‹ Vingt années de rectoratChapitre 18 sur 112 · HOMMAGE FUNÈBRE · texte numérisé non relu

HOMMAGE FUNÈBRE

son intelligence sans éclipse lui laissa jusqu'à la fin, avec le plein et viril sentiment de son mal, la claire vue du terme prochain et conséquemment l'entier mérite de son long sacrifice.

Ce sacrifice, il l'offrait quotidiennement à Dieu dans l'immolation d'une vie qui, selon l'expression de saint Grégoire-le- Grand, n'était plus que le prolongement de la mort, qusedam prolixitas mortis. 11 avait dû renoncer, il y a près d'une année, à monter au saint autel ; mais sa piété courageuse s'était fait un autel du lit ou du fauteuil où la paralysie envahissante le clouait sans espoir et le torturait sans merci. Une solitude forcée se faisait autour de lui, remplie encore cependant par la sollicitude des affaires de l'Eglise, et divinement consolée par la visite de Celui dont il portait les stigmates dans son corps. Le Jam delibor, tempus resolutionis mese instat, sortait sans plainte de ses lèvres et de son cœur tout livré à la croix; et de lui aussi, comme de son Maître, on pouvait dire que « dans cette agonie il priait plus continûment que jamais ». Lorsque, le 1er janvier, il reçut par l'organe de son cher Auxiliaire, les vœux de MM. ses Vicaires généraux et du chapitre de son église métropolitaine, il y répondit par d'émouvantes paroles, fortes et tendres, leur présentant dans sa personne « un roseau pensant, un roseau aimant, un roseau souffrant », qu'un souffle allait bientôt achever de briser. Son dernier regard fut pour le crucifix, crucifié qu'il était lui-même avec Jésus-Christ. C'était un regard d'acceptation, d'oblation et d'espérance : la mort fut bien véritablement pour lui le baiser de Dieu.

Et pourtant, nous avions grandement besoin de lui ! Il avait besoin de lui, cet immense diocèse de près de deux millions d'âmes qui, depuis plus de dix ans, n'a plus pour le conduire qu'une houlette tenue par de frêles vieillards qui lui sont un instant montrés plutôt que donnés. Du moins, tant qu'il était là, même souffrant, même impuissant, il demeurait encore la tête d'une administration dont son digne auxiliaire, M-rr Monnier, était le cœur et le bras. Sa disparition va faire à la Flandre catholique de nouvelles destinées ; et combien nous avons besoin de nous redire qu'en définitive elles reposent dans la main d'un Dieu qui est un Père!

Elle avait besoin de lui particulièrement, cette Université catholique du Nord, de laquelle il avait dit, dès sa première visite, « qu'elle n'avait pas reculé depuis son origine, et qu'il m y trouvait en tout qu'à approuver, qu'à admirer, et à bénir ».

110 MONSEIGNEUR ÏHIBAUDIER.

Son effective bienveillance n'avait pas parlé seulement, elle avait agi. De longtemps nous n'avions pas eu un archevêque qui entendît mieux les choses de l'enseignement, à tous ses degrés, et qui les protégeât plus efficacement. Nous le tenions pour notre plus ferme appui dans le présent, il était notre espérance la plus solide pour l'avenir. « Il faut, disait-il encore récemment à Myr de Lydda, il faut maintenir l'Université, à tout prix! » Et aujourd'hui, de tous côtés, la presse catholique ou conservatrice qui le pleure, le félicite spécialement de la part qu'il a prise à notre prospérité et à nos accroissements.

Que ne nous a-t-il été donné de pouvoir lui payer le juste retour de ce qu'il faisait et voulait faire pour nous ! Nous le vénérions du moins, nous l'aimions ; il le savait, et la dernière fois que je le vis, dans son infirmité, il me fit signe de me mettre à genoux pour nous bénir tous, et il me dit pour tous des paroles de père. C'était son adieu. Et sa tombe vient de s'ouvrir, presque au lendemain de celle de son sulîragant d'Arras! Les deux colonnes de la Province ecclésiastique s'écroulent donc en même temps !

Qu'il repose dans le Christ, auprès de Fénelon, le doux archevêque qui eut avec ce grand prédécesseur plus d'un trait de ressemblance! 11 sera là-haut le bienvenu dans le chœur des saints pontifes de son antique Eglise. Le siège de Cambrai cul, au xi' siècle, un autre Odon qui fut illustre par sa sainteté, ses combats, ses malheurs. C'était au temps, toujours renaissant, de la lutte du Sacerdoce et de l'Empire. Qu'Odon de Tournai accueille particulièrement comme un frère cet Odon de Lyon qui fut son successeur, et sur la tombe duquel nous pourrions écrire, comme pour l'autre :

HIC TEGITUR PR/ESUL ODO QUI PERSPECTUS OMNI MUNDO FUIT [SEMPER] DEO FIDUS.

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