‹ Vingt années de Paris (volume 3)Chapitre 15 sur 28 · FEU LE BŒUF-GRAS · texte numérisé non relu

FEU LE BŒUF-GRAS

un peu l'effet du bon parrain qui daube, en public, son filleul, mais qui, au fond de soi, ne peut s'empêcher de sourire, et songe, en le regardant: si j'avais encore son estomac et son appétit, du diable si je ne serais pas tout pareil !

Admettons Tenfantillage : on n'en est pas moins dur à la peine, moins droit dans le danger.

J'avais dépensé, pour amollir l'inexorable Monet, plus d'arguments qu'il n'en faudrait au savant docteur Bergeron pour faire guillotiner trois douzaines de pharmaciens ; j'avais été tour à tour enjoué, superbe et suppliant : c'était une erreur, un oubli inconcevable de ma part de n'avoir pas demandé d'argent, la veille, à la caisse. Aujourd'hui, dimanche, impossible : bureau fermé. D'ailleurs, quoi ? la belle affaire ! douze heures de retard... N'y avait-il pas là-haut de quoi

iO VINGT ANNÉES DE PARIS.

couvrir douze fois la somme? et patati, et patata. — Rien !

Tout à coup, une gigantesque rumeur s'éleva, une irrésislible poussée fit onduler, refluer la foule, envahit le trottoir; les sergents de ville se précipitèrent; les becs de gaz, en un clin d'œil, se transformèrent en grappes de mômes; les toits, les fenêtres pullulèrent de silhouettes penchées, avides de voir: on entendait les fanfares, la mascarade arrivait, hérauts entête, éblouissante, somptueuse, avinée et braillante, frappant sur la peau d'âne et soufflant dans les cuivres.

L' « ami de l'empereur )^ était dans le tas, Fléchelle lui-même, épanoui dans sa voiture, en costume de cérémonie, tout reluisant de drap neuf, apoplectique et rayonnant, se disant sans doute en son cœur : — « Dans

toute la boucherie parisienne, non! je

îhetsaudéfi ! il n'y en a pas de comme moi...

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