‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 34 sur 36 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Nous faisons suivre les Vingt années de missions d'une lettre de l'E vêque de Saint-Boniface à son clergé au retour d’un voyage en France et à Rome.

Peu de temps après avoir donné au public le précis des œuvres apostoliques dont s'étaient enrichies les annales des Oblats durant les deux précédentes décades, Mgr Taché s’acheminait vers notre ancienne mère-patrie—berceau de son ordre—et vers la Ville Eternelle—foyer de lumière et de foi—où l’appelaient la gloire de l'Eglise, les intérêts de ses œuvres diocésaines, et le désir de se Prosierner aux pieds du Saint Père.

Ce sont les principales étapes de ce voyage que cette lettre indique.

À cette époque, les relations de Saint-Boniface, et de tous les postes épars dans la prairie, avec le monde extérieur, étaient rares; les missions de la Rivière- Rouge, c'était alors presque l'exil,

“ Dans ces pays si profondément isolés,” lit-on dans un endroit des Vingt années de missions, “ le moindre “fait devient un événement. Un sauvage, un chien “ qui arrive, met en émoi tout un établissement, Que “ l'on juge par là des Proportions que prend l’arrivée “ d’un missionnaire.”

Cette fois, c'était le père des mission naires, c'était le pasteur de tout le troupeau, qui revenait R

du vicaire du Dieu dont il travaillait à étendre le règne, c'était l’évêque qui revenait de Rome, la ville chère aux fidèles.

On comprend quelles durent être “les joies du retour.”

On sent également et l’avidité des auxiliaires de l’évêque à l'entendre leur redire son “ tour du monde,” et le besoin du pasteur d’épancher son cœur Gans les cœurs de collaborateurs aussi d.gnes de le seconder, aussi capables de comprendre les suaves et fortifiantes impressions qu'avait laissées dans son âme le spectacle des magnificeaces et des triomphes de l'Eglise, de son Pontife suprême, et de ses saints. Tels les apôtres, dans les premiers siècles de l'Eglise, dispersés au milieu des gentils, racontaient à ces derniers les premières manifestations du christianisme, les sublimités du cénacle, les héroïsmes des catacombes romaines.

Ne pouvant immédiatement porter, avec les salutations de son retour, sa parole émue ‘“ à ses mission- “ naires, à tous ceux qui l’aidaient à sanctifier les âmes “ confiées à ses soins,” et voulant néanmoins leur “ faire partager le bonheur qu'il avait goûté,” l’évêque leur écrit. Cette lettre est, pour ainsi dire, la suite des Vingt années de missions.

C’est toujours le missionnaire qui va son chemin, et qui dit à ses frères ses travaux, ses pérégrinations, ses impressions, qui ajoute à leur trésor ce qu'il rapporte pour l'avancement de leur œuvre commune.

Le théâtre change ; ce n'est plus la solitude de la prairie sans bornes, ni l'’humble chapelle du désert, ni la simplicité de foi du pauvre sauvage; mais l’agrandissement de la scène ne chasse point les préoccupations, qui restent les mêmes. S'il va, c’est pour son peuple ; s’il revient, c’est pour continuer son œuvre, avec les nouvelles forces, le courage nouveau qu'il a

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puisés aux sources du dévouement chrétien, avec les recrues que ses supérieurs lui ont accordées et qu'il initiera prochainement aux bonheurs comme aux fatigues de la vie apostolique,

En repos, ou sur la route; sur mer ou sur terre ; à Paris comme à Florence; en face des merveilles du mont Cenis, comme à travers l'antique Savoie ; dans la sainte maison de Lorette comme aux champs glorieux de Castelfidardo ; à Saint-Pierrs même, au milieu de l’imposant cortège des cardinai: et des patriarches, des archevêques et des évêques, des prêtres, des religieux de tous ordres, et de la foule immense qui se pressent aux abords de la Basilique d’où l'Eglise, par la voix infaillible de son chef visible qui s'appelait alors Pie IX, proclame, avec une solennité qui n’appartient qu’à ses fêtes, la sainteté des serviteurs de Dieu, partout, la pensée de l’'éminent et pieux voyageur se reporte sans cesse vers ses pays de mission. Oh! sans doute, ces derviers parlent moins à l'esprit et aux sens, mais le but qu'il y poursuit les rend plus chers à son cœur ; sa sollicitude se manifeste, ici par un souvenir, là par un mot affectueux ; tantôt par une ressemblance, ou par un contraste qu'il fait ressortir ; tantôt par une expression d’effroi ou de douleur que lui inspire l’état social des contrées qu'il traverse ; constamment, par la prière. Ce voyage n’est en réalité qu'un long pèlerinage, une prière continue qui se termine par cette admirable bénédiction, si solennelle dans son essence et jusque dans sa formule:

Et benedictio Dei omnipotentis Patris et Filii, et Spiritus Sancti descendat super vos, el maneat semper.

Là où l'évêque de Saint-Boniface avait trouvé la splendeur, la paix et le repos, le voyageur qui visite aujourd'hui l'Europe, particulièrement la France et l'Italie, aperçoit des ruines et la désolation.

Dans de pieux asiles, élevés par les dons et la piété des fidèles, il avait trouvé la fraternelle hospitalité chrétienne ; ils sont maintenant fermés ces asiles, et les religieux qui les habitaient, en ont été chassés par les sectaires quitiennent sous leur joug la noble et malheureuse patrie de Jeanne d’Arc, devenue encore une fois l'espoir des vrais français.

À Rome, un gouvernement usurpateur et sacrilége, le jouet des sociétés secrètes, rendrait désormais sinon impossible, du moins fort gênant, douloureux et sombre par quelque côté, le renouvellement des grandes solennités auxquelles il fut donné à l'illustre missionnaire de prendre L.rt. La liberté du Pontife suprême, déjà menacée à cette époque, a finalement sombré, en même temps qu'un voile de deuil s’étendait sur la France. L’immortelle cité elle-même, la patrie des arts, ce conservatoire des antiquités, d’obscurs conseillers municipaux voudraient, en haine des souvenirs chrétiens attachés à ses murs et à ses palais, à ses jardins et à ses places publiques, lui faire perdre la physionomie que les Papes lui ont donnée. Obéissant, eux aussi, à la direction occulte de la franc-maçonnerie, ils se hâtent de la défigurer et de la réduire partiellement aux mercantiles et monotones aspects d’une ville moderne.

En vain les pays d'Europe, les savants ct les artistes protestent contre ces actes de vandalisme ; en vain, catholiques, nous leur crions de nous laisser notre Rome, de la rendre, avec la liberté, à l’auguste successeur des Pontifes dont l’administration sage et éclairée l’a conservée au monde dans tout le pittoresque de sa vétusté, dans tout l’éclat de la renaissance, avec ce double cachet de la cité des maîtres du monde antique se perpétuant, par le souvenir et ses vieux monuments, au sein de la capitale de l'univers chrétien. Ils se hâtent, ils

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mettent une espèce de fureur à consommer leur œuvre de destruction, comme si un secret pressentiment les avertissait que bientôt Dieu, écoutant les prières de tous les fidèles, les renversera comme furent renversés, au jardin des Oliviers, la troupe déicide et le traître Judas, venus pour arrêter Jésus.

En somme, quiconque lira ce volume, avec l’attention qu’il convient, Y trouvera, conçus dans le même esprit, deux tableaux également attrayants à raison même des contrastes qui existent entre eux, et représentant, l’un, un coin du nouveau monde, l’autre, un

fragment de l’ancien ; tous les deux parlant à notre patriotisme et à notre foi.

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