‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 32 sur 36 · DE · texte numérisé non relu

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Le courrier d'hiver avait laissé Athabaskaw. Le P. Clut avait reçu, par lui, les lettres des Pères du nord, et, après lui avoir confié ses propres dépêches, était rentré dans sa profonde solitude, comptant les jours qui le séparaient de la fin de février, et n’attendant aucune nouvelle avant cette époque.

Il avait repris ses occupations ordinaires, un peu diversifiées, pour préparer ses lettres. Un soir, il était à instruire ses sauvages, lorsque entrent, tout-à-coup, trois étrangers qui lui demandent sa bénédiction et répondent en langue indienne aux questions qu'il leur adresse en cet idiome. Il ne fut pas possible de jouer la pièce longtemps. L'un des inconnus était le P. Grouard et les autres, deux jeunes sauvages qui l’avaient accompagné depuis le grand lac des Esclaves. Le bonheur d’avoir consolé le P. Gascon dans sa solitude lui avait été si doux, que ce cher Père, oubliant les fatigues d’un long voyage, avait voulu se donner la même jouissance auprès du P. Clut. La surprise de ce dernier était à son comble ; son bonheur plus grand encore. Resté seul depuis l'été, et n’espérant voir un confrère que l'été suivant, l'émotion lui fit verser des larmes abondantes ; de grand cœur il remercia son ancien novice de la charité qui l'avait poussé vers lui. La satisfaction mutuelle goûtée par les deux Missionnaires se prolongea pendant plus d’un mois ; ils se séparèrent au commencement de mars, après avoir appris ensemble les nouvelles que leur apportait le retour du courrier. Le P. Grouard reprit ses raquettes, sut, par le P. Grascon, en passant au grand lac des Esclaves, que le soleil de mars n'empêche pas toujours le thermomètre centigrade de descendre jus-

u’au 41°, et retourna auprès de son compagnon à la rovidence.

Cependant, le Rév. Père Visiteur avait vu se renouveler l’année, et loin, bien loin de Paris, à l'extrême ouest du diocèse de Saïint-Boniface, il avait reçu les souhaits des Oblats réunis à Saint-Albert. En retour, il donna pour étrennes, au P. Lacombe, la mission de courir les prairies pour tâcher d’y atteindre les pauvres

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sauvages Cris et Pieds-Noirs, et développer en eux les germes de foi déjà reçus.

Le P. Rémas reçut pour cadeau du jour de l’an le soin de la charmante résidence du lac Sainte-Anne ; tandis que le P. Caër fut nommé premier officier du château Saint-Jean, Ile-à-la-Crosse.

Le Frère Scallan continuerait son école à Saint-Joachim, avec la perspective d’un °grandissemen., pour cette œuvre si utile.

Nous sommes heureux de constater, de nouveau, les soins obligeants de Mr J. W. Cbzistie, et les services rendus au Rév. Père Visiteur, en préparant tout ce qui était nécessaire à son voyage.

Le 9 janvier, le Rév. P. Vandenberghe faisait ses adieux à ses frères du fort des Prairies et reprenait la direction de la Rivière-Rouge ; monté sur un traîneau attelé de quatre chiens, il entreprenait un voyage de quinze cents tilomètres. Le P. Vicaire accompagnait le Rév. Père Visiteur. Après six jours de marche, les voyageurs arrivaient au fort Pitt. Le P. Tissot les y avait précédés.

Le plaisir de saluer ce cher Missionnaire fut diminué par la peine de le voir souffrant. Les fatigues du trajet entre le lac la Biche et le fort Pitt avaient douloureusement aggravé son mal opiniâtre, qui s'était déclaré quatre ans auparavant dans ce même trajet. Le P. Tissot reçut son obédience pour passer de la Mission de Notre-Dame-des-Victoires à celle de Saint-Albert, comme P. Préfet des Missions de l'Ouest.

Les heureuses dispositions des chrétiens du fort Pitt, l’affectueuse complaisance de M. Chatelain, qui en a la charge, consolèrent beaucoup le Rév. Père Visiteur, qui promit de faire tout en son pouvoir pour hâter un établissement dont l'urgence semble d'autant plus grande que ces belles terres ne peuvent pas rester lonstemps sans être habitées.

Nécessairement, d’autres que les tribus errantes des plaines et des forêts iront bientôt demander à ce sol les richesses qu'il peut produire et en arracher les trésors qui y sont enfouis. Le versant oriental des Montagnes-Rocheuses, comme celui qui saluent les rayons du soleil couchant, est une région aurifère. L’amour de l'or, cette autre ‘“ fièvre jaune,” si peu redou-

tée, devra conduire, tôt ou tard, une population consi-

dérable vers la partie supérieure de la vallée de la Sis-

katchewan ; car, en la remontant depuis le fort Pitt

jusqu’au pied des grands monts, on trouve la plus elle, la plus avantageuse portion du pays.

Le 18, le Rév. P. Visiteur se séparait du P. Tissot et laissait le fort Pitt, pour, après sept jours de marche, arriver à Carlton, où l’attendait le P, Moulin. Ce dernier s'était perdu dans la forêt en venant. Il riait de bon cœur de cette aventure et s’en dédommageait en déployant tout le zèle possible en faveur de ceux pour le bonheur desquels il avait failli perdre la vie. Ce cher Père reçut, avec le bon vouloir qui le caractérise, obécience pour le iac Caribou. Les provisions manquant au fort Pitt, il fit ses adieux au Rév. Père Visiteur et reprit avec deux sauvages, le chemin de l’Ile-àla-Crosse.

Les différents courriers d'hiver qui viennent de tous les points du pays, se réunissent à Carlton pour y échanger les lettres dont ils sont porteurs. Le 27 janvier, ils étaient tous arrivés. Le Rev. P. Vandenberghe, qui n’avait pas l’habitude d’un courrier semiannuel, soupirait après les nouvelles de Paris et du reste de la Congrégation. Les lettres à son adresse purent satisfaire sa légitime impatience.

Les missives du nord disaient que Mgr Grandin, resté seul et malade à l’Ile-à-la-Crosse, avait dû faire des voyages longs et pénibles pour visiter les Indiens mourants, et que nos Pères continuaient partout, avec zèle, le soin des œuvres confiées à leur sollicitude.

Le 29 au matin, les pauvres chiens de Carlton étaient attelés aux traîneaux, malgré la maigreur extrême où les tenait le triste état des magasins. Ces infatigables quadrupèdes devaient pourtant, dans le cercle de leurs attributs, remplacer les rapides locomotives et traîner la plus prompte des malles du pays, comme qui dirait, à Marseille, ‘ la malle des Indes.” De nobles voyageurs prenaient aussi passage par ce train exprès. M. Prudon, avec une générosité bien digne de notre reconnaissance, sacrifia pour ces derniers une partie relativement considérable de ce qui lui restait pour nourrir sa famille.

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de nouveau en route. Plusieurs circonstances retardèrent leur marche ; ce n’est que le 7 février qu'ils arrivaient à la Montagne de Tondre, où M. Taylor et sa famille leur firent l'accueil le plus aimable. Le jiendemain, ils partaient pourvus de tout ce qu'un établissement prospère peut fournir pour ces sortes de voyages. Le quatrième jour, au lever du soleil, ils entrèrent au fort Pelley. M. Campbell, sa dame, ses commis et leurs familles, semblaient avoir pris à tâche de prouver qu'un fort de traite au milieu des forêts est, pour le voyageur, un oasis où l’on s'étonne de trouver le confort et la bienveillance des pays les plus recommandables par leur hospitalité.

Le 13, de grand matin, les voyageurs continuèrent leur route en compagnie de M. Campbell, et le 15 au soir, sans pour ainsi dire s’en être douté, le Rév. P. Vandenberghe, rendu à la baie des Canards, bénissait le P. Simonet à la porte de la chapelle de Saint-Edouard, dans laquelle il était ensuite si heureux de s’agenouiller devant le Saint-Sacrement.

Oh ! mon Dieu, pourquoi faut-il que vos tabernacles, même les plus modestes, ne soient ici échelonnés qu’à de si grandes distances !

Le 16, vingt-deux personnes recevaient la Confirmation, et les voyageurs repartaient, en donnant au P. Simonet rendez-vous à Saint-Boniface pour le mois suivant. Plusieurs commis, qui cheminaient avec eux, leur continuèrent les bons offices dont ils étaient l’objet depuis leur départ d'Edmonton. Le 18 au soir, ils arrivaient chez M. McDonald, au poste Manitoba (Notre Dame du Lao) ; ils y passèrent le dimanche, pour repartir le lundi matin et arriver le mardi à Saint-Laurent. Le mercredi 22, malgré une furieuse tempête de neige, ils parcoururent les soixante kiiomètres qui les séparaient de la paroisse de Saint-François-Xavier, où ils arrivèrent chez M. Thibault, vicaire-général, et où ils eurent, de plus, la consolation de rencontrer le P. Lestang. Enfin, le 23, les cloches de la cathédrale de Saint-Boniface proclamaient hautement les joies du retour.

Deux semaines après, le P. Simonet, ayant été jusu’au lac du Cygne, arrivait à Saint-Boniface. Le . Richer revenait aussi de Saint-Joseph. Les PP.

Lestang, LeFloch, Végreville et André s’unissaient à leurs confrères, et tous ensemble avaient le bonheur de faire leur retraite sous la sage et pieuse direction du R. P. Vandenberghe. Après cette retraite, le P. Végreville alla faire la mission à Pembina, le P. Simonet retourna à Saint-Laurent, le P. Richer à Saint-Joseph, le P. André à Saint-Charles, les PP. Lestang et LeFloch continuaient à l’Evêché leurs besognes respectives.

Pendant que ces événements s’accomplissaient à la Rivière-Rouge, les œuvres de zèle réclamaient ailleurs de nouveaux efforts, de nouveaux sacrifices. Le P. Grasté, seul au fond du lac Caribou, s’y multipliait pour procurer les consolations de la religion aux infortunés Indiens, frappés d’une maladie contagieuse.

Pendant plus d'un mois, au milieu des rigueurs extrêmes de janvier, il fut constamment en marche, pour baptiser et confesser les sauvages mourants. Ce cher Missionnaire, en parlant d’une de ces courses, nous écrivait : “ Je m'étais gelé presque toute la figure, bien “ que je ne fisse que courir toute la journée ; ce qui “ faisait dire à un pauvre vieillard que j'allais visiter : “ “Oh! que je suis heureux que tu sois venu vers nous! “ Mon cœur aurait pleuré si tu t’étais montré pares- “ seux ; mais en te voyant, en voyant surtout ton visage

“ défiguré, jc connais aujourd'hui que la religion est “ forte. puisque ni la longueur de la route, ni la rigueur “ du froid ne t’arrête.”

L’importante mission confiée au PR. Lacombe demandait un surcroît See de force et de zèle. Il se

mit en campagne au milieu de janvier. Il alla d’abord visiter les Cris, parmi lesquels il y avait déjà un certain nombre de chrétiens. Il les vit, les encouragea et leur donna rendez-vous pour le printemps, à un endroit qu'ils choisirent eux-mêmes, comme étant le plus avantageux pour leur réunion, sur les bords de la Siskatchewan, environ cent cinquante kilomètres en bas d'Edmonton.

Après ces préludes à l'exécution du plan projeté pour la conversion des sauvages, le P. Lacombe revint à Saint-Albert ; à peine était-il arrivé, qu'une députation des Pieds-Noirs vint réclamer le bonheur de sa visite. Ces féroces enfants de la prairie étaient attaqués de l'épidémie qui se répandit par tout le pays. Infidèles

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encore, ils avaient quelquefois un peu entendu parler de religion. Sous la pression du malheur, ils tournèrent leurs regards vers celui qui a toujours quelques paroles d'encouragement et de consolation—-vers le Prêtre—qu'il fait bon d'avoir près de son chevet, tenant la croix d'une main, et de l’autre, montrant le ciel dont le Dieu crucifié lui a remis les clefs.

Le P. Lacombe n'hésita point, il partit malgré les difficultés et les dangers. Il fit pour ses sa tvages tout ce que l'on peut attendre d’un bon prêtre. Il en baptisa près de quatre cents, qui presque tous moururent de suite. Il vous a écrit lui-même, mon Révérendissime et bien cher Père, et les consolations et les poignantes émotions qu'éprouva son cœur généreux et sensible à la vue des maux dont était affligé ce peuple. L'épreuve était cruelle, mais c'était un coup de la Providence.

Cette redoutable nation des Pieds-Noirs, comme celle des pacifiques Mangeurs de Caribou, comprit le dévouement de son apôtre, et en reçut unc heureuse impulsion vers le bien.

Flein de mérites, mais épuisé de fatigue, le P. Lacambe revint à Saint-Albert. D’autres instances l’appelèrent dans une autre direction. La contagion sévit au fort de la Montagne ; le Missionnaire y va consoler les chrétiens et les munir des secours de la religion.

Au commencement de mai, il est de nouveau en route pour aller jeter les premiers fondements de la Mission de Saint-Paul. Il y trouve un gros camp de Cris, qui avaient été fidèles au rendez-vous, mais qui, eux aussi, étaient en proie à la maladie, à la souffrance, à la mort. Le Père commença à les instruire, à les consoler, et pour compléter la série des services qu'il veut bien leur rendre, il saisit les manchons de la charrue, que lui seul peut conduire, et ouvre les sillons où les pauvres sauvages vont déposer la semence que, pour la première fois, ils confient à la terre.

Le 20 mai, le Père nous écrit: “ La chaleur du prin- “ temps a changé la maladie de l'hiver en une dyssen- ‘ terie qu enlève tous ceux qui en sont attaqués. De- ‘“ puis deux jours, je me sens atteint de cette maladie ; ‘je ne suis pourtant point encore arrêté, et puis vaquer ‘“ à mon ministère. Si cette contagion doit m'emporter, “ mon sacrifice est fait, je mourrai, heureux et content

“ au milieu de mes chers néophytes, en leur adminis- “ trant les derniers sacrements tant que j'en aurai la “ force.”

Le zélé Missionnaire ne mourut pas; Dieu le censerva ; quelques jours ap:ès, il se délassait dans une visite à ses confrères du lac le Biche, puis il retourna à Saint-Albert. €

Pendant que le P. Lacombe consolait ses néophytes, nos autres Pères se iivraient. dans leurs postes respectifs, aux mêmes œuvres méritoires, et avec un zèle égal.

Le P. Tissot, malgré :es souffrances, prodiguait ses soins aux chrétiens de Notre-Dame-des-Victoires, jusqu'au 28 mai, où :l les laissa pour aller commencer ses onctions de P. Préfet à Saint-Albert. A cette dernière place, le P. Caër s'était épuisé auprès des malades. Malade lui-même, il dût garder le lit pendant plusieurs jours. Il était mieux à l’arrivée du P. Tissot ; il partit de suite pour l’Ile-à-la-Crosse, où il n’arriva qu'après le mi-août, s'étant arrêté pendant quelques semaines auprès du P. Maisonneuve au lac la Biche.

Le bon P. Rémas, tantôt au lac Sainte-Anne, tantôt à Saint-Albert, se soutenait au milieu de plus grandes fatigues ; se préparant, ainsi, aux fatigues plus grandes encore qu'il éprouva pendant le long voyage qu’il entreprit le 19 mai pour visiter la Mission de Saint- Bernard.

À peu près au moment où la main de Dieu s’appesantissait sur les Pieds-Noirs, pour les appeler à lui ‘? même Dieu bon faisait offrir son joug si aimable à la nation des Esquimaux. C'est le P. Petitot qui, melgré l’état de souffrance où il était, se rendit sur la terre des Mangeurs de Chair Orue, (signification du nom Esquimaux). Les apôtres d'aujourd'hui, comme ceux de la primitive Eglise, savent se faire tout à tous, pour gagner tous les hommes à Jésus-Christ. Le Père Petitot se rendit à l'embouchure du grand fleuve Mackenzie, et descendit jusqu2 dans la cabane souterraine des habitante des rives de l’océan Glacial. Il y séjourna pendant dix jours, vivant de la vie de ce peuple pour travailler à son instruction. Le chef dans la hutte duquel il était, touché de son zèle et de son abnégation, le prit même pour le Fils de l'Eternel, et l'excès de sa confiance le porta à un excès de superstition qui obligea le

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Pendant que la divine semence tombait sur la plage piece de la mer Arctique, le vénérable Prélst, auquel

e Vicaire de Jésus-Christ avait confié cette partie de

l'Eglise de Dieu, reprenait le chemin de ses lointaines et difficiles Missions,

Mgr Faraud avait repassé l'océan. Pendant un séjour de quelques semaines en Canada, il surveilla l’impression de livres sauvages et travailla à l'avantage de son Eglise naissante.

Le 25 avril, Mgr d'Anemour, accompagné des PP. Grenin, Tissier et Leduc, des FF. Lalican, Hand et Mooney,laissait Montréal pour la Rivière-Rouge,et le 24 mai, le clergé et la population catholique de la colonie avaient le bonheur de voir arriver la pieuse caravane. Les cloches sonnèrent leurs plus joyeuses volées, la cathédrale retentit des chants de la plus vive allégresse.

Deux évêques étaient agenouillés au pied de l'autel, auprès duquel ils avaient reçu tous deux l’onction sacerdotale, au-dessus du caveau qui renferme les dépouilles mortelles du premier Evêque de la Rivière- Rouge, qui les avait faits tous deux prétres de Jésus- Christ, et dont ils sont les successeurs, étant chargés chacun d’une partie de son diocèse. Que de choses semblent étranges ici-bas ! Quelles surprises nous ménage la Providence! Seigneur, que vos desseins sont impénétrables ! faites que nous concourions à leur réalisation !

Je n’entreprendrai pas de dépeindre ce qui se passa en nous, en ce jour, dont le souvenir est gravé en caractères ineffaçables dans notre âme. À toutes les joies, à toutes les consolations, à toutes les espérances que l'arrivée de Mgr Faraud et de ses compagnons procurait à l'évêque de St-Boniface, vint se joindre la satisfaction de pouvoir offrir l'hospitalité aux nouveaux venus. Les travaux de l'évêché avaient été hâtés, non pas pour son achèvement, ce qui était impossible, mais, du moins, pour le rendre logeable, et nous eûmes le bonheur de voir dix-sept Oblats assez commodément abrités sous notre toit. Le plaisir de cette nombreuse réunion de famille dans notre maison compensait les difficultés, leg inquiétudes, les soucis que nous a coûtés sun “restons

Mgr Faraud était accompagné d’un gentilhomme français, monsieur le Vicomte Hyacinthe de Bélizal, qui venait, comme touriste, visiter notre pittoresque contrée. L'évêque de Saint-Boniface fut trop heureux de lui offrir la modeste mais cordiale hospitalité 4e sa demneure. Le nom de cette honorable famille nous était avantageusement connu ; puis, nous devons tant à la France, que tout ce qui est français rencontre nos plus chaleureuses et plus sincères sympathies. C’est la France qui fournit presque tous nos Missionnaïres ; c’est elle qui, en grande partie, nous nourrit et nous soutient; du haut du ciel, nos pauvres sauvages prient Dieu de bénir la France, puisque ce sont ses enfants et ses aumônes qui les y ont conduits en grand nombre.

L'Evêque de Saint-Boniface voudrait pouvoir dire à toutes les âmes généreuses de ce noble pays combien son cœur est reconnaissant pour tout ce qui est fait pour l'Eglise confiée à ses soins. Privé de cette consolation, il était du moins heureux d'offrir l'hospitalité à l’un de ses aimables enfants.

Avant l’arrivée de Mgr Faraud, le Rév. P. Vandenberghe, accompagné du P. Lestang, avait été visiter la Mission de Saint-Joseph, où se trouvait alors les FP. Végrevilie et Richer; cette excursion offrit au bon P. Visiteur l’occasion de goûter à une petite aventure de voyage. Déjà il avait parcouru des centaines et centaines de lieues dans le diocèse de Saint-Boniface, sans que le moindre accident personnel eût compromis le bien-être possible dans ces sortes d’expéditions. Leretour de la visite à Saint-Joseph vint faire exception et permit au Rév. P. Vandenberghe d'enrichir son calepin d’une note nouvelle, et au P. Lestang d'en ajouter une au sien, d’une espèce bien connue.

Les deux vénérables voyageurs s'en revenaient, causant, sans doute, des choses faites et à faire, du pour ou du contre de quelque grave question. Leur guide, à cheval devant eux, arrive sur les bords d’une petite rivière, dite rivière aux Prunes ; il la traverse, sa monture presque à la nage. Le P. Lestang, chargé de conduire le char de l'état, croit qu'il en pent faire autant et guide son cheval au beau milieu de la rivière. Le courant rapide, surpris d’une pareille audace, s'empare de l'espèce de caisse posée sur les roues, il la renverse

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et plonge à l’eau et Visiteur et conducteur. On n'était encore guère qu'à la fonte des neiges; l’eau était trèsfroide, les voyageurs furent trempés de la tête aux pieds, perdirent une partie de leurs effets et mouillèrent le reste. Ils étaient loin de toute habitation, au milieu d’une plaine déserte, dans l'impossibilité, par conségra de faire du feu pour se sécher et se réchaurfer ; orce leur fut de marcher ainsi pendant plusieurs heures. Heureusement, la rencontre d’une famille métisse qui était en loge, au milieu de la prairie, et qui avait un peu de bois, fit que cet accident n'eut pas les suites fàcheuses qu'il pouvait occasionner.

Le bon P. Vandenberghe voulut bien s’en amuser ensuite, avec nous, et nous laisser lui dire que cet accident était heureux, puisqu’un Visiteur doit aller même jusqu'au fond des... “ choses courantes.”

Le Rév. P. Vandenberghe avait prolongé son séjour à Saint-Boniface, pour y rencontrer Mgr Faraud et régler, après l’arrivée de ce dernier, ce qui n'avait pas été prévu ou déterminé avant.

Nous en étions bien aise ; la présence de votre digne représentant, au milieu de cette nombreuse réunion d'Oblats, ne pouvait qu'être très-agréable à tous, et utile aux œuvres qu'ils out tant à cœur.

Enfin, le jour fixé pour le départ était arrivé; le 5 juin, l’illustre Visiteur laissait Saint-Boniface. Puissent les larmes brûlantes qui coulèrent alors de nos yeux répandre sur l'âme de ce bon Père un bonheur égal à la peine que nous sentions le jour de son départ! Puissent les accents de la reconnaissance et les vœux de l’amitié lui obtenir une ample recompense pour tout ce qu'il a fait et souffert pour nous!

Le P. Simonet accompagna le Rév. P. Visiteur jusqu'à Pembina.

Le jeudi suivant, le P. Tissier, les frères Lalican, Hand et Mooney laissaient aussi Saint-Boniface, pour se rendre aux postes respectifs que leur assignait l’obéissance.

Le 18 au matin, d’autres adieux vinrent demander à notre cœur d’autres sacrifices. Mgr Faraud, que nous avions vu arriver avec tant de bonheur, s’'embarquait, à son tour, pour franchir la distance considérable qui le

séparait encore de la portion de son héritage. Il partit accompagné du P. Genin et du F. Boisramé.

Le P. Lestang nous laissait en même temps, pour une courte mission au fort Alexandre. De retour, il alla visiter le P. Simonet dans san isolement de Manitoba. Le visité vint faire la conduite au visiteur jusqu’à Saint-Boniface, où le P. Lestang ne resta que quel-

ues jours, repartant pour une autre mission au fort lexandre, d’où il ne revint qu’à la fin d'août.

Le P. Richer, qui était venu à Saint-Boniface faire ses adieux au Rév. P. Visiteur, partit ensuite pour la prairie. Il y accompagna les chasseurs de'Saint-Joseph et de Pembina.

Le P. Leduc, arrivé avec Mgr Faraud, fut attaqué, en chemin, d’un violent rhumatisme inflammatoire qui le fit souffrir beaucoup et lui rendit la dernière partie du voyage très pénible. Rendu à Saint-Boniface, cet excellent jeune Père eut du soulagement. Tout permettant de croire à une prompte guérison, il reçut son obéfience pour les Missions de la Siskatchewan. Déjà sa pieuse imagination de Missionnaire rêvait les consolants succès de son glorieux apostolat, :1 milieu des sauvages et nombreuses tribus des prairies, lorsqu'une cruelle rechute vint l’'éprouver de nouveau ; non-seulement il souffrit beaucoup, mais même il fut réduit à la dernière extrémité. Le P. Supérieur crut devoir l’avertir de se préparer pour l'éternité ; mais notre cher malade, qui n’avait pas pu partir pour mission, ne voulut pas partir pour le ciel avant d’avoir gagné ses épaulettes de conquérant évangélique. Il reprit bientôt ses forces premières, sans que, pourtant, les douleurs de jambes n’eussent donné à sa démarche plus d’aplomb que par le passé.

Mgr Grandin, comptant sur la prochaine arrivée du Père Caër, avait signé la feuille de route du Père Moulin dès le commencement de juin. Ce dernier, ayant trouvé une occasion favorable, vint à Saint-Boniface, nous procurer la surprise et le plaisir d’une visite de deux jours, après laquelle il reprit le chemin du lac Uaribou, où il réjoignit le Père Œasté, qui, aimant, lui aussi, à voir les évêques, était allé saluer Mgr Grandin à la Mission de Saint-Jean-Baptiste.

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Biche à l’Ile-à-la-Crosse, et le Frère Salasse y était venu d’Athabaskaw. En même temps, le Père Grouard était allé donner la mission au fort Simpson. À son ‘tour, le Père Eynard rendait le même service aux chretiens et catéchumènes de la Grande Ile, et, le 9 juillet, il arrivait à la Mission du grand lac des Esclaves, consoler le Père Gascon.

Nous avons vu le Père Rémas partir de Saint-Albert le 19 mai, pour la Mission de Saint-Bernard, du petit lac des Esclaves. 11 y arriva le 31. Il y passa cinq semaines, s’y livrant à tous les exercices qu'inspire le zèle le plus généreux. Ce bon Père reprit ensuite le chemin du lac Sainte-Anne, où il n’arriva qu'après avoir surmonter les plus grandes difficultés et vaincu des obstacles sans nombre. Il fut trois semaines en route, mangeant, comme il l'écrit lui-même, wx peu trop peu, et travaillant comme l'indique son récit, w# peu trop beaucoup. Enfin, le 25 juillet, tout épuisé et déguenillé, il arriva au lac Sainte-Anne, et eut la consolation d’y trouver le Père Tissot qui y était venu assister un malade. Cette rencontre fut d'autant plus agréable au Père Rémas, qu’il avait conçu les plus vives inquiétudes au sujet du Père Préfet qu'on lui avait dit être mort en chemin.

Le Père Végreville, après avoir passé le printemps à Saint-Joseph, était revenu à Saint-Boniface. Sa santé s'étant refaite, l’obéissance assigna à son zîle la Mission de Notre-Dame-des-Victoires. Le Père Végreville sait les langues crise et montagnaise, l’une indispensable, l’autre utile au lac la Biche, On crut donc, avec raison, qu’il servirait avantageusement cette mission. La maladie du Père Leduc avait dérangé les calculs ; c’est au moment où il souffrait davantage que la caravane de l'Ouest se mit en route. Le Père André eut l'avantage, et pourquoi ne pas dire le plaisir ? d’être choisi pour le remplacer. Il reçut son obédience pour l’Emporium de l'Ouest.

C’est le 21 juin que les Pères Végreville et André laissèrent Saint-Boniface. Tne Sœur de la Charité partait en même temps pour Saint-Albert avec deux jeunes personnes qui-voulaient se consacrer, elles aussi, au service de cettc belle mission. C’est le 22 que nous fimes à ces génereux voyageurs des adieux qui coûtè-

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