SECOND SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DE )BLATS, M. I
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Mon révérendissime et bien cher Père, deux événements sig.:'‘ont l’année dont nous allons parler ; deux événements dont les incalculables conséquences n’affectent pas seulement le Vicariat de la Rivière- Rouge, mais bien toute notre chère famille, toute la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée.
Impossible de nommer l’année 1861 sans sentir nos cœurs en proie à la plus vive émotion. Des souvenirs d’une trop juste douleur, des souvenirs d’une joie trop juste aussi, se rattachent à cette année, qui fit époque partout où se trouvent les nôtres et que nous considérons ici, nous, comme la première partie de la quatrième période de l’histoire de nos Missions.
Dès le commencement de cette année, un cri d'alarme avait été poussé à Marseille, et son écho solennellement douloureux avait redit jusqu'aux extrémités du monde les vives inquiétudes des enfants dévoués de Mgr de Mazenod. En vain des prières aussi ardentes que nombreuses s'étaient élevées vers le ciel. La couronne du grand serviteur de Dieu était ornée de tous ses fleurons, la mesure des mérites était pleine. Dieu, si fidèlement et si généreusement servi pendant une longue et noble carrière, ne voulait plus différer la récompense. Le 21 mai compte parmi nos jours les plus tristes. Nous étions orphelins ! Le cœur si aimant de notre Père avait cessé de battre sur la terre. La tombe se refermait sur ce que nous avions de plus cher et de plus vénéré. L'âme de notre Fondateur s’envolait vers un monde meilleur, laissant au service de l'Eglise la famille qu'il avait fondée, et laissant à cette famille elle-même l'exemple des plus grandes et des lus généreuses vertus.
La douleur est souvent injuste ; la nôtre nous portait à croire que le ciel avait été trop sévère, lorsque luimême voulut nous montrer qu'il a bien le drit d'af-
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fliger, puisqu'il a le pouvoir de prodiguer de si abonduntes consolations, et qu’à toutes les peines qu'il nous ménage, il offre une compensation qui montre partout la main paternelle qui sait tirer le plus grand bien même de ce que nous redoutons le plus, de ce que nous regrettons davantage.
‘Le 21 mai avait jeté la consternation dans toutes nos maisons ; une espèce de prostration générale semblait être le partage des Oblats, lorsque le grand événement du 5 décembre fit renaître la joie dans tous les cœurs, releva tous les esprits par la plus entière confiance. Dieu ne nous avait point abandonnés. Sourd à une première demande, il avait écouté la seconde ; nous n'étions plus orphelins. L'œuvre de notre bien-aimé Père se continuait dans et par son fils chéri ; la personne était changée, l'esprit et le sentiment ne l'étaicut pas.
Aujourd’hui, en rapprochant ces deux grands événements, il nou: est donné de voir combien Dieu protège et bénit notre chère famille, puisqu'il a permis de passer, sans secousse violente,par la plus cruelle épreuve qu'il puisse envoyer à une communauté naissante. Adorons les desseins impénétrables de Dieu. Imitons le Père généreux que nous pleurons, consolons celui que la Providence a suscité pour continuer et consolider son œuvre.
Pour rentrer d’une manière plus immédiate dans notre sujet, groupons, autour de ces deux grands événements, ceux accomplis dans nos Missions et pour nos Missions, pendant l’année 1861.
C’est en la compagnie des Pères du lac Sainte-Anne que le Vicaire salua la nouvelle année. Avec ces zélés Missionnaires, il fat décidé que l’on fonderait un nouvel établissement pour suppléer à ce qui manquait à l’établissement actuel, et faciliter la desserte de la Mission de Saint-Joachim. Une place magnifique, à 8 milles et demi d'Edmonton, fut choisie pour cette nouvelle fondation et dédiée à saint Albert, Les plans de campagne pour l’année furent arrêtés. Le 14 janvier, l’évêque prit congé des Missionnaires et des chrétiens qu'ils évangélisent. Notre cœur regrettait cette séparation, il était vivement touché du zèle de nos Pères et du bien accompli si généreusement.
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Qu'on nous permette aussi un mot de reconnaissance à l'adresse de M. J. W. Christie, agent de l'honorable Compagnie dans cette importante et belle partie du pays. Depuis son arrivée à Edmonton, ce monsieur n'avait cessé de donner à nos Missionnaires les marques les plus ostensibles de respect et d’attachement. Pour leur facilité et leur satisfaction, il avait fait construire gratuitement, à l’intérieur même de son fort, une jolie petite église, à laquelle est adjointe une résidence commode pour les Pères. À l’arrivée de l’'Évêque, et pendant tout son séjour, M. Christie se montra d'une attention aussi délicate qu'empressée ; puis, quand il s’agit du départ, il fit spontanément tous les frais et préparatifs, et prit si bien ses mesures que, pour la première fois, l'Evêque fit un long voyage sans fatigue. Sur une espace de 1,500 kilomètres, il ressentit les suites de ces attentions qui furent secondées par M. Alexandre Christie, son frère, en charge du district voisin. Ces deux messieurs nous donnèrent tant de facilités, que ce long voyage, au milieu de la saison la plus rigoureuse, nous reposa au lieu de nous éprouver. Il nous reposa d’autant plus que notre cœur jouissait d’une bien douce consolation, par l’assurance que nous donnèrent les deux messieurs Christie d’en finir, dans leurs districts respectifs, avec le commerce des liqueurs enivrantes parmi les sauvages, promesse qu’ils effectuèrent l’année suivante, et qui assure à nos Missions de l’Ouest une bien plus grande prospérité et aux pauvres sauvages une protection dont ils ont tent besoin
Nous passâmes par le fort Pitt. A Carlton, nous eûmes la consolation de rester quelques jours avec l’excellent Père Moulin, qui y faisait le bien, s’accommodant parfaitemeut à sa solitude.
Le 5 février au soir, arrivé au fort de la montagne de Tondre, l'évêque de Saint-Boniface apprit l'incendie de sa cathédrale. Quelques jours après, en voyant la baie des Canards (autrefois Mission de Saint-Edouard), puis le poste Manitoba (Mission de Notre-Dame du Lac), Mgr de Saint-Boniface sentit son cœur plus vivement en proie à la peine que lui avait toujours causée l’abandon de ces Missions, et remit à son retour à prendre des mesures pour réparer ce malheur. Enfin, le 28 février, il s’agenouillait au milieu des ruines de sa cathédrale,