dernière bouchée ; les deux sauvages qui conduisaient l’embarcation m'avertirent que nous n'avions plus rien ; il ne restaient, en effet,que treize petites arêtes auxquelles, les jours précédents,on avait enlevé la chair. (C'était la veille de la fête des saints Anges ; en récitant les premières Vêpres, je lus ces paroles qui me frappèrent : Angelis suis mandavit de te, je pensais alors que, serviteur de Celui qui autrefois, dans le désert, voulut éprouver la faim, je serais, comme Lui, secouru par les Anges. Je ne fus pas trompé dans mon attente ; le lendemain matin, à peine nous mettionsnous en route, que nous apercûmes du sang le long du rivage. “ Voici notre déjeuner, ” dis-je à mes sauvages, En effet, après avoir fait quelques pas, guidés par la trace du sang, nous découvrimes un monceau de viande toute fraîche ; c'était ni plus ni moins que des quartiers d’orignal et de caribou cachés sous des branches de sapin. Un Indien avait fait si bonne chasse que ne pouvant la transporter, il avait été chercher une berge

au fort, et nous avait ainsi laissé, à son insu et juste sur notre passage, de quoi continuer notre voyage plus agréablement que nous ne l’avions commencé. ” Pendant qu’à l'extrémité du nord-ouest du diocèse, nos Pères soutenaient la lutte avec un air admirable et une indomptable énergie ; pendant qu’au centre, à l’Ileà-la-Crosse, l’arrivée d’un nouvel évêque et de sa courageuse bande témoignait du progrès véritable de nos Missions, l'extrémité sud-est, Saint-Boniface, voyait aussi des changements faits pour le triomphe de la même et bonne cause. Le P. Lestanc fut appelé à l'évêché pour en prendre la direction, pendant l'absence de l’évêque. Le P. Mestre le remplaça comme curé et maître des Novices. Les Frères des Ecoles chrétiennes nous avaient laissés. Le P. LeFloch fut chargé de mate petit collège, où M. Oram enseigna la langue anglaise.

Le 8 octobre, Mgr de Saint-Boniface partit pour la visite de nos Missions de l'Ouesi. Huit jours après le départ de l’évêque arrivaient le P. Laurent Simonet et le Fr. Glénat, venus d'Europe par la baie d'Hudson. Mgr Grandin, en passant à Saint-Boniface, avait vu avec peine que l’Ordinaire du diocèse était un peu trop souvent à l'écurie, et promenait trop Sa Grandeur au milieu des fermes, et jusque dans les moindres détails du matériel considérable qu’il doit entretenir pour subvenir aux besoins des différentes Missions. Notre bien-aimé Fondateur apprit ces détails avec peine, et voulut bien, dans cette sollicitude si paternelle qui le distinguait, procurer quelque adoucissement à l’évêque de Saint-Boniface, en lui envoyant quelqu'un sur lequel il pût se reposer dans le détail de l’entretien de son établissement. Le Fr. Jean Glénat avait donc été envoyé, avec l’injonction formelle qu'il fût gardé à l’évéché pour que Monseigneur pût se décharger sur lui d’une partie au moins de sa besogne, je ne dirai pas indigne, puisque omnia cooperantur in bonum, mais bien pénible en ce sens, du moins, qu’elle absorbe un temps considérable et précieux. Qu'on veuille donc bien ne pas trop s'étonner si nous sommes si peu évêque ; nous avons été trop longtemps fermier, pour ne pas dire le reste ; nous le sommes encore beaucoup trop, à notre goût ; mais enfin, nous le sommes bien moins depuis

l’arrivée de l'excellent Fr. Jean. Le P. Lestanc, qui dirige toujours l'évêché en notre absence, n'en veut pas plus que nous à notre vénérable Fondateur de cette délicate attention.

L'évêque de Saint-Boniface était parti dans la pensée de se rendre directement à Notre-Dame des Victoires, puis à Saint-Joachim et au lac Sainte-Anne. Déjà il était passé aux forts Ellice et de là à la montagne de Tondre. Le 20 octobre, il arrivait au fort Carlton, déplorant partout sur son passage le triste état d’infidélité dans lequel gémissaient encore les tribus de cette partie du diocèse. Ces peuplades infortunées, abreuvées d'eau de feu par les traiteurs de pelleteries, semblaient sans doute, bien éloignées du royaume de Dieu. Le Seigneur a parmi eux ses élus.

De Carlton, si le temps se maintenait beau, on pouvait, en dix jours, atteindre l’Ile-à-la-Crosse, revoir la chère Mission de Saint-Jean-Baptiste, revoir Mgr Grandin dont nous étions si inquiets, nous entendre avec lui, lui communiquer les lettres si importantes que nous avions reçues après son départ de Saint-Boniface. Il n’en fallait pas tant pour nous déterminer à changer notre itinéraire et à nous diriger vers le nord, quitte à souffrir plus tard en route, et à payer de la jambe les jouissances du cœur et les consolations de l’âme.

Le 28, Monseigneur de Saint-Boniface laissait Carlton. À peine parti du fort, la neige commença à tomber, le temps se mit à l’hiver, ce qui n'était que le cours ordinaire des choses à cette époque et en ces régions.

L'évêque, menacé de rencontrer des difficultés, peutêtre très graves, demanda à saint Raphaël de le conduire heureusement au but désiré. En récitant les premières Vêpres de l'office de l’archange, guide des voyageurs, il promit quelque chose en son honneur, s’il arrivait à l’Ile-à-la Crosse la veille de la Toussaint. Le céleste compagnon de Tobie, touché sans doute de la confiance que cette promesse semblait ajouter à celle que le P. Maboon venait de lui témoigner en le choisissant, quelques semaines auparavant, pour le patron de la Mission du fort de Liard, voulut bien écouter notre prière. Le 80 octobre, nous arrivions à l’Ile-à-la-Crosse, pas plus attendu, mais tout aussi bienvenu que l’eussent été, à notre place, les saints de Dieu, dont nous

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devions faire la fête le lendemain. Au premier jour libre, une messe solennelle d'action de grâces fut célébrée en l’honneur de saint Raphaël, parce qu'il avait entendu la demande souvent répétée : Ut cum pace, salute et gaudio revertamur ad propria. Adpropria. Mon révérendissime Père, pardonnez à mon cœur qui donne ce titre à la Mission de l’Ile-à-la-Crosse. Ce cœur a battu si fortement autrefois sur cette piage lointaine et déserte, il l’a tant aimée ! Notre corps aussi y a souffert, et l’a arrosée de ses sueurs ; nous l’avons habitée pendant dix ans, et, pendant longtemps, nous avons cru que nous y reposerions à notre heure dernière. C’est assez pour justifier l’appellation ad propria. Puis, appelé à nous fixer ailleurs, nous ne sommes pas devenu étranger au bercesu de notre vie de Missionnaire. Ne sont-ce pas nos frères qui continuent l’œuvre sainte à laquelle nous avons travaillé, et cultivent avec tant de soins le figuier que nous avons planté de nos mains et arrosé de tant de sueurs ? L’admirable union des cœurs dans les doux liens de nos saintes Règles ne rend-elle pas nôtre ce qui est le leur ? De plus, ces chrétiens que nous avons baptisés, que nous avons nourris du pain des forts, auxquels nous avons communiqué les dons du Saint-Esprit, ne sont-ils pas une portion du troupeau confié à notre sollicitude pastorale ? C’est en leur faveur que nous nous privons du bonheur d’avoir auprès de nous notre digne et bien-aimé coadjuteur. Oh! oui, oui, ad propria. Dieu! comme notre poitrine se soulevait sous les battements de notre cœur, à mesure que notre œil voyait se dessiner le riant tableau qu'offre à la vue le joli établissement de nos Pères de l’Ile-à-la- Crosse ! Elle est gentille et proprette, cette petite église qui fixe les regards, et semble s’abaisser pour laisser voir les formes et les proportions de la maison des Missionnaires Oblats, d’un côté, et, de l’autre, du couvent des Missionnaires Sœurs de la Charité. Et là-bas, à côté, sur la montagne, cette magnifique Croix, au pied de laquelle s'étend le gracieux paysage qu'elle abrite et protège de sa vertu divine.

Quelques instants après, notre cœur se reposait sur celui de Mgr Grandin. Nous embrassâmes nos Pères et nos Frères, saluâmes les bonnes religieuses ; ensuite, tout le monde entra à l’église pour offrir au Dieu de

charité cet instant d'un bonheur qui surpasse même l'idéal que l'imagination peut s’en former. Des sur-

rises de ce genre ne se rencontrent pas souvent dans a vie. Cet acte termina, quelques heures trop tôt, la retraite annuelle, Le [PR ram, sept Oblats renouvelaient à Dieu leurs vœux de religion, lui promettant : Ad mortem usque perseveraturum in sanclo Institulo et in Soctetate Missionariorum Oblatorum Sanctissimæ et Immaculatæ Virginis Marie. Sic Deus nos adjuvet. Amen.

Le temps était précieux, il fallut l'employer à régler les grandes questions qui intéressent nos Missions. La mesure la plus importante arrêtée dans cette circonstance fut de travailler à la réalisation du désir exprimé dans les diverses lettres de nos Pères de la rivière Mackenzie. Ces bons Pères, effrayés de leur isolement et de leur éloignement; convaincus, d'ailleurs avec raison, de l'importance de leur Mission, demandaient

u’on leur donnât un évêque à eux: un évêque qui,

emeurant avec eux, pût les diriger, et, par le poids de son influence et de la considération qui nécessairement entoure ceux qui sont revêtus des premières dignités de l'Église, les empêchât d’être exposées aux mille trecasseries qu'ils avaient déjà eu à endurer ; “ un évêqueroi,” disait le P. Grrollier, à opposer au traiteur-roi du Nord : un évêque des lieux, qui n’eût pas à courir du midi au septentrion, seulement à de rares intervalles, mais qui fût toujours là pour répondre à toutes les demandes, satisfaire à toutes les exigences. Il fut donc décidé que l'on demanderait au Souverain-Pontife la division du diocèse de Saint-Boniface en en retranchant les districts de la rivière Mackenzie et d'Athabaskaw pour former un nouveau siège; puis, que le Vicaire de Jésus-Christ serait supplié de préconiser le P. Faraud comme évêque-roi (ou valet) de ces froides régions. Dans la crainte que cette mesure ne rencontrât trop de difficultés, il fut décidé que l’évêque de Saint-Boniface irait en Canada l'été suivant, pour obtenir le consentement de l’archevêque de Québec et des autres suffragants de la province; qu’en attendant la conclusion de cette importante affaire, Mgr Grandin partirait au printemps pour visiter les districts d'Athabaskaw-Mackenzie. Au lieu d’une simple visite, il y prolongerait son séjour assez longtemps pour tout régler à la plus grande

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loire de Dieu. Il fut ensuite décidé que l’on reprenrait d'une manière effective la Mission du lac Caribou et que le P. Végreville irait, cette année-là même, en faire la visite. Le fort Carlton réclamait aussi un secours si urgent, que le P. Moulin reçut ordre de s’y rendre et d'y passer une partie de l'hiver. Ces questions, si fécondes en résultats avantageux, étant réglées, l’évêque de Saint-Boniface n'attendait pour reprendre sa route que le moment où les rivières et les lacs seraient assez gelés. Mais il y avait là tout auprès des Scolastiques qui, croyant entendre des entretiens en uelque chose ei Litble à ceux du vénérable P. enoît, en désiraient la prolongation. Ils demandaient non des orages et des tempêtes, mais, au contraire, la continuation de la belle saison. Ils avaient été Le prophétiser que, contrairement à ce que l’histoire du pays pouvait faire prévoir, le lac de l'Ile-à-la-Crosse ne se glacerait pas avant le 28 novembre, anniversaire du sacre de Mgr Taché. Cette prophétie s’accomplit à la lettre. De mémoire d'homme, on n'avait jamais vu pareille température en pareille saison. Ce n'est que le 24 novembre que l’on commença un peu à marcher sur la glace du lac. Il fallut donc, le 28, asser par tout le cérémonial d’une fête pompeuse. nuit suivante, on se fit des adieux d’autant plus pénibles, ce semble, que les jours de la réunion avaient été plus heureux et plus gais.

Le 28 du même mois, le P. Végreville partit pour le lac Caribou.

Le ler décembre, le P. Moulin s'achemina vers Carlton. Les chemins étaient affreux; il n'y avait pas assez de neige pour les traîneaux, certains lacs et rivières n'étaient qu'à demi gelés. Ce n'était ni l'été, ni l'hiver. Les trois Missionnaires, dans des directions à peu près opposées, eurent des difficultés à peu près semblables. Le P. Végreville arriva au lac Caribou, où nous le retrouverons le printemps prochain; tandis

w'à Carlton, nous souhaiterons la bonne année au P. oulin.

Contentons-nous, pour le moment, de suivre l'évêque de Saint-Toniface, qui, lui, devait aller plus loin. L'état affreux des chemins et l'impossibilité de traverser le grand lac Froid, non encore gelé, l’obligèrent

à dévier de la route qui devait le conduire à N.-D. des Victoires. Il se rendit au fort Pitt, où il arriva épuisé de fatigue, après dix jours d’une marche bien pénible. De là, il renvoya à l'Ile-à-la-Crouse ses guides et ses chiens, changea les traïneaux, qui s'étaient complètement usés sur la terre et sur les troncs d'arbres: puis, montant lui-même à cheval, il se dirigea vers le lac la Biche, où il arriva la cinquième journée. (C'était le 8 décembre ; malheureusement, c'était à soleil couché. Toute la diligence possible n'avait pas permis au prélat d'arriver à temps pour célébrer les saints Mystères. Cette cruelle privation fut compensée par le plaisir de voir les PP, Maisonneuve et Tissot, et les FF. Bowes et Salasse.

Le lendemain, dimanche, l'évêque donna la confirmation et annonça son départ pour le 18. La fête de l’'Immaculée-Conception était précisément le jour qui avait été fixé pour donner la confirmation au lac Srinte- Anne. Le Vicaire, craignant que la population d tte Mission, fatiguée d'attendre, ne se dispersât € +8 forêts et les prairies avant son arrivée, se viv sorcé, quoique à regret, d'abréger un séjour qui lui eût été si agréable. Après s'être assuré de l’état de la Mission et avoir pris des mesures que lui suggéraient les circonstances, il s'éloigna des Missionnaires, que ce prompt départ contrariait aussi.

C’est le 13 décembre que l’évêque de Saint-Boniface se miten route. La veille, deux hommes avaient pris les devants avec les chevaux, les provisions et le bagage destinés au voyage. L'évêque partit avec le fidèle Alexis, que tout le monde doit ou devra connaître, et un traîneau attelé de quatre chiens. La neigc n'était pas assez profonde, en sorte qu’au lieu de monter sur le traîneau, Sa Grandeur demanda à ses jambes les ser- “vices accoutumés. Le 14, maître Alexis donnait l'éveil dès une heure du matin, prétendant que ce n'était pas trop tôt pour pouvoir atteindre ce jour-là même ceux qui avaient les devants. Après un précoce déjeuner, l’évêque et son guide reprirent le sentier mal frayé et continuèrent leur pénible marche. Vers les dix heures, ‘nous nous arrêtèmes pour prendre un peu de nourriture : la rareté du bois ne nous permit de faire que très peu de feu. Je m'assis auprès, un peu sérieux. J'avais

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aint-Boniface, il me vint en pensée de regretter mon habitation, l'espèce de bien-être que j'y aurais goûté si quelque enchantement féerique m'y avait tout à coup transporté.

Hélas! pourquoi faut-il donc que nous soyons si facilement portés à désirer ce que nous n'avons pas, à regretter le sort que nous fait la Providence, pourtant si bonne et si paternelle ? Comme l’on sait peu quelquefois ce que l’on souhaite !...Dans cette circonstance, auprès d'un petit brasier qui me réchauffait à peine, j'étais porté à regretter les colorifères de l'évêché de Saint-Boniface, et à cette même heure, ces mêmes calorifères réduisaient et mon évêché et ma cathédrale en un immense brasier, dont la violence détruisait en

uelques instants ces édifices qui m’' aient si chers. j e trouvais désagréable le siflement du vent, agitant avec bruit les cimes des arbres décimés de la forêt, me glaçant moi-même, et j'aurais voulu être là où j'aurais entendu le craquement de nos édifices religieux s'affaissant sous le poids de la destruction et lançant à ceux

ui les environnaient ..?s torrents de feu et de flammes.

’étais tenté de trouver pénibles quelques souffrances physiques, et Dieu m'épargnait les tortures morales, les déchirements du cœur, que m'aurait coûté la vue du désastre qui venait fondre sur nous. C’étaient le jour et l'heure de cet incendie dont il a déjà été parlé dans les Annales de la Congrégation (t. 1, p. 78), de cet incendie par lequel nos Frères habitant l'évêché de Saint-Boniface se trouvèrent sans abri, sans le moindre vêtement, sans un livre. Il a, sans doute, été assez question de ce désastre ; mais ce que je désire que toute la Congrégation sache, c'est la conduite tenue en cette circonstance par notre noble et digne ami, M. Mac-Tavish, gouverneur de la colonie de la Rivière-Rouge. Non content d'accourir sur jes lieux au moment où l'incendie éclata, il donna à nos Pères les témoignages les plus éclatants de sa sympathie, versant des larmes abondantes et prodiguant les preuves d’une générosité égale à l’exquise délicatesse qui l’inspirait.

Le soir du même jour, l'évêque de PAU RORERNS re-

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joignit ses hommes et ses chevaux, et suns se soucier trop de son palais, dont il ignorait la destruction, étendait simplement sa couverture au pied d’un arbre et s’y reposait tranquillement. Le 15, de grand matin, l’évêque et sa suite étaient en selle, et, le 19, arrivaient à Saint-Joachim. Le P. Lacombe er était parti le matin même. Nous continuâmes, et dès le lendemain nous rencontrâmes d’abord le P. Caër, qui s’en allait passer les fêtes de Noël à Saint-Joachim. Un peu plus loir, c'était le P. Lacombe, qui nous attendait si veu qu’il ne voulut pas nous reconnaître lorsque nous je rencontrâmes à l’improviste au milieu de la forêt et que nous l’invitâmes à rebrousser chemin. Tout occupé du soin de ses chiens qui menaçaient de s'embarrasser au milieu de, voitures qui les précédaient, il trouva Notre Grandeur trop haut placée sur son cheval, et se confondit en une masse de : “ Est-il nossibie ? ” qui nous donna tout le plaisir de lui sauter au cou et de lui reprocher son incrédulité.

Le soleil disnaraissait de l’horizon ; il était nuit close lorsque nous entrâmes dans la chapelle du lac Sainte- Anne, où le bon P. Rémas nous accompagna tout joyeusement, nous aidant à chanter un Te Deum dont ‘harmonie n’était pas, certes, le mérite principal, quoi, 1e d’ailleurs il 1 menquât pas d’eutrain. Les Sœurs de la Charité, que nous avions eu la consolation de bénir en entrant dans la chapelle, nous y suivirent, pensant un peu comme nous et nos Missionnaires, et pourtant elles ne purent point chanter comme nous. Je laisse à ceux qui nous connaissent, ainsi que le P. Rémas, à expliquer ce phénomène. Nous passämes ensuite quelques jours avec nos Missior naires, jouissant du bonheur de nous entretenir avec eux et d’atténuer par là la monotonie de leur isolement. Nous leur racontâmes, et ils écoutèren. avec un plaisir partisulier, ce que nous savions du voyage de Mgr Grandin, de ses épreuves, du bien fait par nos Pères jusqu’à l'extrême nord. Nous nous félicitâmes tous ensemble, à la fin de cette année, de ce que le diocèse possédait dix-neuf Pères Oblats, deux Pères novices et huit Frères convers. Des consolations que le bon Dieu nous accorde quelquefois, une des plus sensibles est sans doute de voir augmenter

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