CHER FILS, SALUT ET BENEDICTION APOSTOLIQUE
Mettant depuis longtemps Notre zèle et Notre sollicitude à résoudre la question politique et sociale qui se pose surtout à notre époque, Nous ne pouvions qu'avoir pour très agréables les lettres que vous Nous avez adressées à la date des ides de juin. Vous Nous y exposiez le projet très opportunément formé parmi vous d'établir, dans votre Faculté de Droit, à la rentrée, l'enseignement des Sciences politiques et sociales. Plus, en effet, les esprits seront profondément et exactement pénétrés de ces sciences, plus on sera fondé à espérer le bon -ouvernement des affaires publiques. Mais, ce qui a mis le comble à Notre satisfaction, c'est votre détermination de
prendre la matière de cet enseignement dans les Lettres encycliques que Nous avons publiées durant tout le cours de Notre Pontificat. C'est sagesse, car là se trouve tout ce qui peut être déduit des principes de l'Evangile et de la raison, et qui s'en déduit abondamment pour l'intérêt de la société. Et si Ton s'en pénètre profondément, il ne restera rien de plus à chercher pour arracher la société humaine à tant de périls.
« Tel est le motif pour lequel Nous approuvons entièrement votre résolution, et pour lequel Nous donnons à votre zèle les éloges qu'il mérite, en même temps que Nous supplions le Dieu très bon et très grand, source de toute sagesse, de vous éclairer de toute sa lumière et de vous diriger dans la voie où vous êtes entré.
« Nous vous remercions de la profession d'obéissance et de piété que vous Nous présentez au nom de tous les maîtres; et comme gage de Notre particulière bienveillance, Nous vous accordons affectueusement , ainsi qu'aux professeurs vos auxiliaires, Notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 19e jour de juin, l'an 1894, de Notre Pontificat le 17e.
Léon XIII, Pape.
M. le doyen de Vareilles continue :
« Les Sciences sociales et politiques ont pris dans ce siècle un immense développement, correspondant au nombre de ceux qu'elles intéressent. En elfet, s'il est quelqu'un qui ait besoin de posséder les connaissances de cet ordre, c'est assurément le souverain. Or le souverain, aujourd'hui, c'est tout le monde. Mais il est impossible que tout le monde se livre à ces hautes études, et le peuple est un souverain condamné à ignorer son métier. Du moins tous ceux qui sont appelés à exercer, dans les fonctions publiques, électives ou autres, une part de souveraineté plus importante, et tous ceux plus nombreux encore, qui par devoir ou par dévouement, cherchent à diriger la foule électorale, clergé, journalistes, autorités sociales de toutes catégories, sont-ils obligés de posséder, dans unelar^e mesure, ces connaissances pratiques.
« Or, dans le programme des Facultés de droit, où depuis quelques années, on leur avait fait un peu de place, beaucoup de ces questions n'étaient qu'effleurées, beaucoup étaient passées sous silence. 11 était donc urgent de leur donner de
l'air et de l'espace et de dresser à côté de l'ancien édifice, devenu trop étroit, une construction nouvelle qui leur- fût spécialement destinée.
« Lille, avec ses agglomérations ouvrières, avec son industrie et son commerce, avec ses foyers de charité et ses foyers de socialisme, était le siège tout désigné d'un haut enseignement social chrétien. Un groupe nombreux de patrons catholiques y donne sans cesse, par les plus généreuses et les plus intéressantes expériences, de précieuses leçons de choses dont les maîtres de la section auront à tirer profit.
« Nous adressons publiquement à tous ces précieux auxiliaires, et avant tout à nos généreux fondateurs, l'expression de notre profonde reconnaissance. On devinera combien elle doit être profonde, en effet, quand on saura que cette belle entreprise ne coûte absolument rien au Conseil d'administration. La Section des Sciences sociales et politiques est presque une œuvre libre dans l'Université libre ; elle n'est faite que de dévouement; elle pousse comme le lis des champs : l'honneur d'orner l'Université et de célébrer la gloire de Dieu, c'est tout ce qu'elle a désiré, demandé et obtenu.
« Nous ne nous flattons pas de réunir au pied de nos chaires des auditoires nombreux, du moins pour les débuts. Mais, en attendant des accroissements qui s'annoncent, déjà les meilleurs étudiants de diverses facultés, des ecclésiastiques, des auditeurs de tout âge forment une assistance suffisante parfois pour rendre insuffisantes les dimensions de nos salles de cours, suffisante partout pour soutenir l'entreprise et le courage des professeurs.
« Ce qui est important, du reste, ce n'est pas que les élèves soient très nombreux, c'est que l'école existe, que le foyer d'études soit créé, qu'on y médite, qu'on y travaille, qu'on y enseigne. Les idées qui y prendront naissance, par mille chemins inconnus, se répandront peu à peu dans le public.
« En tout cas, nous avons conscience de faire une tentative
honorable pour la France et pour l'Église. Les Facultés libres
de Lille ont accompli leur devoir et peut-être un peu plus;
que les catholiques accomplissent le leur, même à moitié, et
Ouvre sera grande. »