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L'ENFANT MALADE. G

Vous le dirai-je, mes frères? Je suis fier et heureux pour la charité catholique, que le premier hôpital d'enfants qui soit érigé dans cette ville de Lille, le soit par la religion, qui aura ainsi bien mérité de ce bon peuple. Je sais qu'il y a ailleurs des salles réservées pour l'hospitalisation des jeunes malades; mais il n'y a que chez nous qu'ils se trouveront chez eux, dans un cadre d'habitudes, de régime, de vie, appropriés à leur âge; et parlant ensemble, comme frères, cette langue de l'enfance dont Jésus- Christ a dit qu'il en tirait sa louange la plus accomplie.

Enfin la maison de charité sera aussi, pour nos futurs docteurs de l'Université Catholique, une maison d'instruction où chaque jour ils apprendront l'art divin de guérir ces jeunes agneaux blessés, qui composent la partie la plus chère mais aussi la plus éprouvée du bercail du bon Pasteur. La maladie est si fréquente dans ces douze premières années de l'existence de l'homme! Et la mort y fauche si dru à travers cette herbe des champs qui apparaît aujourd'hui et qui ne sera plus demain! Ne faut-il pas que, dans ce siècle, où l'on se plaint justement que les enfants deviennent plus rares, nous fassions tout pour conserver ceux que le Ciel nous a donnés? C'est l'inquiétude de toutes les mères; leur inquiétude première, car qui ne sait que les pauvres, qui hésiteront à appeler le médecin pour le soin de leur propre santé, rappelleront vingt fois pour la santé de leur enfant? Nos élèves plus tard, répandus dans tout le pays, sauront répondre efficacement à cette sollicitude, car ils auront appris ici l'art délicat de toucher les plaies de cet âge qui fait notre espérance. Et quelle grande école pour eux que celle où nous pourrons un jour installer les soixante lits qu'appellent les dimensions de cette maison bénie!

Quand viendra- t-il, ce jour? A cette question, ce n'est pas à moi de répondre, mes Frères et mes Sœurs, c'est à vous. N'y en a-t-il pas parmi vous qui voudront se faire les bienfaiteurs ou du moins les zélateurs et zélatrices d'une institution si digne d'émouvoir vos entrailles? Ne saurez-vous point trouver de pieuses fondations de lits qui en assurent et en perpétueni le bienfait? Ne connaissez-vous pas, près de vous ou autour devons, des chrétiens, des chrétiennes, qui touchés peut-être

de ce que Dieu a fait pour sauver leur propre enfant, se demandent ce qu'ils lui rendront pour une telle grâce? Et que peuvent-ils lui rendre qui aille plus au cœur de Celui qui dit dans l'Evangile : « Ce que vous aurez fait à l'un de ces petits, vous l'aurez fait à moi-même? » Et puis, ne savez-vous pas de quel crédit jouissent auprès de lui ces innocents qui sont de sa cour, et dont la faible voix pénètre la profondeur de son ciel?

Mes frères, vous connaissez l'histoire d'Agar et d'Ismaël. La pauvre Agar dans le désert, voyant son enfant épuisé et mourant de soif, le dépose sous un arbre, et s'éloigne en disant : « Du moins je ne verrai pas mourir mon fils! » Et s'asseyant de l'autre côté, elle éleva la voix et pleura, dit la sainte Bible. Mesdames, il y a, à cette heure même, des mères plus pauvres, s'il se peut, qu'Agar dans le désert, et qui poussent le même cri. Or, est-il raconté, Dieu écouta la voix de la mère et de l'enfant, et il envoya son ange pour montrer à Agar le puits où son fils pouvait se désaltérer et revivre.

Mes frères, Messieurs, Mesdames, une source de vie vient d'être ouverte ici pour ces jeunes souffrants; voulez-vous être l'Ange qui les y amène et qui les fasse revivre pour la terre et pour le ciel, pour le temps et pour l'éternité? Amen!

ANNÉE ACADÉMIQUE

SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE

DISCOURS DE M51 LE RECTEUR Un Réveil de l'Idée religieuse

Messeigneurs (1), Messieurs,

Lorsque, chaque année, à pareil jour, je prenais la parole dans cette séance solennelle, ce m'était une grande joie et un sujet de confiance de m'incliner tout d'abord devant les deux Evêques de notre illustre province ecclésiastique. Ce double honneur et bonheur nous est refusé aujourd'hui ; et l'absence de l'un et de l'autre de nos premiers pasteurs jette sur cette assemblée un voile de deuil qui s'étend sur la ville et la contrée tout entière.

Pour le premier du moins, notre très aimé et vénéré M l'Archevêque, nous pouvons encore espérer nous inspirer de sa pensée, sinon de sa parole, nous édifier

(1) M-r Monnier, évêquede L\dda; M~i Goux. évoque de Versailles; do< leur es lettres; M Hautcœur, chancelier

du récit de son long martyre, et demander chaque jour à l'autel le miracle qui pourrait le rendre guéri à son Église (1). Mais l'absence du second est une absence sans espoir; et c'est au retour de ses obsèques que, parés des mêmes insignes, nous nous retrouvons, dans cette solennité universitaire où chaque année nous aimions à saluer en lui un fondateur, un protecteur, un ami et un père.

Que la mémoire de Mgr Dennel, si chère à toute la cité, soit chez nous aussi durable que l'œuvre dont il prépara et dont il protégea le berceau ! Aussi bien lui fut-il îidèle jusqu'à la dernière heure. La dernière ligne que j'ai recueillie de sa main, la dernière parole que j'ai recueillie de ses lèvres, ont été un encouragement à venir entretenir ses prêtres assemblés de l'Institut qu'il désirait que tous connussent, aimassent et servissent comme lui. Son dernier acte fut le don qu'il nous fit d'un de ses meilleurs fds dans le jeune et cher professeur de littérature latine, M. l'abbé Rambure, que tous nos souvenirs rappelaient parmi nous, ainsi que tous nos désirs. Que le très regretté Pontife en soit remercié et récompensé, maintenant qu'il est entré dans la joie de son Maître! Et puisse le successeur qui lui sera donné s'inspirer de son exemple pour aimer autant que lui la doctrine, la vérité, la justice et la paix (2) î

C'est donc une consolation que nous apporte, Monseigneur de Lydda, l'honneur de votre présidence, vous qui fûtes toute votre vie YJwmo unanimis de celui qui n'est plus ; vous en qui Mpr notre Archevêque fait reposer toute sa force, comme le diocèse sa confiance et sa reconnaissance.

Daigne aussi agréer les hommages de l'Université de Lille le pontife distingué et vénéré qui siège à votre

(1) Après la prière d'ouverture, il est donné lecture du télégramme suivant de Mgr Thibaudier retenu à Cambrai par L'infirmité: « Uni a mes vénérables collègues, je bénis les Facultés Catholiques; je bénis leur chancelier, leur recteur, leurs doyens, leurs maîtres, leurs élèves, leurs bienfaiteurs et leurs amis. »

(2) V. notre Oraison funèbre de Mv Dennel, dans la cathédrale d'Arras, 26 novembre 181» 1 .

droite. Il y a longtemps que nous savons à quel degré supérieur il porte en lui l'amour des choses de l'esprit, et quels titres particuliers il possède à s'asseoir, et au premier rang, dans une assemblée de « docteurs ».

Devant le grand deuil public dont j'ai parlé, je voudrais pouvoir faire taire notre double deuil domestique de cette année. Il m'en coûte néanmoins d'avoir à laisser à Messieurs les Doyens de la Théologie et des Lettres la triste mais consolante mission de payer le tribut de nos regrets à MM. les professeurs T rotin et Variot enlevés à la science, à l'Église, comme à l'affection toujours vivante de leurs élèves. Que du moins il me soit permis d'inscrire sur la tombe de ces deux martyrs du devoir les deux paroles que nos pères des Catacombes inscrivaient sur la tombe des martyrs de la foi : une parole de reconnaissance : Bene merenti; une parole d'espérance: Vivas in Christo !

Après trois ans de bons et précieux services, M. l'abbé Marcotte a désiré retrouver sa chère paroisse de Raucourt, où il avait laissé une bonne partie de son cœur. Notre reconnaissance l'y suivra fidèlement. Il a légué ses fonctions de Directeur de la souscription à M. l'abbé Christory, avec l'exemple de son zèle et de son dévouement. Nous constatons tous les jours que sa succession est tombée en d'excellentes mains. Vous ne contribuerez pas peu à lui en alléger le poids par votre bon accueil, vous tous, Messieurs et Mesdames, que nous nommons devant Dieu notre Providence et nos amis. Aussi bien en pourriez-vous faire un autre à l'homme deux fois obligeant qui, faisant vos affaires en même temps que les nôtres, vient vous offrir du même coup un double bénéfice: celui d'une bonne éducation assurée à vos fils, celui d'une charité dont le mérite vous sera un fructueux placement pour l'autre vie, garanti par Dieu même, et productif d'intérêts éternels?

L'année qui vient de se terminer s'est écoulée, plus

qu'aucune autre peut-être de celles qui l'ont précédée, dans le calme et fécond accomplissement du devoir. Elle a été couronnée comme les autres, par des succès dont le compte-rendu vous sera donné tout à l'heure par ceux qui en ont été les premiers artisans. Le fait qui s'en dégage, non pas seulement aujourd'hui, mais depuis quinze ans révolus, c'est que nos Facultés Catholiques, ayant chaque année à comparaître devant un jury exclusivement composé de nos concurrents, n'ont cessé d'y remporter des avantages qui n'ont rien à redouter, tant s'en . faut, de la comparaison avec les Facultés rivales. Nous avons donc fait nos preuves ; et, pour qui tient compte de la justice distributive comme du bien de son pays, la conclusion qui s'en dégage est qu'il est temps que soit faite à nos instituts catholiques la situation légale conquise par cette décisive expérience. J'entends par là non la faveur, non les subsides, non la gratitude dont nous saurons nous passer, mais simplement et uniquement l'égalité des droits justifiée à tant de titres, achetée par tant de sacrifices, méritée par tant d'efforts et de travail heureux.

Toutefois je ne m'illusionne pas. Cette conclusion des Faits, la seule honnête, cette revendication de nos droits, la plus légitime, j'aurai beau l'apporter ici chaque année, opportune, importune, comme je m'y engage, je sais bien qu'en dehors d'ici on ne s'en dérangera guère, feignant de nous tenir pour morts pour faire croire que nous le sommes; tandis que nous, de notre côté, nous prendrons de plus en plus à tâche de montrer que nous ne le sommes pas, et que nous ne voulons pas l'être.

Ce n'est donc pas de ce coté, celui des pouvoirs politiques, que s'oriente notre espérance. Là, c'est toujours le même vent de haine et d'impiété déchaîné contre l'Eglise. Mais, d'un autre point de l'horizon, ne sentez-vous pas venir des souflles moins orageux, auxquels je ne vous dis pas encore de tendre la voile, mais du moins de prêter l'oreille, en vous les signalant, comme c'est le devoir de la vigie que vous avez placée à ce poste pour cela.

Messieurs, je ne vous étonnerai pas, j'espère, si, ayant ausculté attentivement les battements du cœur de l;i France actuelle, je m'avance à vous dire que, par notre enseignement, par le christianisme de notre enseignement, nous sommes plus que jamais le grand besoin des âmes, leur ardente et souffrante aspiration du présent et finalement leur meilleure espérance de l'avenir. Le désir que nous en avons nous illusionnerait-il sur les faits ? C'est pourquoi sur ce sujet de l'éveil de l'idée religieuse, j'aime mieux interroger les maîtres les plus en vogue de l'enseignement public. « La jeunesse d'aujourd'hui, écrit M. Lavisse, la jeunesse d'aujourd'hui, j'entends la jeunesse qui pense, a la nostalgie du divin. Il est très vrai quelle n'est plus voltairienne. Les négations et l'ironie sont aujourd'hui détestées, au moins autant que sont dédaignées les affirmations reconnues vides des doctrinaires en politique et en philosophie. De là vient, ajoute-t-il, qu'une partie de la jeunesse, la moindre encore il est

vrai, se groupe en rangs serrés autour de l'Eglise

Mystérieuse encore, mais prochaine et peut-être grandiose, une évolution s'élabore; une poussée en ce sens soulève les générations montantes; et celle qui est présentement sur les bancs des Universités et des grandes Écoles n'attend que le moment de se lever et de marcher. »

Vingt fois, Messieurs, des voix semblables sorties des mêmes rangs sont arrivées jusqu'à nous. Il n'y a pas à en douter : l'heure est solennelle; un secret travail s'opère dans les esprits, celui de la « fermentation de L'idée religieuse », comme ils disent. Non plus que des régions gouvernementales, ce n'est pas du fond des masses populaires qu'est monté ce mouvement d'ordre tout intellectuel. Le souille qui lui donna le branle est parti de In haute presse littéraire, scientifique, philosophique, académique, normalienne et universitaire, d'où passant

dans les régions du monde qui pense, qui parle, qui enseigne, qui écrit, il a pénétré jusqu'aux moelles la jeunesse française. Et c'est cette jeunesse qui, plus ou moins consciente du but où ce courant l'entraîne, se sent aujourd'hui poussée dans des voies nouvelles où tout lui crie de marcher; et elle marche. De là dans la littérature, même la plus hétérodoxe, des appels inattendus vers Dieu, la loi, le christianisme, l'Eglise catholique même, toutes choses hélas! plus ou moins comprises, parfois étrangement travesties, mais invoquées comme les éléments primordiaux d'une reconstruction mentale, morale, religieuse, sociale, promise au siècle qui va luire.

Qu'en sera-t-il, de ce mouvement néo-chrétien? Je ne sais. Aboutira-t-il, ou s'arrêtera-t-il en chemin? Et à quelle étape du chemin ? Sera-ce au simple théisme, ou au christianisme intégral, tel que nous, catholiques, nous le comprenons et pratiquons? Ne peut-il pas aussi se perdre dans le dilettantisme : affaire d'art, de sentiment et de poésie, comme on voit certains cours d'eau, nés de l'averse d'une nuit, aller se perdre et disparaître dans le sable ? Je ne vous apporte pas les illusions d'un optimisme béat; mais je viens vous demander que ce mouvement, puisque mouvement il y a, vous vous mettiez, nous nous mettions tous, non à sa remorque, mais à sa tête, pour le diriger et le pousser vers les réalités supérieures solides, nous qui savons où elles sont, nous maîtres ou disciples de ces Facultés catholiques qui n'ont été voulues et instituées que pour cela.

Mais pour le diriger, il faut le dominer. Nous le dominerons premièrement et nécessairement par la science; et voilà pourquoi nous nous sentons au cœur le devoir d'une grande vie d'étude et de travail, afin de nous tenir au courant des questions du présent, et en avance des solutions possibles de l'avenir. C'est du progrès scientifique que se réclame l'Ecole : nous serons l'École de la science divine et humaine, doublement préparée ainsi à ramener à leur vrai point ces questions imprécises, que ne suffisent pas à résoudre les réponses

du temps, si on ne les complète par celles de l'éternité. Ainsi peut-être, toute cette poussière d'idées qui est dans l'air, toute cette matière diffuse, flottante autour de nos tètes, condensée par notre travail, fmira-t-elle par former le noyau de ce nouveau monde raisonnable et chrétien qu'appellent les aspirations de tant d'âmes sincères (1).

Vous êtes à l'œuvre, Messieurs. L'œuvre de science s'élabore dans le secret de vos cabinets d'étude ; et chacun de mes collègues sait avec quel orgueil et quelle joie reconnaissante pour l'Université je salue l'apparition d'un de ces écrits de main de maître qui révèlent au monde studieux la physionomie propre de notre enseignement. Les années précédentes, c'étaient le Droit, les Lettres, l'Histoire, la Médecine, les Sciences qui, en diverse mesure, nous donnaient cette fierté. Cette année, c'est la première de nos Facultés qui nous apporte cet honneur dans le premier volume de la Théologie catholique de M. le docteur Jules Didiot, soubassement granitique d'une vaste construction qui, chaque année, montera d'un étage de plus. « Si nos désirs et nos ambitions se réalisent, lisons-nous dans sa préface, cet ouvrage pourra servir à renouer entre aujourd'hui et autrefois des liens intellectuels malheureusement rompus et nécessaires à rétablir. Il pourra servir à expliquer les traditions philosophiques et théologiques du moyen âge, à montrer ce qu'il en faut absolument retenir, et à justifier la haute sagesse du Siège apostolique dans la mesure qu'il a prise pour la restauration des doctrines de l'Ecole. Il pourra servir à faire pénétrer plus complètetementet plus profondément dans l'enseignement, dans la prédication, les livres et les revues, les paroles de vérité, de vie ou de salut, répandues dans le monde chrétien depuis un siècle, mais trop souvent restées à fleur de terre et emportées par le souffle des discussions et des tempêtes. Puisse cette divine semence trouver dans le

Sur ce mouvement d'idées voir notre ouvrage Espérance. Un réveil de Vidée religieuse en France, vol. in-12 pp. vr. 141. Pou.s^iolgm1, 1892.

siècle qui va bientôt commencer une terre mieux préparée où elle germe vigoureusement et pousse de fortes racines, afin de grandir et d'élever jusqu'au ciel les âmes saintement avides de surnaturel et d'infini! » (1).

Mais, en même temps et surtout, nous nous sentons devant Dieu le devoir d'une primauté plus haute et plus grande encore. Chez nous, « le royaume de Dieu, comme le veut l'Evangile, n'est pas seulement dans la parole ou dans la science, il est dans l'œuvre et la vertu. » Je n'ai jamais perdu de vue ces graves paroles des Mémoires dû M. Guizot sur la jeunesse de Paris : « Au sortir de la famille ou du collège, écrit-il, ils tombent, ces jeunes gens, dans cette ville immense, seuls, sans gardien, sans conseiller, affranchis tout à coup de toute autorité et de toute règle, perdus dans la foule et dans l'obscurité de leur vie, en proie à tous les ennuis de l'isolement, à toutes les tentations, à toutes les contagions de la passion, dénués de frein et d'appui moral, précisément à l'époque où ils en auraient le plus impérieux besoin. Je n'ai jamais pensé — c'est toujours M. Guizot qui parle — je n'ai jamais pense sans un profond sentiment de tristesse, k cette déplorable condition de la jeunesse qui afïlue dans nos grandes Ecoles. Personne ne sait, personne ne peut calculer combien de nos enfants se perdent dans cette épreuve désordonnée, ni quelles traces en restent pour tout le cours de la vie dans les mœurs, dans les idées, le caractère de ceux-là mômes qui n'y succombent pas tout entiers (2). »

A cette préoccupation du grave publiciste nous avons répondu, autant qu'il était en nous. L'Eglise y avait songé. A l'isolement de la famille nous avons opposé la société à la fois paternelle et fraternelle de notre famille

(\)M. le clian. DiolOT : Cours de théologie catholique,— 1" volume : Logique surnaturelle subjective, chez Taffin-Lefort, Paris el Lille. (2) Guizot, Mémoires. T. III, p. 142.

universitaire. Aux périls du dehors nous avons opposé une garde vigilante et la sollicitude d'une discipline; fidèle. Aux séductions et aux tentations du dedans nous avons opposé le charme vainqueur de l'amour de Dieu et de son royal service. Qu'il en soit loué, Messieurs ! Par sa grâce, l'année qui vient de s'écouler nous adonne à cet égard de religieuses consolations qui sont aussi de patriotiques espérances. Et ceux qui vous ont vus de près, Messieurs les Etudiants, à l'étude et aux leçons de vos maîtres, à la Bibliothèque et aux Laboratoires, à l'église, à l'autel, à la maison du pauvre, au chevet des malades, où même l'un des vôtres est tombé en martyr du devoir, ceux-là ont pu prendre l'idée de ce qu'est une Université véritablement catholique, et y voir quelque chose de ce que Jean Chrysostome appelle la face du royaume de Dieu.

Martyr du devoir, viens-je de dire. Moi aussi je veux déposer une palme sur la tombe de votre jeune et courageux camarade, Messieurs les Étudiants : car cette victime fut un héros, et ce héros un vainqueur. Vainqueur de lui-même d'abord : Hector Decomble l'avait été à l'Université, dans l'intégrité morale d'une âme triomphante de tout assaut, supérieure à toute épreuve, aidé de Dieu, aimé des hommes. Souvenez-vous, Messieurs, de votre studieux, religieux, vertueux, joyeux camarade de Saint- Louis. Le jeune aide-major l'était de même au régiment, à l'hôpital, dans son service médical d'un an, au 1er bataillon d'artillerie de Lille. Mais, un jour, un sous-officier lui amène son tout petit enfant souffrant, un enfant de deux ans. 11 le regarde, il le diagnostique : c'est l'angine couenneuse!... Hector s'attache à cet enfant, le soigne, donne confiance à la mère, et le lui rend guéri. Mais quelques jours après, c'est lui-même qu'il faut hospitaliser, atteint et bientôt mourant du même mal... Vous savez le reste. L'admiration s'est émue autour de cette belle mort, et sa tombe est devenue un instant glorieuse. Mais les justes honneurs rendus à son courage ne paient pas, loin de là, l'honneur qu'il nous fait lui-même. Car n'est-il pas

vrai qu'il a montré comment vous entendez le devoir, et qu'il n'y a pas — j'en réponds — un seul de vous qui n'eût fait de même l ?

Un jour brilla, cette année, où nous ne fûmes plus seulement cinq cents, où nous fûmes quinze cents, remplissant les nefs de la vaste église, j'allais dire de la cathédrale de Saint-Maurice. A toute la jeunesse catholique Léon XIII avait demandé de solenniser le troisième centenaire de saint Louis-de-Gonzague, son patron, lequel, le 21 juin 1591, avait déposé, à Rome, le poids de sa mortalité, pour s'en retourner au ciel. Or, en ce jour-là, à Lille, s'était rendu de nos sept arrondissements le cortège interminable des représentants de chacune de nos associations, corporations et établissements déjeunes chrétiens, cercles, patronages, collèges, écoles d'adolescents, et jusqu'à ces élèves de nos Pères blancs d'Afrique, dont les aînés, sortis naguère de notre Faculté de médecine, sont repartis d'ici pour aller porter leurs soins avec leur foi à leurs frères du continent noir. C'était bien tout notre Nord qui avait député la fleur de son printemps vers ce jeune héritier des princes de Mantoue, que l'Église, dans son office, appelle d'un nom plus grand encore : Angelico jiwene Aloysio. Ce jeune homme angélique, quand, du haut de la chaire, je l'ai présenté à votre jeune élite comme un frère des esprits célestes, vous aije dit assez par quelle vie de pureté, par quelle vie de piété, par quelle vie de charité divine et humaine vous deviez, vous pouviez vous spiritualiser comme lui? Ce fut tout le discours du matin. Mais le discours du soir sur « les œuvres de j eunesse », faut-il vous le rappeler! Oublierez-vous jamais les accents de cette éloquence faite, de patriotisme et de foi, de lumière et de force, qui vous tenait

(1)V. sa Biographie, par M. le chanoine Rambure. chez Desclée,

suspendus, comme par une chaîne électrique, aux lèvres brûlantes et frémissantes de M. le comte de Mun?

« Nous étions cent qui, partis des humides régions du nord de la France, nous réveillâmes, un beau matin, sous le ciel bleu de l'Italie. » Telles sont les premières lignes qu'en septembre dernier nous adressait de Rome un des pèlerins de cette Association de la jeunesse catholique. M. le Vice-Recteur les conduisait. Plus de deux mille jeunes gens de diverses nationalités y venaient ainsi prendre le mot d'ordre de Léon XIII pour la formation d'une « Union internationale » et la placer sous cette haute protection et bénédiction. La dévotion au Pape, si je puis m'exprimer ainsi, est une des dévotions de notre Université.

Et puisque nous sommes à Rome, puis-je oublier que, là, peu de jours après, dans le pèlerinage d'ouvriers qui suivit immédiatement celui-ci, un de vos camarades fut trouvé digne d'y souffrir de sauvages violences pour le nom du pape, de l'Église et de la France ? M. Léon Harmel, placé au premier rang des assaillis, à côté de son vénéré père, a failli payer cet honneur au prix de ses jours, et il relève à peine de la grave maladie qui, par suite de cet ébranlement, l'avait conduit rapidement aux portes du tombeau (1).

En bénissant les disciples, le Souverain Pontife n'a pu oublier les maîtres. Cette année-ci encore, il a daigné se souvenir que cette Université est de l'armée de l'Eglise; et il a bien voulu en distinguer les chefs par un signe d'honneur qui, celui-là, ne doit rien qu'au mérite reconnu et aux services rendus. Cette dignité nouvelle surprendra, je le pressens bien, ceux pour lesquels elle n'est

(1) M. Léon Harmel, du Val-des-Bois. On se souvient des violences qui, en 1891, accueillirent à Rome le pèlerinage des ouvriers français. qui y furent reçus comme Jésus par les pharisiens devant le temple, ;i coups de pierres: impiorum vecors improbitas, comme Léon XI 11 qualifia ce1 acte de sauvagerie.

pourtant qu'un tardif remerciement; mais assurément ils seront les seuls à le faire.

Personne, par exemple, de ceux qui, à Lille, fréquentent le monde de nos Facultés, comme le monde de la charité et des bonnes œuvres, ne s'étonnera qu'un ancien juge d'instruction, descendu jadis généreusement de son siège, à l'heure sinistre des Décrets contre les religieux, et depuis lors honorant notre Faculté de Droit par sa douce sagesse et l'exemple de tout bien, soit l'objet d'une distinction que nous hâtions de nos vœux. M. Adrien Gandf professeur de Droit criminel, est décoré par Sa Sainteté Léon XIÏI de l'ordre de Saint-Grégoire-le- (irand.

Dans la Faculté de Médecine, un nom entre beaucoup d'autres se présentait de lui-même à qui sait reconnaître le mérite généreux, consciencieux et modeste. C'est le nom de l'homme bon et savant qui, à son poste de dévouement, l'hospice de Lommelet, rend à notre Faculté des services incalculables; l'homme de grand bien qui parmi nous dirige l'œuvre des Dispensaires, avec leurs vingt mille consultations annuelles, et consacre généreusement toute sa vie et tout son cœur au service de Dieu, de ses étudiants et de ses affligés. La Faculté de Médecine, qui un moment l'avait voulu à sa tète, apprendra avec bonheur que M. le docteur Bouchaud est nommé chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand (1).

Dans la Faculté des Sciences, l'éclat du savoir et de l'enseignement, une notoriété acquise par de belles publications et des travaux de premier ordre, une situation Grandissante au sein des sociétés savantes de Paris et d'ailleurs, ont porté le nom de M. le Professeur des sciences physiques bien au delà des limites de notre Faculté, à laquelle il fait tant d'honneur. C'est à tous ces titres que le Pape, promoteur des progrès dans tous les ordres du

(1) L'Asile des aliénés de Lommelet, près Lille, donl M. le professeur Bouchaud est le médecin en chef depuis 18785 a élé fondé au sein d'un vaste domaine rural, en 1826. Il hospitalise présentement 800 malade-, et possède un noviciat des Frères de 8ainl Jean de Dieu.

savoir, décerne à M. Aimé Witz le titre de chevalier de Sain t-G ré o-oire-le-Gra nd .

Maintenant, Messieurs, vous me plaindrez d'avoir eu à faire un choix entre tant d'hommes distingués dont les noms montaient en foule à ma pensée et à mon cœur et à qui nous ne pouvons offrir pour aujourd'hui que l'espérance. Surtout vous féliciterez vos maîtres et vos collègues d'avoir reçu ce haut titre de la main d'un Souverain qui est à la fois le moindre et le plus grand de l'univers, le moindre par l'étendue de son Etat temporel, qui n'est qu'une prison, le plus grand par l'immensité de son empire; et qui tient aujourd'hui le sceptre de la doctrine et de la justice, dans toutes les questions et dans toutes les affaires qui inquiètent le monde.

Il restait à tirer la leçon de cette séance. Msr Monnier s'en est chargé dans une brève allocution où, commençant par s'excuser de prendre la parole dans une assemblée de docteurs, lui simple bachelier d'il y a cinquante ans, il remercie les professeurs de leur dévouement et félicite les étudiants de leurs succès. Il insiste particulièrement sur les grands résultats donnés par la Faculté de Médecine, qui a peuplé de ses docteurs la province ecclésiastique, où il les rencontre entourés de la confiance et de l'estime des populations. Sa Grandeur recommande à nos jeunes médecins de se poser franchement et immédiatement en médecins catholiques, partout où ils s'établissent : ce n'est pas seulement un devoir de foi et d'honneur; c'est de plus une condition de succès, et il en cite des exemples. Il est heureux, quant à lui, de se confier aux soins d'un de nos anciens étudiants, tout en se félicitant et en se proposant d'avoir à y recourir le moins possible.

M-'r de Lydda ajoute, en finissant :

« Il ne resterait plus maintenant qu'à lever la séance, à moins que M& l'Évêque de Versailles ne veuille vous dire quelques mots charmants, le mot de la fin, comme il le sait si bien faire. »

Ainsi interpellé, M"' Goux ne pouvait se dérober. Il s'est gracieusement exécuté, en exprimant l'admiration où le tient,

depuis plusieurs jours, tout ce qu'il voit à Lille. « Votre université, que j'ai visitée, dit-il, ne le cède en rien à ce que l'on voit de plus beau dans les Facultés de l'Etat. Nulle part on n'en fait autant. A Paris même, bien que nous soyons comme évêques en bien plus grand nombre, il n'y a pas cette extension, ce noble appareil de vos Facultés en costume qui me rappelaient tout à l'heure le moyen âge, ni surtout cette Faculté de médecine dont M^r de Lydda vient de nous parler si bien, sans avoir pu, par expérience, en apprécier les effets.

« Ce qui ailleurs est une espérance est ici une réalité. Je ne fais qu'un vœu, c'est que vous puissiez garder tout cela, et vous le garderez, parce que vous gardez plus ardente qu'ailleurs la foi maintenue jadis dans ces possessions espagnoles par les rois catholiques d'Espagne. Votre programme est grand, vous l'avez inscrit dans cette salle même en lettres d'or : Omnia instaurare in Chn'sto. Eh bien, vous le réaliserez, car votre foi est grande. Elle est active et féconde, parce qu'elle s'alimente au Cœur de celui dont l'image préside à vos travaux. C'est en regardant la croix que vous avez appris à vaincre, et à mon tour je vous dis : lu hoc signo vinces. »

Asile des femmes incurables, ou des Cinq-Plaies de Notre-Seigneur J.-C.

Extrait de notre Notice sur les Sœurs franciscaines de la Propagation de la foi.

Dans les premières années qui suivirent 1830, l'esprit de Dieu reposait sur un prêtre de grande vertu et de grand zèle du diocèse de Lyon, M. l'abbé Moyne, desservant la paroisse de Couzon, à trois ou quatre lieues de la grande ville, sur la rive droite de la Saône. Il avait eu l'inspiration d'associer, pour le travail en commun et pour quelques exercices de piété, trois ouvrières en soieries, dont le nombre s'accrut et qui, le 6 août 1844, firent entre ses mains profession religieuse, dans le tiers ordre de Saint-François, Elles prirent avec elles des orphelines ; multiplièrent les métiers dans tout Couzon ; traversèrent victorieusement les violences de 1848 ; reçurent en 1862 de la main du cardinal de Bonald leurs constitutions propres ; eurent en 1874 leur maison-mère à Lyon, où elles se transformèrent en Institution hospitalière pour le soin des femmes infirmes et l'éducation des jeunes tilles du peuple.

Une de ces sœurs franciscaines appelée sœur Saint-Paul, très connue à Lyon pour son dévouement aux malades, ayant été elle-même ramenée miraculeusement des portes de la mort par la main de Dieu, s'engagea par reconnaissance à travailler à la fondation d'un établissement pour les pauvres femmes infirmes et les pauvres filles idiotes. Comme à Lyon

l'assistance de ces infortunées était déjà assurée, la sœur fut autorisée à se rendre à Paris, d'où M. le Curé de Saint- Sulpice. ancien supérieur du grand séminaire de Lyon, la dirigea sur Lille, avec la recommandation de M. le Curé des Invalides pour un de ses amis qui l'y présenta à Mgr Régnier, archevêque de Cambrai, 10 mai 1877.

Ce prélat à grandes vues l'autorisa à tenter l'entreprise et à quêter à cet effet. Les principaux fondateurs de l'Université, M. et Mmc Féron-Vrau en tête, lui vinrent en aide; le doyen de Saint- André. M. Dennel. plus lard évêque d'Arras. la dirigea dans cette œuvre. Quatre sœurs auxiliaires lui lurent envoyées de Lyon. Et dans la même année, le 17 octobre, le premier Asile des femmes incurables s'ouvrit à Lille dans une maison de louage, rue Notre-Dame, 286, sous le vocable sacré d'Asile des Cinq-Plaies de Jésus-Christ, ainsi que la fondatrice en avait fait la promesse à Notre-Seigneur. Elle en était nommée supérieure. En y entrant, mère Saint- Paul avait demande'1 à Dieu « de lui envoyer, comme prémices, la personne infirme qui avait la plus besoin d'assistance ». Le même jour on lui amenait une pauvre femme délaissée, ulcérée, rongée de plaies et de vermine, dans le plus effroyable état de pourriture qui se puisse imaginer chez une créature humaine. Le jour de Noël, l'asile comptait déjà vingt-cinq pauvres infirmes.

Lorsqu'au mois de mai suivant IX7.S. le Cardinal visita l'établissement, il y en avait cinquante, entassées dans un loeal naguère occupé par huit personnes. Il pressa l'achat d'un terrain et la construction d'un hospice : « Qu'on s'y mette tout de suite. L'été prochain je reviendrai pour le bénir. »

Le 13 mars 1878. fête de saint Joseph, la première pierre de l'Asile fut bénie et posée, près de la rue des Postes, boulevard Vallon, aujourd'hui Victor-Hugo. Tout marche vite dans ce pays de l'initiative, tout se fait grand dans ce pays de la charité. Le 27 octobre 1880, la communauté se hâtait d'y transporter ses malades, bien qu'il fût inachevé encore. Le cardinal Régnier ne la visita point, il était expirant; et, quelques semaines après, il s'éteignait, emportant devant Dieu sa part du mérite de cette œuvre, comme de tant d'oeuvres de son grand épiscopat. Un peu auparavant l'Asile avait perdu son principal bienfaiteur dans M. Félix Bernard qui lui avait donné tout son temps et ses dernières forces. Enfin, le jeudi 5 mai 1881, la chapelle était bénie par

CULTE DES CINQ PLAiES DE N.-S. J.-C. 87

M?r Hautcœur, recteur de l'Université, consacrant ainsi l'alliance fraternelle de l'hospice et de la faculté de médecine.

A proximité de l'Asile s'ouvrent les quartiers ouvriers où la misère, la fatigue, les privations de tout genre recrutent à l'infirmité cet inépuisable contingent qui s'en va perpétuellement peupler nos Maisons-Dieu.

A la variété des maux répond celle des dévouements. Il y a le dévouement des médecins, MM. Augier et Lavrand, tous deux professeurs à la Faculté catholique; le dévouement de l'aumônier, aujourd'hui un père Franciscain; le dévouement des sœurs et de leurs filles auxiliaires, consacrant toutes leurs heures à ces infortunées qu'il faut soigner, panser, habiller, faire manger, faire marcher, nettoyer, distraire, égayer, édifier, veiller. Il y a par-dessus tout le dévouement de la Supérieure. Armée de la « toute-puissance suppliante » de la prière, prière à Dieu, prière aux hommes, la mère Saint- Paul n'a cessé d'obtenir des miracles de Providence dont fut semée toute sa vie. « Nous avons commencé l'œuvre avec cinq sœurs et deux malades, nous disait-elle un jour de mars 1898, aujourd'hui nous sommes 42 religieuses et 272 infirmes. La charité est le fruit de l'arbre de la croix. »

Il a sa sève surnaturelle dans les Cinq Plaies dont le culte est l'âme de la maison entière, religieuses et malades. C'est de ce divin sujet que Mgr le Recteur a entretenu leur assistance de la fête patronale de l'Asile, IIIe vendredi de Carême 1890.

Le culte des Cinq Plaies de Jésus-Christ

Allocution de i¥^r le Recteur à V Asile des femmes

incurables.

Mes vénérées Sœurs, Mes Frères,

Il y a donc quelque part à Lille un lieu de piété et de charité où sont adorées et servies les Cinq Plaies de Notre- Seigneur Jésus-Christ. J'en viens célébrer avec vous le mystère et admirer les bienfaits, car, par son origine et son gouvernement, ce lieu béni nous est proche. Aussi bien, j'avais vu des palais élevés au service des Invalides de la patrie par la magnificence reconnaissante des rois. Mieux que

cela; je suis ici dans un sanctuaire et une maison, dédiés au culte des blessures glorieuses du Roi des rois Jésus et au service des souffrances inguérissables mais sacrées de ses filles. Qu'à Lui en soit l'honneur! C'est de lui seul que l'homélie vous parlera aujourd'hui, de lui dans ses souffrances, de lui dans son amour. Est-il rien, mes Sœurs, est-il rien, mes Frères, qui réponde mieux à l'ardeur et à la charité de vos cœurs en ce jour?

Il faut remonter haut, mes Frères, pour reconnaître la raison divine de ce qui se fait ici. C'est au Calvaire que je me reporte : mes révérendes sœurs, les mères fondatrices de votre société religieuse sont là. Les reconnaissez-vous? L'Evangile les nomme : « Là, près de la croix de Jésus, se tenaient debout Marie sa mère, et la sœur de sa mère Marie, femme de Cléophas, et Marie-Magdeleine. » Les cinq Plaies du Rédempteur laissèrent tomber sur elles leurs premières gouttes de sang, rosée divine qui lave le monde. Ainsi le premier et sublime objet de votre culte, c'est l'humanité meurtrie et sanglante de Jésus ; le premier lit d'incurable auprès duquel je vous vois debout originairement, c'est la croix; et le lieu de votre première fondation, le Calvaire.

Mais étrange culte que celui-là, me direz-vous? Quoi, des plaies, des blessures, du sang : ce qui fait horreur, ce qu'on n'ose même regarder, vous demandez qu'on l'adore ? Ah, mes frères, que les mondains entendent mal ce mystère de grandeur! Et d'abord, ne savez-vous pas que ces blessures, ces plaies de l'humanité du Sauveur unies hypostatiquement à sa divinité sont les blessures d'un Dieu, les meurtrissures d'un Dieu, et dès lors sacrosaintes et adorables comme Dieu même? Ne voyez-vous pas, dès la première heure de sa Passion, les anges qui descendent des cieux pour le recueillir, ce sang qui transsude de son visage humilié et de son corps prosterné au Jardin des Olives?

Les plaies de Jésus un spectacle d'horreur! ah! que vous entendez peu ce mystère de gloire! Un généreux capitaine s'est élancé au combat pour le salut public. Il tombe, on le rapporte. Il est mutilé, sanglant; ses bras, ses pieds, son corps, sa tête, tout son corps n'est que plaies, que lambeaux! Qu'il esthideux ! — Non, qu'il est beau, qu'il éclate aux yeux de l'esprit, comme s'exprime Pascal. Ainsi éclate Jésus au sortir de la bataille dont il revient vainqueur de la mort et de l'enfer. « Pourquoi votre vêtement est-il rouge ainsi? de-

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