L'ENFANT MALADE
sièrc, une potion insipide posée sur un escabeau au chevet de cette petite créature de Dieu : voilà tout ce qu'a pu procurer à cet infortuné une tendresse aussi ardente, aussi dévouée que la vôtre. Car, Mesdames, lanière de l'enfant pauvre aime son enfant comme vous aimez les vôtres, et, le plus souvent même, elle s'en occupe plus que vous.
Que si vous lui demandez pourquoi le cher petit malade manque de tout, elle vous montrera son misérable réduit, le maigre salaire de son mari, la face blême et chétive de ses nombreux enfants ; et sur son visage à elle vous lirez le sillon creusé par les privations, et peut-être aussi la trace de ses larmes. Il ne faut donc pas, Mesdames, la blâmer, mais la plaindre de cette misère de son enfant, elle fait tout ce qu'elle peut. Que si, faisant mieux que de la plaindre, vous l'aidez par votre charité à soulager ce petit malheureux, elle vous remerciera avec effusion. Mais là expire votre assistance, n'est-ce pas ? vous ne pouvez rien de plus ; et il vous faudra ensuite descendre le sombre escalier, avec le regret de laisser là l'immense souffrance captive dans sa misère délaissée.
Délaissée, car souvent, hélas! l'enfant malade sera condamné à rester seul à la maison, sans garde et sans soins durant la journée entière. La mère voudrait être là, mais il lui faut sortir, être au dehors, au travail, à la fabrique, pour y gagner le pain de sa famille. Qu'adviendra-t-il alors de ce petit? Et vous, Mesdames, que ferez-vous pour lui? L'emporterez-vous dans votre4 demeure à vous, dans votre hôtel? Un hôtel, eh bien, oui : mais non le vôtre. Regardez : voici qu'un plus grand que le vôtre a été bâti pour lui ; vous y êtes. J'ai même osé le nommer tout à l'heure un palais ; et certes, ce nom royal, j'avais le droit de le lui donner, car dans celui qui va l'habiter désormais, je reconnais et je salue la triple majesté de l'enfance, de la pauvreté et de la souffrance. Ce pauvre petit malade est trois fois sacré roi par Notre-Seigneur Jésus-Christ.
1. 'enfance, le Seigneur l'a consacrée, mes Frères, le jour où ces petits lui étant présentés par leurs mères, il les prit, les souleva entre ses bras divins, les pressa sur son cœur, et, plaçant sur leur front une couronne royale, il leur conféra l'investiture du royaume des cieux : talium est enini regnum coelorum.
La seconde couronne que je vois sur ces fronts innocents, c'est celle de la pauvreté. Ne vous laissez pas tromper par ces misérables haillons, c'est bien un manteau royal. Il y avait en France, autrefois, il y a de cela presque un siècle. un pauvre enfant prisonnier, maltraité, à peine vêtu, couvert d'ulcères et de vermine, rongé par la maladie, et qu'on forçait à se soulever de sa misérable couchette, en lui criant : « Capet, lève-toi! » Il n'en était pas moins un petit-fils de saint Louis et l'héritier de vingt générations de rois.
Mais que dis-je ? Il y avait à Bethléem, un pauvre Enfant couché dans une crèche, dans une étable, parmi les animaux, enveloppé de langes que lui avait faits sa mère, la femme d'un ouvrier ; et cette femme n'en était pas moins la Reine du ciel et de la terre ; et ce petit pauvre n'en était pas moins le grand Roi du monde, aux pieds duquel les rois de l'Orient venaient verser le tribut de l'or, de l'encens et de la mvrrhe. Et c'est lui qui, plus tard, faisant rois comme lui ceux qui souffraient avec lui. a proclam»'' qu'aux pauvres selon son esprit appartient la possession du royaume des cieux.
Enfin, et surtout, ils souffrent; et la souffrance est la troisième et austère consécration de ces dauphins du ciel. Quoi! l'innocence et la souffrance ! L'enfance et la douleur !ô mystère cruel! Une couronne d'épines sur ces fronts qui appellent des lis! Oui; mais depuis Jésus-Christ, c'est la couronne d'épines qui est la couronne royale. Et qu'il y a longtemps qu'elle blesse le front des fils cl des filles de l'humanité punie! Vous souvenez-vous de cet enfant de la Sunamite qui, un jour d'été, étant allé trouver son père parmi les moissonneurs, en revint mortellement souffrant et répétant : « Caput meum dolco! Caput meum doleolysÀ mal à la tête, ma mère! » Que de fois le même cri. Mesdames, vous a percé le cœur!
Il avait percé le cœur de Jésus-Christ lui-même, lui ce père, lui cette mère qui rassemble ses petits bous ses ailes: lui qui disait aux filles de Jérusalem de ne pas pleurer sur lui, mais sur elles et leurs enfants. Aussi semble-t-il ne pouvoir point résister aux prières qui l'implorent pour ces innocentes victimes. lia entendu Jaïre, le chef de la Synagogue. le suppliant à genoux de venir dans sa maison, car sa fille allait mourir, et cette fille unique était une petite enfant d'un peu moins de douze ans. Et il y fut, et il s'approcha d'elle ; et, comme elle était morte, il la prit par la main et la