‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 30 sur 36 · VINGT ANNÉES D£ MISSIONS · texte numérisé non relu

VINGT ANNÉES D£ MISSIONS

Saint-Joseph, y laissant le P. Gascon seul, et se rendrait à la Providence, où se trouvaient déjà le P, Grouard et le Frère Alexis; le P. Grouard s'embarquerait à la place du P. Eynard, pour continuer, avec le P. Petitot, jusqu'au fort Simpson, où tous deux donneraient la plus belle mission possible, à la suite de laquelle le P. Petitot descendrait à G-ood-Hope pour y rejoindre le P. Séguin et le Frère Kearney, pour prier sur tombe du digne P. Grollier, qu'il allait remplacer, et soutenir, par la pensée de la sainte mort de ce Père, les dispositions heureuses et analogues dont son cœur est rempli ; le P. Grouard, lui, retournerait au fort de Liard, goûter les abondentes consolations que le Dieu bon lui avait prodiguées l'été précédent, en accordant tant de grâces aux sauvages. Ce Père reviendrait ensuite, par le fort Simpson, jusqu’à la Providence.

Ces dispositions prises, Mgr Grandin fit ses adieux au Vicariat Athabaskaw-Mackenzie.

Pour faire mieux comprendre les justes regrets et la douleur occasionnés par ce départ, que l'humilité de notre si digne coadjuteur et provicaire nous permette de traduire ici ce qui lui fut adressé à lui-même par un des officiers de l'honorable Compagnie de la Baied'Hudson, qui l'avait vu à l’œuvre dans le district de la Rivière Mackenzie, et qui, par cela même, pouvait plus justement apprécier le zèle et le dévouement du premier Evêque qui ait visité ces lointaines régions :

“ 14 janvier 1865.

“ Mon cher Seigneur,

‘“ La réception de votre si estimée lettre du 24 juillet “ dernier ne m'a pas causé plus de satisfaction que la “ nouvelle de votre heureux retour, après un long sé- “ jour dans le Nord, où comme je l’ai vu de mes propres “ yeux, vous avez glorieusement suivi les exemples de “ votre illustre prototype, saint Paul, travaillant de vos ‘“ propres mains et prêchant fidèlement, à temps et à “ contre-temps, l'Evangile de Jésus-Christ aux paiens.

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“ La noble abnégation, le calme, l'admirable énergie “avec lesquels vous avez supporté des diificultés, sur- “ monté des obstacles et enduré des souffrances d'une “ nature exceptionnelle, sont au-dessus de tout éloge. “ Pour ma part, quoique j'aie passé une quinzaine d’an- “ nées dans ces régions sauvages, que j'aie vu et senti, “ Gans ma propre personne, plusieurs des vicissitudes de “ la vie de l’extrême Nord, je reculerais devant les souf- “ frances et les privations si longues, si multipliées et “ si continuelles que votre Grandeur a endurées sur les “ bords de la Mackenzie. Si vos amis éloignés vous “avaient vu, comme moi, dans un palais construit svec “ quelques troncs d'arbres informes, superposés les uns “ sur les autres, à une élévation de six ou 5epi pieds, “ éclairé seulement par quelques grossiers morceaux de “ parchemin qui seuls servaient de croisées, n'ayant “ que le sol glacé pour votre parquet, et, pour porte, *“ quelques planches mal jointes, à travers lesquelles la “ neige et le vent pénétraient à chaque instant ; pour “ couche, quelques morceaux de bois sur des tréteaux. “ pour nourriture habituelle, des aliments que le der. “ nier des domestiques, dans la belle France aurait re- “ jetés avec mépris: vos longs et pénibles voyages, “ souvent dans un demi-état de jeûne; n'ayant pour “ compagnons que des barbares, qui n'ont rien des ‘“ habitudes ni des sentiments qu'inspire le -ivilisation ‘“ européenne, certainement ces amis auraie, « versé des “ larmes d’attendrissement sur votre malheureux sort. “ Je sais que votre patience sans exemple, et votre “ courage inaltérable ont excité l'admiration de tous les ‘ officiers du district, sans parler de l'estime si pleine “ d'affection que les qualités personnelles de Votre “ Grandeur ont inspirée à toutes les classes des habi- “ tants de la rivière Mackenzie. Volontiers, je vous 8 félicite de votre heureux retour, après l’accomplisse-

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