LES CINQ PLAIES DE N.-S. JÉSUS-CHRIST
manderai-jc avec le prophète. — C'est que seul j'ai pressé l'ennemi comme le raisin sous le pressoir, et voici que le sang a jailli sur ma robe et taché mes vêtements. » O les belles taches, mes frères! ô mon beau prince vainqueur, lève-toi dans cette beauté, avance glorieusement de conquête en conquête; et commence ainsi ton règne sur tous les cœurs ! »
Mais quoi encore? Oserez-vous me dire maintenant que ce spectacle sanglant ne saurait vous toucher ; qu'il est sans intérêt et étranger pour vous ? Que vous comprenez peu ce mystère d'amour! Ces plaies, mais c'est pour vous, ingrats, qu'il les a reçues : « blessé pour nos péchés, et broyé pour nos crimes. » Non seulement reçues pour vous, mais reçues à votre place; car le vrai, le seul coupable qui les avait méritées, c'était vous; le condamné à une juste mort, vous! Le voici qui revient de son généreux supplice ; mais en quel pitoyable état ! C'est l'état, c'est le supplice qu'il a cherché, voulu : il vous aimait. Qu'importe donc à votre ami qu'il ait souffert, lui, puisque vous êtes rachetés :vous délivrés, vous sauvés, vous! Aussi entendez-le, voyez-le, au soir de sa résurrection, venant montrer à ses disciples ses pieds percés, ses mains trouées son cœur ouvert. Que leur dit-il ? « La Paix, la paix est faite ! Ah! il m'en a coûté cher; approchez, regardez, touchez ces cicatrices, mais lisez-y votre paix; c'en est le traité conclu entre le ciel et la terre. C'est mon amour qui l'a signé, c'est de mon sang qu'il est écrit. Par lui le rapprochement est fait entre l'humanité et Dieu, comme saint Paul l'expliquera : « Vous étiez loin de Dieu, vous en voici rapprochés par le sang du Christ : nunc autem prope in sanguine Christi. »
Je conçois bien dès lors que le culte des plaies sacrées de Jésus-Christ ait été celui de tous les cœurs qui l'ont aimé, à travers les siècles. Je comprends d'abord les saintes Femmes qui achètent des parfums et qui les ensevelissent, les embaument avec une piété attendrie, je comprends Joseph d'Arimathie les enveloppant du saint suaire et les plaçant richement dans un sépulcre neuf. Je comprends Magdeleine qui tombe à ses pieds blessés, qu'elle voudrait encore essuyer de ses larmes. Je comprends Thomas qui, ayant osé porter ses mains sur ces augustes plaies, se prosterne devant-elles et s'écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu!» Je comprends Saint Paul qui se glorifie de porter ses stigmates dans son corps mortifié. El llionias d'Aquin qui en fait le livre où il apprend la science suréminentede la charité de Jésus-Christ. Et saint Ber-
nard qui y veut dresser sa tente, comme sur un Thabor, parce que c'estlà qu'on est bien. Et François d'Assise recevant dans sa chair stigmatisée le crucifix qu'il y portera, qu'il y imprimera avec l'enthousiasme de son séraphique amour. Et Thérèse, et François de Sales, et tous nos saints d'hier ; et nos saints d'aujourd'hui, jusqu'à ce vénéré Père de Ravignan qui, mourant en ce même jour de la fête des Cinq Plaies s'écriait transporté : « Les plaies de Jésus-Christ, ô la belle porte pour entrer en Paradis ! »
J'en viens à vous, mies Sœurs, et aussi à vous, Messieurs et Mesdames. Car est-ce là tout le culte que demandent ces plaies divines? Non : les honorer, c'est bien, mais les servir, c'est mieux. J'en viens à ce beau service que vous leur consacrez ici dans les infirmités de vos pauvres affligées qui sont les membres souffrants de Jésus-Crucifié! « J'étais malade, vous dit-il, et vous m'avez visité. » Et ces plaies dont les saintes Femmes du calvaire et du sépulcre étanchaient le sang ou embaumaient les meurtrissures, vous les retrouve? ici, vous les servez dans les mille et mille maux qui affligent l'humanité, pour leur porter en même temps votre religion qui les vénère et votre charité qui s'y dévoue.
Mais comment et d'où est venue la pensée surnaturelle daller chercher les souffrances humaines les plus repoussantes pour les placer et réunir en communauté sous les auspices et le vocable d'honneur des plaies de Jésus ? Comment quelqu'un a-t-il pu concevoir l'étrange confiance, j'allais dire l'audace, de bâtir un hospice qui porte hautement sur son front le nom d'Asile des Cinq Plaies? La singulière enseigne! Des plaies, un nom de souffrance, pour en faire un appel et un appât; et pourtant un appel auquel des centaines et centaines de malheureuses allaient se rendre; et un appât auquel autant de dévouements charitables seraient pris ? Est-ce chose ordinaire? Est-ce de la terre ou du ciel que cette pensée est venue? Mes Sœurs, je vous en adjure, quelqu'une de vous le sait-elle? el, si elle le sait, qu'elle le dise à la gloire de Dieu!
Et puis, pourquoi cette fondation à une telle heure? Pourquoi cela s'est-il fait juste au jour où. tout à côté, notre Université naissante allait élever son édifice matériel et spi-