HOMMAGE FUNÈBRE
Lille, le 17 janvier 1892.
« Monseigneur le Recteur,
« Je vous remercie de la part que vous voulez bien prendre à notre grand deuil de famille, et des regrets si justifiés que votre lettre d'hier témoigne à notre cher et vénéré père, M"' Thibaudier.
« 11 vous a appartenu plus qu'à nous, Monseigneur : c'est vous qui nous l'avez donné. Il était resté grandement lyonnais par le cœur; c'était le faire revivre que de lui parler de Lyon. C'est à Lyon qu'il avait pris, par goût et par profession, cette connaissance et pratique des choses de l'enseignement dont nous avons recueilli après vous le bienfait. Enfin le zèle qu'il avait mis à préparer le berceau de votre florissante université nous était le gage de celui qu'il apporterait chez nous à une œuvre semblable. Il n'a pas fait mentir cet espoir.
« Notre perte est donc la même, notre douleur est pareille, que notre prière soit unie, s'il vous plaît. Monseigneur. Demain matin, je me rendrai aux obsèques de ce saint évêque. éprouvé et épuré par de longues souffrances. Auprès de ce cercueil votre pensée me sera présente ; et. en lui demandant de protéger notre université, je n'oublierai pas de lui parler de la vôtre qui lui fut si chère.
« Puisse cette communauté de notre deuil resserrer encore entre nous, Monseigneur, les liens de fraternité dont je suis heureux de vous offrir les sentiments respectueux et dévoués ».
Bauxard.
ANNÉE ACADÉMIQUE
\!\«.l ANNÉES DE RECTORAT- $
Mi;;, M
Statue do saint Luc, vesti
bulc de l'École de Médecine (page 127).
SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE
DISCOURS DE M^r LE RECTEUR Études et étudiants.
Messeigneurs,
Messieurs,
Mesdames,
Je ne puis oublier, Monseigneur l'Archevêque, le jour où j'eus l'honneur de vous saluer et de vous entendre pour la première fois. C'était le 6 septembre 1890, au pèlerinage de Notre-Dame de Lourdes, en une journée pleine pour vous de faveurs célestes et d'actions de grâces fraternelles (1). La grande procession du soir,
(1) M Sonnois eut alors la consolation d'obtenir la guérison de M. le chanoine Albert Sonnois, son frère, présentement vicaire général • le Cambrai.
M Étienm -Marie-Alphonse Sonnois, né à Lamargelle (Côte-d'Or), If M décembre 1828, ordonné prêtre à Dijon en 1852; professeur de philosophie au grand séminaire pendant sept années; curé d'Auxonne, 1877. Nommé au siège de Saint-Dié, 21 décembre 1889; sacré à Auxonne, is mars 1890. Préconisé archevêque de Cambrai, 19 janvier L8933 il prit possession de son siège le 23 mai-.
constellant la vallée, éclairant la montagne, réfléchissait dans le Gave ses dix milliers de flambeaux. C'était vraiment inénarrable. Vous présidiez à ce triomphe. Et quand la multitude de toute nation et de toute langue se fut massée dans la prairie, devant la statue de la Reine du ciel, pour la chanter, pour vous entendre, vous nous dîtes là, Monseigneur, des choses d'une pénétrante beauté, rien qu'en nous ouvrant les yeux de l'âme sur ce double spectacle de la terre et des cieux. Sur la terre vous nous montriez ces flambeaux sans nombre qui scintillaient dans la nuit; et vous nous disiez qu'ainsi il fallait faire resplendir notre foi au sein des ténèbres du siècle. Puis, élevant nos yeux vers le firmament, vous nous y montriez au-dessus de nos têtes une étoile dont l'éclat effaçait celui de toutes les autres, et qui semblait la reine de ces espaces infinis. Et alors vous nous disiez qu'au-dessus de nos pauvres lumières d'ici-bas, qui pâlissent et s'éteignent, il y a la lumière de Dieu foyer de toute clarté, et que c'est vers celle-là qu'il faut lever ses regards.
Monseigneur, c'est un spectacle à peu près semblable que j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui. Ces Facultés catholiques, ces maîtres, ces étudiants, tous ceux qui sont ici y portent un flambeau dans leurs mains : celui de la science allumé à un foyer sacré. C'est pareillement, Monseigneur, une procession que vous venez de voir se déployer ici pour monter entourer vos vénérées Grandeurs. Mais tous ces hommes de science sont aussi des hommes de foi. Au-dessus de leur tête brille d'un inimitable éclat une étoile dans le ciel. Et c'est vers le ciel qu'ils se tournent, esprit et ca3ur, pour y chercher cette « lumière inaccessible que Dieu habite », dit l'Apôtre, et dont le rayonnement est un reflet de sa face et un sourire de ses yeux.
Monseigneur d'Arras, lorsque, l'année dernière, dans une pareille fête, je me présentais ici, j'y apportais le regret d'avoir à annoncer qu'une extrême discrétion vous défendait alors de monter à ce fauteuil, où vous ne vouliez siéger qu'à la droite de votre vénéré Métropolitain.
Du moins avais-je en môme temps à transmettre de votre part à cette assistance attristée et déçue des assurances de dévouement qui soulevèrent tous les applaudissements et firent monter l'espérance dans tous les cœurs. Elle n'en est pas descendue, Monseigneur, elle n'en descendra pas. Aussi bien déjà notre Faculté des Lettres, abondamment recrutée par votre diocèse, a connu la première les effets de vos promesses, en attendant les autres. Et qui s'étonnerait d'ailleurs qu'une Faculté de littérature, d'histoire et de philosophie ait trouvé un patron dans l'évêque que nous envoie le docte pays d'Alcuin, de Grégoire de Tours et de Descartes (1) ?
Le mouvement qui nous ramène des recrues d'étudiants des diverses régions de la France chrétienne, loin de se ralentir, s'est prononcé plus fortement en cette année nouvelle. C'est ainsi, par exemple, que le recrutement de la Faculté de médecine, avec ses quatre-vingt-dix nouveaux venus, dépasse de près de la moitié celui des années précédentes. Il en est de même de la Faculté des lettres ; il en est de même de notre Ecole des Hautes Etudes industrielles. Les autres Facultés gardent avantageusement les positions acquises, de sorte que l'année qui vient de s'inaugurer se trouve être aujourd'hui celle qui, depuis notre fondation, nous aura amené le plus grand nombre de jeunes gens. — Vous ne serez pas moins heureux d'apprendre, Messeigneurs et Messieurs, que près de soixante départements français sont représentés dans ce nombre. Et, par delà les frontières, c'est la Belgique, le Luxembourg, la Lorraine allemande,
(1) Me-- Williez, né à Ghinon 1836, ordonné prêtre à Tours 1860, successivement professeur de rhétorique, puis de philosophie, et préfel «les études au collège Saint-Louis de Tours; curé d'Isseurc 1872; curé archiprêtre d1 \mboise 1878; Vicaire général de M*1 Meignan 1886: supérieur du petit Séminaire de Tours 1887; sacré évoque d'Arras, 8 septembre 1892.
l'Ecosse, l'Espagne, le Portugal, les États-Unis, le Canada et la Turquie d'Europe qui nous ont envoyé quelques-uns ou du moins quelqu'un de leurs fils. Ainsi notre Université présente-t-elle de loin le spectacle d'une Pentecôte, avec ses prosélytes ex omni natione quœ sub cœlo est, et nous comptons bien qu'il en sortira des apôtres.
Que les familles chrétiennes en soient félicitées ; elles ont fait en cela preuve d'une chose devenue rare : le courage des convictions porté jusqu'au sacrifice. Car ce qu'elles ont escompté en nous envoyant leurs fils, ce ne sont certes ni les faveurs du pouvoir ni la plus grande facilité du succès : elles se seraient trompées d'adresse. Elles ont cherché une Ecole où la science et la foi se donnassent la main. Catholiques à l'antique, il ne leur déplut pas que, dans ces jours d'apostasie officielle, les maîtres de leurs fils fussent du côté des excommuniés de la justice et de la liberté. Que si, par suite de cela, Messieurs les Etudiants, vous vous trouvez à avoir plus à travailler que les autres, pour atteindre à la palme que les distributeurs officiels des grades tiennent plus haute pour vous, je ne puis vous plaindre entièrement d'un effort qui vous grandit d'abord, qui vous profite ensuite. Car, en définitive, vous savez bien qu'à ce prix le succès académique n<i vous échappe guère; et vous y gagnez en plus l'honneur d'avoir eu quelque peu à peiner pour une cause opprimée, et la plus belle des causes, celle du droit de l'Eglise qui est le droit de Dieu.
C'est en prévision de cet accroissement de nos recrues que nous avons jugé nécessaire d'élever sur le boulevard Vauban la troisième Maison de famille, dédiée à saint Michel, que je vous promis l'an dernier. Vous l'avouerai-je cependant? Pour nécessaire qu'elle fût, nous hésitions à entreprendre cette onéreuse construction, en ces heures diiliciles et menacées. Mais une main s'est
tendue vers nous, main secourable, main largement ouverte, mais main mystérieuse, de celles qui descendent du ciel où se cache leur trésor, mais qu'il faut que la terre ignore, car dès qu'elles sont aperçues elles se dérobent sous le nuage.
Cette urgence de bâtir s'est trouvée confirmée par le chiffre de notre rentrée d'aujourd'hui. A peine ouverte et bénie, la Maison Saint-Michel se trouve déjà trop petite pour le nombre d'étudiants qui lui arrive, particulièrement pour la première année de médecine. A l'heure présente, un pensionnaire de plus n'y trouverait pas une pierre où reposer sa tête.
Vous l'avez vue, vous la voyez, cette maison, dressant dans ce quartier spacieux et ombragé les quatre étages de sa façade monumentale, au faîte de laquelle je veux voir, vous ai-je dit, régner la martiale et royale statue de l'Archange, son patron. L'art et le goût de l'architecte ont su faire de cette demeure une habitation grandiose et aimable à la fois, pleine d'air et de lumière, conséquemment de gaieté et de charme, comme doit être une maison destinée à la jeunesse, comme doit être pour des fils une maison qui s'honore du nom de Maison de famille.
Nous en avons confié la direction à un prêtre de zèle et de cœur, M. Biens, que nous avions vu à l'œuvre au collège Saint-Joseph, où, pendant plus de douze ans, il s'est conquis à bon droit la confiance de la jeunesse et la reconnaissance des parents. Sur l'entrée de la chapelle, il a fait inscrire le fier défi de l'Archange : « Quis ut Deus? Qui est comme Dieu? » Sa grande foi, son zèle d'apôtre l'écrira de même en traits de feu dans tous les cœurs.
A vous maintenant, Messieurs les étudiants, de faire de ce nom de « famille » que porte votre demeure une réalité vivante. Qu'elle vous soit un foyer. — Foyer paternel où habite et préside notre Père des cieux: lieu de respect, de religion, de prière et de sainteté. — Foyer maternel, où la mère de Dieu étendra sur vous son sceptre
protecteur, plus mère que vos propres mères. — Foyer fraternel, s'il est vrai qu'un ami est un frère qu'on s'est donné par choix. 0 amitiés chrétiennes, telles que celles dont l'histoire et la poésie nous ont transmis le souvenir! 0 fraternité de pensées, d'études, d'entretiens, et de rêves d'avenir, plus beaux que cet avenir même ! Tout récemment un de vos maîtres en faisait cette peinture : « Le travail et la gaîté, le courage et l'espérance, la bonne éducation, la bonne conscience et l'esprit fran^ çais habitent dans ces maisons ensoleillées par leur jeunesse. Là s'ouvre le poème de la vie, s'il est vrai que la vie de l'homme en doit être un. Là s'écoulent trop vite des heures charmantes ; là le visage n'est assombri et l'œil n'est humecté que sur le seuil de la porte, et lorsqu'il faut partir. »
Le premier bienfait de vos saines amitiés et de ces fraternités, si vous y êtes fidèles, sera de vous préserver d'en aller chercher d'autres, à l'entour d'écoles en tout différentes de la nôtre, où vous attireraient des avances trompeuses dont vous seriez les dupes, pour ne pas dire les victimes. C'est le grand péril de notre temps que ces mélanges et ces alliances dans lesquelles s'obscurcit la netteté des principes, s'énerve la vigueur des caractères, et s'efface, se perd, le relief de la personnalité morale et chrétienne. C'est particulièrement le péril d'un âge aussi séductible que le vôtre, enclin à se laisser prendre au mirage de fusions et coalitions généreuses, qui ne sont, en définitive, que des illusions dangereuses. Separemini et vos, ne cessait de crier le prophète aux fils du peuple de Dieu. Je ne suis pas prophète en Israël; mais, si j'insiste tant sur la nécessité de votre préservation, c'est que je suis auprès de vous le premier mandataire de vos chrétiennes familles; et qu'en définitive je ne connais pas, quant à moi, de meilleure manière de vous aimer et de vous servir.
Souvenez-vous, écoutez. Que fit ici, chez vous, le xvie siècle à l'encontre de l'invasion protestante? Philippe II éleva deux citadelles de la foi, les deux univer-
sites de Louvain et de Douai. Ainsi arriva-t-il qu'au xvin0 siècle, Douai comptait 1.700 étudiants et Louvain 8.000. C'étaient en tout 10.000 jeunes gens abrités là par le Brabant et la Flandre française en vue d'échapper à la mortelle promiscuité de doctrines et de personnes qui faisait la contagion du protestantisme.
Mais en même temps l'Eglise leur demandait de faire marcher de front la science avec la discipline. Elle leur disait « que l'étude, la recherche philosophique et scientifique est contre l'erreur une arme bien autrement noble et efficace que la compression par la force ». C'est l'expression même de Richardot, votre savant évêque d'Arras.
Or, aujourd'hui, à une époque, hélas î trop semblable à celle de la Réforme, je ne sache pas d'effort plus nécessaire, plus décisif, pour la défense et la démonstration religieuse, que celui qui consistera à replacer les catholiques à la tête du progrès scientifique en tout genre, lequel nous écrasera, si nous n'y marchons les premiers, afin de l'éclairer et le conduire.
Car enfin, Messieurs, il marche; et ce n'est pas certes en niant le mouvement de la terre qu'on empêchera la terre de marcher. Il marche, et il faut bien le dire, il marche le plus souvent à l'inverse de nous, si ce n'est toujours contre nous. De là l'inquiétude des âmes, même des meilleures âmes, les plus altérées de Dieu. Et que j'en ai connues, dans leurs livres, par leurs lettres, auxquelles le fantôme prestigieux de la fausse science dérobait la sainte face du Dieu de vérité ! Entendez, s'il vous plaît, l'appel des plus grands, des plus connus, parmi les maîtres de la libre-pensée. C'est premièrement Hippolyte Taine, lui l'irréductible philosophe du fatalisme et du déterminisme, qui répond à M** d'Hulst : « Si l'Eglise, par les miracles de son zèle, n'arrive pas à reconquérir ces masses païennes pour en faire un peuple de croyants, c'en est fait de la civilisation française. » — (1 est lhonnete Littré, désespéré de ne pouvoir croire encore et qui en verse des larmes — « Vous pleurez? lui dit alors le confident de son âme. — Oui, répond-il,
je pleure, parce que j'ai péché; et que je ne sais à qui demander pardon. » — C'est Vacherot qui gémit d'être encore prisonnier de la doctrine qui lui cache la face du Dieu vivant : « Cela n'est-il pas triste pour un vieux lîbre-penseur qui a vécu dans la pensée de l'Infini, et qui ne A^eut pas mourir sans murmurer le nom de Dieu? » — C'est Schérer, l'éloquent tenant du scepticisme hégélien : « Le devoir n'est rien s'il n'est sublime. La vraie morale ne trouve son point d'appui qu'en Dieu. La conscience est comme le cœur, il lui faut un au-delà... Le surnaturel est la sphère naturelle de l'âme. » — Et Secrétan: « La religion, c'est le surnaturel, et j'ajoute la morale de même, car la morale n'est rien si elle n'est religieuse. » Je ne cite que les philosophes, et les plus en renom; j'en citerais vingt autres.
Et ces hommes ébranlés, et leurs disciples innombrables, à qui se rendront- ils? Quels seront les Ananies qui ouvriront les yeux à ces autres Sauls auxquels Jésus déjà a fait entendre sa voix ? Ceux qui croient, mais aussi en même temps ceux qui savent, pourvu qu'ils sachent assez pour s'arrêter quand il faut, sapere ad sobrietatem, au point juste où la science de l'homme, toujours courte par quelque endroit, doit trouver sa limite, sa règle et sa lumière supérieure dans la parole de Dieu.
Telle, Messieurs, sera l'œuvre des Universités libres. A cette œuvre donc, Messieurs et honorés collègues. A cette œuvre, vous aussi, aujourd'hui ou demain.
Messieurs les Etudiants, je sais, du reste, que, cette année non plus, le travail n'a pas chômé parmi vous. Le tableau de ses résultats en sera présenté par chacun des Doyens de nos cinq facultés. Mais il en est une sixième qui veut n'être pas oubliée. C'est de ce nom mérité que je me plais à appeler notre Ecole annexe des Hautes Études industrielles. Comme elle ne possède pas de Doyen qui soit ici son rapporteur, voulez-vous bien que
j'y suPP^e Par quelques courtes paroles, aujourd'hui qu'elle vient d'entrer dans une phase nouvelle?
Depuis huit années qu'elle existe, cette Ecole, fondée en 1885 pour les fils de patrons et les directeurs d'usine, n'a trompé aucune de nos espérances. Formation scientifique, technique et professionnelle, formation civique, morale, sociale, religieuse se sont fondues harmonieusement dans un tout qui répondait à notre conception d'École patronale supérieure. Il ne manquait rien à ses succès d'examen que le titre authentique d'un diplôme conquis de haute lutte et délivré par les premières autorités industrielles et scientifiques des facultés et du pays. Ce Brevet d'Ingénieur, qui n'a rien à envier à celui des Ecoles spéciales du gouvernement, vient d'être décerné par nous pour la première fois à deux de nos élèves, après trois ans d'études et les plus graves examens. En le leur remettant cette année, j'ai la confiance de les munir d'un passeport qui leur ouvrira la porte des carrières les plus honorables, et en même temps de leur signer des lettres d'ennoblissement qui leur assignent un rang distingué dans cette aristocratie du travail devenue, aujourd'hui et spécialement ici, la puissance souveraine.
Au surplus l'exemple du travail et même l'encouragement au diplôme leur était venu de haut. Je ne me permettrais pas de comparer. Mais je ne puis cependant manquer de rendre hommage au courage avec lequel, du sein des fonctions administratives auxquelles il se dévoue, M. le Vice-Recteur a trouvé le moyen de publier une longue étude sur la Querelle monastique et littéraire de Mabillon et de Rancé, laquelle, présentée ensuite à notre grande sœur l'Université de Louvain, lui a été payée gracieusement de retour par un diplôme de docteur ad honores de sa faculté de philosophie et lettres.
La grande joie qu'il en a ressentie n'a pu le consoler d'un deuil qui nous atteint tous, mais qui le frappe plus personnellement au cœur, en lui enlevant dans la personne de notre collègue M. Aloys Florence un compatriote alsacien, un condisciple de séminaire et un ami
d'enfance. Lorsqu'il y a seize ans M. l'abbé Florence vint occuper chez nous la chaire d'Ecriture sainte et de langues orientales, l'Université d'Insbruck où il avait couronné ses études par une thèse brillante, et le grand séminaire de Strasbourg où il venait d'être directeur, le proclamaient un maître hors pair non seulement dans la connaissance des langues sémitiques, mais dans celle de la critique catholique ou rationaliste d'outre-Rhin. La profondeur de science, comme aussi la grave allure de son enseignement, faisaient assez reconnaître qu'il venait d'une France très proche de l'Allemagne. C'est par le cœur qu'il était entièrement français. Il l'était pareillement par la droiture de sa parole, la loyauté de son commerce, la fidélité de son amitié. Par la délicate et scrupuleuse charité de sa conversation c'était un chrétien. Par toute son âme il était prêtre. C'est en prêtre qu'il mourut, humblement, doucement, pieusement, nous laissant l'image d'une discrète et originale figure sacerdotale, une touchante mémoire et d'ineffaçables regrets.
Je finirai, Messieurs, par mes remerciements. Je les dois à MM. nos Administrateurs, qui, soit dans le Conseil, soit dans la Commission permanente, gouvernent nos affaires avec le zèle intelligent et le dévouement de cœur qu'un père apporte au gouvernement de sa maison; j'allais presque dire avec la religion que l'Administrateur de la maison de Nazareth consacrait au gouvernement de la Sainte Famille.
Je les dois aussi, ces remerciements, à V Association des Anciens Étudiants qui estiment justement que la meilleure manière de montrer qu'ils ont été bien chez nous est un zèle empressé à y faire venir les autres. Que, par tous les genres de publicité, ils fassent consister leur reconnaissance dans le recrutement de l'Œuvre, je les en remercie ; mais combien plus de cette autre et vivante publicité qui fait à la fois leur honneur et le nôtre: c'est de leur bon exemple que je parle.
Enfin mes remerciements se doivent particulièrement à ceux de MM. les doyens qui achèvent aujourd'hui le cours triennal de leurs fonctions. Ce n'est pas sans regret que je les vois relevés de la faction trop courte qu'ils viennent de monter avec moi pour la garde des bonnes études et du bon droit. C'était à la fois de la douceur et de la force que je trouvais à m'appuyer sur eux. Je ne me console de les perdre que par l'assurance de les retrouver encore dans des successeurs qui leur ressemblent.
Il en est un parmi eux qui, depuis dix-huit ans, n'a pas cessé d'être sur la brèche, rappelé à chaque élection par le suffrage unanime de sa Faculté, la gouvernant au dedans par l'empire de la confiance et de l'affection, l'honorant au dehors par l'autorité de sa parole et de ses écrits, enfin la défendant au besoin et nous défendant tous par des mémoires lumineux ou de vives réponses. C'est pour toutes ces causes que Nosseigneurs les Membres du Conseil supérieur, tout en entendant maintenir les statuts et règlements, mais déférant cette fois encore au vœu unanime et réitéré de ses collègues, maintiennent M. le comte de Vareilles dans la dignité et les fonctions de Doyen pour un nouveau triennat.
Vous ne serez donc pas étonnés, Messieurs, qu'en raison de services tellement exceptionnels, et de concert avec les hommes d'œuvres de la ville de Lille, j'aie demandé au Saint-Père qu'il daignât honorer M. le comte Gabriel de Vareilles du titre, non plus de Chevalier, mais de Commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire-le- Grand.
Là ne s'est pas arrêtée la munificence du Saint-Père envers ses fils des Facultés de Droit et de Médecine.
Je placerai, Messieurs, au nombre des événements les plus honorables de notre année académique, la publication d'un Recueil périodique, qui est un service de premier ordre rendu aux intérêts si menacés de l'Église de France. La Revue administrative du Culte catholique, née seulement depuis le mois de mai, est déjà en voie de prendre possession des trente mille presbytères et
conseils de Fabrique, auxquels elle apporte chaque mois lumière et force dans le combat formidable où nous sommes engagés. L'éminent jurisconsulte qui la rédige à lui seul est un de nos plus savants et éloquents collègues. Ainsi, et le clergé de France et nos Facultés qu'il honore se réjouiront d'apprendre que désormais la couverture de la Revue portera à la suite du nom de M. le professeur Constant Grousseau le titre de Chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.
Dans la Faculté de Médecine, vous me plaindrez, Messieurs, d'avoir eu à choisir entre tant de talents et de dévouements. C'est un grand dévouement, et bien cher à l'Eglise, que de passer la meilleure partie de sa journée auprès des enfants du pauvre, de se faire petit avec ces petits, et de distribuer à leurs mères consolées jusqu'à quatorze mille consultations gratuites par année ; et cela dans des conditions de désintéressement personnel qui sont la pierre de touche du médecin chrétien. Que si, au sein de si absorbantes occupations, celui qui y consacre son temps, son esprit et son cœur trouve encore le secret de traduire de savants traités et d'annexer ainsi à la France les conquêtes du savoir médical d'outre- Rhin, le Docteur et le Professeur n'ont-ils pas bien mérité de la science comme de la charité ? C'est à ces titres et bien d'autres que M. le Docteur Augier, médecin à l'hôpital Saint-Antoine-de-Padoue, a justement reçu du Souverain-Pontife la décoration de Chevalier de Saint- ( i régoire-le-Grand .
Maintenant, Messieurs, à Léon XIII! Au Père auguste qui, cette année, a voulu que son portrait, envoyé par lui, présidât et régnât au milieu de ses fils !
A nos coihmandeurs, à nos chevaliers, à toute notre Lésion d'honneur. Je veux le redire encore : Si de telles distinctions s'estiment à l'élévation de Celui qui les décerne, nos collègues auront de quoi être fiers de porter un ruban qui ne doit rien qu'au seul mérite, et qui leur est offert par le plus grand souverain qui règne aujourd'hui, de droit divin, sur le monde.
Fête patronale de la faculté de médecine
et pharmacie, et bénédiction de la statue
de saint Luc, 1er juillet 1893.
On lit dans le Bulletin des facultés catholiques de Lille : « La fête patronale de la Faculté de Médecine et de Pharmacie a été célébrée le samedi 1er juillet avec une solennité plus grande que de coutume, relevée qu'elle fut par l'érection, l'inauguration, la bénédiction de la statue de Saint Luc, dans le péristyle de TEcole.
« Un tel fait n'est pas de nature à surprendre le visiteur, qui s'édifie de voirie crucifix dans toutes les salles de cours, amphithéâtres, bibliothèques, laboratoires, partout où s'accomplit le travail quotidien de notre Université Catholique. La statue de Saint Luc émane de la môme pensée de foi ; pensée de lous, puisque ce monument est le produit des souscriptions spontanées des professeurs, anciens étudiants, et étudiants qui ont Saint Luc pour patron.
- « Dans le même esprit, la Commission d'organisation a fait dire, en cette fête, une messe d'actions de grâces; — une autre messe pour la Faculté, ses amis, ses élèves et ses membres vivants et décédés; — une autre encore pour les malades et pour les opérés, riches ou pauvres, qui viennent réclamer ses soins; — enfin une quatrième pour le repos des Ames des défunts, dont la dépouille mortelle a fourni la matière nécessaire aux études anatomiques. Ajoutons que, comme les autres années, la part des pauvres a été faite par les mains des Con-
férences de Saint- Vincent-de-Paul formées de nos étudiants en médecine.
La solennité s'ouvrit le matin par la messe célébrée en présence de MM. les Professeurs et leurs étudiants, réunis dans la chapelle supérieure. A l'Evangile, M. le chanoine Moureau, doyen de la Faculté de théologie, prononça le discours d'usage sur ce beau thème :
« L'Archange Raphaël, dont le nom signifie « Médecine de « Dieu » est le professeur que le Ciel envoie pour apprendre « au jeune Tobie à procurer la guérison de son père; puis, sa « mission accomplie. l'Archange retourne vers Celui qui l'avait (( envoyé. Vous aussi. Messieurs, vous êtes investis de la part « du Ciel d'une mission d'enseignement médical. Vous aussi. « vous devez faire retour à Dieu de cette mission qu'il vous a « confiée. De ces deux simples pensées découlent et les titres « d'autorité, de noblesse, de confiance dont il est juste que « vous soyez fiers, et le code de devoirs sacrés aisés à vous « rappeler, à vous et à votre famille médicale. »
Le soir du même jour eut lieu, à la Faculté de Médecine, pavoisée et parée, la Bénédiction et Inauguration de la statue représentant le médecin évangéliste sous les traits d'un vieillard tenant d'une main un volumen, de l'autre une plume, et, ayant à ses pieds le Bœuf ailé, sa traditionnelle caractéristique. Dans le Jardin botanique qui enveloppe l'édifice, les étudiants groupés sous leurs bannières, les Administrateurs, les Doyens et les Professeurs, et une nombreuse assistance universitaire et autre, attendaient le cortège épiscopal qui fut reçu par Mgl* le Recteur aupied des marches du vestibule où se dressait l'estrade. Mer Sonnois, NN. SS. Monnier, évêque deLydda, Williez, évêque d'Arras. Delannoy, évêque d'Aire et de Dax, entourés de nombreux chanoines et du séminaire académique, prirent place à la tribune.
M. le Dr Redier parla le premier et fort bien. Il parla de saint Luc dont l'image avait été choisie : Saint Luc lévangéliste, saint Luc le patron des médecins, saint Luc le patron des artistes, c'est-à-dire le Vrai, le Bien, le Beau réunis. 11 rendit justice à l'ardente initiative de M. le Dr Guermonprez, promoteur et organisateur de l'entreprise. 11 remercia Mr Sonnois de l'accueil que la Commission avait reçu auprès de lui. « Ce fut pour nous, Monseigneur, un sujet de légitime orgueil d'apprendre que notre premier pasteur est lui-même fils de médecin; et, lorsque vous nous racontiez les pénibles chevau-
MEDECIN-EVANCELISTE. 129
chées du saint homme qui fut votre père, alors qu'il allait la nuit, dans les montagnes de la Côte-d'Or, porter aux malheureux les secours de son art, je me disais que ceux qui sont capables de pratiquer cet héroïsme quotidien exercent un véritable ministère, et je comprenais cette filiation de la Médecine et du Sacerdoce, comme je comprends que le mieux puisse sortir du bien. »
Après M. Redier, Mgr le Recteur s'exprima en ces termes :
DISCOURS DE M* LE RECTEUR
Messeigneurs,
Messieurs les Professeurs,
Messieurs les Etudiants,
Il y a dans l'Evangile un homme en qui la science salue un Médecin, en qui l'Église salue et révère un Evangéliste. C'est cet homme, un saint, que, depuis le commencement de l'Université, vous aviez pris pour patron, Messieurs de la Médecine et de la Pharmacie. Et c'est à cet homme de Dieu et homme de science qu'aujourd'hui vous dressez solennellement une statue dans le péristyle de votre Faculté, et cela de votre propre mouvement, de vos propres deniers, avec une spontanéité dont je veux vous dire tout d'abord ma reconnaissance avec mon admiration.
Car enfin, on vient de le dire, ce n'est pas seulement là affaire d'art et de décor, c'est affaire de principes et de convictions. C'est une affirmation publique de votre foi de chrétiens, d'une foi solide comme ce bronze et plus durable que lui. Telle est l'àme qui l'anime, ce métal, la parole qu'il prononce, l'esprit de vie que votre pensée lui a infusé en ce jour.
C'est aussi l'esprit de cette fête, Messieurs; et dès lors je comprends que vous l'ayez voulu faire solennelle, éclatante, comme votre foi elle-même. Vous y avez convoqué les quatre Facultés vos sœurs, pour qu'elle soit une fête de toute notre famille universitaire. Vous y avez désiré l'honneur de la présence de Nosseigneurs les Archevêques et Evoques de la province et d'au-delà; et, les arrachant à leurs incessanls travaux de l'heure présente, vous les avez appelés à venir parmi nous, avec une audace de confiance que j'appellerais téméraire, si à cel excès de confiance ils n'avaient répondu par un excès de
MNGT ANNÉES DE RECTOHAT. 9
bonté. Enfin, par-dessus leurs mains réunies pour vous bénir, je vois s'élever la main du Souverain Pontife. De Rome, le Pape Léon XIII vous envoie une bénédiction et un applaudissement qui s'adressent d'abord et premièrement à vous, mais qui vont plus loin que vous. Cette main auguste descend et repose sur tous ceux qui, comme vous, s'honorent d'avoir pour patron et modèle le Médecin-Evangéliste, et qui veulent être, eux aussi, médecins et évangélistes comme lui et avec vous.
Médecin-Evangéliste : mettons un trait d'union entre ces deux mots, Messieurs! Comme ils ne font qu'un seul et même nom pour Saint Luc, ils ne doivent faire qu'un seul et même nom pour vous. Luc. le médecin, sortait sans doute de ce que j'appellerai par anticipation la Faculté d'Antioche, la ville où les disciples prirent le nom de chrétiens pour la première fois. Médecin encore quand il écrit, il se révèle comme tel, ainsi qu'on Fa remarqué, jusque dans les expressions dont son Evangile se sert en parlant des malades et des maladies guéries par le Seigneur. Enfin on nous le montre, compagnon de Saint Paul, assistant le grand Apôtre dans ses inlirmilés, et exerçant sa charité auprès des premiers disciples, ses pauvres et chers clients, comme ils avaient été naguère ceux de Jesus- Christ lui-même, duquel il est écrit « qu'il guérissait toute souffrance et toute infirmité
Saint Luc auprès de Saint Paul, le médecin auprès de l'apôtre : que j'aime cette alliance et cette fraternité! C'est bien ainsi encore (pie je me représente. Messieurs, voire ministère et le nôtre. C'est ainsi que je vous vois, dans les villes et les campagnes, votre main dans la main du prêtre, faisant de concert avec lui l'œuvre de charité, de vérité et de sainteté dont vous pouvez et devez être les ministres comme lui, bien qu'autrement que lui.
Vous êtes les évangélistes de la vérité, vous d'abord, Messieurs les Professeurs, lorsque dans votre enseignement vous prenez l'iivangilc, la doctrine de l'Evangile pour votre première foi, la morale de l'Evangile pour votre première loi. Et c'est cette foi, cette loi, que vous. Messieurs nos docteurs d'aujourd'hui et de demain, vous allez porter chaque jour là où vous êtes appelés, avec une franchise de conviction qui ne rougit pas de Jésus-Christ, et qui hautement sait rendre hommage à l'existence et h la royauté d'une âme spirituelle et immortelle, à une vie supérieure et à un
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Médecin suprême, plus grand et plus puissant que vous.
Vous êtes les évangélistes de la charité. Messieurs; vous Tètes auprès de vos malades, dans nos hôpitaux, dans nos dispensaires, partout; car c'est bien la charité de l'Evangile que la vôtre. C'est cette charité dévouée qui va jusqu'au sacrifice et à l'oubli de soi-même; cette charité généreuse qui a appris du Seigneur « qu'il est meilleur de donner que de recevoir » ; celle charité religieuse qui dans son malade voit la grande Victime qui a dit d'elle-même : Infirmas eram et visitastisme; la charité enfin qui. dans cette chair meurtrie des membres de Jésus-Christ, révère les stigmates adorables de Celui « qui a été blessé pour nos péchés et broyé pour nos crimes » .
Vous êtes et vous serez les évangélistes de la sainteté. Messieurs. Vous ne fêles pas seulement par l'exemplaire dignité d'une vie que j'oserais presque nommer sacerdotale, car c'est le sacerdoce médical que vous exercez ; vous l'êtes encore par ce respect chrétien du corps de l'homme dans lequel vous vénérez le temple de Dieu même. Vous l'êtes par cet esprit d'apostolat qui vous inspire, comme le premier de vos devoirs professionnels, celui de préparer au chevet de vos malades les voies à Notre-Seigneur reçu dans ses Sacrements. Enfin vous l'êtes par cet esprit de religion et de prière qui demande le souverain remède à qui seul le possède, se souvenant, selon une parole célèbre, que le médecin peut panser, mais que Dieu seul peut guérir.
Messieurs, fapôtre Saint Paul appelle Luc le médecin son aide, son auxiliaire et son coadjuteur dans le ministère évangélique : Dénias et Lacas adja tores niei. N'est-ce pas de ce nom que vous saluent aujourd'hui les ouvriers de l'Evangile dans la France entière? Et n'est-ce pas à ce titre que je les entends chaque jour vous appeler à eux, Messieurs les Etudiants, pour travailler avec eux à la rédemption de leur peuple et au salut des âmes.
Ah! je sais bien que pour une telle œuvre vous êtes trop peu nombreux encore. De vous aussi l'Église peut dire la parole de Paul : Lucas est mecum solusl Luc est seul avec moi! Vous êtes encore et pour longtemps la seule Faculté Catholique de Médecine en France. Mais si c'est là le cri de la douleur maternelle de l'Eglise, à la vue de l'apostasie d'une science matérialiste qui s'est séparée d'elle pour se tourner contre elle, c'est aussi en même temps le cri de son espoir et
de son action de grâces : « Du moins, Luc est avec moi! » Du moins dans cette France perdue d'erreurs et de sophismes. une compagnie savante, décidée à défendre le règne de Tes-, prit contre celui de la matière, s'est franchement séparée de la contagion et dépression communes. »
« Luc est seul avec moi, mais Luc est un vaillant. Il écrit l'Evangile dans sa vie et dans ses œuvres. 11 est avec mes apôtres, dans les contradictions, dans les oppositions, dans les captivités et les tempêtes dont je souffre. 11 lutte avec moi, près de moi, pour la grande cause de Dieu, qui est celle du salut et de l'immortel avenir.
« S'il est seul avec moi, du moins voici que de tous les points on vient à lui comme à moi, dit l'Apôtre, et de lui on peut proclamer, comme Saint Paul de son compagnon, que sa louange se propage dans toutes les Eglises : Cujus laus in Evangelio per omnes Ecclesins. A chacun de vous je puis donc dire avec lui :in omnibus labor a, opus fac cvangclistœy ministerium tuum impie ! »
Un dernier mot, Messieurs. L'Apôtre appelle Luc. le médecin Luc «son ami le plus cher ». et il transmet son salut aux Eglises de l'Asie : Salutat vos Lucas medicus charissimus. C'est par cette salutation qu'il vous accueillera ici, lorsque vous y monterez pour vos études et vos travaux. Rendez-lui son salut! Qu'il vous soit à vous aussi un cher objet de vénération, d'affection et d'émulation : Lucas medicus charissimus.
Que sa bénédiction se répande sur vos études, sur vos familles, sur votre carrière, sur vos malades, sur vos âmes surtout. Et qu'enfin un jour, là-haut, Saint Luc puisse vous reconnaître pour ses disciples fidèles, pour ses fils bien-aimés ; et qu'il vous reçoive dans ses bras, sur son cœur, avec cette salutation que je trouve encore plus tendre dans la langue même de l'Epitre de Paul : \Aa7ra;eTai u^aç Aouxaç ô laxpoç ô ayaTC^TOç. 'Ajjl^v. »
M8* l'Archevêque bénit ensuite la statue, pendant que les clairons et tambours envoient un premier salut à Limage vénérable du Patron de la Faculté.
De retour à l'estrade, Sa Grandeur prononce une allocutiou improvisée, dont voici la substance :