TABLEAU DES PRINCIPAUX COLLABORATEURS
qui de 1904 a 1907 ont fait des cours ou donne des conférences a l'école des sciences sociales ou politiques :
M. l'abbé Bai drillart, docteur en théologie, docteur es lettres, professeur, aujourd'hui recteur, à l'Institut catholique de Paris.
M. Hené Bazin, de l'Académie française, professeur à l'Institut catholique d'Angers.
M. Bazire, ancien président de l'Association catholique de la Jeunesse française, avocat à la Cour d'appel de Paris.
M. Béghaux, professeur honoraire à la Faculté de droit de l'Université catholique de Lille, correspondant de l'Institut.
M. Poissard, professeur suppléant de la Faculté de Droit de l'Université catholique de Lille.
M. le comte II. de Boissii.i .
M.Jules Boview.
M. Charles Brun, agrégé des lettres, secrétaire général de la Fédération régionaliste do France.
M. Paul Bi reai . professeur à la Faculté libre de droit de Paris.
M. le chanoine Cetty, curé de Saint- Joseph, à Mulhouse.
M. Henri Cociiin, député du Nord.
f M. Le Cour Grandmaison, sénateur.
M. Félix de Coussemaker, docteur en droit, ancien (''levé de l'Ecole des Chartes.
M. Dedé, secrétaire général de l'Union centrale mutualiste.
M. Deiiau, conseiller général du Nord, maire de Bouvines.
M. DELCOURT-IiAILLOT.de Y;i U< lit i< Ml lies.
f M. le chanoine J. D idiot, doyen honoraire de la Faculté de Théologie de l'Université catholique de Lille.
M. Louis Durand.
M. Dutiioit, professeur à la Faculté de Droit de l'Université eatholique de Lille.
M. Fleurquin, maître de conférences à la Faculté de Droit de l'Université catholique de Lille.
M. Fonsegrive, directeur de La Quinzaine.
M. André Fourmer, docteur en droit.
M. L'abbé Fristot, ancien professeur à l'Ecole des Hautes Etudes Industrielles de Lille.
f M. Gand, ancien magistrat, professeur à la Faculté de Droit de l'Université catholique de Lille, directeur de la Section des Sciences sociales et politiques de 1893 et 1898.
M. Pierre delaGorce, membre de l'Institut.
M. Groussau, député, professeur de la Faculté de Droit de l'Université catholique de Lille, directeur de la Revue administrative du Culte catholique.
M. Guillaume, archiviste-paléographe, professeur à la Faculté des Lettres de l'Université catholique de Lille.
M. Hubert- Valleroux, avocat à la Cour d'appel de Paris.
M. Henri Joly, membre de l'Institut, président de la Société des Prisons.
M. de Lamarzelle, sénateur, professeur à la Faculté de Droit de l'Institut catholique de Paris.
M. Etienne Lamy, de l'Académie française, directeur du Correspondant.
M. Lepelletier, professeur à la Faculté libre de Droit de Paris.
M. Anatole Leroy-Beaulieu, de l'Institut.
M. l'abbé Looten, doyen de la Faculté des Lettres de l'Université catholique de Lille.
M. P. Ravier du Magny, professeur à la Faculté libre de Droit de Lyon.
V M. de Margerie, doyen honoraire de la Faculté des Lettres de l'Université catholique de Lille.
M. Martin-Saiimt-Léon, bibliothécaire du Musée social.
t M. le vicomte de Meaux, ancien ministre.
M. Louis Milcent.
M. l'abbé de Pascal, docteur en théologie, missionnaire apostolique.
M. René Pinon, agrégé d'histoire et de géographie.
T. Plichon, député du Nord.
M. Albert Rivière, secrétaire général de la Société des Prisons.
M. de Rousiers, secrétaire général du Comité central des Armateurs de France.
M. Savatier, directeur de Y Association catholique.
M. Selosse, professeur à la Faculté de Droit de l'Université catholique de Lille, ancien Bâtonnier de l'Ordre des avocats.
M. T audi ère, professeur à la Faculté libre de Droit de Paris.
M. Tavernier, rédacteur à Y Univers.
M. le comte Thellier de Pongheville, ancien député, ancien Bâtonnier de l'Ordre des avocats de Valenciennes.
M. Max Turmann, docteur en droit, professeur au Collège libre des Sciences sociales.
M. Maurice Vanlaer, professeur à la Faculté de Droit de l'Université catholique de Lille.
t M. le marquis de Vareilles-Sommièiies. doyen de la Faculté de hn.ii de L'Université catholique de Lille.
M. Arthur Verhaegen, président de la Ligue démocratique belge.
Dom Vercesi, rédacteur à YOsscrvatore cattolico de Milan.
M. le comte de Vogué, secrétaire général adjoint de la Société • les Agriculteurs de France, vice-président de l'Union centrale des Syndicats agricoles.
ANNÉE ACADÉMIQUE
L'Observatoire astronomique de la Faculté des Sciences.
SÉANCE SOLENNELLE DE RENTRÉE
DISCOURS DE Mgr LE RECTEUR Christianisme et Athéisme
Messeigneurs (1), Messieurs, Mesdames,
Notre rentrée pour cette année J 895-1896 est terminée, ou près de l'être. L'ouverture de nos cours s'est faite le 5 de ce mois par la célébration de la messe du Saint- Esprit. Ainsi commençons-nous chaque année au pied des saints autels. Nous n'y venons pas seulement pour nous retrouver réunis, immédiatement après nos mois de vacances, pour nous compter encore, et mettre notre main dans la main de nos fils, de nos pères, de nos frères. Nous venons y renouveler ensemble notre profession de foi, la main sur l'Evangile, et engager à cette foi notre étude, notre parole et toute notre conduite : Credo et
(1) M*r Sonnois. archevêque de Cambrai. — MB* Monnier, évêque de Lydda, — W Theuret, évêque de Monaco, Mgl le Chancelier.
Confiteor. Surtout nous y venons appeler, sur l'année académique dont c'est la première heure le lever d'un Soleil qui l'illumine, l'échauffé et la féconde, car nous ne pensons pas que les flambeaux pâlissants et incertains de la science humaine suffisent à éclairer la route du savoir non plus que celle de la vie, si perfectionné qu'en soit l'éclairage aujourd'hui. Voilà pourquoi nous demandons à un Esprit supérieur de « venir visiter nos esprits », et c'est à son Ecole que nous nous mettons tout d'abord, avant toute autre école.
Je devais vous le dire, Messieurs, car il y a déjà là le signe particulier et distinctif de ce que nous sommes, la leçon de ce que nous devons être, avec le cachet de ce que j'appellerai notre religieuse et glorieuse singularité. Quant à votre empressement et à votre grand nombre, Messieurs les Etudiants, il est déjà pour nous un encouragement, comme l'abondance des grâces que nous appelons sur vous pour cette année nouvelle sera pour chacun de vous la réponse de Dieu à ses enfants.
Ces enfants lui ont témoigné de leur empressement. Parmi les nouveaux venus, il en est qui, pour arriver jusqu'à nous, ont dû traverser les mers ou franchir les montagnes. Ce n'est pas une raison, loin de là, pour qu'ils soient considérés ici comme étrangers. Que si, comme la science l'apprend, l'attraction des corps se fait en raison inverse du carré des distances, c'est presque le contraire qu'il faudrait dire ici de l'attraction des âmes. Nous nous sentons, n'est-il pas vrai ? plus attirés vers ceux qui, plus éloignés, ont dû, pour devenir nôtres, faire le sacrifice de leur patrie avec celui de la famille. A nous, Messieurs, de nous en souvenir. Qu'ils soient donc assurés que notre» paternité, que notre fraternité, s'efforcera de les consoler quelque peu du moins du pays absent, sans avoir toutefois la prétention de le leur faire oublier jamais.
Môme pour nous en tenir à celles des provinces françaises qui sont venues recruter notre faculté de médecinr et de pharmacie, je ne puis ne pas rendre hommage aux familles qui se sont séparées ainsi de leurs jeunes fils, et
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cela peut-être pour la première fois. Il a fallu quelque courage de foi pour se dire un soir, au foyer domestique, à Quimper, à Vannes, à Luçon, à Poitiers, au Mans, à Rennes, à Goutances, à Saint-Servan, à Saint-Lô, à Tarbes, à Pau, à Bayonne, à Montpellier, à Béziers, à Castres, à Auch, à Limoges, même à Metz et à Strasbourg : « J'enverrai mon fils à l'Université Catholique de Lille. C'est loin, mais c'est sa place. Il nous en coûtera sans doute des sacrifices, sacrifices de cœur plus encore que d'argent; nous les ferons pour Dieu. Nous savons bien aussi que ce n'est pas de ce côté que vont de nos jours les faveurs ofïicielles, et peut-être lui et nous aurons à en souffrir. Mais c'est la condition présente et générale de l'Église d'être sous le pressoir; et nous ne choisirons pas le moment où elle subit cet assaut de l'ennemi pour lui tourner le dos et faire de nos fils des transfuges. Donc affaire d'honneur et affaire de foi. C'est ainsi qu'on est catholique chez nous, tout d'une pièce. Du moins, en l'envoyant là-bas, ce cher fils, nous savons qu'il y continuera à servir Dieu, notre Seigneur, à sanctifier sa vie et à sauver son âme. De la sorte, la chaîne des bons vieux chrétiens de notre nom ne courra pas risque de se rompre ; et cela assurément vaut bien la peine qu'on se gêne. L'absence sera dure, oh oui, et le temps sera long ; mais on n'est pas perdu quand on se tient bien unis en Dieu. Et puis nous comptons bien que Celui-là récompensera et les pères et les fils, qui dit en son Evangile que ceux qui n'auront pas rougi de Lui devant les hommes, il ne rougira pas d'eux devant son Père. Il nous reconnaîtra.
Voilà, chers nouveaux lils, ce que je trouve en substance dans les lettres nombreuses que je reçois de vos familles. Eh bien, je dis que c'est là un chevaleresque; exemple ; et pour ce noble langage, et pour ce brave dessein, je leur envoie par vous mes félicitations et mes actions de grâces.
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Maintenant comment avons-nous répondu à leur confiance? Le dire, c'est raconter l'histoire de l'année qui vient de se terminer. Vous la leur raconterez vous-mêmes de souvenir, vous qui fûtes nos disciples hier, comme vous l'êtes redevenus en ce jour, fidèlement. — Vous serez tentés d'abord, puisque vous êtes jeunes, de leur parler de nos fêtes ; et vous aurez le droit de leur dire que celleslà furent honnêtes ; soit que vous décriviez vos délassemonts du Cercle, soit que vous rappeliez ces fêtes musicales, où une élite invitée par vous trouvait tant de décence, détalent, de délicatesse et de bon goût. — Vous leur porterez le souvenir de nos fêtes patriotiques, et cette année encore vous pourrez vous vanter que personne à Lille, et peut-être en France, n'a mis sur le front de Jeanne d'Arc une plus resplendissante auréole de feu, ■ — Vous n'omettrez pas de les rendre confidents de ces fêtes du cœur que vous allez chercher auprès des indigents, vers lesquels vous députent vos cinq Conférences de Saint Vincent de Paul. — Il vous sera bien permis de mentionner aussi ces Conférences populaires que quelques-uns d'entre vous vont faire aux quartiers ouvriers de la ville et du dehors, et auxquels ils consacrent les ardeurs de cet âge heureux qui aborde toutes les questions sans se faire peur (rancune, sur de se faire applaudir, à force de conviction, de jeunesse et de confiance. — Si vous leur parlez de vos tristesses, de vos défaillances et de vos misères, n'omettez pas d'ajouter que vous trouvez ici des mains pour vous soutenir, des bras pour vous relever, des cœurs pour vous rechauffer, et un baume divin pour guérir vos blessures. — Enfin, pardessus tout, vous placerez au faîte suprême de vos souvenirs les fêtes de l'autel; et votre garde d'honneur du jour et delà nuit devant la face de Dieu; et votre enrôlement dans la Congrégation de la Mère de Dieu; et ces réunions plénières de toute notre famille au pied d'une
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Table divine, où maîtres et disciples s'avancent successivement, pendant qu'un refrain d'actions de grâces dit et redit aux Anges que « le Ciel a visité la terre ».
Hélas! à ces jours de fête se sont mêlés des jours de deuil. Nous avons vu trois fois disparaître d'au milieu de nous des jeunes hommes moissonnés dans la fleur de l'espérance et de la distinction. Leur vie, nous l'avons aimée et admirée; leur mort, nous l'avons enviée. Cette envolée vers Dieu était si pleine de courage, de religion et d'amour qu'elle a laissé parmi nous un sillage de lumière qui ne s'effacera plus.
Premièrement nous prononcerons avec tendresse, mais avec respect aussi, les noms de Nicolas Hirtz, du Luxembourg, étudiant en médecine, de Georges Devos, de Lille, licencié es lettres et étudiant en droit, de Louis Délimite, étudiant en médecine, de la ville de Tourcoing. Bien qu'il vous ait fallu passer deux fois la frontière d'États voisins, Messieurs de la Médecine, vous n'avez pas voulu quitter votre camarade luxembourgeois que vous ne l'ayez rendu là-bas à sa terre natale. Etle grand accueil qui vous y a été fait nous a prouvé, une fois de plus, en quel bon renom étaient au Luxembourg les personnes et les choses des Facultés catholiques de Lille.
Charles Devos, de Lille, était une âme de choix. Déjà licencié es lettres, il promettait de faire honneur à la Faculté de Droit à laquelle il appartenait. Jeune homme aimable, charitable, dévoué pourlebien,il s'avançait dans la vie presque timidement, à pas d'hermine, tant sa modestie redoutait les souillures. 11 était un de ces prédestinés dont on a écrit qu'il faut bien les aimer dès qu'on les a vus, mais qu'il faut se hâter de les chérir en I tassant, tant la pureté de leur vie, tant l'accent de leur voix et l'orientation fixe de leur pensée font déjà rêver pour eux de l'autre monde. Cependant il avait au cœur tous les grands amours de la terre, celui très tendre de la famille, celui très vif de la patrie, celui très ardent de l'Eglise. Il les eût un jour servis fortement et simplement. Mais, à vingt ans, en pleine force, blessé aux
sources de la vie, il sentit qu'elle lui échappait, et il la remit doucement entre les mains de son Dieu. Ses dernières paroles furent : « Mon Dieu, je vous aime. Mon Dieu, je vous adore ! » Et à peine les eut-il prononcées cpi'il expira.
C'est un plus grand deuil que nous infligea, et à son collège de Marcq premièrement, le 15 décembre dernier, la mort de l'éminent supérieur et grand homme de Dieu que fut M. le chanoine Hollebecque, vice-président de notre conseil d'administration. Vous me féliciterez, Messieurs, d'avoir été appelé à prononcer solennellement son oraison funèbre, et d'avoir pu ainsi m'édifier le premier des vertus d'un homme qu'un de nos évêques, Mgrde Lydda, son ami, appelait « le type idéal du prêtre de Jésus-Christ, dont il était l'image ». Vous l'avez connu et vénéré, Messieurs, tel que j'essayais de le peindre quand je disais : « La nature l'avait l'ait grand ». Ce grand air, cette haute taille, tout cet aspect sj grave et si bienveillant à la fois, ce maintien si digne et toute cette naturelle distinction de sa personne, ce regard limpide et transparent où se lisait sa pensée tout entière, cette cordialité franche dans laquelle toutefois la réserve gardait encore ses droits, cette courtoisie de procédés, cette parole mesurée et juste qui ne cherchait que la vérité toute seule, et cet accent de conviction qu'une émotion contenue faisait parfois trembler; et puis cette sagesse profonde et mûrie, cette impeccable sûreté de jugement qui en faisait l'homme de bon conseil pour tous, cet esprit de justice supérieure, et cette vue élevée1, désintéressée, du plus grand bien en toute chose ; toute cette grandeur extérieure, image de sa grandeur d'âme, n'est-ce pas là la forme même de l'autorité telle que l'Eglise la veut dans celui qu'elle prépose au commandement, quel qu'il soit? Dignité et bonté, supérieur et père : tel était ce maître accompli. Et je me souviens que, l'an dernier, voyant réunis autour de lui, dans son collège, sous son toit, à sa table, une centaine au moins de prêtres de Y Alliance de l'Éducation chrétienne, venus de tous les collèges libres et petits
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séminaires de la France, je me souviens que, tout bas, je me demandais, non sans fierté pour nous, si entre tant de supérieurs assemblés, il y en avait un seul qui le fût davantage que ce supérieur-là !
Je ne vous fatiguerai pas, Messieurs, du récit et exposé d'un nouveau déni de justice qui vient d'être officiellement infligé aux Facultés libres de lettres (1). Aussi bien M. le doyen de Margerie ne veut-il pas que nous désespérions encore entièrement d'une cause dont il s'est fait auprès du Ministre en personne l'éloquent défenseur. Nous attendrons donc, avec ou sans espoir, qu'il soit définitivement statué pour ou contre les inégalités dont nous frappe l'Instruction publique. Et, à ceux de nos étudiants qui se plaindraient d'avoir de ce chef à lutter à armes inégales contre leurs concurrents des facultés de l'Etat, une fois de plus, je répondrai la parole de cette mère Spartiate à son fils marchant au combat avec une lance trop courte : « Avance d'un pas! »
Qu'est-ce cela, Messieurs, sinon un nouvel épisode de cette guerre de lente extermination jurée à l'enseignement libre, en vue de l'écrasement total de la religion, de toute religion, en France, et, s'il se pouvait, dans le monde. Ce qui m'émeut, ce qui m'épouvante, c'est la grande bataille des esprits qui se livre sur ce terrain, à cette heure, et dans laquelle par état nous sommes enrôlés particulièrement. Car qu'on ne s'y trompe pas : la faction qui vient de prendre en mains les affaires du pays, n'est pas tant au fond un parti politique qu'une secte philosophique ; non pas tant un parti révolutionnaire radicalement subversif de l'ordre existant qu'une École de sophistes, soit disant scientifique, radicalement subversive de nos dogmes, de tous nos dogmes, de la religion
i V. Annexe 1 : Le Décret du -il décembre 1894, et la Délégation des Facultés libres* p. i:;.
naturelle non moins que surnaturelle. Et à quelle fin se sont-ils emparés du pouvoir? A nulle autre que celle de promouvoir l'avènement d'une autre humanité, laquelle ayant pris pour devise : « Ni Dieu ni maître » n'aspire à s'émanciper de toute foi que pour s'affranchir conséquemment de toute loi. Il ne s'agit donc de rien moins que de la fin d'un monde et du commencement d'un autre. Et, dominant de bien haut nos luttes politiques et sociales, la lutte dont tel est le formidable enjeu n'a qu'un nom qui soit digne d'elle : la guerre titanesque de la terre contre le ciel. Déjà, il y a vingt ans, j'entendais mon évêque d'Orléans la dénoncer, cette guerre impie, dans sa brochure : l'Athéisme et le péril social. Le péril social, c'était celui de l'anarchisme : et voici qu'éclatent sous nos pas, à nos portes, ses explosions sauvages. L'Athéisme, c'était celui de l'école matérialiste; et la voici devenue constitutionnellemenl, chez nous, la puissance souveraine. Donc, crise violente de doctrines : voilà le fond de tout. Il y a d'ailleurs à cet égard des noms qui le disent assez; et certaines coïncidences sont bien propres à mettre en relief le contraste des deux écoles et des deux enseignements, dans deux éclatantes personnifications.
Deux hommes se sont rencontrés, dans ces dernières semaines, dont l'un montait au pouvoir très inopinément et dont l'autre descendait glorieusement dans la tombe. Tous deux étaient des maîtres de la science et de la même science. Celui qui entrait au gouvernement de la chose publique était ouvertement l'homme de la science sans Dieu, l'homme qui avait écrit cette chose stupéfiante sous la plume d'un vrai savant : « Le monde est aujourd'hui sans mystère; la conception rationnelle prétend tout éclairer, tout comprendre, donner une explication positive de toutes choses, étendre son déterminisme l'a lai jusqu'au inonde moral, et renverser sans retour la notion du miracle et du surnaturel (i). » L'autre qui s'en
(1) M. Berlhelot : Origines de l'Alchimie, préface. Paris, 1885.