‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 28 sur 36 · MGR. HENRI FARAUD · texte numérisé non relu

MGR. HENRI FARAUD

ÉVÊQUE D'ANEMOUR,

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Vicaire Apoctolique d'Athabasca, McKenzie

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pagnon, le Fr. Boisramé. Ce dernier était allé demander à la Rivière-Rouge le rétablissement d’une santé épuisée par des travaux excessifs. Avant l’arrivée du P. Eynard à la Providence, Monseigneur avait été faire une petite excursion à la Grrosse-Ile et y baptiser "ne quinzaine de sauva zes.

Si la solitude a ses inconvénients, avouons que, comme les autres épreuves de la vie, elle a aussi ses avantages ; c'est dans les longs jours de l’isolement que le cœur comprend et sa faiblesse et le besoin qu’il a de trouver où s'appuyer. Trop souvent on n’apprécie bien les avantages d’une position que quand on en est privé ; aussi. comme elles sont douces et agréables ces relations fraternelles dont on ne jouit que rarement ! Elles omt certainement un charme inconnu à ceux qui n’ont jamais senti le vide ni l’inquiétude que l’éloignement de ses frères cause au cœur du religieux.

Loin, bien loin du grand lac des Esclaves, d’autres généreux enfants de la famille gnbissaient les mêmes épreuves. Les hesoins de l'établissement du 1: Caribou imposaient à ses Missiotitinires de pénibles .rifices. Menacés de la famine, ils décidèrent que le P. Végreville resterait seul et que le P. Crasté et le Fr. Péréard se replieraient sur l’Ile-à-la-Crosse, tout simplement pour avoir de quoi manger. Nos deux pauvres affamés se mirent er route. Le P. Gtasté débuta dans l’exercice du long cours à la raquette, Ce premier essai fut fort heureux ; plus de 800 kilomètres furent parcourus en seize jours de marche, et ce sans fatigue excessive, tant il est vrai que Dieu prend soin des siens. Chemin faisant, et grâce à l'obligeance du rév. M. Smith, ministre protestant, le P. (asté trouva l’objet dont sa Mission avait le plus de besoin, du Al à rêts. Après avoir passé tout le printemps et une partie de l’été à l’Ile-àla-Crosse, le P. Grasté y laissa le Fr. Péréard et retourna auprès de son confrère au lac Caribou.

\u inèême mois de mars, le P. Clut imposait à son novice l'épreuve de la solitude, eu le quittant à la Mission de la Nativité pour aller, lui, à Notre-Dame des Sept-Douleurs revoir ses aimables Mangeurs de

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caribou. Il y passa tout le printemps avec ses chers sauvages et retourna en juin.

Le P. Gascon, voyant que la santé du P. Grollier lui permettrait 4e faire la mission du printrmps à Notre- Dame de Bcnne-Espérance, voulut procurer le même avantage aux sauvages si délaissés du fort Norman. Sainte-Thérèse obtint bien des grâces à ses protégés, et le Missionnaire goûta avec eux d’abondantes consolation jusqu'au 29 mai, jour où il reprit le chemin de Good-Hope.

Le 20 avril, l'évêque de Saint-Boniface, appelé au troisième Concile provincial de Québec, se mettait en route pour le Canada. Il arriva dans la métropole de la province le 18 mai, la veille même de l'ouverture du Concile, Le P. LeFloch accompagna Monseigneur Taché jusqu'à Pembina, se rendit même à Saint-Joseph, pour y donner une retraite, puis revint à Pembina et ensuite à Saint-Boniface, accompagné du P. André. C'est pendant l’absence de ce dernier que M. Germain, son compagnon, profita de l’occasion qui se présenta pour racheter trois pauvres enfants américains qui avaient été faits prisonniers, l'automne précédent par les Sioux, lorsque ces barbares attaquèrent les colons de Minnesota.

Le P. Simonet avait, en hiver, visité le fort Aiexandre Au mois de juin, les sollicitations des chasseurs de la prairie obtinrent qu'il les accompagnerait dans leur aventureuse excursion. Au retour de cette course, le P. Simonet retourna au Bout-du-Lac, où il hiverna, tout en donnant ses soins aussi au poste Manitoba, autrefois Notre-Dame du ”ac.

Le P. Mestre, qui avait passé l'hiver à l'évêché, prêcha le mois de Marie à la cathédrale. Ses instructions furent bien goûtes et suivies avec une pieuse attention. C'était le chant du cygne, du moins dans le désert de l'ouest ; car, dès les premiers jours de juin, ce cher Père recevait son obédience, le rappelant en Canada, théâtre plus digne des brillants talents que Dieu Jui a prodigués. Le Vicaire était absent quand le P. Mestre quitta la Rivière-Rouge; il eut du moins la

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Le P. André, lui aussi, alla à la prairie, pour y accompagner les chasseurs de Saint-Joseph.

Anticipons de quelques mois l'ordre chronologique des événements pour saluer avec admirati a, dans la personne de notre joyeux P. André, le pléniputentiaire, ou du moins l'agent militaire du gouvernement des Etats-Unis de l'Amérique.

* Agent militaire !...un Missionnaire !...De grâce, ne vous scandalisez pas ; il ne s’agit pas des épouvantables boucheries de la guerre contre le Sud. Le P. André ne pouvait qu'être et fut choisi pour être agent de paix. Pendant la chasse à la prairie, les métis de Saint-Joseph qui accompagnaient le P. André, rencontrèrent une armée américaine, commandée par le général Sibley, et lancée à la poursuite des Sioux, pour venger contre ces barbares les horribles massacres de 1862. Nos métis, en grande ordonnance de chasse, Missionnaire en tête, se présentèrent au camp des braves fils de l’Union. Arrivé près de la tente du général, au pied du drapeau aux indivisibles étoiles, le P. André, monté sur son fier coursier, et environné de ses incomparables cavaliers métis, adressa au général et au drapeau américain un véritable discours en selle, vrai chef-d'œuvre d’éloquence militaire! Aussi l’orateur donna-t-il dans l'œil du général et de son état-major. Au mois de décembre, l’'humble Missionnaire de Saint-Joseph recevait ses diplômes d'agent militaire du gouvernement des Etats- Unis pour la pacification des Sioux. Le bon Père, tout étonné des fruits inattendus de son éloquence, vint à Saint-Boniface pour y montrer ses parchemins et y recevoir une direction pour cette nouvelleet importante Missiou. Quelques jours après, au milieu des rigueurs de l'hiver, il voyageait à travers des immenses plaines, au sud de Saint-Joseph, à la recherche’ des chefs sioux, auxquels il voulait rendre l’immense service de les soustraire à la destruction, en les réconciliant avec leur gouvernement irrité. ”

Puisque les extrêmes se touchent, laissons là les barbares Sioux pour dire que les Sœurs de la Charité du lac Sainte-Anne avait transporté leur établissement à ei avec la perspective d'y opérer plus de

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Le P. Rémas, cette fois encore, allait à la Prairie avec les chrétiens de ses Missions, tandis que le P. Caër se dirigeait du côté de la Rivière-Rouge.

Nous avons laissé le pauvre P. Séguin à Youcon, Mission de Saint-Jean, sur le territoire russe. Il y fut traité à la cosaque. Il ne goûta point la moindre consolation, pas le moindre dédommagement d’un long et pénible voyage à travers les montagnes, sous un ciel de fer, lorsque les neiges précoces de septembre venaient glacer les torrents qu'il fallait traverser presque à la nage, où la santé et la vie courent des dangers continuels. Le zélé Missionnaire passa là un triste hiver. Les quelques sauvages qui se rendirent au fort, et qui déjà deux fois avaient reçu la visite d’un ministre protestant, s’attachèrent de préférence à celui qui leur arrivait en même temps que le P. Séguin. Puisse le Ciel entendre les soupirs et les regrets de ce dernier, compter ses peines et ses souffrances, et donner, plus tard, à ce peuple la grâce d’une conversion véritable.

Le P. Séguin partit d'Youcon le 3 juin. Vingt et un jours de marche au milieu des mêmes torrents encore à demi glacés et des autres embarras de la route, le tout enrichi du mérite de voyager avec le ministre qui lui avait ravi les sauvages, le conduisirent à la Mission de Saint-Barnabé, d'où le prédicant retourna à Youcon. Le Père repassa les montagres, revit Peel’s River, et, le 14 juillet, il avait le bonheur d’embrasser ses frères de Good-Hope, après onze mois d’un isolement d’autant plus cruel que l’échec avait été plus complet.

“ Arrivé ici, m'écrivait ce cher confrère, je me crois en paradis.” Je comprends facilement cette exclamation. Les joies du paradis de la terre sont si relatives ; quand on a beaucoup souffert, on sait se contenter de peu.

Le P. Gascon partit de Notre-Dame de Bonne-Espérance le 28 juillet, et le 14 s.oût il était au fort Simpson auprès de Mgr Grandin ; il avait ensuite l’honneur d'accompagner Sa Grandeur jusqu’à la Providence, où.

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Elle débarqua. Le P. Eynard se joignit alors au P Grascon pour faire route avec lui jusqu'au grand lac des Esclaves. Ils y arrivèrent le 7 septembre. Le P. Eynard continua jusqu'à Athabaskaw, où il trouva le P. Clut et le Fr. Salasse : ce dernier était venu de l’Ileà-la-Crosse.

Mgr Taché revenait du Canada le 22 juillet. Le P. Caër, après avoir traité les affaires qui l’amenaient à Saint-Boniface, se dirigea de nouveau vers l’importante vallée de la Siskatchewan. Il s'arrêta à Carlton, où il se tira très sagement des difficultés qui lui furent suscitées, et fit beaucoup de bien. Il continua ensuite jusqu'au fort Pitt, où il donna une mission qui eut un tel succès que lui-même m'é rivait: “Ce poste ressemble, en ce moment, plutôt à une communauté religieuse qu’à un fort de traite.” O tempora ! o mores! Un fort offrir l’aspect d’une communauté religieuse !.. L'eussestu cru? se diraient les anciens. Nous, nous le croyons, puisque nous avons le bonheur de voir l’enseignement de la morale évangélique succéder à l’école de débauche établie autrefois dans tous ces forts.

À la fin de l’année, le P. Caër arrivait à Saint-Joachim, puis à Saint-Albert.

Le Fr. Boisramé était rendu à l’Ile-à-la-Crosse, toujours faible, toujours souffrant, quoique un peu mieux. Mgr Faraud jugea prudent de lui faire continuer sa route, l’honorant même de sa compagnie ; il se dirigea avec lui vers la Rivière-Rouge, où ils arrivèrent heureusement le 26 août. Grande fut la joie de Mgr de Saint- Boniface, qui revoyait dans la personne de Mzyr Faraud, non seulement un frère, mais bien un ancien compagnon d’apostolat et de souffrance. L'amitié qui les unissait depuis seize ans devenait plus étroite par l'élévation de Mgr d’Anemour à la même dignité épiscopale et le partage du diocèse de Saint-Boniface fait entre ces deux seigneurs. Mgr Taché était soulagé de ’limmense responsabilité de diriger les lointaines Missions d’Athabaskaw-Mackenzie : 11 était heureux de les voir confiées à celui que, devant Dieu et devant les hommes, il avait cru le plus en état de les faire prospérer et grandir.

Une des bonnes Sœurs de l’Ile-à-la-Crosse accompagnait l'Evêque élu d’Anemour. Tout le monde était

dans la joie ; le P. Lestanc, qui avait consacré ses loisirs de vacances à faire une mission au Fort Alexandre, revenait pour prendre part à l’allégresse commune, Mgr d'Anemour ne put donner que quelques jours à ses frères de Saint-Boniface : il en prit congé au commencement de septembre, en indiquant le printemps de 1865 pour l’époque de son retour.

a Faraud passa par le Canada, alla en France, et c'est le 30 novembre dans la métropole de Tours, que Sa Grandeur recevait la consécration épiscopale des mains du doyen des Evêques Oblats, Mgr l'archevêque Guibert. Sa Grandeur prenait pour devise les mémorables paroles de l’illustre saint Martin : Non recuso laborem.

Malgré la division du diocèse, Mgr Grandin continuait à diriger la partie échue au Vicaire apostolique.

Au mois d'août, le P. Grouard quittait Athabaskaw en la compagnie du Fr. Alexis. Il descendait le courant, saluait, en passant, le P. Petitot, et arrivait à la Providence. Mgr Grandin laissa le Fr. Alexis dans son nouvel établissement et s'embarqua avec le P. Grouard pour le fort Simpson. Le digne évêque et son jeune zélé collaborateur donnèrent la mission au chef-lieu du district. Le plein succès de cette mission jeta un grand éclat sur le ministère de nos Missionnaires.

Comme nous l'avons dit plus haut, c'est là que le P. Grascon rejoignit Mgr de Satala pour se rendre avec lui jusqu’à la Providence.

Cependant,le P. Grouard remontait la rivière du Liard encouragé par les succès dont ses débuts avaient été couronnés ; il allait donner la mission à Saint-Raphaël, où il arrivait le 8 septembre.

Le bon Dieu traite souvent les Novices en enfants gâtés ; le nôtre eut en abondance les bonbons de la vie de Missionnaire. Les heureuses dispositions des sauvages le comblèrent de la joie la plus légitime.A son retour, il faisait encore le bien au fort Simpson et, le 10 octobre, la neige sur'le dos, il arrivait à la Providence.

Après un mois, Monseigneur se mettait en retraite avec son Novice etle pieux Fr. Alexis. À la fin de cette retraite, le 21 novembre, le P. Grouard prononçait ses vœux, devenant, aussi lui, l’un de vos fils, mon révérendissime et bien-aimé Père. J’aila conviction que le

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Ciel accueillera le vœu de notre cœur, demandant pour ce jeune religieux toutes les vertus qui font le digne Oblat de Marie Immaculée.

Un événement qui, sans une intervention spéciale de la Providence, serait devenu une funeste tragédie, marqua le mois de décembre : Mgr Grandin, toujours animé d'une charité si ardente pour ses frères, voulut aller visiter ceux du grand lac des Esclaves. Malgré la rigueur de la saison, il se mit en route avec quelques jeunes officiers de l'honorable Compagnie de la Baie-d'Hudson qui passaient à sa Mission. Arrivé déjà presque au terme du voyage, on se félicitait d'avoir évité les dangers et les misères extrêmes qui s’attachent si souvent à ces courses aventureuses, lorsque tout à coup les voyageurs furent assaillis par une tempête furieuse, une tempête telle que notre aquilon seul sait en causer. La neige, soulevée en tourbillons épais, déroba bientôt la vue du ciel et du rivage que l’on côtoyait à distance. Cette neige, balayée de dessus le lac, n’y laissait qu'une glace vive et durs. sur laquelle les pieds des voyageurs et :eurs chiens :e laissaient aucune empreinte. Mgr de Satala, avec des jambes et des chiens moins agiles que ceux de ses compagnons, resta en arrière, suivi seulement d’un tout jeune homme envoyé à son service ; déjà les autres voyageurs avaient disparu. Un sauvage qui les guidait, poussé par l’instinct du danger qu'ont tous les enfants des bois, parla d'attendre Monseigneur. Ses maîtres, saisis par le froid, et ne croyant nullement au danger, lui commandèrent d'aller en avant.

C’en fut fait; Monseigneur ne voyant ni compagnon, ni terre, et rien au monde, si ce n'est la glace qu'il foulait aux pieds et la neige qui l’aveuglait, se trouva perdu sur cette mer solide. Na Grandeur erra à l’aventure jusqu’à ce que ses forces fussent épuisées. Trop fatigué pour espérer réchauffer ses membres, que le froid saisissait déjà, Monseigneur cor‘fessa son petit compagnon, implora pour lui-même 14 miséricorde de Dieu, et se résigna à la mort qui lui semblait inévitable. Le reste de chaleur tut dépensé à détacher la couverture liée sur le petit traîneau ; celui-ci renversé formait le seul abri contre le vent. Monseigneur s’appuya contre cette faible protection, puis s'enroula de son

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