L'ENFANT MALADE
ressuscita, et il la rendit à son père, dit l'Evangile. Puis, il ordonna, dit le saint Livre, de lui donner à manger : la divine ordonnance du Médecin des cieux ! Un autre jour, il a vu les larmes (|iie versait la veuve de Naïm, sur le cercueil de son fils, un adolescent, que l'on portait en terre ; et, à cet aspect, lui-même s'attendrit, dit l'Evangile, la pitié saisit son cœur, misericordiâ motus super eam : et il arrêta le cercueil, fit lever l'adolescent, et rendit le fils à sa mère, comme il avait naguère rendu la fdle à son père. D'autres faits encore sont racontés par les évangélistes. Mais est-il besoin de vous les redire ici, pour vous montrer que les enfants malades sont une des divines prédilections de Jésus ?
Aussi, ne suis je pas étonné que l'Eglise, qui est une mère, ait hérité de ces tendresses du cœur de son Epoux. Je la vois, dès les premiers siècles, fonder dans l'Empire romain ces hospices d'enfants dont parle saint Basile de Césarée et que lui enviait l'admiration jalouse de Julien l'Apostat. Ceux qui les fondaient pensaient au divin Enfant de Bethléem et de Nazareth. Et n'est-ce pas la même pensée qui, de notre temps encore, et quand même, a conservé au principal hôpital d'enfants de la ville de Paris le divin patronage et le nom de X Enfant Jésus P
Cest à Jésus aussi qu'est consacré le notre. Seulement ici, l'Enfant-Jésus repose dans les bras de saint Antoine de Padoue, patron de cet Asile. Et, sans chercher d'autres raisons plus délicates de ce choix, ne trouvez-vous pas, en vérité, qu'un hospice d'enfants dirigé et desservi par des religieuses franciscaines, c'est bien aussi l'Enfant-Jésus porté dans les bras des filles de Saint François?
D'ailleurs tout est de Dieu ici, tout y célèbre la munificence du Dieu de charité. Je me garderai bien de soulever le voile qui couvre les origines de cet établissement, et je respecterai toutes les délicates pudeurs d'une bienfaisance qui commande à sa main gauche d'ignorer ce que donne sa droite. Mais si j'ai le devoir de faire taire notre reconnaissance envers les vivants, ne puis-je du moins élever notre action de grâces vers ceux qui ne sont plus? N'y a-t-il pas là-haut, dans ce monde de pureté et de félicité où Dieu souvent rappelle de bonne heure ceux qu'il aime, n'y a-t-il pas une jeune élue qui \i\<;t années de kectokat. 5
sourit à cette fête où son nom est dans tous les cœurs, comme il serait sur toutes les lèvres, si elles pouvaient s'ouvrir?
Elle était toute débordante de charité, la pieuse enfant; et en particulier, elle aimait cet asile, qui était presque pour elle une maison de famille. Et jusqu'à sa dernière heure, sur cet autel de douleur où son sacrifice fut si beau, sa pensée se reportait vers cet hospice où elle laissait ici-bas une partie de son àme. Ses vœux sont exaucés ; ils sont dépassés maintenant; et la maison que nous inaugurons est la dot généreuse qu'elle présente aujourd'hui à son divin Epoux. Qu'il la bénisse donc en ce jour, ce céleste Epoux des vierges, qu'il la récompense par un surcroît de gloire et de béatitude ; et qu'il lui paie ainsi la dette de tant d'enfants, de tant de pauvres mères, dont l'action de grâces lui sera un cantique éternel qui montera vers elle pour arriver à Lui !
Dans quelques heures, dès demain, cet asile va s'ouvrir. Ils peuvent y venir désormais, ces pauvres et précoces martyrs de la douleur et de l'infirmité : la charité est sur le seuil qui leur ouvre ses bras.
La charité du dévouement, ils la trouveront dans les soins du jour et de la nuit de ces mères que la religion leur a faites : et si elles ne peuvent les aimer davantage que ne font les mères de leur pauvre foyer, du moins ici pourront-elles davantage pour les servir et les guérir.
Ils y trouveront aussi la charité de la science, dans un médecin ami qui est de plus un père, et qui n'en est pas ici à son apprentissage de dévouement fidèle et désintéressé.
Enfin, mes chers frères, un autre et plus grand Médecin viendra les visiter: et, se penchant sur ces lits, il leur dira, comme il disait dans l'Évangile : Puella, sur gel Mon enfant, lève-toi! Ou, s'adressant aux pères et mères, il leur dira : « Allez, votre enfant est vivant! » Car une prière constante appelle sa présence auprès de ces berceaux. Les petits convalescents ne sortiront pas d'ici sans que la voix de la religion se soit fait entendre à eux, et sans qu'eux-mêmes y répondent par les noms de Jésus et de Marie. On les leur apprendra, on leur fera joindre les mains devant l'image conssolante de l'Homme de douleurs; on rafraîchira dans leurs âmes la grâce de leur baptême. On les fera s'agenouiller ensemble dans cette chapelle, devant les célestes patrons de la sainte Famille; et ils y viendront remercier Celui par qui le salut leur aura été donné.