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Mission du Saint-Cœur-de-Marie. C’est là que le P. Gascon eut la consolation de le rejoindre et de lui aider à répondre au zèle empressé d’un grand nombre de sauvages qui y étaient réunis.
Les deux missionnaires reprirent ensuite la route de Saint-Joseph, où ils arrivèrent heureusemert le 30 juin. Les sauvages y étaient en nombre et leurs mis- ‘#sionnaires eurent la consolation de les voir partager le désir ardent avec lequel ils soupiraient après la visite du grand homme de la prière.
P. Clut n’oubliait pas ses bons Mangeurs de caribou ; il alla encore cette fois exercer ses forces sur les glaces du lac Athabaskaw, pour se rendre à Notre- Dame des Sept-Douleurs.
Au mois de décembre, nous avons laissé le P. Végreville au lac Caribou. Allons vite l'y chercher, car il court risque de s’y ennuyer ; il n’a encore ni compagnon, ni maison. Plutôt, qu’il vienne lui-même ; il a bonne jambe, la rrquette lui va si bien qu'il s'est fait une réputation à cet égard. Le ler avril il arrive à l’Ile-à-la Crosse. Les nouvelles qu’il apporte sont favorables. La Mission de Saint-Pierre se continuera, mais elle sera placée à l'extrémité septentrionale du lac.
Le P. Séguin, voyant un compagnon à Mgr Grandin, va le laisser. Il lui tarde de débuter dans la carrière où il veut marcher avec générosité. 11 part pour le portage à la Loche, afin d’y donner la mission tout le printemps.
Notre intrépide k Moulin, après avoir planté une nouvelle croix sur les rives si grandioses et si pittoresques de la Siskatchewan, ne veut pas laisser partir la neige sans la fouler de nouveau aux pieds. Dans la semaine sainte, il laisse Carlton, salue le lac Vert, où la famine sévit impitoyablement, puis continue jusqu’à l’Ile-à-la Crosse, où il arriva après Pâques, dans la neige fondue jusqu'à mi-jambe, jeûnant bien plus qu’il n’est tenu de le faire même en carême, épuisé de fatigue, mais animé d’un courage plus grand que toutes ses épreuves, ses privations et ses souffrances.
Le P. Simonet, nouvellement arrivé. devait, lui aussi, aller là où l’appelaient les intérêts de la Foi. Il fit d’abord une visite à Saint-Joseph et à Pembina, puis fut chargé des Missions du lac Manitoba, comprenant celles dites du Bout-du-Lac, Mission de Saint-Laurent, l’an-
cienne Notre-Dame-du-Lac, et la baie des Canards. Ces deux dernières n'avaient reçu aucun secours religieux depuis que le R. P. Bermond en était parti en 1850, si ce n’est deux visites, bien passagères, de l’Evêque. Le Bout-du-Lac avait été plus heureux. Des prêtres de la colonie et Monseigneur y allaient plusieurs fois par an. M. Gascon, avant son entrée au Noviciat, y avait passé une année et y avait construit une petite chapelle.
Ces différents postes comptent une population catholique de plusieurs centaines d’âmes et un plus grand nombre d'infidèles. Le zèle du P. Simonet reçut volontiers le soin d’évangéliser tout ce monde, et c’est encore là, aujourd'hui, le théâtre de ses travaux. Notre cœur fut d'autant plus consolé que les protestants faisaient plus d'efforts de ce côté, et menaçaient de s'établir là même où avait été placée la chapelle catholique.
Cette même année, le P. Lestanc, après avoir passé deux mois à Saint-Laurent, se mit à la poursuite d’autres pauvres enfants de l'Eglise, dispersés sur les bords des rivières Rouge et Winnipeg,près de leurs embouchures. Une couple de fois par année, il continue cette œuvre méritoire. C’est un acheminement vers Wabassimong et le lac Lapluie. Puissions-nous y retourner un jour! Puissent les pauvres infidèles mériter la grâce qui nous ramènerait au milieu d'eux!
C’est au commencement de juin de cette année que Mgr Grandin partit de l’Ile-à-Ja-Crosse avec le Fr. Boisramé. Mgr de Satala allait visiter les Missions d’Athabaskaw-Mackenzie. Cette visite, qui devait durer plus de trois ans,porta la consolation dans l’âme de tous ceux qui en ont été l'objet, l'édification dans tous ceux qui en furent les heureux témoins. Cette visite a mis au grand jour une vertu hors ligne, un dévouement dont les cœurs les plus généreux, les âmes d'élite, sont seuls capables. Nos annales ont déjà publié, en grande partie, le journal de cette visite. ‘“ L’Evêque, le Prêtre, le Missionnaire, le Religieux, l'Oblat de Marie Immaculée s’y peignent sous des traits qui ne peuvent qu'exciter l'admiration ” et qui excitent la nôtre en particulier au plus haut degré ; nous savons ce que sont des voyages
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comme ceux qui ont été accomplis alors ; nous connaissons aussi la faiblesse du tempérament de Mgr Grandin, l'excessive et exquise sensibilité de son cœur. Il nous est donc plus facile qu’à bien d’autres d'apprécier le degré de zèle, d'abnégation, d'amour de ses frères, dont cette longue et difficile visite a été un enchaînement continuel.
Nous dirons plus tard ce qu’en ont pensé d’autres autrement placés que nous,mais connaissant comme nous ce 7. fait notre si digne et si aimé coadjuteur et dans quelles circonstances il l’a fait. Je ne répéterai pas ici ce que dit le journal de Mgr Grandin; je n'en veux emprunter que les faits indispensables à la suite et à l’ensemble de mon récit. L'illustre visiteur, arrivé au portage de la Loche le 6 juin, y trouva le P. Séguin absorbé par et pour les Montagnais ; il le prit avec lui, et les trois voyageurs arrivèrent le 15 à la Mission de la Nativité.
Le départ du P. Végreville pour aller établir la Mission du lac Caribou devant laisser le P. Moulin seul, l’occasion fut favorable pour approcher le P. Faraud et rendre ainsi plus facile l’exécution des projets qu’on avait en vue. Le Missionnaire de la Nativité reçut donc son obédience pour l’Ile-à-la Crosse, où il se rendit, peu après, avec le Fr. Péréard. Le P. Clut, ne sachant rien des grands plans en question, comprit difficilement pourquoi on le laissait seul à Athabaskaw. Pour le consoler de son futur isolement, le P. Séguin reçut ordre de demeurer quelques semaines avec lui.
Le P. Grasté fit ses vœux au commencement de juin et partit ensuite. Rendu à l’Ile-à-la Crosse, il fit connaïssance avec ses nouveaux frères, puis redescendit avec le P. Végreville, et le Fr. Péréard pour se rendre à la Mission de Saint-Pierre, à l’extrémité septentrionale du lac Caribou. Ce poste est le plus dificiie, je crois, de tous ceux où nous sommes établis. Le froid y est extrême, la végétation presque nulle, ce qui multiplie les difficultés pour la construction de la moindre cabane ; puis l’isolement est si complet! Ils sont donc bien généreux, bien dévoués ceux qui se résignent à
une semblable position, qui même l’ambitionnent. Remercions Dieu du zèle qu Ils inspire en face des difficultés qu’il a créées.
M r Grandin, après avoir encouragé de son mieux le P. Clut à faire un bon solitaire et l'avoir consolé en séjournant quelques jours avec lui, reprit sa route avec le Fr. Boisramé. Le 4 juillet, il débarquait chez sou ancien hôte, le seigneur de la Rivière-au-Sel. Le bon vieillard Beaulieu ne se possédait pas de bonheur en voyant le Grand Prêtre. Monseigneur lui bénit un cimetière et, tout en espérant le revoir parmi les vivants, prit congé de lui après une de ces bénédictions qui sont trop désirées pour n'être pas fructueuses.
Le 8 juillet fut un jour de fète et de bonheur pour les Missionnaires de Saint-Joseph. Ces dévoués enfants de la Famille avaient déjà tant travaillé, tant souffert ! Ils avaient surtout tant craint pour l’œuvre sainte qui leur était confiée! L'arrivée de l’Evêque consolidait cette œuvre, leur en assurait le succès, la stabilité ; aussi, il est plus facile d'imaginer que de dire leur vive satisfaction, leur sincère reconnaissance envers Dieu, envers la Congrégation, envers Mgr Grandin. Les quelques jours de jouissances furent bientôt écoulés, puisas déjà, le 80 juillet, Sa Grandeur était à la Grosse-
Mgr Grandin avait laissé le Fr. Boisramé au grand lac des Esclaves et pris avec lui le Fr. Kearney. De la Mission du Saint-Cœur-de-Marie, un jour d’une heureuse navigation conduisit l'illustre voyageur jusqu'à un endroit appelé le Rapide. Il y fut rejoint par le cheftraiteur du district. Les rives du fleuve Mackenzie, en cet endroit, semblaient offrir des avantages tout particuliers pour un établissement central. Monseigneur eut l'excellente pensée d’en prendre possession au nom des Missionnaires catholiques et voulut que le chef du districu fût témoin de cette prise de possession. Le lendemain, 7 août, Mgr Grandin disait la sainte Messe et plantait une croix à l'endroit qui, dans sa pensée, devait être, plus tard, le siège du nouvel Evêque d’Athabaskaw-Mackenzie. L'enchaînement tout providentiel des événements qui ont préparé ce résultat, le besoin immense d’un secours tout particulier, firent donner à cette place le nom de Providence.
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Trois jours après, Monseigneur était au fort Simpson, où les sauvages lui prouvèrent qu'ils lui trouvaient meilleure tournure qu’à l'antagoniste de nos Missions, dont aucun Indien ne faisait cas. C'est là que Monseigneur apprit la maladie du P. Grollier. Déjà il se préoccupait vivement du retard du P. Séguin, qui avait été désigné comme futur compagnon de notre pauvre exilé du pôle, lorsque, le 12, il eut la consolation de voir arriver ce Père, ainsi que le P. Gascon, qui s'était joint à lui au grand lac des Esclaves. Tous deux, après avoir salué cordialement le P. Eynard, lui laissaient en partage les délices de la solitude. Le P. Séguin continua tout de suite sa route avec le Fr. Kearney, et le 26, ils arrivaient à Good-Hope, auprès du P. Grollier, malade ct seul, seul depuis près de deux ans !
Que l'on jnge de la joie et du bonheur de ce véritable martyr du zèle ; et, certes, il méritait bien cette joie, ces instants de bonheur. Oui, ce cher P. Grollier méritait bien cette consolation. Attaqué violemment de l'asthme, l'hiver précédent, suffoqué au moindre mouvement, il était devenu incapable d'exercice soutenu. Tout en voyant ses forces s’anéantir, il sentait que son courage ne diminuait pas. Il voulut encore voyager, s'embarquer dans un petit canot d’écorce, dont l’humidité et le malaise augmentèrent son mal. Ilse rendit ainsi au fort Norman ; il n’y resta que six jours : son cœur était encore plus malade que son corps. En partant de Good-Hope, il avait rencontré le ministre protestant qui s’y rendait et qui devait même alier plus loin. Le zèle de l’apôtre s'anime davantage, son courage se surexcite, son âme, si fortement trempée, prend une détermination capable d’effrayer une santé robuste. Il se met à la suite de celui dont il craint les dangereux enseignements ; il veut aller le combeaitre jusqu’à Peel's River, où, l’automne précédent, il avait eu la consolation de jeter les premiers fondements de la Foi. Ce cher enfant de la Famille n’a rien de ce qui peut adoucir sa position, il n’est pas même certain de trouver un aliment grossier pour soutenir sa faiblesse. C’est égal, il part, fort de sa confiance en Dieu et sûr de trouver un appui en Marie. Notre-Dame de Bonne-Espérance console son fidèle serviteur ; celui-ci salue sa Mission
en passant et s'assure que le bien n’y est nullement compromis, puisque personne n’a voulu écouter le ministre de l'erreur. Le 28 juin, il arrive à Peel’s River ; celui qu'il poursuit en est déjà parti pour la Maison de la Pierre et le Youcon, les deux postes les plus reculés : le dernier est même sur le territoire russe. Le pauvre Père est désolé, il lui est physiquement impossible d'aller plus loir : les postes que va visiter le ministre de l'erreur ne l'ont jamais été par les prêtres catholiques ; c'en est fcit de ces tribus nombreuses ! Cette pensée éprouve cruellement son zèle. Il prie Celle is n’a jamais invoquée en vain. L'année précéente, il était arrivé à Peel’s River le jour du Saint- Nom de Marie, et c'est ce nom sacré qu'il invoque. Dans l'impossibilité de poursuivre le ministre, il se décide à l’attendre là, afin de neutraliser son action parmi les sauvages de ce poste. Sans abri, presque sans nourriture, ne vivant que de pêche, notre généreux asthmatique était là étendu sur le rivage humide du grand fleuve, priant, pleurant, exhortant. Dieu le consola, Marie le protégea. Non seulement sa présence empêcha beaucoup de mal, mais elle fit beaucoup de bien. Les sauvages, séduits un peu par l’offre des présents faits au nom de la prière anglaise, furent sensibles au zèle de celui qui leur donnait des exempies d’abnégation assez grands pour leu: en inspire le sentimenti. Ce zèle n'obtint pas tout ce qu’il aurait désiré ; mais quelques traits frappants de la grâce firent équilibre à l’amertume dont était remplie l’âme du Misjonnaire, et le dédommagèrent des peines extrêmes et des douleurs aiguës qu'il éprouvait.
Après ce magnifiqt.e exemple de dévouement, digne des plus belles pages de l’histoire de l'Eglise, le P. Grrollier retourna à Grood-Hope. Il était toujours malade et souffrant, et pourtant il écrivit : ‘ Je ne désire rien tuuc çue de rendre mon dernier soupir dans nos Missions sauvages. ” Il ne faut pas s'étonner de la joie et du bonheur qu'il éprouva en voyant arriver le P. Ség'ain et le Fr. Kearney. Cette vue lui arracha la touchante exclamation : Dieu nous aine! Oui, Dier l'aimait, puisque, à la vie comme à 14 mort, rien ne pouvait le séparer de la charité de Jésus-Christ.
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L'établissement de l'Eglise nous montre que le sang des martyrs a toujours été une semence féconde de chrétiens. L'établissement de nos Missions nous prouve jusqu’à l'évidence que les fatigues, les sueurs, les souffrances de ros généreux Missionnaires ont attiré toutes sortes de bénédictions.
Le P. Moulin, qui avait beaucoup souffert au printemps, ne désirait rien tant que de revoir les lieux devenus d'autant plus chers à son cœur qu’il y avait été plus éprouvé. Le 8 octobre, il se mettait en route. Il s'arrêta au lac Vert (Mission de Saint-Julien) ; il y séjourna jusqu’au 12 novembre ; après y avoir planté le signe glorieux du salut, il continuait jusqu’à Carlton, pour y finir l’année,
Nous avons laissé Mgr (frandin au fort Simpson. Sa Grandeur en partit, le 20 août, avec le P. Grascon, peur visiter la Mission du fort de Liard. Une occasion s'étant présentée pour le fort Halket, le P. Grascon se mit en route de ce côté, pendant que Monseigneur donnait seul la mission de Saint-Raphaël.
Le P. Gascon, après des efforts inouïs et des dangers très grands, au milieu des torrents qui descendent ces montagnes, dut renoncer à un projet que la crüe des eaux rendait impossible pour le moment ; il redesceudit au fort de Liard, où il passa l’hiver. Pendant son absence, Mgr de Satala, voyant la saison s’avancer, se vit forcé de remonter dans son canot d’écorce et de se confier à la merci des flots, sous un ciel déjà glacé et avec deux sauvages dont l’un était malade. Na Grandeur arrivait, tant bien que mal, au fort Simpson le 16 septembre ; le 4 octobre, Elle était au fort Norman, et le 9 à Good-Hope. Le P. Séguin courut à la rencontre du cher seigneur; le P. Groliier, lui, ne courait pas; il marchait à peine. Lorsque Monseigneur le rejoignit, il était tout haletant, tout hors de lui-même. Son cœur chantait ce que ses lèvres pouvaient. à peine balbutier : l'hymne du Vieiliard de l'Evangile, Sa foi lui montrait dans l’illustre visiteur le salut de Dieu, préparé à tous les peuples du Nord. L’accueil ‘bienveillant que Monseigneur avait rencontré partout, la prépondérance
incontestable acquise au catholicisme, furent autant de sujets de la plus pure comme de ia plus vive allégresse pour le cœur de celui qui désirerait tant voir Dieu connu, aimé, servi.
Dans la réunion des deux évêques à l’Ile-à-le-T'rosse, l'automne précédent, il avait été convenu que l’évéque de Saint-Boniface se rendrait en Canada pour y appuyer la demande de la division du diocèse et l'élection du P. Faraud au nouveau siège. Mgr Taché partit de la Rivière-Rouge au mois de juin. L’incendie de sa cathédrale donnait un prétexte plausible à son voyage et ne permettait pas d'en soupçonner le motif réel, qu'on était convenu de tenir secret.
La santé du P. Frain semblant s’affaisser de jour en
jour, le Vicaire crut devoir l'emmener avec lui pour es-
sayer si un changement d'air et de position ne pourrait pas prolonger une existence précieuse à la Congrégation. Trois jours après leur départ, les voyageurs apprirent le coup terrible qui venait de frapper la Famille dans la personne vénérée et chérie de son Père, et aussi la convocation d’un Chapitre général pour le mois de décembre.
Après quelques difficultés, l'archevêque de Québec et tous ses suffragants voulurent bien apposer leurs signatures à la supplique que l’évêque de la Rivière- Rouge adressait au Souverain-Pontife. Ce premier succès fut suivi d’autres consolations. Les évêques du Canada offrirent spontanément à leur pauvre collègue de l'aider à la reconstruction de sa cathédrale. L'appel des Pasteurs fut entendu par leurs diocésains, et de généreuses aumônes furent offertes en faveur de la pauvre Mission de Saint-Boniface.
Mgr Guigues, provincial du Canada, voulut bien donner le P. Richer, puis le vénérable P. Tempier envoya de France le P. André. Ces deux nouveaux Missionnaires s’acheminèrent vers Saint-Boniface, où ils arrivèrent heureusement le 26 octobre, en la compagnie de deux Sœurs de Charité, et de plusieurs autres personnes qui s’y rendaient pour aider les Missions et la construction de la cathédrale,
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Le P. Richer fut chargé de la desserte de Saint-Charles. Le P. André fut envoyé à Saint-Joseph et à Pembina, missions restées sans pasteur par le départ de M. Groiffon.
Le Vicaire, pendant son séjour en Canada, obtint de plus que, le printemps suivant, trois Sœurs de Charité se rendraient au lac la Biche.
Après ces succès, tous si consolants pour son cœur, l’évêque de Saint-Boniface passa en Europe avec Mgr d'Ottawa et le bon P. Aubert ; tous trois goûtèrent une bien douce consolation en visitant nos belles et florissantes maisons d'Angleterre. Le commencement de décembre nous réunit à Paris.
Comme il nous fut doux, à nous en particulier, qui avions, pour ainsi dire, toujours été éloigné de la Famille, de nous trouver dans son sein, de faire partie de cette assemblée où tous les cœurs, confondus dans un sentiment commun, après avoir ;ayé un juste tribut d'hommage et de respect à notre vénéré Fondateur, se groupèrent unanimement autour de celui que Dieu leur inspirait de choisir pour combler le vide immense fait parmi nous ! Comme il nous fut doux de revoir ceux des nôtres que nous connaissions, de saluer ceux qui, étrangers à nor yeux, ne l’étaient pas à nos affections ! Nous goûtions aussi une bien vive satisfaction, en voyant l'intérêt affectueux que tous les membres de cette vénérable assemblée voulaient bien porter à ncs pauvres Missions si lointaines, si isolées. Les larmes aux yeux, l'émotion dans l’âme, nous savourions toute la vérité de cette délicieuse parole : Quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum !
Votre bienveillance, mon révérendissime et bien cher Père, voulut bien donner son consentement à nos projets. Fort de toutes ces volontés, après avoir vu nos maisons de Marseille, nous nous embarquâines pour la ville éternelle. Le dernier jour de l’année, l'aimable Pontife, qui sait inspirer tant de vénération et de dévouement, permettait au pauvre Evêque de Saint-Boniface d'approcher de sa personne sacrée, et lui äounait l'assurance que ses demandes seraient accueilües favorablement. C'est alors que, prosterné aux pros
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du Vicaire de Jésus-Christ, nous le primes de nous bénir, de bénir tout ce que nous avons de cher ici-bas, de bénir, d'une bénédiction spéciale, ia Congrégation des Oblats et les trente membres de cette Congrégation qui travaillaient dans le diocèse de Saint-Boniface.
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L'évêque de Saint-Boniface, après avoir obtenu tout ce qu'il avait demandé au Saint-Siège, en particulier l'assurance que son diocèse serait divisé, que la partie soustraite à sa juridiction serait confiée à l’un des nôtres, que le P. Faraud serait nommé à ce nouveau siège; après avoir goûté encore une fois le bonheur de voir le Saint-Père et en avoir reçu, pour lui et les siens une de ces bénédictions qui font tant de bien au cœur, l’évéque de Saint-Boniface, dis-je, partit de Rome pour repasser en France.
Pendant que le Vicaire de nos Missions de la Rivière- Rouge contemplait avec admiration les splendeurs de la ville éternelle, puis que, monté sur un beau vapeur, ilsillonnait avec une rapide facilité les eaux de la Méditerranée, sous l'influence du beau soleil d'Italie et de Provence, le Provicaire de ces mêmes Missions, audelà du cercle polaire, se traînait difficilement sur les glaces (bourguillons) du grand fleuve Mackenzie, savourant à loisir les rigueurs du plus rude climat (I), les difiicultés et fatigues des tristes voyages à la raquette, n'ayant pour toute lumière, même en plein midi, que le crépuscule d’un soleil qui n’ose pas paraître sur l'horizon, effrayé qu'il est, dans son abaissement, du travail colossal que va lui imposer la nature, pour déchirer l’épais manteau de glace dont il est enveloppé.
le 8 janvier, les Pères et le bon Frère de Good-Hope éprouvaient une peine bien sensible occasionnée par le départ de Mgr Grandin, qui, décidé à tout voir par luimême, ne tenait pas plus compte des obstacles que de la délicatesse de sa santé. Ce cher seigneur eatreprenait
(t) Le P. Grollier nous écrivait : “ Le voyage de Mgr Grandin a été heureux et pas si froid que nous le redoutions, ’ donc un hiver moins rigoureux que de coutume. Le thermomètre centigrade consulté chaque jour donne le tableau suivant des douceurs exceptionelles que notre délicieux climat offrit à S: Grandeur pendant les jours de son voyage de Good-Hope à fort Norman : 330, 330, 350, 260, 360, 400 (260, 250, gros vent), 170, 180, 350, 380, 430, au-dessous de zéro. Que l’on juge des hivers rigoureux ! … et que l'on n'oublie pas que ces voyages se font sans autre abri, même la nuit, que la forêt, et sans autre couche que la terre
glacée,
un des plus longs et des plus rudes voyages que nos Missionnaires aient faits dans ce pays. Quatorze jours de difficultés et de misères conduisirent Sa Grandeur à une première étape au fort Norman. Monseigneur, trouvant du bien à faire aux pauvres sauvages, ne partit de ce poste que le 8 mars, en compagnie de jeunes commis, qi, se figurant qu'une Grandeur doit facilement marcher à grands pas, précipitèrent la marche, sans même sc dvuter que le pauvre Evêque, blessé aux pieds, ensanglantait derrière eur le sentier qu'ils voulaient parcourir si rapidement. Le 17, ils arrivèrent ensemble au fort Simpson. Monseigneur s’y reposa trois jours, reprit la route de la Grosse-[le, saluant de loin la Providence. Arrivé, le 28, à la Mission du Saint-Cœurde-Marie, Sa Grandeur en repartait le 31, pour, le 6 avril, porter le bonheur et le contentement dans la Mission de Saint-Joseph, où le P. Eynard et le Fr. Boisramé furent aussi heureux que surpris de le revoir.
Quelque besoin qu'eût le P. Eynard de cette consolation, son zèle ne lui permit pas d'en jouir longtemps. Les sauvages, réunis en camps considérables, étaient malades à quelques jours de marche. Le bon Missionnaire de Saint-Joseph, laissant seul l'évêque de Satala, alla porter secours à ce pauvre peuple. Il était heureusement de retour le Jeudi saïint, à temps pour délivrer Monseigneur des inquiétudes que ce saint homme sait toujours se multiplier en faveur des nôtres ; assez à temps pour avoir lui-même la consolation de faire ses Pâques des mains de son Supérieur.
Le mardi suivant, Monseigneur montait, ou mieux, embarquait, en carriole à chiens pour aller visiter le fort Raë, y faire un bien immense, et revenir, le 19 juin, édifier et réjouir la solitude du P, Eynard.
Le P. Clut, seul prêtre aussi à Athabaskaw, ne peut pas supporter l’idée que ces chers Mangeurs de caribou vont être deux ans sans revoir de prêtre. Généreusement inspiré, il laisse au bon Fr. Alexis le soin de la Mission de la Nativité et va donner une Mission à Notre-Dame des Sept-Douleurs. Après quelques semaines, il revient consolé, satisfait de cette satisfaction