‹ Vingt années de missions dans le nord-ouest de l'Amérique [microforme]Chapitre 8 sur 36 · GE D D DS TT · texte numérisé non relu

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Aubert et ses compagnons s'embarquèrent à Lachine, dans un canot d’écorce, monté par six voyageurs qui devaient les conduire jusqu'à Saint-Boniface. Les rameurs entonnèrent leurs gais refrains ; la nacelle légère commençait une course qui ne devait se terminer qu’après soixante-deux jours. Bien des fois déjà on vous a décrit ce genre de navigation : le canot d’écorce, l’aviron, les rapides, les portages, la tente, le campement, sont des mots devenus familiers dans la Congrégation. Je vous avoue que, pour ma part, toutes ces choses et les idées, même celles parfois poétiques, qui s’y rattachent, sont devenues si communes, que je n’ai pas même le courage d'en tenter une description. Ce voyage en canot d'écorce, depuis Montréal jusqu’à la Rivière- Rouge, seule route et seul moyen de transport employés jusqu'alors par les missionnaires, devait être le dernier du genre.

En remontant la magnifique rivière d'Ottawa, nous saluâmes nos Pères de Bytown. Quelques heures d’une aimable hospitalité rendirent plus sensibles la séparation et l'isolement. A part le R. P. Aubert, je devais être plus de trois ans sans revoir un Oblat. Nous remontâmes les rivières Ottawa, Matawan et des Vases, traversâmes le lac Nipiseing ; la rapide et belle rivière des Français nous conduisit au lac Huron, que nous longeâmes, ainsi que le lac Supérieur, jusqu'à la rivière Kaministigoya.

Les terres au-delà du lac Supérieur étaient restées inconnues, quoique peut-être parcourues par les coureurs de bois, jusqu’en 1731, époque à laquelle le généreux et intrépide sieur Varennes de La Vérandrye commença la série d’expéditions qui lui fit découvrir une grande partie du diocèse de Saint-Boniface. Les missionnaires s’enfoncèrent dans ce dédale de lacs et de petites rivières qui conduit à la hauteur des terres qui séparent le Canada du territoire de la Baiïe-d'Hudson.

Vous me pardonnerez un mot, pour exprimer l’émotion qu'éprouva mon cœur en cet endroit. Nous arrivions à l’ane des sources du Saint-Laurent ; nous allions laisser le grand fleuve, sur les bords duquel la Providence a placé mon berceau, sur les eaux duquel j'eus la première pensée de me faire missionnaire de la Riviére- Rouge. Je bus de cette eau pour la dernière fois ; j'y

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mêlai quelques larmes et lui confiai quelques-unes de mes pensées les plus intimes, de mes sentiments les plus affectueux. Il me semblait que quelques gouttes de cette onde limpide, après avoir traversé la chaîne de nos grands lacs, iraient battre la plage près de laquelle une une mère bien-aimée priait pour son fils, pour qu'il füt un bon Oblat, un saint missionnaire. Je savais que, toute préoccupée du bonheur de ce fils, elle écoutait jusqu'au moindre murmure du nord-ouest, jusqu’au moindre bruit de la vague, comme pour y découvrir l'écho de sa voix, demandant une prière, promettant un souvenir. J'exprime ce sentiment parce que, depuis vingt ans, le souvenir de l'émotion qu'il m'a causée me permet de mieux apprécier le généreux dévouement de ceux qui vouent ici leur existence au salut de leurs semblables.

La hauteur des terres était comme le seuil de la porte qui nous laissait pénétrer dans notre nouveau séjour ; c'était comme la barrière qui allait se fermer derrière nous. Quand le cœur est en proie à une vive émotion, il a besoin d’un aliment plus fort. Pour calmer le mien, je lui dis de considérer tout ce qu'il y a d’inculte et de sauvage dans la nature du sol qu'il foulait aux pieds. Je lui dis surtout de se rappeler tout ce qu’il y a de misères à soulager dans un grand nombre des habitants de ce sol. Je compris alors toute la grandeur du sacrifice imposé au missionnaire ; j'en calculai ou du moins j'en acceptai toutes les conséquences. Je fis à ma patrie des adieux que je croyais devoir être éternels, et je vouai à mon pays adoptif un amour et un attachement auxquels je ne voulais et ne veux donner d'autre terme que celui de ma vie. Dieu accepta, j'espère, le sacrifice qu’il m'inspira, la prière que je lui adressai.

En continuant notre route, nous traversâmes le lac de la Croix. (C’est sur une île de ce lac que les Sioux massacrèrent, en 1736, un parti de voyageurs sous les ordres de l’un des fils de M. de La Vérandrye. Le P. Auneau, second (1) missionnaire de ce diocèse de Saint- Boniface, avait été tué avec ses compagnons ; nous priâmes ce généreux apôtre de nous obtenir le zèle de

(1) Je crois que le R. P. Messager est le premikr missionnaire du diocèse de Saint-Boniface ; c’est, du moins, celui qui, en 1731, accompagna M. Varennes de La Vérandrye dans sa première expédition.

dépenser notre existence au service de la cause sainte, et, au besoin, de verser, nous aussi, notre sang pour elle.

Cependant, la faible embarcation continuait sa conrse à travers le lac Lapluie, la rivière du même nom, le lac des Bois et la redontable rivière Winnipig. Nous y saluâmes, en passs la Mission de Wabassimong. Le 24 août, le R. P. A..oert offrait le saint Sacrifice sur les bords de la Rivière-Rouge, près de son embouchure. Comme le cœur nous battait fortement en remontant cette rivière, terme de notre voyage, en voyant échelonnées sur ses deux rives les habitations des colons d’Assiniboia ! Le lendemain, fête de saint Louis, notre canot s’arrêtait devant la cathédrale de Saint-Boniface, Mgr Provencher descendit au rivage recevoir les deux missionnaires que la Congrégation avait choisis pour aller annoncer au pieux prélat que désormais notre chère famille dirait avec lui :(Hæc est) pars hæreditatis meæ et calicis mei.

Le dimanche suivant, ler septembre, le Frère Taché, qui pendant le voyage avait atteint sa vingt-deuxième année, fut ordonné diacre par Mgr Provencher. Le zélé pontife profita de la circonstance pour dire à son peuple le bonheur que lui procurait l’arrivée des missionnaires religieux Oblats. Empruntant les paroles du vieillard Siméon, il dit à Dieu : Munc dimittis servum tuum Domine... quia viderunt ocuii mei salutare tuum, quod parasti ante faciem omnium populorum. À la pensée que la lumière se répandrait parmi toutes les nations de son immense vicariat, une profonde émotion s'empara du cœur de l’apôtre de la Rivière-Rouge ; le: sanglots étouffèrent sa voix, et les larmes de tout son peuple se joignirent aux siennes.

Le 12 octobre de la même année, le Frère Taché était ordonné prêtre, et comme ce jour-là même se terminait son noviciat, le lendemain, avant de célébrer sa première messe, il fit oblation entre les mains du R. P. Aubert. Ces vœux sont non seulement les premiers pronon-

cés dans ce pays, par un Oblat, mais même les premiers

connus ; et, circonstance peut-être assez digne d’attention pour être signalée ici, c'est que ces vœux, faits sur les bords de la Rivière-Rouge, l'étaient par l’un des arrière-neveux de celui qui a le premier découvert cette rivière et les pays avoisinants. Non seulement une

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partie de la vallée de la Rivière-Rouge, mais la plus ande partie de l'immense bassin du iac Winnipig fut écouverte par le sieur Varennes de La Finite nommé qe haut, lié par sa mère et par l’une de ses nièces à la famille de la Broquerie, ancêtres maternels du P.Taché.

Deux Oblats se trouvaient donc à Saint-Boniface, et y passèrent l'hiver occupés du ministère et de l'étude de la vien sauvage.

Le R. P. Aubert, par son zèle, sa discrét‘on et ses autres qualités, sut gagner l'estime de Mgr de Juliopolis, qui le nomma son vicaire-général et l'honora d’une confiance entière,

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Au mois de juin 1846, le R. P. Aubert allait donner une Mission aux sauvages de Wabassimong, poste établi sur les bords de la rivière Winnipig par l'intrépide M. Belcourt, qui le visitait depuis plusieurs années et qui, en ceita circonstance, en fit l'abandon complet au supérieur des Oblats. . Pendant l'absence du R. P. Aubert, le P. Taché, qui avait déjà reçu son obédience, partit pour l’Ile-à-la-Crosse, distance de plus de trois cents lieues. Ce jeune Père dut s'éloigner de Saint- Boniface sans avoir même la consolation de saluer son supérieur, qu'il ne devait plus revoir dans ce pays. Heureux de consacrer sa vie aux missions sauvages, il lui eût été bien doux de partir en la compagnie d’un frère en religion ; privé de ce bonheur, il en fut dédommagé, autant que possible, en ayant pour compagnon l'excellent M. Laflèche, prêtre selon le cœur de Dieu, doué des dons les plus précieux, des qualités les plus aimables. Que ne m'est-il permis de dire à ce zélé missionnaire, à ce digne ami, toute la reconnaissance que mon cœur lui doit ! Il m'est du moins permis de vous dire, à vous, mon révérendissime Père, et à toute la Congrégation, que ce vertueux ecclésiastique a fait un bien immense à plusieurs de vos enfants, et bien mérité de toute la famille.

C’est le 8 juillet que M. Laflèche et le P. Taché recevaient la bénédiction du vénérable évêque de Juliopolis :t la mission d'aller aussi loin que possible porter la born: nouvelle du salut aux peuples sauvages du Nord- Ouest. Les adieux empruntèrent aux circonstances douloureuses où se trouvait la Rivière-Rouge un caractère particulier de peine et d'encouragement. De peine, car la colonie se trouvait en proie à une maladie épidémique qui faisait de nombreuses victimes, et cette circonstance même était un encouragement aux jeunes missionnaires, puisque Mgr Provencher, vieillard infirme, consentait à demeurer seul ecclésiastique dans toute cette colonie, aimant mieux s’exposer aux fatigues et aux dangers, et répondre seu: aux exigences du ministère, que de retarder la conversion des sauvages.

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Dans l’espace de trois semaines, l'évêque de la Rivière- Rouge, resté seul, donna la sépulture ecclésiastique à uatre-vingt-seize personnes. Sur ces entrefaites, le

. P, Aubert arriva de sa mission à Wabassimong.

Les rmaissicanaires de l'Ile-à-la-Crosse étaient en route ; ce poste, découvert par les blancs en 1777, après avoir échappé tout providentiellement à l’enseignement de l'erreur, fut visité pour la première fois, en 1845, par le vénérable M. Thibault, qui y goûta la plus vive comme la plus douce consolation, et y administra le sacrement de la régénération à plus de trois cents infidèles, Le zélé missionnaire en écrivit à Mgr Provencher, qui, comprenant que la moisson la plus mûre était de ce côté, y envoya deux ouvriers dont les services eussent été pourtant très utiles dans les environs de Saint- Boniface.

Les missionnaires descendirent la Rivière-Rouge, traversèrent le lac Winnipig, remontèrent la rivière Saskatchewan jusqu'au fort Cumberland, puis après avoir traversé le Le u même nom, le lac Castor et autres, ils atteignirent le portage du fort de Traite, que nous retrouverons plus tard ; remontant ensuite la rivière aux An-

lais, les deux hommes de la Prière arrivèrent à l’Ile-à- LeOtouse le 10 septembre (Comment redire ce qui se passa dans l’âme des missionnaires en touchant la main à des centaines de pauvres sauvages avides d'entendre parler de Dieu, et remerciant à ;xran ds cris ceux qui venaient continuer l’œuvre commencée par M. Thibault, qui les avait visités de nouveau cette même année, et qui leur était si cher à tous ? Les nouveaux arrivés descendirent au fort de l'honorable Compagnie de la Baied'Hudson, où ils reçurent du bon M. McKenzie, en charge de ce poste, une hospitalité des plus bienveiilantes et des plus généreuses.

Dans le même temps, le R. P. Aubert avait la consolation de voir arriver à Saist-Boniface un de ses frères, Je R. P. François-Xavier Bermond ; celui-ci, parti de France l’année précédente,avait passé l'hiver en Canada, y faisant le bien dans l’œuvre si pénible et si méritoire des chaniiers. En 1846, il laissa Montréal pour la Rivière-Rouge, par la route des Etats-Unis, passant à Saint-Paul de Minnesota, qui alors n'était pas même un village ; il arriva à Saint-Boniface le 5 septembre.

Ce nouveau Père venait mettre au service de la religion, dans ce pauvre pays, une grande énergie, un talent distingué, fortifié par l'étude et l'expérience, qui devait plus tard avoir tant d'influence dans nos missions. Il commença de suite l'étude de la langue sauteuse ; son application et son aptitude lui assurèrent bientôt un plein succès.

Le 9 novembre, arrivait le Frère Henri Faraud, scolestique minoré, que la Providence conduisait ici pour l’accomplissement des grands desseins dont nous sommes si heureux aujourd’hui de voir la réalisation. Le Frère Faraud était accompagné du Frère convers Louis Dubé. Payons de suite un faible tribut àd’éloges bien mérités à ce bon Frère et à nos autres Frères convers que nous nommerons dans la suite ; tous ont rendu les plus importants services aux missions ; tous ont bien mérité des missionnaires, dont ils ont aiténué les fatigues et les privations par un dévouement complet et constant.

À la fin de cette année, le nombre des Oblats était donc porte à cinq, dont quatre à Saint-Boniface et un à l'Ile-ä-la-Crosse,

Les besoins étant immenses, il fallut de suite aux missionnaires prendre les moyens de se multiplier. Au mois de mars 1847, le R. P. Bermond partit pour la Baie-aux-Canards (lac Winipigous), à environ soixantedix lieues de Saint-Boniface, Cette mission, visitée en 1840 par M. Belcourt, le fut l’année suivante par M. Thibault, qui y commença un établissement, continué par le zélé M. Darveau jusqu’au moment où une mort funeste vint l'enlever à sa petite chrétienté ; M. Darveau se noya au printemps de 1814 en partant de sa mission pour aller visiter un autre poste.

Dans l'été de 1845, M. Laflèche se rendit aussi à la Bsie-des-Cansrds. Le zèle de ces différents ouvriers évangéliques avait gagné un certain nombre d’infidèles ; leur chef, Mizi-Epit, sollicita de nouveau des secours religieux, et c'est le R. P. Bermond qui fut chargé de les leur porter. Le mois de mars, dans ce pays, est encore la saison rigoureuse ; souvent le thermomètre y descend jusqu’à 25 degrés. Cette difficulté, et plusieurs autres, n'arrêtèrent pas le courageux missionnaire; il y avait du bien à faire, des âmes à sauver, cela suffisait. Son zèle n’hésita donc pas à entreprendre un voyage que son humeur joviale décrit comme suit: “ Les préparatifs du départ sont bientôt faits. Une planche large de 40 centimètres ; je me place dessus, gardant de mon mieux l'équilibre, quelques chiens sont attelés, et me voilà parti. Les chutes sont fréquentes, mais peu dan-

ereuses, parc qu'on ne tombe pas de bien haut; que e vent souffle, que la neige tombe, on marche; le soir, il faudra dormir, et la maison se trouve partout ; le premier bois que l’on rencontre »st choisi pour lieu de campement ; l’un écarte un peu la neige, l’autre allume le feu ; dans un instant, le repas est préparé et pris de bon appétit, puis on étend sa couverture et l’on dort, s’il plaît au sommeil de venir. Après onze jours de march: j'arrivai à la Baie-des-Canards, où je trouvai quelques familles sauvages qui furent agréablement surprises de me voir.”

Le R. P. Bermond passa deux mois et demi à la Baiedes-Canards : “ Mes journées, dit-il, étaient employées à

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apprendre les prières aux sauvages, faire le catéchisme, donner de petites instructions, et quelquefois à confesser.” Le 30 mai, il reprit la route de la Rivière- Rouge, pour une raison qui, bien souvent, a décorcerté le zèle des missionnaires et qu'il décrit en ces termes : “ Il était temps de partir, car tout moyen de vivre allait nous manquer ; heureusement que j'avais conservé un peu de poudre et qu’un de mes hommes était habile chasseur ; sans lui j'aurais jeûné pour ie reste de ma vie. Je trouvais le gibier peu complaisant; j'avais beau lui crier de loin, pour bonne raison il s’enfuyait à toutes jambes, préférant sa vie à la mienne. Il y avait une chose qui ne fuyait pas, c'était les œufs de canards sau pages et de mauves; on ne leur faisai' nas grâce, bien que la mère eût pris quelquefois nv : -meil de trop ; quand cela nous manquait, je faisu:s uu gros nœud à mo ceinture, ce qui me servait de souper.”

Pe idant que le KR. P. Bermond prenait une leçon d'équilibre sur son petit traîneau, le P. Taché chaussait ses raquettes; il allait d’abord au lac Vert, environ trente lieues de l’Ile-à-la-Crosse, baptiser un vieux chef cris malade, qui, à l’arrivée des missionnaires, avait protesté qu’il ne se ferait jamais chrétien, mais que la grâce avait gagné.

Quatre jours après son retour du lac Vert, le P. Taché partait pour le lac Caribou, au nord-est de l’Ile-à-la- Crosse, à une centaine de lieues par le chemin d'hiver, et pas moins de cent soixante par le chemin d'été. En passant au portage du fort de Traite, l'été précédent, +: missionnaires y avaient vu des sauvages du lac Cari : : qui les avaient priés de ne point les négliger. Ce; :. n'avait jamais été visité par les ministres de la Re. is: L’excellent M. McKenzie goûta ia pensée d'y établir un. mission, et sa bonté ordinaire ayant ménagé les circonstances d’une manière favorable, le 9 mars, le P. Taché, les raquettes aux pieds et le fouet à la main, dirigea ses pas et ses chiens de ce côté. Il passa par le lac Laronge, où il s'arrêta quelques jours. Malheureusement, un maître d'école protestant était déjà rendu, et les sauvages, prêchés surtout par le commis du Fort, se croyaient dans l'impossibilité d'écouter le prêtre catholig'ie, auquel ils témoignèrent beaucoup de respect, et mê::e du regret du sort qui leur était échu en partage.

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C’est le 25 mars, jour de l'Annonciation, qu'arrivait au lac Caribou celui qui, le premier, venait y annoncer la bonne nouvelle du salut. Les sauvages n'étaient pas encore réunis ; ils arrivèrent bientôt et firent preuve des plus heureuses dispositions en écoutant, avec une patience presque égale à celle dont le missionnaire luimême avait besoin, les quelques instructions qu’il pouvait leur balbutier dans leur langue. Les Cris qui visitèrent le lac Caribou se montrèrent plus éloignés de Dieu que les Montagnais.

Le 22 mai, le missionnaire prit congé de ses néophytes, s'arrêta snsuite quelques jours au fort de Traite, pour y continuer sa mission, et le 18 juin, il arrivait à l'Ile-à-la-Crosse, heureux de revoir son confrère après trois mois de séparation. Les deux missionnaires se livrèrent, pendant tout l’été, aux travaux du ministère, à l'étude des langues, et aux travaux matériels nécessaires à l'érection d’une maison, au défrichement d’un petit jardin, à tout l’ensemble de leur établissement. Pendant ce temps, ils étaient encore logés au fort de la Compagnie, éloigné d’une demi-lieue de l'endroit choisi pour y établir la mission de Saint-Jean-Baptiste.

Le Fr. Henri Faraud, promu au sous-diaconat à la fin d'avril, fut ordonné diacre le 1° mai, et reçut l’onction sacerdotale le 8 du même mois. Il s'embarquait ensuite avec le R. P. Aubert, pour une autre visite à Wabassimong. Le Père Supérieur poussa même jusqu'au lac Lapluie, laissant, pendant ce temps, son jeune compagnon continuer l'instruction des sauvages. À son retour, il acheva de se convaincre que les dispositions des Sauteux n'étaient pas assez heureuses pour qu’on pût leur donner un missionnaire, dont la présence serait bien plus utile ailleurs. Les choses furent considérées sous le même point de vue par Mgr de Juliopolis, qui approuva la détermination d'abandonner ce poste et de perdre, dans l'espoir d’un plus grand succès parmi d’autres sauvages, le fruit, non apparent, il est vrai, mais toujours réel, de beaucoup de fatigues, de privations et de travail.

Sans douter le moins du monde des motifs impérieux qui ont nécessité cette mesure, qu’on nous permette d'exprimer les regrets qu'elle nous in«r :-e encore aujourd'hui. Notre divin Maître veut lui-.«1ême que ge

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