YINGT ANNÉES DE MISSIONS
rent cher à notre cœur et qui, certainement, éprouvèren!: aussi les leurs. Pourquoi faut-il que la vie soit un en: chaînement continuel de séparations et de déchirements ? La généreuse caravane n’arrivait au terme de son voyage qu’au commencement d'août.
Le 7 juillet, le Père Lacombe s'était, de nouveau, mis en route pour suivre les sauvages de la prairie. Il demeura avec eux jusqu’au mois de septembre. C’est dans le cours de cette expédition qu’il se rendit au fort Pitt. Dieu lui en avait inspiré la pensée, pour lui donner la consolation d'y rencontrer les Missionnaires qui venaient d'arriver à ce poste, en route pour les Missions plus éloignées,
Mgr Faraud, parti de Saint-Boniface le 18 juin, arrivait à l’Ile-à-la-Crosse le 25 juillet. Sa Grandeur y vit Monseigneur de Satala. La rencontre des deux prélats fut des plus agréables pour leurs cœurs.
Mgr Grandin, qui avait tant travaillé et tant souffert dans la Rivière Mackenzie, en voyait avec bonheur le vicaire. Cette vue le rassurait sur l'avenir de ces importantes Missions et en garantissait le succès. Les zélés coopérateurs de Mgr d'Anemour allaient être si heureux de son arrivée ; l'âme sensible de celui qui les avait dirigés pendant trois ans partageait leur bonheur.
De son côté, Mgr Faraud dût être bien affecté à la vue de Mgr de Satala. Il savait tout ce que ce pieux prélat avait enduré de fatigues et de privations, pour cultiver sa vigne, et aussi pour lui créer un établissement. La plus vive reconnaissance animait son cœur. Avec quelle affectueuse avidité il accueillit tous les précieux renseignements que Mgr Grandin pouvait seul lui donner ! Avec quelle entière confiance il lui fit part de ses craintes, de ses espérances, de ses projets !
On est si embarrassé quand on se voit chargé du soin des autres, qu'on est bien aise de se munir de tous les renseignements possibles, surtout quand on peut les puiser à une source comme celle que l’expérience et le dévouement de l’évêque de Satala offraient au nouveau Vicaire Apostoiique.
Les barques ne s’arrêtant que très peu de temps à l’Ile-à-la-Crosse, les deux prélats ne purent consentir à se séparer si tôt. Mgr Grandin prit, lui aussi, passage sur ces embarcations. Par ce moyen, on prolongea les
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entretiens pendant deux jours qui, pour être bien emplorés, furent des jours de vingt-quatre heures de veille ; puis les Grandeurs subirent, Elles aussi, l’implacable loi de la séparation.
À l’Ile-à-la-Crosse, le Frère Salasse s'était joint à Mgr Faraud en remplacement du Frère Lalican, débarqué au portage du fort de Traite, pour la Mission du lac Caribou.
Les joies, comme les douleurs, éprouvent, ,elles épuisent parfois. Quand, comme Mgr Gran- din, on a le dangereux privilége d’être doué d’une sensibilité extrême, d'un cœur par trop généreux et d’un faible tempérament, il est bien difficile de résister aux violentes impressions d'une joie extrême et d’une douleur poignante.
Il y avait de tout cela dans les nouvelles dont Mgr Faraud était porteur, dans les lettres adressées à l’évéque de Satala ; aussi ce dernier seigneur fut violemment éprouvé. Il se soutint encore tant que dura la surexcitation nécessaire pour répondre à ses lettres. Cette force factice épuisée, Mgr Grandin fitune dangereuse maladie. Lui-même, si peu soucieux d'ordinaire de sa propre conservation, craignit pour ses jours. Dieu eut piti$ de nous et de notre diocèse, et, après le 20 août, Monseigneur entrait en convalescense.
Cependant, l’évêque d’Anemour avait continué sa route et atteint les limites de sa juridiction. Dans cette direction, ce sont les hauteurs du Portage à la Loche qui séparent le Vicariat de la Rivière Mackenzie du reste du diocèse, dont il a été détaché. Mgr Faraud, arrivé à cette hauteur des terres, salua, d’un côté, le diocèse de Saint-Boniface, auquel il n’appartenait plus, mais où il avait, lui aussi, porté le poids de la chaleur et du jour ; où il laissa des frères nombreux, des amis dévoués, et d’où s’élevaient journellement des vœux et des prières ardentes pour son bonheur et la prospérité des œuvres confiées à sa sollicitude. De l’autre côté de ces hauteurs, l’évêque d'Anemour voyait plus que la terre promise : c'était la terre donnée, la portion de son héritage et de son calice : terre de travail ; mais le prélat, fidèle à la devise qu’il a choisie avec tant d’à-propos et de générosité, répéta volontiers : “ Non recuso laborem ; ”— terre de consolation : on en est toujours si avide, il y
en a toujours tant à se sacrifier pour Dieu et le prochain !
L'imagination, souvent bien faible à côté de la réalité, nous montre le Vicaire Apostolique de la Rivière Mackenzie en proie aux vives émotions que lui inspire sa position ; position dans laquelle le cœur veut et ne veut pas ; dans laquelle toutes les répugnances et les difficultés agitent et bouleversent l’âme ; position dans laquelle la force et la générosité de l’abnégation peuvent seules assurer le triomphe de la grâce qui les inspire.
Un Vicariat Ar ostolique auprès du pôle Nord, ce n'est pas l'idéal de ce que l’homme ambitionne d’ordinaire, mais bien la parfaite réalisation des vœux de ceux qui ont été appelés à la vie religieuse par la méditation de la sublime maxime : Evangelizare pauperibus misit me Deus.
Les difficultés de cet apostolat sont encore grandes et nombreuses ; pourtant, l’on peut déjà dire avec un saint enthousiasme : Pauperes evangelizantur. Mgr d'Anemour est là où, vingt ans auparavant, un zélé Missionnaire venait, pour la première fois, offrir aux pauvres de ces pauvres contrées les richesses infinies du ciel, les trésors des miséricordes de l'immense charité du Dieu d'amour.
Quel changement s'est opéré depuis le jour où, pour la première fois, le sang de la Divine Victime a coulé sur les hauteurs du portage de la Loche ! Malgré la facilité avec laquelle la pensée du Missionnaire entrevoit, avec laquelle son cœur demande la conversion des infidèles, M. Thibault n'avait certainement jamais songé aux conséquences admirables de son zèle, à tout ce qui s’est opéré depuis. Au moment où il arriva au portage de la Loche, tout était infidèle dans cette partie de l'immense Vicariat du Nord-Ouest. Ce vénérable vieillard, qui lui avait toujours consacré ses aspirations et ses souhaits les plus ardents, n'avait que cinq auxiliaires qui pussent donner leur concours à un zèle qui avait déjà épuisé :c8 forces. Les Oblats, en route pour la Rivière-Rouge, n'étaient pas encore auprès de l’évéque de Juliopolis. Aujourd'hui, Monseigneur, vous êtes au portage de la Loche, comme pour y célébrer le vingtième anniversaire de la première visite du premier Missionnaire.
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Avant de détourner vos regards de sur ce diocèse de Saint-Boniface, qui n’a été amoindri dans son étendue que parce que vous, et tous ceux qui sont sous votre pos et la nôtre, ont tant travaillé à en agrandir
es œuvres ; avant de nous faire des adieux qui ne sont à la vérité qu’extérieurs, et ne diminuent en rien l'affection mutuelle qui nous unit si intimement depuis dix-sept ans; oui, cher Seigneur, reposons-nous ensemble quelques instants, sur les bords de ce délicieux petit lac qui sépare nos diocèses; jetons un regard d’une affectueuse complaisance sur ce que la Congrégation des Oblats, cette famille de nos cœurs et de nos plus légitimes espérances, a fait pour les pays confiés à notre sollicitude.
Il est si doux de s'occuper de ce que l’on aime davantage! Les souvenirs de famille ont un attrait .spécial, quelqu’abrégée qu’en soit l'expression. Le simple catalogue des lieux évangelisés, et des noms de ceux qui y coulent leurs jours, forme une page bien éloquente et bien agréable. Vous savez que:
La paroisse et le collége de Saint-Boniface, Saint- Charles, Saint-Alexandre, et le bas des rivières Rouge et Winnipeg reçoivent les soins :
19 D'un évêque Oblat,—des Pères 20 J.J. M. Lestang, 8° J. M. J. LeFloch, et des Frères 4° J. Gélnat, 6° J.J. Duffy.
Les différents postes échelonnés autour des lacs Manitoba et Winipagons sont visités par le Père ;
6° L. Simonet.
Saint-Joseph, Pembina, (Diocèse de Saint-Paul), —et les prairies adjacentes, sont confiés aux Pères :
7° J. Richer, 8° H. Leduc.
Saint-Albert, Sainte-Anne, Edmonton, Saint-Paul, le Petit Lac des Esclaves, les Forts Jasper et de la Montagne, ainsi que les nombreuses tribus des Prairies, exercent le zèle des Pères :
99 J. Tissot, 10° R. Rémas, 11° Alb. Lacombe, 12° A. André, et 13° du Frère C. Scallan.
“ Le Lac LaBiche et le fort Pitt sont le partage des ères :
14° À. Maisonneuve, 15° V. Végreville.
Les deux forts du Lac Caribou, celui du Portage de Traite, et leurs environs, sont desservis par les Pères :
16° Moulin, 17° A. Grasté et 18° du Frère Lalican.
L’Ile-à-la-Crosse, le Portage-à-la-Loche, les lacs Vert et Froid, Carlton, possèdent un ami bien cher à notre cause, un autre évêque Oblat :
19° Monseigneur Vital Grandin, 20° le Père Caër, et 21° les Frères Ls. Dubé, 22° P. Bowes, 23° J. Péréard,
Quel heureux prog n'est-ce pas, même dans les limites actuelles du diocèse de Saint-Boniface, puisque, outre son clergé séculier, l'Eglise y est servie par deux évêques, quatorze Pères, et sept Frères Oblats ! Monseigneur, le spectacle n’est pas moins consolant du côté d'Athabaskaw-Mackenzie. Ce Vicariat a:
1° L'avantage de vous posséder.
Les cœurs généreux qui servent déjà ces Missions, et ceux non moins généreux qui vous accompagnent, vous ont permis les combinaisons suivantes que vous nous avez communiquées :
À Athabaskaw, Notre-Dame des Sept-Douleurs et la Rivière à la Paix, les Pères :
29 J. Clut, 8° C. Tissier, et 4° le Frère Mooney.
Au Grand Lac des Esclaves,(Missions de CRETE AT Saint-Michel, et Saint Cœur de Marie,) les Pères 5° H. Gascon, 6° E. Eynard et 7° le Frère Hand.
A la Providence, Forts Simpson, du Liard et Halket, 8° les Pères Genin, 9° E .Grouard, et 10° les Frères A. Eynard, 11° Salasse, 12° Boisramé.
À Good-Hope, Fort Norman, et le bas du grand fleuve Mackenzie,les Pères, 13° Séguin, 14° E. Petitot : et 15° le Frère Kearney.
Oui, répétons-le, bien sûr, le premier Missionnaire qui a foulé les bords du lac tranquille où nous causons, et qui ne pouvait donner que quelques lueurs d'espérance aux nations infortunées d’'au-delà du portage de la Loche, parmi lesquels il n’y avait pas un seul chrétien ; oui, ce zèlé Missionnaire, malgré les vœux ardents de son cœur généreux, était loin de soupçonner que vingt ans plus tard, ces froides et inhospitalières régions compteraient des milliers de chrétiens; qu’elles auraient été sillonnées en tous sens par ses successeurs ; qu’elles seraient érigées en Vicariat Apostolique ; qu’un évêque, huit Pères, et six Frères de notre chère Congrégation,
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qu'il ne connaissait même pas, y travailleraient à l'établissement du règne de Jésus-Christ.
Bénissons Dieu de ces succès, remercions-le de ce
ue sa grâce nous a choisis pour contribuer en quelque chose à la sanctification de son nom. Les succès passés nous sont une garantie raisonnable des triomphes à venir. Forts de la puissance même de Dieu, de la protection de Marie, appuyés sur cette Congrégation qui s’est déjà montrée si généreuse et si confiante à notre égard, poursuivons l’œuvre sainte en nous souvenant que la couronne n’est que pour ceux qui auront combattu jusqu'à la fin.
Depuis que nous sommes entrés dans la lice, tous nos efforts ont été confondus ; en nous séparant aujourd’hui, bien aimé Seigneur, nous n’en serons que plus unis, pique non-seulement nous poursuivrons le même but, mais qu’une égale responsabilité va désormais peser sur chacun de nous.
En vous remettant cette portion de la vigne du Seigneur que le Souverain-Pontife vous a confiée et que J'administre en mon nom ou au vôtre depuis douze ans, par moi-même ou par notre commun ami, Monseigneur Grandin, je ne puis qu ApFonTes une profonde émotion et une vive sympathie. Je ne vous dissimulerai pas non plus, et l'expérience permet de vous le dire, les splendeurs et la pompe qui entourent la dignité épiscopale n’en écartent ni les soucis ni les doueurs. Vous vous surprendrez plus d’une fois à regretter les heureux jours que nous avons coulés ensemble, lorsque nous n'étions que Prêtres Missionnaires et que ni l’un ni l’autre de nous n'avait ie plus léger soupçon qua pôt un jour échanger la croix d’Oblat pour celle
e Fontife. Espérons que Dieu lui-même a voulu un ordre de choses auquel notre volonté n’a été pour rien.
Séparons-nous, Monseigneur, pour donner à Dieu et à la partie de son Eglise qui nous est échue en partage, le peu qui nous reste de force et d'énergie. Voyez avec quelle ardente et légitime impatience vous êtes attendu par tous nos frères d'Athabaskaw et de Mackenzie. Ils vous appelent de tous leurs vœux. Les tribus qu'ils évangélisent soupirent aussi après votre arrivée, comme après une époque de grâce et de sanctification. Allez inaugurer l'ère nouvelle que le Seigneur, dans son in-
finie miséricorde, réserve aux infortunés habitants de ces lointaines et arides régions. Adieu, cher ami ; oui, soyons à Die, pour que les peuples qu'il nous a confiés soient aussi à lui.
Quant à vous, mon Révérendissime et bien cher Père, à qui j'adresse ces pages, je pourrais craindre de vous avoir fatigué par leur longueur, si votre affectueuse sollicitude pour vos enfants ne vous inspirait pas le plus vif intérêt pour eux et pour les œuvres auxquelles ils consacrent leurs existences,
Les courses incessantes dont il est exclusivement parlé dans ce récit lui donnent presque les allures d’une leçon d’arpentage. Elles témoignent pourtant du zèle et de l’abnégation de vos enfants, et prouvent, jusqu’à l'évidence, qu'ils ont eu à cœur l’accomplissement de leur devoir. Une plus sage direction aurait pu diminuer la fatigue et augmenter le résultat.
Il est inutile de répéter ici que le plan général que j'ai eu dessein d'adopter exclut les occupations ordinaires ; c'est ce qui explique pourquoi quelques-uns de nos Pères et de nos Frères ne sont pas aussi souvent mentionnés que d'autres. Ce n’est pas à dire qu'ils aient eu moins de zèle, ou moins de fatigues ni de mérite. Dans une armée bien disciplinée, tous les braves ne montent pas à l’assaut, et tous n'ont point le privilége de se ruer dans la mêlée, où les appellent leur courage et leur ardeur.. Quelques-uns des plus intrépides, des plus dévoués et des plus habiles sont forcés de garder les places conquises, ou d'aider à la combinaison des plans nécessaires à la poursuite de la campagne.
Plus d’une fois, j'ai dû me refuscr «ux pressantes sollicitatic as inspirées par le zèle généreux que je devais conter: u diriger de façon à atteindre plus sûrement le but «ae nous poursuivons. Quoiqu'il en soit, le moins oue l'on puisse dire, c'est qu'aucun de vos Oblats ne s'est épargné.
Les ‘ Vingt années de Missions dans le Nord-Ouest de l'Amérique ” sont écoulées, puisque le jour auquel Mgr Faraud arrivait au chef-lieu de son Vicariat Apostolique est précisément le vingtième anniversaire du jour où le Rév. P. Aubert débarquait à Saint-Boniface, pour, au nom de notre bien-aimé Fondateur, offrir les
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-NDuest de quel Mgr Apostorsaire du Boniface, offrir les
services de la Congrégation au premier Evèêque de la Rivière-Rouge,
Pendant ce laps de temps, notre chère Famille a envoyé trente-neuf Oblats profès dans nos Missions. Elle en a rappelé cinq qui ont été remplacés par cinq autres qui ont fait profession ici. Le ciel en a pris un
ur prouver son droit et encourager nos espérances.
os Missions possèdent encore ler, trente-huit autres.
Pas une défection n'est veut affaiblir les rangs de la petite mais généreuse phalange qui combat les combats du Seigneur dans ce coin reculé du monde, Ce seul fait, nous le savons, console votre cœur paternel ; puisse-t-il contribuer à nous assurer quelques nouveaux renforts ! Mes fautes et mes misères ne me hd pas de me glorifier de ce résultat. La grâce
e Dieu et la générosité de mes frères, qui seules l'ont amené, procurent à mon cœur la vive allégresse qu'il éprouve en disant à la Congrégation : “Quos dedisti mihi non perdidi ex eis quemquam.— Ego servabam eos in nomine tuo.”
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